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Camus et l’antiquité

Martin Rodan

Camus écrit dans ses Carnets : « Nous devons à l’antiquité le peu que nous valons. » En se référant aux vastes lectures et aux nombreux commentaires d’Albert Camus sur les œuvres philosophiques et littéraires gréco-latines et sur la Bible, ce livre entend montrer que l’antiquité constitue pour Camus le sol fertile dans lequel ses forces créatrices s’enracinent, le terreau où son œuvre prend corps : plus il s’inspire de l’antiquité, plus son œuvre devient originale. Une analyse détaillée de ses œuvres philosophiques (Noces, Le Mythe de Sisyphe, L’Homme Révolté) et littéraires (L’Etranger, L’Exil et le Royaume, La Chute), permet à l’auteur de cet ouvrage de reconsidérer les thèmes majeurs de la pensée de Camus comme le bonheur, l’absurde et la révolte, et d’appréhender sous un jour nouveau ses grands personnages littéraires, tels Meursault, Caligula, Janine ou Clamence.
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Chapitre douzième : Meursault ou le Christ au cœur païen

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Laisse les morts ensevelir leurs morts. Luc 9, 60.La morale tue. Camus (II, 1120)

Jésus était l’un des modèles, sinon le modèle de Camus lorsqu’il écrivit L’Etranger. Notre but ici ne sera pas de déterminer s’il s’agit d’une influence consciente ou non, question qui importe peu au lecteur. En revanche nous essayerons de montrer que Camus s’inspire surtout de l’esprit des Evangiles qu’il s’efforce d’insuffler à son héros. Cet esprit évangélique se confond parfois avec l’esprit socratique et païen, c’est pourquoi nous aurons souvent recours au paganisme et au socratisme pour déceler certains traits de Meursault. Il ne faut pas oublier que si ce personnage est un « Christ », il demeure surtout un « Christ païen ». Camus définit dans son mémoire69 (I, 1020) cette notion apparemment contradictoire de « Christ païen » comme le résultat du choc de l’hellénisme et du christianisme. En ce sens, ses recherches sur l’Antiquité ont largement influencé la création de Meursault.

Le double aspect, païen et chrétien, de Meursault a été observé par plusieurs critiques. Robert Champigny, qui choisit de voir en Meursault un « héros païen », reconnaît néanmoins la subjectivité de son choix. Ainsi, il remarque : « Je qualifie de « païenne » la conception que Meursault se fait de la vie. Je me réfère pour cela à la pensée grecque. Seulement cette référence générale ne saurait pas suffire. Si on...

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