Show Less
Restricted access

L’ironie dans la presse satirique

Etude sémantico-pragmatique

Series:

Elena Siminiciuc

L’auteure de cet ouvrage avance des hypothèses nouvelles à propos d’une figure du discours particulièrement répandue, l’ironie, étudiée à partir d’exemples authentiques issus pour l’essentiel de la presse satirique. Une riche discussion critique de l’ensemble des théories rhétoriques, sémantiques, pragmatiques développées sur la question de l’ironie permet de tisser des ponts entre les époques et les approches, de mettre en perspective les outils et les cadres théoriques qui ont été échafaudés pour cerner cet objet labile, dont la compréhension a intrigué tant les rhétoriciens de l’antiquité que les linguistes contemporains. L’hypothèse défendue par l’auteure consiste à faire de l’ironie un phénomène bidimensionnel, comportant une facette énonciative et une facette argumentative. L’analyse minutieuse de chacune de ces deux facettes, à l’aide des outils de la théorie argumentative de la polyphonie et de la théorie des blocs sémantiques, lui permet de trancher les débats qui divisent la communauté des pragmaticiens ironologues.
Show Summary Details
Restricted access

1. Problématique de l’étude : l’ironie comme figure de mot et/ou figure de pensée ?

Extract



L’ironie a été longtemps définie comme une figure à travers laquelle on dit le contraire de ce que l’on pense. Or, cette conception de l’ironie ne fait plus du tout l’objet d’un consensus parmi les spécialistes. Un regard diachronique dans les manuels de rhétorique antique et moderne (Quintilien, 1978, Cicéron, 1966 & 1971, Cornificius, 1989, Aristote, 1989 & 1991, Beauzée, 1765, Dumarsais, 1988, Fontanier, 1977) me permet de montrer qu’à l’époque de l’antiquité déjà, le débat sur le statut de l’ironie – figure de mots ou figure de pensée – laissait entrevoir des doutes quant à la pertinence du terme même d’antiphrase (inuersione uerborum, oppositio). Ceci explique la position fluctuante et peu arrêtée des rhétoriciens antiques quand il s’agit d’établir des critères opératoires permettant de valider la distinction entre une ironie portant sur un mot précis (uerborum exhortationes, trope) et celle, plus diffuse, dans un énoncé/texte entier (sententiarum exhortationes, figure). Même si les rhétoriciens de l’antiquité s’accordent à dire qu’il y a ces deux espèces bien distinctes d’ironie, leur classification s’appuie, comme on le verra, sur des critères peu opératoires.

1.1 L’ironie dans la rhétorique antique

Un regard dans les manuels de rhétorique antique consultés (De l’orateur, Livre II ; L’institution oratoire, Livre IX ; Rhétorique à Herrenius) révèle une différence dans la façon dont leurs auteurs respectifs (Cicéron, Quintilien,...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.