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L’arme biologique japonaise, 1880–2010

Réalités historiques et anatomie de la mémoire

Arnaud Doglia

L’arme biologique est développée et utilisée par le Japon entre les années 1920 et 1945. Figure de proue de ce programme, l’Unité 731 sera jusqu’à la fin de la guerre le noyau d’un réseau d’unités de guerre bactériologique et chimique responsable d’innombrables atrocités et d’expériences médicales. Les origines de cet armement remontent pourtant aux années 1880. Quels présupposés scientifiques et idéologiques ont pu décider de l’institutionnalisation d’un tel projet ? Que sont ensuite devenus les maîtres d’œuvre de ces recherches ? Cet ouvrage montre comment la majorité des participants se murent dans le silence après 1945, et pourquoi les principaux scientifiques responsables se réinventent comme des pionniers à la fin de la guerre, totalement dénués de remords. Pourtant, dans le Japon de l’après-guerre qui tourne le dos au militarisme, certaines voix s’élèvent pour relater la mise en place bureaucratique d’institutions et la pratique expérimentale et militaire faite sur certaines populations. Ces discours certes diffus mais continus amèneront les Japonais à découvrir les véritables activités de l’Unité 731.
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Introduction : pourquoi l’arme biologique japonaise ?

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Les atrocités de guerre japonaises durant la Seconde Guerre mondiale ont récemment été des objets d’études fortement médiatisés. Au Japon surtout, mais aussi ailleurs, d’innombrables publications1 traitent de la reconstruction des faits. Selon le cas, les auteurs se penchent sur la question des lieux du drame, des circonstances, ainsi que des motivations des bourreaux. Le champ mémoriel est l’un des principaux supports de ces recherches et devient lui-même objet d’étude. Quelques ouvrages historiques sur la guerre paraissent au Japon dans années 19502, mais c’est principalement à partir des années 1970 qu’historiens et journalistes s’emploient à lever le voile sur l’ampleur des crimes commis par l’armée impériale3.

L’émergence de ces mouvements au Japon, trente ans après la fin du conflit, peut être considérée comme relativement tardive, mais il n’en est rien comparé aux pays occidentaux. Jusqu’en 1969 par exemple, le gouvernement français cultive l’image d’un pays glorieux4, mettant en avant l’héroïsme des résistants plutôt que le rôle du régime de Vichy durant la ← 11 | 12 →guerre. Dans les années 1980–1990, le « lieu de mémoire » qu’est devenu Auschwitz est l’objet d’une rivalité mémorielle, entre identité « polonaise » et « juive »5.

Occupé par les forces alliées de 1945 à 1952, le Japon est soumis au discours du vainqueur de la Seconde Guerre mondiale qui fait porter les responsabilités de la guerre sur...

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