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Cinéma dans la Tête

L’esthétique du film à la lumière des neurosciences

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Emmanuelle Glon

L’approche cognitiviste proposée dans cette étude vise à inscrire l’expérience que nous avons du film dans le prolongement créatif et ludique de notre activité générale de compréhension du monde et de l’esprit. De ce point de vue, l’image filmique n’est ni un objet de signification langagière, ni une cause de marginalité mentale, mais un vaste champ expérimental où s’élaborent et se révèlent la complexité et la finesse de la mentalisation humaine. Par la variété de ses formes, ses particularités techniques et scéniques ainsi que sa nature mouvante, le film est une subversion de la nature. En lui imposant ses prérogatives, le film permet au cerveau humain d’exploiter sa propre créativité, au-delà de ses propres lois et sans lequel l’expérience esthétique n’aurait jamais pu exister. En associant à la réflexion esthétique les apports explicatifs des neurosciences cognitives, l’analyse de l’expérience du film en général et du cinéma en particulier participe à un tournant dans la réflexion philosophique sur l’esprit.

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III. Naturalisme et perception visuelle d’image - 41

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41III. Naturalisme et perception visuelle d’image Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis. Charles Baudelaire (Le Spleen de Paris) L’approche sémiotique de l’art postule qu’une image est réaliste si les conven- tions pictoriales qui la caractérisent sont usuelles. Un système de représentation employé dans l’image [écrit Goodman], et le système servant de norme. La plupart du temps, c’est bien sûr le système traditionnel qui est pris pour norme ; et le système de représentation littéral, réaliste ou naturaliste est tout simplement le système coutumier.1 Tout critère d’acceptabilité visant à déterminer si une image est réaliste ou non suppose l’intervention d’un « cadre de référence » dont la maîtrise sera d’autant plus facile que les normes qui le composent nous seront familières. Le réalisme serait donc affaire d’aisance recognitionnelle, due au fort degré de stéréotypie des formes et de la trivialité des dénominations. La représentation est donc ici une affaire essentiellement référentielle, processus de renvoi ou de tenant-lieu, conventionnel et extrinsèque. Mais alors, comment rendre compte du « progrès » pictural ? Prenons par exemple les fresques de Giotto dont le réalisme, loin d’être une sorte de routine visuelle, bouleversa les conventions picturales de son temps. A cet égard, Crispin Sartwell rappelle que ses fresques « furent imm...

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