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La sous-détermination référentielle et les désignateurs vagues en français contemporain

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Laure Anne Johnsen

Cet ouvrage fournit une description de l’expression de la sous-détermination référentielle par les désignateurs vagues en français. La sous-détermination référentielle est couramment attestée dans différents genres de discours, en particulier à l’oral non planifié (par exemple au moyen des expressions « ça/ce », « tout ça », « ils » non introduit, etc.). A partir d’une collection de données authentiques de sources diversifiées, l’auteur met en évidence les circonstances d’apparition des expressions vagues et présente une gamme de stratégies discursives auxquelles celles-ci répondent pour les besoins de la communication. Cet examen permet de dégager les conséquences théoriques de la prise en compte de ce vague référentiel, questionnant les limites des postulats d’identification ou de reprise textuelle bien implantés dans les théories sémantiques et les grammaires.

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Troisième Partie : Manifestations de la sous-détermination : deux études empiriques

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Troisième Partie :Manifestations de la sous-détermination : deux études empiriques

 

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Avant-propos : la constitution des données

Le choix des deux objets d’étude (tout ça et ils) de cette troisième et dernière partie tient avant tout à l’intérêt qu’ils ont suscité chez nous en tant qu’usagère du français en immersion dans les échanges ordinaires. En effet, nous avons été frappée au quotidien par la productivité de ces deux procédés de sous-détermination, productivité confirmée par les données examinées par la suite. Il nous a dès lors paru pertinent d’explorer en profondeur ces ressources pour corroborer l’impression que celles-ci n’étaient pas des accidents de performance, mais qu’elles étaient partie intégrantes du discours et dotées de fonctions propres.

La première étude, sur tout ça (Ch.V), complète les travaux déjà abondants sur le pronom ça (e.g. Porquier 1972, Maillard 1985, 1989, 1994, Cadiot 1988, Corblin 1991, Boivin 1992, Carlier 1996, Guerin 2006, Sales 2008, etc.) et peut être mise en perspective avec les travaux sur les particules d’extension de liste (e.g. Ward & Birner 1993, Overstreet 1999, Ferré 2011, Secova 2014, 2017). Quant à la seconde étude, sur ils (Ch.VI), elle interroge la fonction anaphorique que l’on associe invariablement au pronom de 3e personne et suggère de rapprocher certaines constructions en ils d’autres procédés de sous-détermination de l’agent, tels que l’usage du on dit indéfini (e.g. Muller 1970, François 1984, Viollet 1988, Leeman 1991, Rabatel 2001, Blanche-Benveniste 2003, Guerin 2006, Fløttum et al. 2007, Béguelin 2014c, etc.) ou encore la diathèse passive (e.g. Berrendonner 2000, Muller 2000, Blevins 2003, Creissels 2006, etc.).

Concernant les données analysées, hormis celles issues de travaux antérieurs que nous discutons dans les parties préliminaires, nous nous sommes principalement tournée vers des corpus de français parlé en accès libre (cf. supra Introduction générale), à savoir la base de données OFROM201 (env. 69h de français parlé en Suisse romande, voir ← 243 | 244 → Avanzi, Béguelin & Diémoz 2012–2017), la base PFC202 (une trentaine de points d’enquête dans toute la francophonie, voir Durand et al. 2002, 2009) ainsi que le corpus CFPP2000203 (environ 48h de français parlé à Paris, voir Branca-Rosoff, Fleury, Lefeuvre, Pires 2012). Nous avons conservé, pour les exemples retenus, les conventions de transcription propres à chaque corpus, une tâche d’uniformisation s’avérant trop laborieuse. Si les moteurs de chaque base de données ont permis d’extraire aisément les séquences concernées, un traitement manuel s’est néanmoins révélé indispensable par la suite, conformément à nos principes d’analyse. En effet, en plus des critères purement segmentaux, nous accordons une large place aux facteurs contextuels. Pour ce faire, nous avons régulièrement eu recours à la lecture simultanée texte/son d’enregistrements intégraux204 à disposition dans les bases, afin de tirer parti d’un empan textuel maximal pour chaque occurrence examinée.

Dans l’impossibilité de traiter de la sorte les dizaines de milliers de résultats, nous avons orienté notre recherche sur des critères qualitatifs en privilégiant les exemples qui présentaient une réelle valeur heuristique. Bien que nous fournissions ponctuellement quelques indications chiffrées, nous ne prétendons donc pas à un panorama exhaustif des items étudiés.

D’autres raisons nous poussent à renoncer à la délimitation d’un sous-corpus : d’une part, les trois bases de données exploitées sont des corpus ouverts, c’est-à-dire qu’elles sont régulièrement alimentées de nouvelles données, dont nous n’avons pas voulu nous priver. D’autre part, à l’heure actuelle, malgré des projets de grande envergure en cours dans ce sens205, il n’existe pas encore de vaste corpus de français ← 244 | 245 → échantillonné et équilibré disponible qui permette de mener à bien des analyses quantitatives exhaustives (Benzitoun & Cappeau 2010).

Signalons pour terminer que nous avons relevé ponctuellement des occurrences dignes d’intérêt au gré de nos conversations ou lectures ou puisées dans d’autres genres discursifs (SMS, Frantext, etc.), que nous avons jugé bon d’intégrer aux analyses, pour établir le cas échéant des parallèles révélateurs. Cela nous donnera l’occasion de dégager quelques différences de conditions de production entre les genres de l’« immédiat » et ceux de la « distance » communicative (Koch & Oesterreicher 1985).


201 <http://www.unine.ch/ofrom>.

202 <http://www.projet-pfc.net>.

203 <http://cfpp2000.univ-paris3.fr>.

204 Par « intégralité », nous entendons la totalité de l’extrait mis à disposition en ligne et non l’intégralité de l’enregistrement d’origine, dont souvent seule une partie est audible et a été transcrite.

205 Par exemple les projets CRFC (Siepmann, Bürgel & Diwersy 2016) pour le français en général (écrit et oral, diversifié en genres textuels) et ORFEO (écrit et oral) (Benzitoun, Debaisieux & Deulofeu 2016). Le corpus CECF d’ORFEO vient d’être ouvert au public fin 2018, et CRFC devrait l’être sous peu (consultable sur demande individuelle).