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Camus et l’antiquité

Martin Rodan

Camus écrit dans ses Carnets : « Nous devons à l’antiquité le peu que nous valons. » En se référant aux vastes lectures et aux nombreux commentaires d’Albert Camus sur les œuvres philosophiques et littéraires gréco-latines et sur la Bible, ce livre entend montrer que l’antiquité constitue pour Camus le sol fertile dans lequel ses forces créatrices s’enracinent, le terreau où son œuvre prend corps : plus il s’inspire de l’antiquité, plus son œuvre devient originale. Une analyse détaillée de ses œuvres philosophiques ( Noces, Le Mythe de Sisyphe, L’Homme Révolté) et littéraires ( L’Etranger, L’Exil et le Royaume, La Chute), permet à l’auteur de cet ouvrage de reconsidérer les thèmes majeurs de la pensée de Camus comme le bonheur, l’absurde et la révolte, et d’appréhender sous un jour nouveau ses grands personnages littéraires, tels Meursault, Caligula, Janine ou Clamence.
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Conclusion

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Camus dit un jour à son maître Jean Grenier : « Plus j’avance et plus je suis étonné par la quantité de choses toujours vraies et neuves que les Grecs ont formulées » (Grenier, 1968, 64). Grenier commente ces mots de la manière suivante : « Choses ‹ vraies ›, beaucoup l’accorderaient encore, mais beaucoup nieraient qu’elles fussent ‹ neuves › » (1968, 64). Or nous avons tenté de montrer tout au long de notre travail que l’originalité de Camus consiste précisément dans le fait qu’il a réussi à percevoir la nouveauté et l’actualité de l’Antiquité.

Camus a repensé le « début de l’histoire spirituelle d’Occident » (II, 845) et s’est rendu compte de la « stupidité du schème » évolutionniste : « Antiquité- Moyen Age-Temps modernes » (II, 846). Naître quelques siècles après Socrate ne signifie pas nécessairement être plus sage que lui. Les cultures grecque et biblique fournissent à Camus d’innombrables exemples de valeurs essentielles. Selon lui, la culture grecque met l’accent sur la connaissance, la culture biblique sur l’amour. Il a donc conscience de leur spécificité. Mais il sait surtout que ces cultures éloignées dans le temps peuvent encore être des sources d’inspiration. Elles ont été élaborées par des créateurs. Or pour Camus, « le contraire d’un peuple civilisé, c’est un peuple créateur » (I, 124). Mais les artistes de l’Antiquité, s’ils étaient moins savants que les hommes du XXe siècle, avaient suffisamment de génie pour émouvoir toutes les époques.

Selon Michelet, « le génie...

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