Show Less
Restricted access

Camus et l’antiquité

Martin Rodan

Camus écrit dans ses Carnets : « Nous devons à l’antiquité le peu que nous valons. » En se référant aux vastes lectures et aux nombreux commentaires d’Albert Camus sur les œuvres philosophiques et littéraires gréco-latines et sur la Bible, ce livre entend montrer que l’antiquité constitue pour Camus le sol fertile dans lequel ses forces créatrices s’enracinent, le terreau où son œuvre prend corps : plus il s’inspire de l’antiquité, plus son œuvre devient originale. Une analyse détaillée de ses œuvres philosophiques ( Noces, Le Mythe de Sisyphe, L’Homme Révolté) et littéraires ( L’Etranger, L’Exil et le Royaume, La Chute), permet à l’auteur de cet ouvrage de reconsidérer les thèmes majeurs de la pensée de Camus comme le bonheur, l’absurde et la révolte, et d’appréhender sous un jour nouveau ses grands personnages littéraires, tels Meursault, Caligula, Janine ou Clamence.
Show Summary Details
Restricted access

Chapitre neuvième : Noces ou l’Homme mystique

Extract

Trouver une démesure dans la mesure.Albert Camus

Il peut paraître à première vue surprenant de commencer précisément avec Noces notre analyse de l’influence de l’Antiquité sur les œuvres de Camus. En effet, non seulement celle-ci n’y est pas très sensible, mais surtout ce qui, paradoxalement, transparaît dans cet essai, est le refus de l’écrivain de traiter directement les mythes grecs. C’est dans Noces qu’il écrit : « Bien pauvres sont ceux qui ont besoin de mythes. […] Et qu’ai-je besoin de parler de Dionysos pour dire que j’aime écraser les boules de lentisques sous mon nez ? » (I, 107) Par conséquent on observe une grande différence entre Noces et L’Eté. Dans ce dernier texte, Camus s’inspire ouvertement des mythes grecs, ce que nous prouvent les titres d’essais comme « Prométhée aux enfers », « L’exil d’Hélène », ou « Le Minotaure ». Apparemment, rien de tel dans Noces. Même si Camus nous fait observer furtivement les ruines de Djémila ou de Tipasa, elles ne lui servent que de décor pour parler de lui-même. Car le recueil n’a pas d’autre sujet, « L’été à Alger » mis à part. Pourtant nous ne pouvons pas pour autant définir Noces comme un recueil autobiographique, analogue à L’Envers et l’Endroit où Camus énumère ses faits et gestes et évoque son entourage. Dans Noces, comme le suggère le titre, il ne relate que les instants privilégiés de sa vie : les moments de bonheur vécus...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.