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L’opéra expressionniste

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Eric Lecler

Cet ouvrage entend montrer que l’opéra expressionniste, inventé par Schönberg avec Die glückliche Hand et Erwartung, s’inscrit dans l’histoire littéraire et musicale de l’héritage wagnérien, ou plutôt dans la critique contre Wagner. La critique de l’idéal wagnérien du drame total a déjà eu lieu dans le symbolisme de Mallarmé et Maeterlinck, et il s’agira d’y débusquer l’origine de la refondation de la dramaturgie opératique et, plus généralement, de l’esthétique moderne.
L’objectif est de lire les opéras de Schönberg, Berg, Schreker, Bartók, Hindemith, comme autant de manifestes, de les réinscrire dans une esthétique commune dont les enjeux sont philosophiques et politiques. Le postulat est qu’il existe une continuité entre les œuvres d’une première période néo-symboliste et celles de l’expressionnisme réaliste.
La lecture proposée est fidèle aux intuitions fondamentales d’Adorno, mais s’appuie aussi sur Freud, Rosenzweig ou Benjamin, pour comprendre comment cette histoire de l’opéra s’achève sur le silence éloquent de Schönberg, « inachevant » le dernier opéra, Moses und Aron.

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I. L’existence et l’indicible

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13 1. Du symbolisme à l’expressionnisme L’école de Vienne et son symbolisme littéraire Quel fut l’héritage des musiciens viennois qui tentèrent d’établir la plus formidable révolution de l’écriture musicale qui eût jamais lieu ? On eût pu s’attendre à ce qu’ils allassent puiser aux plus proches avant-gardes musicales et donc que la musique de Debussy servît de repoussoir contre l’esthétique musicale et dramatique néo-romantique ; qu’il devînt le Nietzsche de la musique immanente. Or si Nietzsche fut bien un phare de l’expressionnisme, Debussy, compositeur révolutionnaire, fut étonnamment peu reconnu par les compositeurs austro-allemands du début du XXe siècle. Cela est dû sans doute à la proximité des conflits franco-allemands et à la puissance de la tradition musicale germanique. Schönberg se réclame de la tradition allemande, et de Brahms en particulier ; il qualifie tantôt avec condescendance Debussy d’« impressionniste » ; tantôt il en fait un suiveur de Wagner : « Debussy qui avait incité avec un plein succès les peuples latins et slaves à se libérer de l’emprise wagnérienne, ne parvint pas à s’en libérer lui-même : ses découvertes les plus intéressantes ne trouvèrent à s’exprimer que dans les formes inventées par Wagner et à la manière de Wagner » (Du nationalisme en musique, 1931)1. Il lie ailleurs les deux caractéristiques : « L’écriture wagnérienne avait amené des changements dans le pouvoir logique et constructif de l’harmonie ; l’une des conséquences en fut ce...

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