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Une figure de l’expansion

La périphrase chez Charles Baudelaire

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Federica Locatelli

L’enjeu de cet essai est d’entrer dans la poétique de Baudelaire par la voie du langage, spécifiquement par l’analyse d’une figure rhétorique dont la fréquence témoigne d’une nouvelle attitude poétique : la périphrase. Célébrée en tant que source du sublime par Aristote et Longin, mais successivement délaissée, au fil des siècles, en tant qu’instrument anodin de l’ornatus, la figure assume une dignité nouvelle sous la plume de Baudelaire : figure d’expansion par excellence – lexicale, syntaxique et sémantique – la périphrase est exploitée en tant qu’outil propice à l’extension des confins de la poésie, au niveau de forme comme du contenu.
La fréquence et la pertinence de la périphrase chez Baudelaire donnent à voir l’essence de la quête littéraire moderne, à savoir l’aporétique recherche de l’Inconnu. Intimement liée au faire (poïein) poétique, elle conduit à nous interroger sur le sens du langage, ou plutôt sur la question du sens que le geste artistique laisse en suspens. Comme l’écrit Michel Deguy, en introduisant notre parcours par une préface, « la poésie (la périphrase) nomme, appelle périphrastiquement l’Inconnu. Elle y plonge, dit Baudelaire ».
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Préface

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L’admirable faculté de poésie

La poésie, en amont de sa réduction structuraliste (utile) à une «fonction poétique», est un mode d’être, une capacité «existentiale». Ainsi dans une lettre à sa mère de 1855, Charles Baudelaire tente de lui faire partager sa vocation, son être tout dévoué à «l’admirable faculté de poésie», qui le doue de sa «netteté d’idées» et de son «espérance».

Baudelaire est un «poète». Que fait-il donc ? Il le dit dans la 87ème Fleur (édition 1861) : «Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime/ Flairant dans tous les coins les hasards de la rime/ Trébuchant sur les mots comme sur les pavés/ Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés». Rappelons-nous que pour Marcel Proust, un baudelairien, toute la «félicité» du temps retrouvé naît du trébuchement de Venise sur les pavés de la cour des Guermantes.

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