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La réciprocité et l’alternance

Pierre-André Stucki

La réciprocité est habituellement conçue comme une structure d'échange où ce que l'on rend est de valeur à peu près équivalente à ce que l'on reçoit. Il en est ainsi de la traditionnelle règle d'or, «Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse», et de la loi du Talion, «Œil pour œil, dent pour dent». L'idée très répandue de la juste rétribution exprime cette manière de penser. Dès l'origine, le christianisme fait valoir une autre optique : le don ne récompense pas forcément le mérite, il arrive qu'il soit gratuit, et le pardon répond à la faute. C'est donc une interaction asymétrique qui est ainsi impliquée par cette tradition et notre logique habituelle s'en trouve déroutée. Pour pallier cette carence, le présent ouvrage propose de recourir au calcul matriciel élémentaire. Il y puise une petite série de modèles assez simples et il examine s'il est plausible de les appliquer à des manifestations typiques de la pensée chrétienne. Il en résulte l'idée de l'alternance : à tel moment, la conscience est focalisée sur le monde, à tel autre, sur l'écoute de l'Evangile. Un tableau métaphysique intégral est hors de portée.
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Chapitre I : L’équivalence et l’alternative : les systèmes 1 et

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Chapitre I L’équivalence et l’alternative : les systèmes 1 et 2

L’idée de la réciprocité s’explicite en première approche par le schéma de l’interaction entre deux acteurs qui échangent des valeurs, positives ou négatives, selon la norme de l’équivalence approximative, admise comme norme de justice. Il s’agit de ce que l’on nomme ici le système 1, qui résulte de la matrice M1, et qui se trouve être bimodal selon que la valeur d’entrée est positive ou négative. Quand on en est à l’échange des coups, toutefois, il peut se produire un glissement vers la réciprocité de la haine, caractérisée par la symétrie des intentions négatives, représentées par des relations négatives ; il s’agit alors du système 2, qui résulte de la matrice M2.

Les acteurs ont conscience du système au sein duquel ils interagissent ; à tel moment, leur attention est retenue par ce qu’ils reçoivent et par ce qu’ils renvoient, à tel autre moment, par un point de vue plus distant sur la norme du système ; il faut donc faire état de la pluralité de points de vue, et de la différence des échelles d’observation. De plus, le système qui se manifeste comme contexte de l’interaction est instable par lui-même, étant donnée l’oscillation entre les valeurs positives et les valeurs négatives, de même qu’entre les relations...

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