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Une figure de l’expansion

La périphrase chez Charles Baudelaire

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Federica Locatelli

L’enjeu de cet essai est d’entrer dans la poétique de Baudelaire par la voie du langage, spécifiquement par l’analyse d’une figure rhétorique dont la fréquence témoigne d’une nouvelle attitude poétique : la périphrase. Célébrée en tant que source du sublime par Aristote et Longin, mais successivement délaissée, au fil des siècles, en tant qu’instrument anodin de l’ornatus, la figure assume une dignité nouvelle sous la plume de Baudelaire : figure d’expansion par excellence – lexicale, syntaxique et sémantique – la périphrase est exploitée en tant qu’outil propice à l’extension des confins de la poésie, au niveau de forme comme du contenu.
La fréquence et la pertinence de la périphrase chez Baudelaire donnent à voir l’essence de la quête littéraire moderne, à savoir l’aporétique recherche de l’Inconnu. Intimement liée au faire (poïein) poétique, elle conduit à nous interroger sur le sens du langage, ou plutôt sur la question du sens que le geste artistique laisse en suspens. Comme l’écrit Michel Deguy, en introduisant notre parcours par une préface, « la poésie (la périphrase) nomme, appelle périphrastiquement l’Inconnu. Elle y plonge, dit Baudelaire ».
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Introduction

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Comme l’a souligné Claude Pichois en 1969 lors de son recensement des études baudelairiennes, «de tous les domaines, celui qui a été le plus négligé est, sans doute aucun, l’étude de la langue […] et du style, ou des styles, qu’il a su créer»1. Cependant, c’est bien d’un nouveau style, d’une approche moderne de la langue qu’il est question dans les plus récentes études de Michel Deguy et dans les notes manuscrites, publiées en 2011, d’Émile Benveniste. Ces analyses ont mis Baudelaire au cœur de l’actualité linguistique en montrant que l’innovation langagière doit être conçue comme la voie royale pour comprendre en profondeur la poétique baudelairienne. Notre objectif est donc de réfléchir sur l’exploitation des ressources rhétoriques et prosodiques dans le recueil des Fleurs du Mal pour suivre la voie tracée par le poète vers une ontologie du langage2.

Charles Baudelaire a en effet bouleversé le statut de certaines figures de rhétorique, «tyrannies inventées arbitrairement», pour en faire «une collection de règles réclamées par l’organisation même de l’être spirituel»3 (Salon de 1859), les instruments et la matière de la quête poétique. C’est le cas de la figure périphrastique sur laquelle nous focaliserons notre analyse, dont le mouvement de détour et d’approximation autour du mot propre manifeste l’attitude de la poésie vers l’expression du Sens.

La...

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