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Sémiotique du mouvement

Du geste à la parole

Sylvie Freyermuth, Dominique Keller and Jean-François Bonnot

Le geste ne peut être considéré en lui-même et pour lui-même qu’en se plaçant dans une perspective restrictive. En effet, le mouvement volontaire s’inscrit dans une action, et dans tous les cas, il est tributaire d’un contexte. Le mouvement est bien ce qui permet d’accéder au monde : ne dit-on pas de certains malades, pourtant conscients, qu’ils « sont murés en eux-mêmes », signifiant ainsi que le rôle de passeur de sens du mouvement est à jamais perdu ? L’une des difficultés majeures dans les tentatives d’harmonisation entre domaines provient du fait qu’il est délicat de faire coïncider les données provenant des champs neurophysiologique et biologique avec celles issues de modèles linguistiques. C’est pourquoi nous avons demandé à des chercheurs appartenant à diverses disciplines (philosophie, psychologie expérimentale, sociologie, linguistique et phonétique) d’illustrer la notion de « sémiotique du mouvement ». Un premier volet s’attache à préciser les enjeux théoriques du mouvement, de sa conception à sa représentation et à sa réalisation, d’une manière générale et dans ses rapports à la vision et à la parole. La deuxième et la troisième section apportent des éclairages plus spécifiques en focalisant le propos sur les aspects linguistiques.
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Chapitre XIV: Le mouvement en Langue française Parlée Complétée : quand les yeux captent la main pour mieux lire les lèvres

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LE MOUVEMENT EN LANGUE FRANÇAISE PARLÉE COMPLÉTÉE : QUAND LES YEUX CAPTENT LA MAIN POUR MIEUX LIRE LES LÉVRES

Emilie Troille, Virginie Attina et Marie-Agnès Cathiard

1. Introduction

Pour comprendre l’importance de l’input visuel dans la parole, il est primordial d’étudier la population pour laquelle cette modalité visuelle est essentielle : les malentendants. Plusieurs études ont montré l’intérêt de la lecture labiale, en particulier pour les sourds (Erber, 1972 ; Bernstein et Auer, 2003). Summerfield (1987) classe la surdité parmi les quatre situations dans lesquelles la vision influence particulièrement la perception de la parole. Il donne aussi l’exemple des consonnes [m] et [n], facilement confondues en audition, mais que la vision permet de désambiguïser grâce à l’opposition visible des lieux d’articulation labial et alvéolaire. C’est cette complémentarité entre vision et audition que montrent aussi les arbres de confusions visuelles et auditives de Summerfield (1987). Dodd (1987) expliquait en outre que la lecture labiale peut permettre comme l’audition d’acquérir un code phonologique, puisque les phonèmes qui composent ce code sont des unités abstraites ne résultant pas obligatoirement d’un « modality-specific code » (Dodd, 1987, p. 188). En précurseur, Johnson résumait dès 1775 tout l’enjeu de la lecture labiale par cette expression si évocatrice : « lip-reading is like “hearing by eye” » (cf. Dodd, 1987, p. 188).

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