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« De l’âme à la plume ». Les lettres de Charles Gounod à la duchesse Colonna, dite Marcello

Edited By Delphine Vincent

Les lettres de Charles Gounod à la duchesse Colonna, sculptrice de renom sous le pseudonyme de Marcello, sont d’un immense intérêt. De caractère intime, elles offrent également des informations sur les projets du compositeur (dont un opéra inachevé d’après l’histoire de Francesca da Rimini), les détails matériels de son activité, son manque d’inspiration, ainsi que sur ses conceptions esthétiques et philosophiques. Entre la création de Roméo et Juliette en 1867 et la fuite de Gounod en Angleterre en 1870, les deux amis partagent leurs joies et leurs préoccupations tant artistiques que personnelles. Cet échange épistolaire enrichit considérablement la compréhension de la personnalité humaine et créatrice de Gounod, ainsi que de son milieu culturel.

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Principes d’établissement du texte

Principes d’établissement du texte

Étant donné que les lettres de la duchesse Colonna à Gounod ont été, à l’exception de l’une d’entre elles, détruites par souci de discrétion, nous transcrivons ici les passages de sa correspondance générale, ainsi que ceux de ses écrits intimes, qui relatent des événements en lien avec Gounod, afin de compléter au mieux les lacunes de cet échange épistolier. Si une partie importante de la correspondance générale de la duchesse Colonna a été détruite ou caviardée, ce n’est pas le cas des épîtres que Gounod lui adresse. En effet, le caviardage se limite à quelques mots et nous ne pensons pas, contrairement à Ghislain de Diesbach, que les missives ont été coupées afin d’en supprimer certains passages.14 Certes, la plupart des lettres de 1867, c’est-à-dire les plus enflammées, ne sont pas signées mais, à la lecture, elles paraissent complètes. Dans certains cas, la conclusion semble abrupte, mais elle ne figure jamais sur un bout de papier coupé et très souvent il reste une partie de feuille vierge en dessous ou à côté des derniers mots. Au chapitre des signatures, il faut relever que les dernières lettres de l’échange sont signées « Gabriel », surnom de Gounod, qui appelait alors la duchesse Colonna « Michel ».

Nous avons souhaité présenter une édition fidèle des lettres sans en moderniser l’écriture, car nous estimons que leur lecture dans leur forme originale est aisée. Nous avons donc conservé les graphies aujourd’hui obsolètes (guères, tems, etc.). Nous n’avons ni réalisé les abréviations, notamment celles fort courantes à l’époque des noms des mois (7bre pour septembre, etc.), ni normalisé les majuscules, dont les jours de la semaine. La graphie de Gounod ne présente généralement pas de difficultés de lecture. En revanche, la distinction entre minuscule et majuscule n’est pas aisée pour certaines lettres de l’alphabet ; le tout étant compliqué par son utilisation parfois aléatoire des majuscules après un point. En outre, nous←21 | 22→ avons conservé sa ponctuation particulière, ainsi que sa graphie parfois fantaisiste des noms propres. Quant à la duchesse Colonna, son écriture peut être beaucoup plus difficile à lire quand elle croise (afin d’économiser du papier, elle écrit en travers de la page par dessus la première couche d’écriture). Dans ces cas, nous avons traqué du mieux possible les signes de ponctuation, sans pourtant prétendre avoir réussi à tous les distinguer.

Nous avons également reconstruit les dates manquantes, qui figurent entre crochets, et restitué ce qui nous semble être l’ordre d’écriture des lettres, notamment grâce aux cachets postaux et au style qui a beaucoup évolué au fil de l’échange. Il nous a ainsi été possible d’attribuer des missives aux quatre enveloppes conservées vides. À notre sens, aucune enveloppe n’est susceptible d’avoir contenu une lettre de Gounod détruite a posteriori.

Quant aux astérisques, ils renvoient au glossaire en fin de volume, afin de ne pas alourdir l’ouvrage par de trop nombreuses répétitions de notes. Dans le même esprit, les cotes d’archives, qui sont toutes tirées du fonds Marcello conservé aux Archives de l’État de Fribourg, ont été abrégées : il faut sous-entendre la mention « CH Archives de l’État de Fribourg, Papiers Marcello » devant chacune d’entre elles.

Finalement, l’annotation doit beaucoup à la somme de Gérard Condé, dont les recherches ont permis de reconstituer la vie de Gounod au jour le jour ou presque, ainsi qu’à l’excellent ouvrage de Steven Huebner sur ses opéras. Si notre connaissance de la vie de la duchesse Colonna s’appuie principalement sur notre consultation de l’entier du fonds Marcello, il faut ici citer le catalogue de son œuvre sculpté réalisé par Henriette Bessis, ainsi que les travaux biographiques d’Odette d’Alcantara et de Ghislain de Diesbach.←22 | 23→


14 Ghislain de Diesbach, La Double Vie de la duchesse Colonna, op. cit., p. 229.