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Le Nigeria et la Suisse, des affaires d’indépendance

Commerce, diplomatie et coopération 1930–1980

Steve Page

Analyser les rapports économiques et diplomatiques entre le Nigeria et la Suisse revient à se pencher sur des mécanismes peu connus de la globalisation: ceux d’une relation Nord-Sud entre deux puissances moyennes et non coloniales. Pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria semblait en passe de devenir, à l’aube de son indépendance, une puissance économique continentale. La Suisse, comme d’autres pays, espérait profiter de ce vaste marché promis à une expansion rapide. Entreprises multinationales, diplomates et coopérants au développement sont au centre de cet ouvrage, qui s’interroge sur les motivations, les moyens mis en œuvre et les impacts des activités de chacun. S’y ajoutent des citoyens suisses de tous âges et de tous milieux qui, bouleversés par les images télévisées d’enfants squelettiques durant la « Guerre du Biafra » en 1968, entreprirent des collectes de fonds et firent pression sur leur gouvernement pour qu’il intervienne. Ce livre donne une profondeur éclairante aux relations Suisse–Nigeria, récemment médiatisées sur leurs aspects migratoires, ou sur les pratiques opaques de négociants en pétrole établis en Suisse.
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Chapitre II : Présence suisse au Nigeria : politique commerciale : de « pénétration pacifique » et projet de bastion chrétien : en terre musulmane

Chapitre II

Présence suisse au Nigeria : politique commerciale de « pénétration pacifique » et projet de bastion chrétien en terre musulmane

La plupart des Suisses s’établissant au Nigeria à partir de 1930 sont commerçants ; à la veille de l’indépendance, quelques missionnaires arrivent. Les motivations de leur implantation et les mécanismes d’expansion de leurs activités font l’objet de ce chapitre. Il aurait pu sembler judicieux de commencer par traiter de la Compagnie française d’Afrique occidentale, dont la moitié du capital se trouve en mains suisses. Mais pour des raisons évidentes, cette compagnie ne sera jamais perçue comme part entière de la communauté suisse et d’autres études se sont déjà penchées sur ses activités.1 L’entreprise bâloise Union Trading Company prend pied au Nigeria dès les années 1930, puis développe son commerce de détail et d’automobiles sur l’ensemble du territoire. En 1937, l’Office suisse d’expansion commerciale ouvre une représentation à Lagos et, en dépit de sa fermeture après dix ans, d’autres compagnies suisses s’établissent à la fin de la décennie 1950. Quant à la Mission de Bâle, son arrivée tardive en 1957 ne l’empêche pas d’obtenir plusieurs milliers de conversions. ← 51 | 52 →

1.   Union Trading Company : tissage d’un réseau commercial

La naissance de l’Union Trading Company [UTC] est étroitement liée à l’histoire de la Mission de Bâle, qui développe des activités en Russie dès 1820, puis en Côte de l’Or à partir de 1828.2 Plus précisément, UTC est une filiale de la Basler Handels-Gesellschaft, elle-même issue des nécessités de ravitaillement de la Mission de Bâle outre-mer. Dans les années 1830, un marchand est engagé pour approvisionner les missionnaires bâlois en poste en Côte de l’Or. L’activité de ce marchand prend une ampleur considérable. Un seul homme ne suffit bientôt plus et pour y remédier, la Missions-Handels-Gesellschaft voit le jour en 1859. Cette société par actions, subordonnée au comité de la Mission, a d’abord pour tâche d’approvisionner des missionnaires. Mais elle vend en Côte de l’Or aussi des produits alimentaires, des textiles et du matériel de construction, puis y achète de l’huile de palme et plus tard aussi du cacao3. Le commerce se révèle prospère et en 1900, la société compte 313 collaborateurs indigènes dans ses rangs.4 Elle met en 1905 le premier camion en circulation en Côte de l’Or, avant d’étendre ses activités au commerce automobile.5 En 1921, le président de la société, Wilhelm Preiswerk, fonde une filiale précisément pour le commerce avec la Côte de l’Or, sous forme de holding internationale nommée Union Trading Company. Celle-ci se compose de filiales à Hambourg, Londres et New York, que les entreprises de transport mari ← 52 | 53 → time relient aux ports d’Afrique de l’Ouest. Enfin, la société commerciale se sépare de la Mission en 1928 et prend le nom de Basler Handels-Gesellschaft. Néanmoins, celle-ci continue de verser une part de ses revenus à des œuvres chrétiennes.6

Ce n’est qu’en 1927 que la Compagnie bâloise s’intéresse au marché nigérian, puis s’étend copieusement aux quatre coins du pays. En 1959, les possessions de UTC au Nigeria comprendront huit Motor Departments et un centre de formation technique rattaché à celui d’Enugu, un department store – grand magasin à plusieurs rayons, cinq autres magasins, plusieurs dépôts, bureaux et logements. Ces locaux se concentrent essentiellement sur Lagos et Ibadan, puis à parts plus ou moins égales sur l’Est et le Nord ; soit à Port Harcourt, Aba, Enugu, Kano, Kaduna et Jos.7 A la veille de l’indépendance du Nigeria, le journal à plus haut tirage Daily Times est rarement exempt de publicité UTC, qui y figure parfois sous trois annonces le même jour.8

Le Nigeria, colonie de la Grande-Bretagne, n’en est pas pour autant une chasse gardée. A côté des firmes britanniques UAC et John Holt, la compagnie allemande Gaiser occupe des parts de marché importantes déjà au 19e siècle. De son côté, la Compagnie française de l’Afrique occidentale [CFAO] s’implante dans la première décennie du 20e siècle.9 Arrivée au Nigeria tardivement, UTC y démarre ses activités durant la Grande dépression. Quelles méthodes lui permettent, dans ces circonstances, de s’y établir et de s’y développer durablement ?

Prospection et premières bases au Nigeria

En mai 1927, l’agent général UTC pour la Côte de l’Or, Edouard Wintz, vit une expérience grandiose alors que son bâteau s’apprête à accoster au port de Lagos. Les bâtiments administratifs s’alignent au bord d’une large ← 53 | 54 → chaussée, face à la mer. Une infrastructure portuaire moderne assure les déchargements dans les meilleures conditions.10 Le boom économique suivant la Première Guerre mondiale provoque un afflux de « chercheurs d’or » vers Lagos, une extension rapide de la ville sur le reste de l’île, puis débouche sur une période d’instabilité économique et de fluctuations, dès 1921.11 Selon l’agent général, les perspectives de marché pour une nouvelle société dépendent de la capacité à se faire connaître par la qualité et le prix de ses marchandises. La concurrence existe mais ne semble pas insurmontable ; la difficulté consiste plutôt à trouver des locaux, qu’il faut louer à des propriétaires indigènes.12

Lors d’un autre séjour de prospection à Lagos en 1930, l’agent UTC indique que le prix des marchandises subit une énorme pression, due selon lui aux commerçants syriens qui importent sans intermédiaires. Il qualifie toutefois cette situation de plus propice que jamais pour une pénétration du marché nigérian. Dans un tel contexte, une nouvelle firme offrant de nouveaux produits se montrerait attractive, et même si le pouvoir d’achat des Nigérians semble inférieur à celui des habitants de la Côte de l’Or, il apparaît plus stable, ne dépendant pas uniquement des revenus du cacao, mais aussi des noix et de l’huile de palme. Selon l’agent UTC, alors que les affaires en Côte de l’Or ont atteint leur « zenith », elles devraient connaître un développement important au Nigeria.13

Pour assurer un bon départ, E. Wintz estime nécessaire de s’appuyer sur un homme d’expérience locale et songe aux nombreuses firmes allemandes, très actives jusqu’à la confiscation des « propriétés de l’ennemi » par la Grande-Bretagne en 1914 et désormais à la recherche de capitaux pour reprendre leurs affaires.14 Une de ces firmes s’annonce auprès de ← 54 | 55 → Hans Aselmann, acheteur pour UTC à Hambourg. Il s’agit de la Hambourg Nigeria Company [Hanico] fondée par Eugen Fischer. Celui-ci, dès 1880, supervisait à Lagos les affaires de la firme G. L. Gaiser15. Plus tard, il dirigea l’entreprise depuis Hambourg, puis fonda sa propre compagnie lors de son retour à Lagos en 1922. Il s’allia pour ceci quatre investisseurs ;16 mais en 1929, un d’entre eux se retire. UTC considère l’opportunité d’un rapprochement. Eugen Fischer prépare sa retraite, prévoit de devenir manager général de l’entreprise et de transmettre les affaires nigérianes à son fils.17 Mais, plutôt qu’une prise de participation, UTC espère obtenir la liquidation de Hanico. Elle se concrétise en 1936, suite à un conflit apparemment lié à la personnalité du fils Fischer, qui ne jouit plus de la confiance des actionnaires et se retrouve en prison pour des raisons peu claires.18

En septembre 1931, dix ans exactement après son entrée en service à Accra, l’agent UTC Christian Spoerri débarque à Lagos pour s’y établir. La grandiose impression que son collègue E. Wintz avait ressentie lors de la prospection n’est plus à l’ordre du jour : de sombres nuages couvrent le ciel alors que la radio annonce la nouvelle valeur de la livre sterling. Gloede, agent de Hanico, assiste C. Spoerri dans sa recherche de stations d’achat et locaux de vente ; ce dernier achète un spacieux magasin à UAC19. Ibadan et Abeokuta, pour leur taille et leur dynamisme, retiennent immédiatement l’attention de Spoerri qui estime nécessaire d’y employer des acheteurs. A Abeokuta, il engage I. A. Shodipo, propriétaire ← 55 | 56 → de plusieurs bâtiments, neveu de Majekodumi – grand marchand de la ville – et de l’Alake [chef traditionnel d’Abeokuta] Ademola II, avec qui Gloede assure la prise de contact. L’année suivante, Spoerri est invité, parmi d’autres marchands, des missionnaires et des membres du gouvernement, au 60e anniversaire d’Ademola II, qui décerne à cette occasion un titre de sous-chef à Shodipo.20

Dans le contexte général de Grande dépression, Martin Binhammer, du siège de la compagnie à Bâle, prône une « Politik der peaceful penetration ».21 Ces propos sont difficiles à interpréter, sans doute évoquent-ils la nécessité de garder calme et espoir, de persister dans l’adversité. En effet, l’attitude de certaines compagnies européennes établies au Nigeria et ayant survécu au « cannibalisme commercial »22 est ressentie par Spoerri comme particulièrement agressive. Celui-ci juge que UAC, profitant pleinement de sa position de leader, achète ses produits oléagineux à un prix trop élevé. Mais à l’inverse, UAC reproche à UTC de lui faire perdre ses acheteurs en offrant des primes trop généreuses ; affaire qui sera finalement réglée entre les centrales de Bâle et de Londres. Le président de UTC Wilhelm Preiswerk affirme à son correspondant de UAC qu’il ne permettrait jamais de « telles pratiques » et lui suggère de considérer les plaintes venant du Nigeria comme celles de quelques agents dérangés dans leur « quiétude monopolistique ».23 Spoerri déplore aussi régulièrement les pressions à la baisse exercées sur les prix de vente. Dans cette politique des prix, UTC deviendrait la cible de ses concurrents qui ne reculent devant aucun moyen, et CFAO aurait engagé un « combat en ← 56 | 57 → règle » contre la Compagnie bâloise ; sans parler de UAC, objet principal de l’exaspération de Spoerri et qui mène selon lui une « politique de pouvoir et de viol ».24

L’indigo trace une piste vers le Nord, les machines à coudre vers l’Est

Malgré tout, UTC obtient des bénéfices intéressants sur un produit dont elle reçoit l’exclusivité de vente au Nigeria à partir de 1933 : la teinture indigo d’IG Farben. Melcher, le remplaçant de Spoerri à Lagos, se propose de raconter aux teinturières que l’introduction de ce produit repose sur la seule intention de faciliter leur tâche, en permettant une coloration beaucoup plus rapide qu’avec les moyens naturels utilisés habituellement. D’après l’agent Melcher, « l’indigène doit absolument avoir l’impression que de notre part il ne s’agit pas de commerce, mais que UTC désire soutenir la teinturerie locale ».25 Il est néanmoins impossible de savoir jusqu’où un tel paternalisme est à prendre au sérieux.

Le succès de l’indigo IG Farben suscite des réactions critiques à travers le Daily Times. Le journal est réprimandé par Melcher qui lui reproche un manque de sérieux et suspecte UAC de tirer les ficelles d’une campagne de diffamation. De plus, l’Alake Ademola II annonce avoir appris « de plusieurs sources » que le produit contiendrait de la soude caustique et demande d’en interrompre la vente jusqu’à ce qu’on y voie plus clair. Melcher suppose que le gouvernement colonial, dans un désir de favoriser l’industrie locale, se soit joint à la diffamation.26 Puis, des employés de UAC renchérissent en prétendant que l’indigo synthétique nuit à la qualité de la coloration ; l’Alake convoque alors son Conseil, l’officier de district et le résident britanniques pour vérifier. Après démonstration, Ademola II déduit que les problèmes viennent d’une utilisation inadéquate, mais décrète tout de même l’interdiction de vente, qu’il ne lève que partiellement ← 57 | 58 → et inofficiellement une année plus tard, suite à une pétition de teinturières.27 Celles-ci se sont montrées sensibles aux explications de l’agent Melcher, selon qui la demande en indigo augmente à un tel point qu’elle risque de provoquer une fuite définitive de la clientèle et de mettre en péril l’industrie d’Abeokuta.28 La manière d’agir de Melcher se veut discrète – il prétend donner l’impression de ne parler aux teinturières qu’à titre privé – et consiste à multiplier les partenaires, en abordant les chefs subordonnés à l’Alake et en achetant la sympathie d’un journaliste.29 Dans une perspective plus générale de relations publiques, Melcher suggère d’inviter l’Alake en Suisse à l’occasion de son voyage en Europe en 1935. Cette idée est toutefois jugée trop saugrenue par le président Preiswerk, qui évoque des obstacles financiers.30 La Compagnie perd définitivement Ademola II à sa cause ; en 1939, celui-ci tient un discours où il recommande de ne plus recourir à l’indigo synthétique et de se tenir aux habitudes naturelles des Anciens.31

Cependant, UTC n’avait pas cessé d’écouler de l’indigo de sa station d’achat à Ibadan et de ses magasins à Lagos, où les habitants d’Abeokuta venaient vraisemblablement s’en procurer. La concurrence n’est pas en reste ; UAC, CFAO, SCOA écoulent de l’indigo de l’entreprise française Kuhlmann, alors que Tangalakis introduit une version bâloise, celle de Ciba. Du moment que Lagos et Abeokuta semblent acquises au produit d’IG Farben, UTC envoie son agent Rosen en tour de propagande plus au Nord. Là encore, la discrétion est de mise face à la concurrence ; Rosen n’avertit aucun ami de ses escales et ne séjourne qu’à l’hôtel. De cette mission résultent instantanément de nouvelles commandes, et ← 58 | 59 → les teinturiers qui n’ont pas répondu favorablement sont harcelés par courrier.32

En 1935, Melcher souhaite rapidement étendre la propagande à Kano – bien connue pour la teinturerie depuis plus de quatre siècles – et craint que le fournisseur ne retire l’exclusivité à la Compagnie bâloise si elle n’entreprend rien dans cette ville.33 Une tentative d’implantation à Kano n’est en effet pas très risquée ; deux ans plus tard, UTC considère d’y augmenter les prix. Selon elle, la clientèle percevrait ceci comme un signe de qualité. Néan moins, le président de la Compagnie Max Preiswerk recommande de ne pas négliger les directives d’utilisation, qu’il qualifie d’« assez compliquées pour un nègre ». L’ampleur du succès à Kano le fait supposer que l’indigo synthétique y soit déjà connu car arrivé par le Soudan, mais que l’approvisionnement depuis Lagos s’avère plus profitable.34 Pour une implantation durable, l’agent B. Schwarzenbach est convaincu qu’il faille y placer un Européen et ouvrir un grand magasin, l’expérience d’Abeokuta ayant démontré que les efforts ne devraient pas se limiter à l’introduction du produit.35

Obtenir l’exclusivité d’un produit se révèle prometteur ; et c’est précisément la condition posée par UTC pour un partenariat avec le représentant des machines à coudre Phoenix. A ce moment, en 1935, seul « un noir » écoule ces machines à Lagos, mais son contrat arrive à terme l’année suivante.36 Le représentant de Phoenix se montre coopératif et accorde à la Compagnie bâloise l’exclusivité dans le district de Lagos. Bientôt, la concurrence s’intéresse à vendre le même produit et Melcher estime que si SCOA, UAC ou John Holts devait obtenir l’exclusivité dans le district de Port Harcourt, « nous sommes perdus ». UTC ne dispose pas d’un réseau de ← 59 | 60 → magasins aussi dense que celui de ces compagnies, qui seraient en mesure, depuis Port Harcourt, de distribuer l’article à Benin, Sapele et Lokoja. Selon Preiswerk, point de raison de s’alarmer ; il évoque alors l’option peu onéreuse d’y placer « un noir capable ». Une telle personne est donc envoyée à Port Harcourt pour y introduire les machines Phoenix ; quelques pots d’indigo font partie de ses bagages.37 Dans un second temps, UTC décide toutefois de s’y établir plus fermement et l’agent Krauss suggère de s’engager aussi à Aba et à Onitsha.38

Il s’avère plus difficile de réussir dans le domaine textile. UTC se met à vendre du coton dès son arrivée au Nigeria, comme le font déjà la majorité des compagnies européennes. Son prix de vente, comme celui de nombreux produits, subit une pression à la baisse, de sorte que la Compagnie bâloise peine à en dégager la marge souhaitée de 25 %. En 1935, Melcher annonce que sur le marché du coton, les perspectives s’embellissent et que le succès dépend aussi des motifs, qui doivent être au goût du jour.39 Selon lui, un autre ingrédient du succès consiste à tenir un magasin où ne serait vendu que du coton ; une telle option permettrait à UTC de diminuer sa dépendance des intermédiaires syriens et de mieux évaluer la demande, en se rapprochant du client. La Compagnie bâloise ouvre un magasin de coton à la rue Balogun à Lagos, réputée dans l’ensemble du Nigeria pour ce type de commerce.40 En 1936, l’agent Melcher constate que désormais, les clients indigènes se font plus exigeants en matière de qualité ; une évolution vraisemblablement provoquée par la hausse des prix des produits agricoles qui entraîne celle du pouvoir d’achat. UTC entend à l’avenir élargir ses marges et introduire quelques nouveautés pour lesquelles le ← 60 | 61 → client serait prêt à dépenser plus, comme des tissus imprimés de Glaris ou des madras d’Inde.41 Cette perception du client sera partagée, 30 ans plus tard, par un analyste américain :

Avec seulement une très petite part de son revenu à disposition, le Nigérian est un acheteur prudent. Il n’est pas inflexible dans ses préférences ; au contraire, le Nigérian est prêt à essayer la nouveauté si on la lui présente bien. Mais il veut de la valeur pour son argent, et tout en étant prudent dans ses choix, ses conceptions de la valeur peuvent être difficiles à déterminer.42

Collaborateurs et concurrents africains

Afin de mesurer le succès de UTC, on pourrait s’interroger sur le nombre d’employés ; mais les seize allocations versées en 1939 à ses agents européens postés au Nigeria sont la seule donnée disponible.43 Faute d’indications dans les sources, une estimation quantitative du personnel indigène n’est pas possible. Toutefois, la place qu’on lui réserve au sein de la Compagnie transparaît de quelques lettres. Si l’agent Spoerri suggère en 1932 de ne pas « gaspiller » les forces de travail européennes en les assignant à des secteurs peu prometteurs, il affirmera l’année suivante que les indigènes ne sont pas en mesure d’occuper certains postes, comme la direction de quincaillerie. Selon lui, ce domaine ne peut dégager de bénéfice que s’il est dirigé par un européen ; l’indigène que sa compagnie y avait employé était « incapable » et « ne comprenait rien aux outils ».44 Dans le cas de l’expansion vers Port Harcourt, du moment qu’il ne vaudrait pas la peine d’y ouvrir un grand magasin, envoyer un « noir capable » représente une option peu risquée, car peu onéreuse. Shodipo, engagé comme acheteur à Abeokuta, considéré comme homme d’affaires particulièrement influent, se voit congédié après moins de deux ans pour avoir refusé une baisse de ← 61 | 62 → salaire.45 Celui des employés indigènes de UTC connaîtra toutefois une hausse en 1942, sous forme d’indexation au coût de la vie, conformément aux recommandations de l’AWAM.46

Par la concertation, les compagnies entendent diminuer la pression sur les prix de vente. En 1933, UAC convoque à Lagos les autres firmes européennes, afin de fixer les prix du ciment, de la tôle ondulée, des bières et alcools, de la purée de tomate et de quelques autres produits alimentaires. Spoerri juge qu’un tel accord47 vise à mettre fin à une situation devenue intolérable : « Nous autres compagnies, nous nous décapitons les unes les autres ; le marchand, Mr Blackmann, en profite et s’engraisse ». Les marchands indigènes auraient écoulé 40 % des dernières importations de poisson séché et Spoerri déduit que l’accord sur les marchandises repose sur une volonté « d’agir doucement pour ne pas encourager les importateurs syriens et indigènes dans leurs entreprises ».48 Des réunions périodiques se succèdent afin d’ajuster les prix, voire d’allonger la liste des produits concernés. UTC adopte face à cela une position typiquement suisse : elle assiste aux réunions sans être partie prenante de l’accord, dont elle s’engage à appliquer les termes, du moment que les autres en font de même.49 ← 62 | 63 → Or, il semble que les marchands indigènes parviennent à vendre aux mêmes prix en se fournissant, selon l’agent Melcher, à des conditions avantageuses auprès de compagnies européennes qui ne disposent pas d’un grand réseau de distribution. Bien que le vendeur noir de machines à coudre – déjà évoqué – n’ait même pas l’occasion de concurrencer UTC, Melcher estime que les marchands indigènes représentent l’obstacle majeur à une régulation efficace et que la solution consiste à les écarter définitivement.50

Les achats de produits agricoles font également l’objet de régulations, qui ont pour but officiel de lutter contre la concurrence déloyale. Un pool d’acheteurs de noix de palme et de cacao se constitue en 1933. Vis-à-vis de ce type de concertation, la Compagnie bâloise marque une plus grande distance. Elle est invitée aux négociations, mais l’agent Spoerri estime qu’elle achète trop peu pour faire de l’ombre à ses concurrents et que de toute manière, UAC parvient à paralyser les autres membres du pool. Spoerri qualifie une participation d’inutile tant que les grands acheteurs SCOA et Gaiser n’y adhèrent pas ; de plus, contrairement au domaine de la vente, celui des exportations ne subirait pas la concurrence syrienne et indigène.51 Un objectif de ces arrangements consiste pourtant à « éduquer les intermédiaires », et plus particulièrement les acheteurs indigènes actifs dans le transport et n’ayant pas de personnel européen à rémunérer52 ; avantages qui permettront à quelques-uns de survivre.

A travers un nouvel accord conclu en 1937, les participants s’engagent à acheter une quantité précise de cacao. Mais à la veille de la Seconde Guerre mondiale, la perte des débouchés allemands met certaines compagnies dans l’embarras ; elles sont forcées d’acquérir plus de cacao qu’elles ne sont en mesure d’écouler. Le Colonial Office se laisse alors convaincre par UAC et d’autres grandes firmes d’acheter la totalité de la récolte. ← 63 | 64 → Ensuite, l’Association of West African Merchants [AWAM]53 opère une répartition de celle-ci entre ses membres, sous forme de quotas gelés sur la durée de la Seconde Guerre mondiale. La part habituellement exportée par les compagnies allemandes est redistribuée aux membres restants. Le Colonial Office, craignant la réaction des marchands indigènes dans le cas de leur élimination, obtient que l’AWAM les intègre dans une catégorie d’exportateurs « B » et leur réserve 2.5 % de la récolte.54 L’exportation de noix de palme sera régulée sur le même modèle. Dès 1939, UTC obtient 3.12 % de la récolte de cacao, soit légèrement plus que la part exportée les années précédentes55, et en 1942, 1.26 % de la récolte de noix de palme lui est réservée.56

Excédant largement par le nombre leurs concurrents expatriés, les marchands nigérians peinent à s’entendre et s’organiser collectivement. Le monopole étranger sur le secteur bancaire et le transport maritime constitue pour eux un autre désavantage, si bien qu’ils parviennent rarement à se faire leur propre place dans le domaine de l’import-export, et sont le plus souvent maintenus au rang d’intermédiaires. Toutefois, selon Tom Forrest, la quasi constante croissance économique sous la période coloniale permet aux Nigérians d’accroître chiffres d’affaires et profits. Les ← 64 | 65 → compagnies européennes, pour leurs achats de marchandises agricoles, reposent largement sur les services d’agents et intermédiaires locaux, qui connaissent ainsi de nouvelles opportunités.57

Spécialisation et réorientation

En 1938, le souvenir des confiscations subies en Côte de l’Or durant la Première Guerre mondiale58 inspire au président de la Compagnie bâloise Max Preiswerk un certain entregent auprès de sa connaissance Sir William Hunt, qu’il dit avoir récemment entretenu « de questions politiques ». Preiswerk songe aussi à insister sur la nationalité de la compagnie en écrivant au Gouverneur et au Chief Secretary à Lagos, et à se procurer des posters suisses auprès de l’OSEC – représentée au Nigeria dès l’année précédente – pour en décorer l’intérieur des magasins. Apparemment dans la même intention, un projet consiste à créer un logo « UTC » sur le modèle d’un mot croisé rappelant le drapeau suisse.59

Rien ne montre que la Seconde Guerre mondiale affecte les affaires de UTC au Nigeria. D’ailleurs, en 1936, la compagnie avait décidé de se lancer dans la distribution d’automobiles en misant sur la qualité du service, ce qui avait probablement constitué le principal facteur d’expansion en Côte de l’Or. Après moins d’une année, le résultat des ventes de voitures Opel est jugé de « bon et stable » par l’agent B. Schwarzenbach.60 Les régulations de taxis introduites à Lagos incitent UTC à adapter son approche ; elle prévoit désormais de développer ses ventes de voitures privées et son Motor Department d’Ibadan. Des négociations s’engagent en 1939 pour obtenir l’agence des voitures Standard, et aboutissent. Les résultats du département automobile ne déçoivent pas non plus en 1942, lorsque ceux ← 65 | 66 → des accessoires sont même qualifiés de « splendides ».61 En 1955, un agent en poste au Nigeria suggère qu’en ce moment où les compagnies tendent à se détourner de la vente de détail pour se spécialiser, UTC se concentre sur la distribution automobile, dont les récents résultats se sont encore révélés « très réjouissants ».62 Cependant, la vente de détail reste un secteur florissant pour la Compagnie bâloise, contrairement à l’achat de produits agricoles occasionnant de grosses pertes que l’agent C. Spoerri impute en 1957 à une mauvaise gestion. Son collègue Fritz Hofer souhaite abandonner cette activité, mais la direction insiste pour acquérir le minimum nécessaire à la conservation des licences d’achat, soit 250 t. de cacao et 875 t. de noix de palme.63 Les archives consultées ne disent pas combien de temps se poursuivront les achats de cacao au Nigeria, mais nous savons qu’au Ghana, à la fin des années 1950, UTC cesse complètement d’en acquérir.64

A la vue du nombre de Motor Departments exploités par UTC à la veille de l’indépendance, il semble qu’elle place un grand espoir dans le commerce automobile. Pour l’introduction du modèle Standard Super Ten, un tour de promotion est organisé à travers le pays à partir de Lagos, où la voiture retournera depuis le lac Tchad en un « temps record » de 25 heures. L’événement intéresserait près de 20’000 personnes et se déroule sous la coordination du manager général Benjamin Schwarzenbach, accessoirement devenu vice-consul de Suisse au Nigeria en 1952, poste ensuite occupé par son collègue d’entreprise Fritz Hofer.65 En mars 1960, UTC approche UAC et lui propose de produire des voitures Opel dans son usine d’assemblage à Apapa.66 ← 66 | 67 →

Vue du magasin principal de UTC à Broad Street, Lagos. Max Preiswerk, Album 8.1.1955. AMB 10394/PS01-D05-05.

La spécialisation dans le commerce automobile suit une tendance des firmes de négoce européennes, qui investissent aussi de plus en plus dans des projets industriels, à l’image de la chaine de montage de UAC à Apapa ; mais contrairement aux vœux de UTC, l’usine n’assemblera pas de voitures Opel. La Compagnie bâloise se joint au mouvement d’industrialisation en 1946, en devenant actionnaire de la Brasserie nigériane. Cette orientation industrielle des firmes de négoce européennes, selon R. L. Tignor, correspond à une attitude purement défensive qui incite à préserver un marché lucratif des potentiels concurrents locaux.67 Dispenser un enseignement ← 67 | 68 → technique aux indigènes, comme UTC le fait en formant des mécaniciens à Enugu, est aussi un moyen répandu parmi ses concurrents européens pour soulager leur besoin de main d’œuvre qualifiée.

Si UTC est parvenue à se faire une place au Nigeria malgré son arrivée tardive dans une période de dépression économique mondiale, elle le doit à son expérience acquise en Côte de l’Or. L’agent Edouard Wintz et plusieurs de ses successeurs s’y étaient déjà familiarisés avec les conditions de travail en Afrique de l’Ouest britannique, et un bon réseau avait pu être tissé avec les autorités coloniales. Facteur apparemment plus anecdotique, le choix d’introduire l’indigo industriel contribue toutefois beaucoup à l’expansion du réseau de points de vente.

2.   Entreprises suisses dans le sillage de UTC

L’OSEC à Lagos, présence brève et travail d’information

Plusieurs entreprises suisses considèrent de probables débouchés au Nigeria, en partie à cause du travail d’information assuré par l’Office suisse d’expansion commerciale [OSEC]68 et les consulats. Le consul de Suisse à Freetown F.A. Schumacher – dont la circonscription s’étend à l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest anglophone – se rend à deux reprises aux bureaux de l’OSEC, qui invite ses membres à venir se renseigner. Schumacher visite les bureaux lausannois en 1929, puis les zurichois en 1936. L’OSEC dispose de 1937 à 1947 d’un agent commercial pour l’Afrique de l’Ouest basé à Lagos. L’arrivée du premier agent F. Graf cause un petit souci à UTC : du moment que celui-ci a l’intention de prélever des commissions auprès des ← 68 | 69 → exportateurs suisses qu’il assiste, la Compagnie bâloise entend rester vigilante pour que la procédure ne s’applique pas à ses fournisseurs.69

Lors de son passage en Suisse en 1942, Graf ne se limite pas à visiter ses bases arrières de Lausanne et Zurich, mais accorde également des entrevues à Berne, Bâle et St-Gall. A ces mêmes localités, son successeur B. Oberholzer ajoute en 1946 Genève, Berne et la Chaux-de-Fonds, où la Chambre suisse de l’horlogerie le reçoit.70 Oberholzer écrit non seulement des rapports, il assure aussi une tâche de représentation auprès du gouvernement colonial, qui lui prêtera « un zèle qui outrepasse probablement ses instructions ». Par exemple, l’agent transmet des brochures d’entreprises, qui sont mises à disposition du public à la bibliothèque du Département du commerce et de l’industrie.71 La cause de la fermeture de l’agence à Lagos n’est pas claire et rien ne permet d’affirmer que UTC lui aurait mis des bâtons dans les roues.72 L’OSEC puisera désormais son information sur le Nigeria auprès du Consulat de Suisse à Accra.

En 1944, le rapport spécial de l’OSEC traitant de l’Afrique de l’Ouest affirme en préambule que l’attrait d’un territoire dépend du type de colonisation qui s’y applique ; et qu’à ce sujet, la politique de libre commerce exercée sur les colonies britanniques a permis à leurs habitants d’acquérir un substantiel pouvoir d’achat. Au Nigeria, une classe moyenne se formerait grâce à quelques hautes écoles d’où sortent des ingénieurs et médecins indigènes. Lagos deviendrait alors plus attractive que n’importe quelle autre ville en Afrique de l’Ouest. Osant un jeu de miroirs, l’auteur du rapport explique que les marchands indigènes se fédèrent en vue d’écarter au mieux les firmes européennes. Il estime que la situation ne serait pas au ← 69 | 70 → détriment des importateurs ; ces fédérations, peu désireuses de récupérer les dettes de leurs membres, les inciteraient à devenir plus solvables.73

Un commerce entravé par la zone sterling

Or, le document n’aborde pas la question des régulations britanniques en faveur de la zone sterling, qui ont pour but de lutter contre la dévaluation. Dès 1940, à Lagos, le commerçant E. Osborne se tourne vers le contrôleur des importations pour lui faire part de sa difficulté à commander des montres, dont il n’y aurait aucun fournisseur à l’intérieur de la zone sterling. Le directeur de mines H.H.W. Boyes et le joaillier M. de Bank74 appuient la plainte d’Osborne à partir de 1943. Aucun d’entre eux ne sait où s’approvisionner en montres, si ce n’est en Suisse. M. de Bank souligne le rôle primordial d’un objet qui donne la conscience du temps et devient ainsi gage d’efficacité dans la vie professionnelle et l’effort de guerre. La Suisse est dépeinte par le joailler comme « un pays continental clairement amical ».75 Cette image contraste avec celle du gouvernement colonial, dont les enquêtes ont révélé que personne, ni même à Hong Kong, ne fabrique de montres à l’intérieur de la zone sterling, mais qui entend limiter au maximum les importations de Suisse pour éviter de soutenir les puissances de l’Axe.76 Le cours de la livre représente néanmoins l’enjeu principal ; alors que le gouvernement britannique peut acheter des francs suisses contre de l’or dès 1944, des produits jugés essentiels entrent à nouveau dans la zone sterling. L’autorisation implique une distribution ← 70 | 71 → de licences, mais celles qui concernent l’importation de montres suisses au Nigeria sont vite jugées insuffisantes par l’AWAM, qui obtient aussitôt le quadruplement de leur montant. Avant cette augmentation, UAC en importe pour 154 £, John Holt 29 £, UTC 23 £, CFAO 18 £, Paterson & Zochonis 11 £, G. B. Ollivant 9 £ et SCOA 6 £.77

Structure des exportations du Nigeria en Suisse 1940-196078, Sfr courants

Stat. DGD. ← 71 | 72 →

Les importateurs rediscutent constamment le montant des licences avec le gouvernement colonial qui réitère l’intention de ménager ses réserves de francs suisses, au moins jusqu’en 1950. Le commerçant suisse actif à Lagos F. Steiner se tourne vers la Division du commerce de son propre gouvernement, qui souligne un continuel effort diplomatique envers la Grande-Bretagne à propos des échanges avec la zone sterling. La Division évoque toutefois un succès limité et surtout l’impossibilité d’influencer le montant et la distribution des licences.79 Le Département du commerce et de l’industrie du Nigeria [DCI] considère que l’importation de montres lui cause un de ses plus gros maux de tête. Par exemple, il songe à importer un éventuel surplus de montres suisses de Grande-Bretagne. D’autres produits suisses posent le même problème, comme la broderie ou l’indigo, dont « la contribution [de l’indigo] au bien-être de la population » est soulignée par le même département.80 En 1950, la répartition des licences montre une attitude du gouvernement colonial désormais divergente de celle des commerçants européens ; le DCI accorde ce qu’il qualifie de « part du lion » à des associations d’importateurs indigènes. Quatre d’entre elles – NAAIE, AMI, Western Union et C. of C. Calabar – obtiennent chacune des licences d’importation de produits suisses à hauteur de 15’000 £ sur une année, UTC de 13’000 £, [F.] Steiner & Iseli de 10’000 £, Gazal – agent de Ciba – de 10’000 £, Bank-Anthony [M. de Bank] de 5’500 £ et UAC de 2’000 £.81

A la fin de la même année, l’OSEC se réjouit de l’entrée de la Suisse dans l’Union européenne des paiements, ce qui implique pour elle d’être traitée par la Grande-Bretagne sur pied d’égalité avec les pays à monnaie faible ; les exportations vers la zone sterling feront donc face à moins de restrictions. Selon les communications du vice-consul de Suisse à Accra Werner Jost, la Côte de l’Or et le Nigeria apparaissent comme les territoires d’Afrique de l’Ouest qui offrent les meilleurs débouchés aux produits suisses.82 ← 72 | 73 →

Structure des exportations de la Suisse au Nigeria 1940-1960, Sfr courants

Stat. DGD.

Le prochain rapport de l’OSEC adopte un ton assez enthousiaste en annonçant que du point de vue économique, l’Afrique n’a jamais été aussi intéressante. L’Europe, en raison d’une population et d’une économie croissantes, d’un besoin de matières premières et de nouveaux débouchés commerciaux, cherche un terrain d’expansion et tourne ainsi son regard vers l’Afrique. Cette vision impérialiste concède néanmoins l’existence de courants nationalistes qui, « encouragés par les succès des peuples asiatiques, cherchent à se délivrer de la domination de l’homme blanc ». L’OSEC ne déplore pas pour autant ces évolutions, qui ont suscité l’élaboration de plans de développement pouvant offrir des opportunités d’implantation à ← 73 | 74 → certaines entreprises et experts suisses ; par exemple, pour la construction de barrages.83

Toutes ces perspectives réjouissantes pour les commerçants suisses sont renforcées par le fait qu’au Nigeria, à côté des grandes firmes européennes, des milliers d’indigènes s’adonnent également à l’importation. Le phénomène est ensuite abordé sous forme de mise en garde contre « des pratiques ayant déjà souvent donné lieu à des réclamations ».84 Le consulat de Suisse à Accra prend le relai pour le reste de la décennie en évoquant une prolifération de sociétés non-enregistrées qui ne paient pas leurs commandes. Le consul E. Brügger constate en 1959 qu’il n’a pas été très écouté ; malgré son insistance et une récente diffusion de ses mises en garde dans plusieurs feuilles suisses de commerce, des entreprises se font encore avoir. Il y donne trois explications : une imprudence juridique, un manque d’expérience dans le commerce international et, « last but not least, un appât du gain qui ne peut ou ne veut pas évaluer le risque ».85

Malgré ces quelques bémols, la valeur des exportations suisses au Nigeria affiche une progression marquée. Dans l’ordre d’importance des marchandises, il s’agit de montres, produits textiles et machines. Les produits métalliques font partie des exportations suisses dès 1951, et le secteur chimique progresse substantiellement à partir de 1953.86 Dans ce domaine, en 1957, seul le Royaume-Uni écoule plus de fongicides et insecticides au Nigeria.87 Le succès de la branche horlogère contraste avec ses résultats dans l’ensemble de l’Afrique, où ils connaissent une baisse sen ← 74 | 75 → sible, en tout cas depuis 1957. Après le Maroc et l’Afrique du Sud, le Nigeria représente le troisième acheteur de montres du Continent. Dans son bulletin d’octobre 1960, la Fédération horlogère publie un éditorial intitulé « l’Afrique bouge ».88 Pendant la même décennie, le Nigeria augmente fortement ses exportations de fruits oléagineux vers la Suisse, alors que la quantité de cacao reste stable et celle de bois en dents de scie. La balance commerciale penche constamment du côté nigérian.89

A. Brunnschweiler & Co, Panalpina et Alumaco

La présence commerciale suisse au Nigeria, à l’aube de son indépendance, ne se limite certes plus à UTC. Nous savons que Steiner & Iseli, comptée par le DCI parmi les détaillants spécialistes en produits suisses, écoule notamment des montres, des machines à écrire, de la teinture, des machines industrielles et des instruments de mesure.90 La firme A. Brunnschweiler & Co [ABC] fait son entrée sur le marché nigérian dans les années 1930.

ABC, établie officiellement à Manchester dès 1924 et dotée d’un capital entièrement suisse, est une filiale de l’usine de tissage Fröhlich, Brunnschweiler & Co, fondée en 1872 à Ennenda dans le canton de Glaris et spécialisée dans l’imitation de madras – produit textile de la ville indienne du même nom. Des liens familiaux avaient alors permis une association avec un marchand londonien et l’envoi de K. A. Brunnschweiler à Liverpool, où il fonda une branche séparée de l’entreprise, qui sera déplacée à Manchester en 1882. Les imitations produites à Ennenda s’y écoulent et partent le plus souvent pour l’Afrique de l’Ouest, mais dans les années 1890, la compagnie se met à acheter de véritables madras à Londres. Dans l’intention de resserrer le lien avec le producteur, une station d’achat est ouverte à ← 75 | 76 → Madras en 1907. Puis, on songe aussi à se rapprocher du consommateur. Les coûts d’une implantation en Afrique de l’Ouest préoccupent les dirigeants de ABC, qui décident de conclure un partenariat avec une firme hôte. A l’image de UTC, ils entrent en contact avec Eugen Fischer, mais c’est un contrat avec la Deutsche Kamerun Gesellschaft [DKG] qui permettra l’implantation d’ABC en Afrique de l’Ouest, où le premier employé est envoyé en 1929. Jusqu’à huit agents expatriés se répartiront entre les principaux points de vente de Freetown et Lagos, et ceux plus éphémères de Warri et Port Harcourt. Ces employés utilisent des locaux de DKG, rétribuée sous forme de commissions.91

Une collaboration s’établit également avec UTC Nigeria, intéressée à la vente de madras.92 L’expropriation des firmes allemandes ne concerne pas ABC, autorisée à poursuivre ses activités sous le nom A. Fraser & Co qu’elle a adopté en 1936. Malgré une demande croissante et des affaires en progression à partir de 1945, les actionnaires ne parviennent pas à s’entendre sur le choix de nouveaux cadres et vendent ABC à la firme britannique Calico Printers Association en 1959, qui continuera à utiliser le nom suisse.93

Au cours de la décennie 1950, les entreprises suisses Panalpina et Alumaco débutent leur extension au Nigeria. A l’origine de Panalpina se trouve la Société suisse de navigation, enregistrée à Bâle. Son conseil d’administration rassemble des personnalités influentes dans les milieux économiques et politiques du canton et au-delà, à l’instar de Nicolas Jaquet, député libéral-démocrate au Conseil national de 1943 à 1947, où il siège à la Commission des tarifs douaniers.94 Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Compagnie s’associe à plusieurs firmes de transport étrangères et s’emploie à réactiver la navigation sur le Rhin. En 1954, la direction sent une nécessité de cimenter les liens avec ses associés et crée la holding Alpina Internationale Transporte AG, dont l’activité consiste à « entreprendre ← 76 | 77 → des transports de toute sorte, diriger une agence d’émigration et un bureau de voyage ». Cette société sera nommée Panalpina en 1960.95

R. Hitz entreprend en 1952 une prospection des ports de Lagos et Port Harcourt pour le compte de la Compagnie de navigation. Le bulletin de celle-ci en reproduit le carnet de voyage, très différent d’un rapport commercial.96 Trois hommes sont envoyés à Apapa en 1954 et « grâce à des amis londoniens », y ouvrent le bureau principal de la Compagnie pour le Nigeria. Le bulletin d’entreprise de 1960 présente la situation géographique et économique du pays, qui offrirait « des possibilités illimitées de développement économique ». Panalpina Shipping Agency (Nigeria) Ltd dispose alors de 40 employés, une centrale à Apapa, une branche à Lagos et un représentant à Kano ; elle dispose de 45 « énormes » camions transportant des cacahuètes entre Kano et Apapa.97 Dès le milieu des années 1950, UTC sous-traite auprès d’elle les tâches liées au transit de marchandises au port de Lagos.98 Conformément aux statuts mentionnant « transports de toute sorte », Panalpina achemine, par exemple, des peaux de léopards aux Etats-Unis par avion. En 1967, le nombre d’employés se monte à 300 et leur syndicat est reconnu par la direction.99

Alumaco est quant à elle une filiale de l’Aluminium-Industrie AG [AIAG] ; cette dernière prend le nom d’Alusuisse dès 1963, dans le but de mieux se distinguer à l’étranger où elle s’est considérablement ramifiée. Hans Wohnlich, chef de la Division des exportations, organise en 1959 une étude de marché au Nigeria, où il avait travaillé pour UTC à la fin des années 1930. Selon lui, les potentiels débouchés consistent à offrir une alternative aux toitures de métal ou d’amiante, trop exposées à la rouille et ← 77 | 78 → à la moisissure. En même temps, les ménages africains semblent remplacer petit à petit leur vaisselle en émail par des ustensiles en aluminium. Wohnlich charge d’une étude son subordonné Heinz W. Frech, qui s’efforce d’évaluer la demande en approchant les vendeuses au marché. De ce séjour résulte un rapport jugé « convainquant » par son auteur ; il est en outre appuyé par l’article d’un « journaliste réputé » de la Neue Zürcher Zeitung, passant entre les mains du directeur général d’Alusuisse Fritz Schnorf.100

Le président de la nouvelle filiale se nomme Christopher Irving, un ancien administrateur colonial britannique, et parvient à rassembler au Conseil d’administration deux personnalités qu’il considère intègres : Shafi Lawal Edu et Baba Danbappa, hommes d’affaires et politiciens influents ; Lawal Edu avait été élu à la Chambre nationale des représentants en 1954.101 Alumaco débute sa production de casseroles à Apapa en 1961. L’écoulement de feuilles ondulées d’aluminium profite du boom de la construction. Les produits Alumaco sont également vendus dans un magasin UTC à Lagos.102 Dans sa phase initiale, l’entreprise a pour but premier d’offrir un débouché à des fonderies européennes, telle celle de Chippis, qui pour la production de casseroles, envoie l’aluminium à Apapa sous forme de rondelles. Les tôles ondulées arrivent aussi au Nigeria dans un stade semi-fini.103

L’expérience « de terrain » dont bénéficie Hans Wohnlich se révèle décisive pour l’implantation d’Alumaco. A propos de Panalpina, la documentation ne permet pas d’identifier les « amis londoniens » qui auraient permis l’ouverture du bureau à Apapa, ni de cerner leur rôle. En tous cas, les perspectives d’une forte et imminente croissance d’un si grand marché que le Nigeria exercent vraisemblablement une attraction. ← 78 | 79 →

3.   Implantation tardive de la Mission de Bâle

Vu que la Mission de Bâle ne débute ses activités sur le territoire nigérian qu’à la veille de l’indépendance, il est nécessaire d’esquisser les contours de la présence missionnaire en général, qui commence à se manifester, comme dans la majeure partie de l’Afrique, au cours du 19e siècle.

Les missions au Nigeria

Le schéma d’implantation des missionnaires s’apparente à celui des marchands, qui accostent puis pénètrent le continent, surtout par navigation sur le fleuve Niger et Benue. Malgré une concentration sur le Sud, l’activité missionnaire a tendance à se disperser ; en rayonnant à partir de Lagos et Calabar, puis en prévoyant de s’étendre vers la région hausa, au Nord.104 L’intérêt pour cette contrée semble en partie suscité par l’image idyllique de ses habitants que véhicule certains récits de voyage. Le peuple hausa, par sa physionomie, son intelligence, sa littérature, y apparaît comme supérieur aux gens du Sud et aux Chinois. Selon les mêmes récits, la culture hausa peut être comparée à celle de l’Europe et facilite la perception de la « haute religion » chrétienne, éventuellement trop complexe pour les peuples de la côte.105 Malgré plusieurs projets d’expansion vers le Nord, le développement s’intensifie avant tout autour de Lagos et dans le Delta du Niger.106 Puis, l’esprit impérialiste des années 1870 s’exprime à travers une atmosphère de compétition entre la Grande-Bretagne, la France, présente sur les futurs Niger et Dahomey, et l’Allemagne, basée sur le territoire camerounais. A ce moment, les missions de confessions diverses se multiplient et changent leur mode d’implantation. Alors qu’auparavant, elles préparaient le terrain pour les marchands ou administrateurs britanniques, désormais, elles se placent parfois dans le sillage de ces derniers, qui se sentent pressés par les nations concurrentes d’avancer vers le Nord.107 ← 79 | 80 →

L’apparition du christianisme dans la région Nord remonte cependant à une date plus ancienne. En 1708, le Vatican fait état de 100’000 chrétiens et d’un hôpital construit par des prêtres dans le Royaume Kororofa, mais la portée de ces premiers efforts d’évangélisation semble avoir été modeste. C’est la Mission du Niger qui apparaît comme le fer de lance d’une nouvelle pénétration, dans les années 1870.

Dès le milieu du siècle, des messages venant du Sud avaient mis en garde les émirs contre le lien entre la bible et l’épée, que les souverains de la côte remarquèrent lors de l’occupation britannique de Lagos. Bien que majoritairement musulmane, la région Nord n’entretient pas de peur religieuse des missionnaires chrétiens. La Mission du Niger parvient assez vite à lever les suspicions d’impérialisme qui pèsent sur elle ; plusieurs émirs se montrent accueillants et lui confient quelquefois la scolarité de leurs enfants. Même si le travail des missionnaires est généralement apprécié, ils désespèrent face à la difficulté de gagner de nouveaux adeptes et finissent par se replier sur le Sud. A partir de 1888, l’évangélisation se lie plus étroitement à l’impérialisme britannique. Les missionnaires se rapprochent des marchands ; un explorateur allemand avertit le sultan de Sokoto que la Royal Niger Company a plus l’intention de christianiser que de commercer. Certains missionnaires voient les expéditions militaires comme moyen de renverser les émirs faisant obstacle à la foi chrétienne, alors que les administrateurs considèrent que des sujets chrétiens seraient plus loyaux envers leurs nouveaux gouverneurs et apprécient que les missions, à travers leur activité de scolarisation, produisent de futurs fonctionnaires ou agents commerciaux.108 Ce sont précisément ces liens entretenus avec les milieux colonialistes qui mettent à mal la popularité des missions.109 ← 80 | 81 →

L’hostilité des souverains locaux prend corps lorsqu’ils réalisent que les missionnaires ne sont pas que des enseignants accompagnés de marchands, mais qu’ils contribuent à la colonisation et tendent à intervenir profondément dans leurs affaires. Le gouverneur Lugard adopte une position neutre consistant à laisser aux émirs le choix d’inviter des missionnaires. Percy Girouard, le successeur de Lugard, prône une application plus rigide de l’indirect rule ; les coutumes et institutions traditionnelles se retrouvent exaltées et le contact avec l’extérieur considéré, au mieux, comme un mal nécessaire. De plus, l’immixtion des missionnaires dans la sphère politique tend à irriter. En 1918, un d’entre eux obtient de l’Administration britannique la destitution d’un émir. Le colonisateur n’apprécie pas non plus de voir certains de ses agissements critiqués, ni la diffusion d’une idée d’égalité des peuples devant Dieu.110

Il ne s’agit toutefois pas d’égalitarisme général ; les missions entendent souvent favoriser la formation d’une classe moyenne. Aussi, le missionnaire T. J. Bowen perçoit-il la division de la société en classes basse, moyenne et haute comme condition indispensable au développement de toute civilisation. Selon lui, soutenir le développement du commerce permettrait non seulement de créer cette classe moyenne capable de réaliser les réformes sociales désirées, mais aussi de diffuser de « nouveaux standards de responsabilité » pouvant venir à bout de la polygamie.111

Une implantation au prix de multiples négociations

A toutes ces phases d’implantation et de repli, la Mission de Bâle n’y participe pas. Elle n’apparaît sur le territoire nigérian qu’en 1957. En 1815, sa création s’inscrit dans le foisonnement missionnaire de ce début de siècle, motivé par l’intention d’étendre la foi chrétienne à tous les continents et de s’engager contre l’esclavage.112 Dès 1820, des membres de cette mission protestante partent en Russie, puis sur la Côte de l’Or. Avec le Sud de l’Inde, la Côte de l’Or semble être l’endroit où la Mission de Bâle laisse sa ← 81 | 82 → plus profonde empreinte ; les impulsions données au développement économique, des soins et de l’éducation lui offrent à long terme une image étincelante, aussi bien auprès de l’Administration britannique113 que du gouvernement indépendant114 à partir de 1957.

En 1885, l’Allemagne revendique le Cameroun, puis s’y établit et charge la Mission de Bâle d’y remplacer la Baptist Missionary Society.115 En 1950, la Mission regrette de n’avoir pu envoyer un observateur à une réunion du Christian Council Nigeria, lequel s’engage à promouvoir une Union des Eglises en facilitant contacts et échanges pour une meilleure coordination de l’évangélisation.116 Au printemps 1957, les deux pasteurs bâlois A. Angst et Werner Schöni entreprennent un tour de prospection dans les alentours de Gwoza, située au Nord-Est du Nigeria et qui sera inclue dans l’Etat de Borno ; l’accueil chaleureux rencontré dans tous les villages les laisse penser que leur mission y serait la bienvenue. De ce séjour résultent des projets concrets, soumis sans délai aux autorités compétentes : il s’agit de placer une station à Madagali, une autre dans les alentours de Gwoza, d’ouvrir un dispensaire avec maternité. Il n’est pas exclu que dans un second temps, les activités s’étendent au domaine de l’éducation. Les deux pasteurs songent précisément à quelques collines peuplées de « païens », reconnus comme plus perméables à l’évangélisation que les musulmans. Deux autres missions117 occupent déjà les environs, elles sont aussi membres du Christian Council Nigeria et se montrent plutôt favo ← 82 | 83 → rables à la venue des Bâlois, qui manifestent l’intention de s’établir sur des terres précisément non-occupées.118

Une de ces deux missions, la Church of the Brethren [CBM], souligne la nécessité de consulter la Church of Christ in the Sudan [SUM], entité faîtière habituée à superviser les activités des différentes missions dans la région. Cette insistance sur une nécessité de coordination ne peut être comprise comme une réticence ou une peur de la concurrence :

Nous ne pensons pas que l’espace inoccupé soit grand, mais il y a ceux que la parole du Christ n’a pas encore atteints et tout effort pour apporter la connaissance du Christ à ceux qui ne l’ont jamais entendue doit être bienvenu. Ces jours de changement important, fondamental et rapide sont des jours où ces tribus païennes sont confrontées à un choix. Il y a urgence, à cause de l’avancée de l’islam et du catholicisme romain, et du défi du matérialisme. Les forces évangéliques doivent unir leurs efforts, afin de gagner ces tribus pour le Christ. Nous prions pour que le Saint Esprit nous guide tous, alors que nous cherchons à connaître et faire sa volonté.119

Une seconde délégation, composée de trois missionnaires – Werner Schöni, Peter Rudin et Paul Scheibler – , entreprend une visite plus approfondie de la région. A partir d’une recommandation obtenue auprès de l’Administration du Cameroun Sud, ils peuvent aborder le Resident de Maiduguri qui les recommande auprès du District Officer de Bama, qui à son tour leur arrange une entrevue avec l’émir de Dikwa. Celui-ci a eu vent de leurs projets qui ne le rebutent pas et enfin, il les recommande auprès du Touring Officer de Gwoza. Lui-même et le galadima de cette ville – directement subordonné à l’émir – se montrent favorables à leurs requêtes et proposent de chercher un emplacement dans le village païen situé dans les collines un peu à l’Ouest, nommé Gavva. Ces deux dirigeants s’engagent à recommander les missionnaires aux chefs du village qu’ils invitent à s’entretenir.120 ← 83 | 84 →

Suite à cette entrevue, accompagnés de ces chefs, de deux policiers non armés121 et deux traducteurs musulmans, tous les quatre mis à disposition par les autorités de Gwoza, les missionaires prennent la route pour Gavva. Les premiers contacts avec la population amènent les visiteurs à reconsidérer leur optimisme ; beaucoup de parents ne désirent pas laisser l’éducation de leurs enfants à des missionnaires. Une école existe déjà dans les environs, mais la plupart des enseignants sont musulmans et la crainte de l’influence religieuse est telle que certains élèves n’atteignent la classe qu’avec le concours de la police. De plus, la demande de terrain pour implanter la station missionnaire se heurte à une grande réticence des villageois. Les habitants de Gavva, localité densément peuplée et encerclée de blocs rocheux, assurent que la terre suffit à peine à leurs cultures et précisent que la parcelle convoitée par la Mission nourrit cinq familles. A cette retenue s’ajoute la contrainte administrative ; les chefs soulignent qu’ils ne peuvent céder aucune terre sans l’accord du galadima.122

Les missionnaires se replient donc sur Gwoza, mais reviennent quelques jours plus tard, accompagnés cette fois-ci du galadima qui engage personnellement une négociation séparée. L’issue satisfait pleinement les requérants : ils obtiennent une parcelle pour y ériger une station, à condition de manifester du respect vis-à-vis de la place de sacrifices « païens » située à proximité et qu’ils creusent un puits pour le village. Malgré la satisfaction, le chemin sinueux ayant conduit à ce dénouement leur montre que la tâche d’évangélisation s’annonce difficile. C’est pourquoi, selon Paul Scheibler, la priorité consiste à engager des infirmières et sage-femmes, afin que le projet médical soit pris au sérieux, car cette activité doit aider à gagner la confiance de la population.123 ← 84 | 85 →

Deux piliers de l’évangélisation : les soins médicaux et l’éducation

Une fois l’autorisation décisive du gouverneur de la région Nord obtenue en décembre 1958, un petit groupe de missionnaires et d’infirmières arrive sur place. En 1961, le secrétaire de la Mission pour l’Afrique, Fritz Raaflaub, entreprend une visite de Gavva. Il constate que l’activité médicale s’est bien développée : une centaine de patients afflue quotidiennement à la polyclinique. Toutes les autorités régionales se montrent favorables à la construction d’un hôpital près de Gwoza ; un médecin est déjà pressenti et le financement assuré par la recette d’un bazar tenu à Zurich. Mais le terrain ne suffit pas à Gavva et les regards se tournent vers la localité voisine de Ngoshie. Les résultats de l’évangélisation se révèlent assez encourageants, on dénombre une soixantaine de candidats au baptème.124

Le travail médical ne semble pas seul à construire la réputation de la Mission. Le chef de Gavva souligne l’effet médiateur qu’elle exerce à travers son idéal de rayonnement sur les environs ; les contacts entre les habitants et les peuples voisins sont favorisés, la méfiance tombe. Raaflaub occupe une bonne partie de son séjour à rencontrer les responsables d’autres missions, notamment celui de la CBM qui pourrait offrir sa coopération pour certaines activités et celui de la SUM, connue pour la supervision des différentes missions réformées dans la région. Dans une logique de complémentarité, Raaflaub propose que la Mission établisse une seconde station, dans les montagnes un peu plus au Sud. Il s’agit de reprendre un projet de la CBM, dont les moyens font défaut pour la réalisation. Les deux entités songent également à une collaboration dans l’enseignement. Pour motiver cet idéal de coordination, Raaflaub reprend à son compte les arguments de la CBM déjà cités : le temps presse et incite à ne gaspiller aucun effort car « les catholiques préparent l’invasion » et personne ne sait si les autorités régionales musulmanes garderont encore longtemps un esprit ouvert face aux missions.125

A partir de l’indépendance du Nigeria, les propos des missionnaires laissent apparaître une certaine anxiété face à la réappropriation du pouvoir par les Africains, qui engage une prise de distance par rapport à la ← 85 | 86 → culture occidentale. Dans son rapport de 1963 sur le Nord du Nigeria, le missionnaire Wilhelm Scheytt annonce que les Africains viennent de reprendre le dernier haut poste administratif de la province qui leur échappait. Il décrit les nouveaux gouvernants comme mal préparés à leurs tâches et souvent assoiffés de pouvoir. L’islam gagne du terrain : de nombreux prédicateurs musulmans se rendent dans les villages, avec le plein soutien des autorités. L’évangélisation progresse néanmoins. Les prêches s’exercent régulièrement à trois ou quatre endroits dans les environs de Gavva et les fidèles disposent désormais d’une église de 200 places à Ngoshie. Par contre, l’enseignement rencontre les obstacles attendus, l’école ne parvient pas à s’intégrer dans le quotidien des habitants de Gavva ; Scheytt attribue ces difficultés à l’ignorance et la superstition des parents. Les autorités de Gwoza n’ont pas tenu leur promesse de prêter main forte pour assurer la fréquentation des classes et l’instituteur mis à disposition par la CBM a déjà quitté les lieux.126 Un autre motif serait l’opposition aux écoles missionnaires manifestée auprès des familles par les mêmes autorités, en contradiction avec les intentions officielles de développer l’éducation.127

L’ambivalence des rapports entre la Mission et les autorités du district ou de la région se maintiennent à long terme. Wilhelm Scheytt estime que depuis l’indépendance du pays, les gouvernants du Nord tendent à utiliser l’islam comme ciment communautaire permettant d’isoler l’opposition.128 Mais bien qu’ils tentent de dissuader la population – parfois par intimidation policière – d’entrer en contact avec les missionnaires, ceux-ci ne rencontrent pas d’opposition claire lorsqu’il s’agit d’ouvrir une école ou de construire un hôpital. Le pasteur Scheytt dépeint les musulmans comme généralement traîtres et voit derrière leur attitude amicale une propension au complot.129 La Mission continue cependant à planifier une extension de son activité. En 1965, la fréquentation des cérémonies à Ngoshie atteint une moyenne de 130 fidèles, bien que l’église vienne de ← 86 | 87 → brûler. La même année, la Mission inaugure deux écoles primaires ainsi qu’une station supplémentaire dans un district voisin, dont le gouverneur est chrétien.130 Les mesures d’intimidation ont débuté ou se sont considérablement accrues dès les élections fédérales de 1964, puis s’atténuent suite au premier coup d’Etat en 1966.131 La Mission sent alors la pression politique se relâcher et ne fera plus état de telles difficultés. Scheytt attribue cette amélioration, en partie, à la mort du premier ministre de la région Nord Ahmadu Bello.132

L’enseignement démarre plus concrètement en 1965 avec une trentaine d’élèves dans chacune des deux écoles. Très tôt, avec un certain succès, une journée des parents se déroule et les Native Authorities de Gwoza y font une apparition. Deux ans plus tard, on compte quatre classes de 40 élèves chacune. Ce succès tient en partie à l’introduction d’un cours de religion musulmane destiné aux enfants de cette confession. Un chef de village musulman loue le travail des enseignants. Il fait aussi part de son mécontentement que les autorités de district n’aient pas autorisé plus tôt la construction des écoles, et souligne que ce genre d’attitudes est aussi responsable du retard accusé par la région Nord dans le domaine de l’éducation. Ce chef transfère ses quatre enfants de l’école de Gwoza à celle de la Mission et les inscrit également au cours de religion chrétienne, arguant qu’ils seront plus tard responsables du choix de leur confession.133

Le gouvernement local reconnaît officiellement les deux écoles, puis les finance et les administre complètement à partir de 1969. Néanmoins, la Mission conserve le droit de nommer les enseignants et de garder un œil sur le cours de religion. Le missionnaire Otto Schanbacher se réjouit de continuer à exercer une influence sur les jeunes de la région car selon lui, à voir les nombreux élèves se portant candidats au baptême, « les écoles sont une voie d’accès au cœur de la jeunesse ».134 La Mission obtient effective ← 87 | 88 → ment un siège à la Local Education Authority et délègue Schanbacher à la commission des finances. Son intention de construire de nouvelles écoles à des endroits stratégiques est partagée par le pasteur Scheytt.135 L’idée consiste à choisir un endroit entre deux villages pour en faciliter l’accès au plus grand nombre et disposer de la main d’œuvre suffisante pour y bâtir une église.136 Vu la nécessité de pallier le manque de personnel enseignant indigène, l’accord des autorités apparaît d’abord comme une formalité ;137 mais dans un second temps, elles manifestent une claire retenue que la Mission peine à interpréter. Scheytt suppose qu’elles ne veulent plus d’écoles missionnaires par crainte de concurrence et n’exclut pas que des motifs religieux se cachent là-derrière. Le projet d’une troisième école est alors ajourné.138

Le travail médical – autre facette de l’activité missionnaire – connaît un développement plus harmonieux que l’enseignement. Des infirmières occupent la station de Gavva dès son ouverture. Lorsqu’en 1965, la Mission parvient à trouver un médecin et termine la construction de l’hôpital de Ngoshie, elles y déménagent aussitôt. Ce médecin, le docteur Bakker, tire un premier bilan d’activité un peu contrasté : l’hôpital n’est certes pas impopulaire, mais apparaît à la population comme dernier recours lorsque toutes les méthodes traditionnelles se révèlent inefficaces. Il déplore aussi que les patients les plus réguliers ne soient pas ceux qui souffrent des maux les plus sérieux.139

Même si l’hôpital n’entretient pas de lien direct avec la religion, des cérémonies s’y déroulent, une partie du personnel s’engage dans la vie de l’église et des évangélistes viennent régulièrement s’entretenir avec les patients. Contrairement aux écoles, les hôpitaux missionnaires ne ren ← 88 | 89 → contrent aucune réserve de la part des autorités qui, selon Bakker, sont prêtes à coopérer tant que cela peut aider à « mieux servir le peuple ». De plus, il se montre convaincu que le seul moyen pour des chrétiens de se faire accepter dans cette région consiste à s’intégrer durablement à toutes les facettes de la vie publique.140 Parmi ces facettes, les soins médicaux répondent à un besoin de taille, reconnu comme tel par les autorités. On peut également supposer que celles-ci opposent moins de suspicion à la construction d’un hôpital, car cette institution apparaît moins en mesure qu’une école de propager des idées extérieures menaçant les structures du pouvoir. La Mission de Bâle est pleinement consciente de la dimension diplomatique du travail médical ; dès leurs premières prospections sur le site de Gavva, les missionnaires faisaient de cette activité une priorité, car ils pensaient que la crédibilité générale de la Mission en dépendait.141

En plus des autorités locales, la Confédération suisse accorde également son soutien. Le Service de coopération technique contribue aux frais d’engagement de volontaires à l’hôpital de Ngoshie ou au dispensaire de Gulak.142 Les sources n’indiquent pas clairement si les requêtes viennent de la Mission ou si ce soutien répond à une proposition de l’ambassade de Suisse à Lagos. Néanmoins, un bilan positif a été tiré d’un projet similaire : le financement de l’école d’infirmières construite par la Mission en 1963 à Agogo, au Ghana.143

La coordination s’applique au domaine de la santé comme à celui de l’enseignement ; l’hôpital de Ngoshie collabore étroitement avec deux ← 89 | 90 → établissements gérés par la CBM, essentiellement pour la formation et la répartition du personnel.144 Lorsqu’en 1975, le gouvernement décide d’une hausse générale des salaires avec compensation dès avril de l’année précédente, les Missions tentent de négocier pour de plus amples subsides et obtiennent le paiement des arriérés. La CBM applique dans un premier temps une hausse moins conséquente que celle qui a été décidée, puis manifeste l’impression qu’un « pays si riche » n’a plus besoin d’aide au développement ; elle finit par transmettre ses hôpitaux au gouvernement. Les autorités acceptent de les reprendre l’année suivante et annoncent, dans la foulée, la reprise de l’hôpital de Ngoshie. Néanmoins, le médecin et les infirmières ne quittent pas la Mission et s’engagent à lui reverser le salaire que leur paiera le gouvernement.145

L’évangélisation à proprement parler progresse sans grands obstacles à partir de 1966. Outre les cérémonies à l’église, à l’hôpital et dans 17 villages, des séminaires sont organisés dans le but de mieux diffuser les valeurs chrétiennes concernant, par exemple, la famille ou le couple.146 La Mission s’efforce aussi de former des groupes de femmes se dédiant à la couture ou la lecture, ces réunions se terminent par un repas, une lecture de la bible, des chants et des prières.147 Une relève indigène s’organise à travers le soutien à la Kulp Bible School de la CBM, qui ne forme pas seulement ses élèves à l’évangélisation, mais leur transmet aussi « un savoir agricole moderne » censé leur assurer une base de subsistance.148

Les missionnaires suivent attentivement, et avec enthousiasme, l’accroissement de la communauté chrétienne. Alors qu’en 1966, les cérémonies célébrées à l’église de Ngoshie réunissent en moyenne 130 personnes, 58 sont baptisées l’année suivante et 54 l’année d’après.149 Suit une ex ← 90 | 91 → pansion impressionnante, si bien que les 241 baptêmes de 1975 portent la communauté à 842 membres, dont trois prêtres, dix évangélistes et six étudiants à la Kulp Bible School.150 La tendance ne faiblit pas ; l’année suivante, 900 personnes reçoivent le baptême, puis le rythme s’accélère jusqu’à 500 en trois mois et demi. Parmi eux se trouve un musulman ayant fréquenté l’école coranique et reconnu pour ses compétences en la matière ; sa conversion ferait suite à un rêve. Son ancienne communauté peinerait à se remettre du choc.151

Ce moment connaît aussi un tournant essentiel : en 1977, le gouvernement opère l’intégration des missions au sein des Eglises. Pour la Mission de Bâle qui a déjà transmis ses écoles et son hôpital, la décision n’implique rien d’autre qu’une fixation juridique de la situation existante. Concrètement, la Mission ne dispose plus d’une administration propre sur le terrain, mais continue de fournir l’Eglise des frères au Nigeria152 en personnel. Les activités n’en sont pas pour autant bouleversées. Désormais, le missionnaire Schanbacher propose de se concentrer sur l’évangélisation en milieu scolaire : « les dés sont lancés maintenant, et dans les écoles ». Les cours de religion musulmane y sont systématiquement financés par le gouvernement ; alors que pour la religion chrétienne, ce n’est le cas que dans trois Etats de la région Nord. Faute d’alternative, certains élèves se verraient contraints d’embrasser l’islam. Schanbacher suggère donc de financer l’engagement d’enseignants de religion aussi longtemps que l’Etat ne le fait pas. Il prévoit qu’à cette condition, les alentours de Gavva deviendront certainement un bastion chrétien de l’Etat de Borno.153 La Mission ← 91 | 92 → de Bâle sera rebaptisée Mission 21 en 2001, et dans les années 2010, ses activités au Nigeria seront profondément affectées par les exactions de la secte islamiste Boko Haram, qui s’empare de Gwoza en 2014 pour en faire la capitale de son califat auto-proclamé.

En plus d’une présence commerçante et missionnaire, la Suisse développe lentement sa représentation diplomatique à Lagos. Voyons maintenant à quels besoins ou intérêts répond ce processus et inversément, ce qui pousse le gouvernement nigérian à nouer des liens avec la Suisse.

Le missionnaire Scheytt lors d’un baptème près de Gavva, photo non datée. Au dos de cette carte postale, une inscription remercie pour les dons. AMB <bmpix.usc.edu>. ← 92 | 93 →


1      Voir : Catherine Coquery-Vidrovitch : « L’impact des intérêts coloniaux : S.C.O.A. et C.F.A.O. dans l’Ouest africain 1910-1965 ». In : The Journal of African History, vol. 16, n° 4, Cambridge 1975, pp. 595-621. Hubert Bonin : « Des négociants français à l’assaut des places fortes commerciales britanniques : CFAO et SCOA en Afrique occidentale anglaise puis anglophone ». In : Hubert Bonin, Michel Cahen (dir.) : Négoce blanc en Afrique noire. L’évolution du commerce à longue distance en Afrique noire du 18e au 20e siècles. Société française d’histoire d’outre-mer, décembre 2001, pp. 147-169.

2      Voir : Gustaf Adolf Wanner : Die Basler Handels-Gesellschaft AG 1859-1959. Basler Handels-Gesellschaft, Basel 1959. Sébastien Guex : « The development of Swiss trading companies in the twentieth century ». In : Geoffrey Jones : The Multinational Traders. Routledge, London 1998, pp. 162-164. Sébastien Guex : « Le négoce suisse en Afrique subsaharienne : Le cas da la société Union Trading Company (1859-1918) ». In : Bonin, Cahen, op. cit., pp. 225-253.

3      Voir : Andrea Franc : Wie die Schweiz zur Schokolade kam. Der Kakaohandel der Basler Handelsgesellschaft mit der Kolonie Goldküste (1893-1960). Schwabe, Basel 2008.

4      Cf. : Ernest A.Osafo : Der Beitrag der Basler Mission zur wirtschaftlichen Entwicklung Ghanas von 1828 bis zum Ersten Weltkrieg. Dissertation, Universität zu Köln, Köln 1972, pp. 53-112.

5      Gustaf Adolf Wanner : Eduard und Wilhelm Preiswerk. Präsidenten der Basler Handels-Gesellschaft. Verein für wirtschaftshistorische Studien, Zürich 1984, p. 62.

6      Wanner 1959, op. cit., p. 431.

7      Voir : Wanner 1959, op. cit., pp. 534-535.

8      Période considérée : 12.7-11.8.1960.

9      Voir : Bonin et Cahen, op. cit. Ayodeji Olukoju : The Liverpool of West Africa. The Dynamics and Impact of Maritime Trade in Lagos 1900-1950. Africa World Press, Trenton 2004.

10    Rapport d’Edouard Wintz, agent général UTC à Accra sur son séjour à Lagos, 21.5.1927. AMB PS1_H04-04 4122 UTC : Hamburg Nigeria Co, 1929-36.

11    Olukoju, op. cit., pp. 134, 169-174.

12    Rapport d’Edouard Wintz, 21.5.1927. AMB PS1_H04-04 4122 UTC : Hamburg Nigeria Co, 1929-36.

13    Rapport de voyage au Nigeria adressé à Union Handelsgesellschaft, Basel, mai 1930. Même si l’auteur n’est pas clairement identifiable, ses solides références à la situation sur la Côte de l’Or nous laissent supposer qu’il y a travaillé pour UTC. AMB PS1_H04-04 4122 UTC : Hamburg Nigeria Co, 1929-36.

14    Rapport d’Edouard Wintz, 21.5.1927. AMB PS1_H04-04 4122 UTC : Hamburg Nigeria Co, 1929-36.

15    Voir : Olayemi Akinwumi : The Colonial Contest for the Nigerian Region, 1884-1900 : a history of the German Participation, Lit, Hamburg 2002, p. 53.

16    Exposé betr. die Wiederaufnahme des deutschen Handels mit der englischen Kolonie Nigeria, 1925. Auteur non-identifié. AMB PS1_H04-04 4122 UTC : Hamburg Nigeria Co, 1929-36.

17    Lettre de Hans Aselmann à Wilhelm Preiswerk, 12.8.1929. AMB PS1_H04-04 4122 UTC : Hamburg Nigeria Co, 1929-36.

18    Cf. : AMB PS1_H04-04 4122 UTC : Hamburg Nigeria Co, 1929-36.

19    United Africa Company, leader du commerce en Afrique de l’Ouest, résulte d’une fusion entre la Royal Niger Company – possédée à 90 % par Lever Brothers – et A & E en 1929. Voir : David K. Fieldhouse : Merchant Capital and Economic Decolonization. The United Africa Company 1929-1987. Clarendon Press, Oxford 1994.

20    Lettre de C. Spoerri à Union Handelsgesellschaft à Bâle, 10.10.1931. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1931-32 4521.

21    Lettre de M. Binhammer, UTC Basel, à C. Spoerri, 14.11.1931. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1931-32 4521.

22    Ces mots sont empruntés à D.K. Fieldhouse et qualifient un processus d’amalgamation et de concentration du système commercial en Afrique de l’Ouest ayant débuté vers 1880. Parmi les principaux survivants : les britanniques UAC, John Holts et Paterson & Zochonis ; les français CFAO et SCOA ; les allemands G. L. Gaiser. Fieldhouse 1994, op. cit., p. 9.

23    Lettre de C. Spoerri à UHG à Bâle, 2.5.1932. Lettre de Jasper Knight, UAC Londres, à W. Preiswerk, 22.6.1932 ; réponse, 24.6.1932. Lettre de W. Preiswerk à C. Spoerri, 3.10.1932. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1931-32 4521.

24    Lettres de C. Spoerri à UHG à Bâle, 7.7.1932 et 16.9.1932. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1931-32 4521.

25    Lettre de Melcher à UTC à Bâle, 16.2.1933. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1933-34 4522.

26    Ibid. et 13.4.1933.

27    Lettre de Max Rosen à UTC à Bâle, 23.8.1935. Lettre de Melcher à UTC à Bâle, 29.5.1936. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1935 4523.

28    Lettre de Melcher à UTC à Bâle, 28.2.1936. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1936 4524.

29    « Somoye, welcher unendlich viele Briefe und Zeitungsartikel für die Färberinnen geschrieben hat, wurde von uns unterstützt, was auch in den ‹ Schmiergeldern › eingeschlossen ist ». Lettre de Melcher à UTC à Bâle, 24.7.1936. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1936 4524.

30    Lettre de Melcher à UTC à Bâle, 15.8.1934. Réponse, 8.9.1934. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1933-34 4522.

31    Lettre de l’agent UTC à Lagos Bolliger à UTC Bâle, 17.5.1939. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1938-39 4516.

32    Lettres de Melcher à UTC à Bâle, 13.4.1933 et 25.5.1934. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1933-34 4522.

33    À propos de la teinturerie à Kano, voir : Philip J. Shea : « Responses to Changing Economic Conditions in the Indigo-Dyeing Industry in Kano in the Nineteenth Century ». In : African Economic History Review, vol. 2, n° 1, 1975, pp. 30-32.

34    Lettres de Max Preiswerk, Bâle, à UTC à Lagos, 18.6.1937 et 8.7.1937. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1937 4525.

35    Lettre de Benjamin Schwarzenbach à UTC à Bâle, 10.1.1938. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1938-39 4516.

36    Lettre de Melcher à UTC à Bâle, 12.6.1936. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1936 4524.

37    Lettre de Melcher à UTC Bâle, 31.3.1937. Réponse, 10.4.1937. Lettre de Melcher à UTC à Bâle, 18.6.1937. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1937 4525.

38    Lettre de Krauss, UTC Lagos, à UTC Bâle, 6.11.1938. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1938-39 4516.

39    Lettre de C. Spoerri à UTC Bâle, 31.10.1931. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1931-32 4521. Lettre de Melcher à UTC Bâle, 20.9.1935. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1935 4523.

40    Lettre de Melcher à UTC Bâle, 15.2.1935. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1935 4523. Lettre de Melcher à UTC Bâle, 1.2.1936. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1936 4524. Lettre de Melcher à UTC Bâle, 29.5.1937. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1937 4525.

41    UTC Bâle à UTC Lagos, 15.2.1936. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1936 4524.

42    Raymond W. Baker : « Marketing in Nigeria ». In : American Marketing Association, vol. 29, n° 3, juillet 1965, p. 46.

43    Allocations Nigeria pour l’année financière terminée le 31.3.1939. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. Juni 1939-44 4515.

44    Lettres de Spoerri à UTC Bâle, 31.3.1932 et 4.8.1933. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1931-32 4521 et AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1933-34 4522.

45    Lettres de Spoerri à UTC Bâle, 5.8.1932 et 17.8.1933. Lettre de Melcher à UTC Bâle, 10.5.1934. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1931-32 4521 et AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1933-34 4522. A l’aide de son oncle Majekodumi, Shodipo avait versé un dépôt et une garantie, conformément aux règles appliquées par UTC sur la Côte de l’Or. Cf. : René Lenzin : Afrika macht oder bricht einen Mann. Soziales Verhalten und politische Einschätzung einer Kolonialgesellschaft am Beispiel der Schweizer in Ghana (1945-1966). Dissertation, Universität Zürich, Basler Afrika Bibliographien, Basel 1999.

46    Lettre de UTC Lagos à UTC Bâle, 13.6.1942. Lettre de UTC Lagos à Oversea Buyers Ltd, London, août 1942. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. Juni 1939-44 4515.

47    « Ententes », « pools » et « accords » font partie intégrante du commerce en Afrique de l’Ouest depuis 1870 au moins, qu’il s’agisse d’importations ou d’exportations. Alors que la concertation revêt un caractère plutôt informel et se développe en Afrique jusqu’à la Première Guerre mondiale, les accords des années 1930 sont plus sophistiqués et se négocient souvent en Europe. Cf. : Jan-Georg Deutsch : Educating the Middlemen : A Political and Economic History of Statutory Cocoa Marketing in Nigeria, 1936-1947. Doctoral Thesis of Philosophy, SOAS, London 1990, p. 66.

48    Lettre de Spoerri à UTC Bâle, 21.7.1933. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1933-34 4522.

49    Lettre de Max Preiswerk à W. Bolliger, Lagos, 12.4.1939. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1938-39 4516.

50    « Eine für Nigerien nutzbringende Lösung wäre wohl die, wenn man die [eingeborenen] Traders überhaupt ganz ausschalten könnte ». Lettre de Melcher à UTC Bâle, 5.3.1937. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1937 4525.

51    Lettres de Spoerri à UTC Bâle, 7.7.1933, 27.10.1933 et 22.12.1933. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1933-34 4522.

52    Titre de la thèse de Deutsch, op. cit. Sur la manière d’opérer des acheteurs indigènes : Id., p. 120.

53    L’AWAM est créée en 1916 pour assister le gouvernement britannique dans son effort de guerre. C’est une association plutôt lâche, ne disposant d’un secrétaire qu’à partir de 1941. Elle sert de forum de négocation dans l’Entre-deux-guerres puis inclut des compagnies non-britanniques dès 1938. Cf. : Id., p. 73.

54    Id., pp. 234-240.

55    En 1936, 1937 et 1938, UTC exporte respectivement 2.26 %, 2.39 % et 2.76 % de la récolte de cacao. Cité par : Ibid., p. 28. En 1939, la répartition de quotas entre firmes européennes est la suivante : UAC : 38.07 % ; Cocoa Manufacturers : 13.35 % ; John Holt : 13.02 % ; G.B. Ollivant : 9.94 % ; Paterson & Zochonis : 6.73 % ; C. Zard : 5.70 % ; CFAO : 4.55 % ; UTC : 3.12 % ; London, Africa and Overseas : 2.51 % ; SCOA : 2.08 % ; E. & S. Co-operative Wholesale Society : 0.93 %. Cité par : Ibid., p. 233.

56    Répartition de la récolte de noix de palme pour 1942/1943 : UAC : 54.87 % ; John Holt & Co : 11.56 % ; GB Ollivant : 8.02 % ; Paterson & Zochonis : 7.37 % ; CFAO : 6.54 % ; SCOA : 4.47 % ; Co-operative Wholesale Society Ltd : 2.39 % ; UTC : 1.26 % ; S. Thomopulos : 1.03 % ; London Africa & Overseas Ltd : 0.82 % ; WE Griffiths & Co Ltd : 0.35 % ; Fionis Bros. : 0.33 % ; Odutola Bros. : 0.31 % ; British West African Timber Co : 0.28 % ; CS Mandrides : 0.17 % ; United Development Trading Co : 0.16 % ; PS Mandrides : 0.07 %. Cité par : Olukoju, op. cit., p. 219.

57    Tom Forrest : The Advance of African Capital : the Growth of Nigerian Private Enterprise. Edinburgh University Press, London 1994, pp. 15-17.

58    Voir : Wanner 1959, op. cit., pp. 314-318.

59    Lettre de Max Preiswerk à UTC Lagos, 14.4.1938. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1938-39 4516.

60    Lettre de UTC Bâle à UTC Lagos, 7.11.1936. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1936 4524. Lettre de B. Schwarzenbach à UTC Bâle, 8.11.1937. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1937 4525.

61    Lettre de B. Schwarzenbach à UTC Bâle, 18.7.1938. Lettre de W. Bolliger, UTC Lagos, à UTC Bâle, 11.1.1939. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1938-39 4516. Lettre de UTC Lagos à UTC Bâle, 23.5.1942. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. Juni 1939-44 4515.

62    [auteur non-identifié] Nigeria News Digest, 9e semaine, Chairman’s Copy, 5.3.1955. AMB PS1-E01-03 UTC : News Digest, Gold Coast, Nigeria, 1954-58 4290.

63    Christian Spoerri : 40 Jahre im Dienste der BHG AG Basel, April 1961, p. 77. AMB PS1-D02-05 UTC 4968.

64    Franc, op. cit., pp. 204-207.

65    Annonce de la marque Standard, remerciant UTC sur une page entière du Daily Times du 17.5.1957.

66    Fieldhouse 1994, op. cit., p. 534.

67    Robert L. Tignor : Capitalism and Nationalism at the End of Empire : State and Business in Decolonizing Egypt, Nigeria, and Kenya 1945-1963. Princeton University Press 1998, p. 286.

68    L’OSEC, créé en 1927, résulte d’une fusion de l’Office suisse des expositions à Zurich et du Bureau industriel suisse à Lausanne, émanant respectivement des Chambres suisse et vaudoise de commerce. L’OSEC est subventionné par le gouvernement suisse et vise à favoriser les exportations, en recourant à divers moyens de propagande et à des études de marché. Voir : Bernard Peitrequin : 70 ans de promotion du commerce extérieur. 1997, pp. 4-7.

69    Lettre de UTC Bâle à UTC Lagos, 21.5.1937. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1937 4525.

70    Voir : circulaires de l’OSEC à ses membres, 1929-1946. Archives du canton de Vaud [ACV], PP778/2/32 et PP778/3/23 Afrique de l’Ouest.

71    Entre autres brochures, B. Oberholzer transmet celles de Longines, Sulzer, Ateliers de construction Oerlikon, Saurer, Wild, Von Roll, Kern, Hispano Suiza, Escher Wyss, Leclanché, Sigg. Note du Département du commerce et de l’industrie du Nigeria [DCI], 10.7.1946. Lettre de J.W. Dolphin, directeur du DCI, à B. Oberholzer, 30.9.1946. Réponse, 5.10.1946. Archives nationales du Nigeria à Ibadan [NAI], DCI 1/9 C.9.940.

72    Lettre de B. Oberholzer au Chief Secretary of the Government, Lagos, 30.4.1947. NAI, CSO 26/45772.

73    Rapport spécial de l’OSEC, série A, n° 46, 2e semestre 1944. ACV, PP778/3/23 Afrique de l’Ouest.

74    Il s’agit vraisemblablement du nigérian Mobolaji Bank-Anthony. Voir : Forrest 1994, op. cit., pp. 72-74.

75    Lettre de E. Osborne au contrôleur des importations à Lagos, 15.11.1940. Lettre de H. H. W. Boyes, manager de Amalgamated Tin Mines of Nigeria Ltd, au secrétaire du Nigeria Supply Board à Lagos, 19.1.1943. Lettres de M. De Bank au directeur du Nigeria Supply Board, 1.9.1943 et 29.1.1944. NAI, DCI 1/1/4032/S.23.

76    « Imports from Switzerland should be restricted to the minimum possible so as to reduce the risk of benefice accruing to the enemy ». Lettre de A. F. Stoddart, Acting Chief Secretary to the Government, to the Controller of Imports, Lagos, 21.2.1941. NAI, DCI 1/1/4032/S.23.

77    Lettre de G.E. Mills, secrétaire de l’AWAM, au Nigeria Supply Board, 7.5.1944. NAI, DCI 1/1/4032/S.23.

78    Sur la période 1930-1939, les statistiques de la Direction générale des douanes ne mentionnent pas le Nigeria, mais distinguent six zones sur le continent africain : 1. Egypte ; 2. Algier, Tunis, Libye ; 3. Maroc ; 4. Afrique du Sud britannique et Afrique de l’Est portugaise ; 5. Reste de l’Afrique de l’Ouest ; 6. Reste de l’Afrique de l’Est.

79    Lettre de la Division du commerce suisse à F. Steiner à Erlach, 2.12.1948. NAI, DCI 1/29/TB/2943. Rien n’explique pourquoi l’original de cette lettre est conservé à cet endroit.

80    Notes du DCI, Lagos, 6.1.1949, 26.3.1949. Lettre du secrétaire d’Etat de Grande-Bretagne au gouverneur du Nigeria, 10.12.1949. NAI, DCI 1/22/G252.

81    Note du DCI, Lagos, 19.4.1950. NAI, DCI 1/22/G252.

82    Circulaire de l’OSEC à ses membres, décembre 1950. ACV, PP778/3/17 Afrique de l’Ouest.

83    Rapport spécial de l’OSEC, série A, n° 46, juillet 1951. ACV, PP778/3/18 Afrique de l’Ouest.

84    Communication secrète de l’OSEC à propos de l’Afrique de l’Ouest britanniques, février 1952. AFS, E7110(-) 1967/32/1394.

85    Brügger cite les cas de J. Rime SA à Lausanne et d’Orano Watch Co à Langnau, chacun d’eux entré en partenariat avec une banque fictive. Lettre de Brügger à la Division du commerce, 11.12.1959. AFS, E7110(-) 1970/113/145.

86    Valeur des importations suisses au Nigeria en 1950, en Sfr courants : 1’671’186 Sfr, en 1951 : 3’456’965 Sfr, en 1960 : 15’478’585 Sfr. Direction générale des douanes : Statistique du commerce de la Suisse avec l’étranger, 1950-1960.

87    Valeur des importations d’insecticides et fongicides au Nigeria en 1957 : Royaume-Uni : 242’757 £ ; Suisse : 158’529 £ ; France : 36’783 £ ; Pays-Bas : 13’112 £ ; Etats-Unis : 10’707 £ ; République fédérale d’Allemagne : 7’573 £ ; Afrique du Sud : 172 £. Transmis par Brügger à la Division du commerce, 28.5.1958. AFS, E7110(-) 1970/113/145.

88    Valeur en Sfr courants des ventes de produits horlogers en Afrique en 1957 : 68.7 mio, 1958 : 67.8 mio, 1959 : 64.3 mio, de janvier à septembre 1960 : 43.2 mio. Concernant le Nigeria : 1957 : 4.2 mio, 1958 : 4.4 mio, 1959 : 5.2 mio, 1960 : 7.9 mio. Données recueillies dans l’éditorial « l’Afrique bouge » et « Statistiques d’exportations d’horlogerie par pays ». In : La Suisse horlogère, n° 42, 27.10.1960. Voir, aussi : Stat DGD, 1950-1960.

89    Stat DGD, 1950-1960.

90    Note du DCI, Lagos, 19.4.1950. NAI, DCI 1/22/G252.

91    Cf. : H. Laurens van der Laan, « A Swiss Family Firm in West Africa : A. Brunnschweiler & Co., 1929-1959 ». In : African Economic History, n° 12, 1983, pp. 287-297.

92    Lettre de Melcher, UTC Lagos, à UTC Bâle, 28.2.1936. AMB PS1-E05-05 UTC : Lagos, Korr. 1936 4524.

93    Cf. : Van der Laan, art. cit.

94    Jan Uebelhart, « Jaquet, Nicolas » et Hermann Wichers : « Miescher, Rudolf ». In : Dictionnaire historique suisse, vols. VII et VIII, Hauterive 2008 et 2009. <dhs.ch>.

95    Cf. : Karl Lüönd : Moving Forward. Das Panalpina Buch. Panalpina Welttransport AG, Bâle 2004, pp. 24-30. Statuts d’Alpina Internationale Transporte AG, 23.9.1955. AES [Archives économiques suisses], Verkehr A 131.

96    R. Hitz, « Tagebuch eines Afrikafahrers ». In : Bulletin de la Compagnie suisse de navigation, 31.1.1953 et 8.3.1953, pp. 8-13 et 9-13. AES, Zo 384.

97    Leventina, bulletin de la Compagnie suisse de navigation, mars-avril 1960. AES, Zo 384.

98    Au port d’Apapa, UTC engage la firme non identifiée Vivien, Younger & Bond Ltd. Christian Spoerri : 40 Jahre im Dienste der BHG AG Basel, April 1961, p. 77. AMB PS1-D02-05 UTC 4968.

99    Leventina, bulletin de la Compagnie suisse de navigation, octobre-novembre 1962, août-octobre 1967. AES, Zo 384.

100  Cf. : Adrian Knoepfli : Im Zeichen der Sonne. Licht und Schatten über der Alusuisse 1930-2010. Hier+Jetzt, Baden 2010, pp. 71-72. Heinz W. Frech : Baumwolle, Stahl und Stolpersteine. 40 Jahre mit Volkart, Alusuisse und Von Roll. Huber, Frauenfeld 2001, pp. 100-104.

101  Mise en vente d’actions Alumaco dans le New Nigerian, 12.7.1972. Actif chez Unilever à partir de 1929, S.L. Edu fonde l’African Alliance Insurance Company en 1960 et dirige une dizaine d’autres entreprises. Voir : Tom Forrest : The Advance of African Capital :The Growth of Nigerian Private Enterprise. Edinburgh University Press 1994, pp. 74-75.

102  Annonce publicitaire dans le Daily Times, 17.1.1961.

103  Entretien avec Heinz W. Frech, Solothurn, 16.12.2011.

104  J. F. Ade Ajayi : Christian Missions in Nigeria 1841-1891. Ibadan History Series, Longman, Londres 1965, introduction.

105  E. A. Ayandele : Nigerian Historical Studies. Frank Cass, Londres 1979, p. 139.

106  Ade Ajayi, op. cit., p. 215.

107  Id., p. 234.

108  Ayandele, op. cit., pp. 138-166.

109  Selon Claude Prudhomme, l’alliance de la mission et de la colonisation trouve sa légitimation commune dans la vocation à civiliser les sociétés attardées. Les missionnaires souhaitaient transformer la société notamment en abolissant l’esclavage et la polygamie. Une opinion répandue veut que pour se développer, la mission a besoin de conditions politiques stables, c’est-à-dire de l’ordre colonial (p. 106). S’il est question de complicité et de convergence d’intérêts, les buts de chacun ne se confondraient pas : les missionnaires recherchent les conversions, qui répondent à une demande spirituelle. Cf. : Claude Prudhomme : Missions chrétiennes et colonisation. Cerf, Paris 2004, pp. 95-131.

110  Ayandele, op. cit., p. 155.

111  Cité par : Ade Ajayi, op. cit., p. 17.

112  Paul Jenkins, « Mission de Bâle ». In : Dictionnaire historique de la Suisse, vol. 8, Hauterive 2009. <dhs.ch>

113  En 1917, un rapport de l’Administration estime que la Mission de Bâle se distingue des autres groupes missionnaires par la qualité de son travail et la place qu’elle réserve aux collaborateurs africains. Si bien que nous pouvons y lire : « the Basel Mission had made the Gold Coast ». Cité par : Ernest A. Osafo : Der Beitrag der Basler Mission zur wirtschaftlichen Entwicklung Ghanas von 1828 bis zum Ersten Weltkrieg. Dissertation, Universität zu Köln, Köln 1972, p. 123.

114  Cf. : Steve Page : La Suisse et le Ghana de Nkrumah. Une présence économique et diplomatique à l’épreuve de la décolonisation (1950-1970). EUE, Saarebruck 2010, p. 134.

115  Voir : Jonas N. Dah : Missionary motivations and methods : a critical examination of the Basel Mission in the Cameroon 1886-1914, Bâle 1983.

116  Cette union concerne surtout des Eglises anglicanes, presbytériennes et méthodistes. Rapport du Joint Committee on Church Union à Awka, 15-20.4.1950. Archives de la Mission de Bâle [AMB], PS2-G06-03 11587 SEMA Christian Council Nigeria 1950-63.

117  Il s’agit de la Church of the Brethren Mission [CBM] et de la Sudan United Mission [SUM].

118  Lettre de Fritz Raaflaub, secrétaire de la Mission de Bâle pour l’Afrique, au premier gouverneur de la région Nord du Nigeria, 19.10.1957. AMB PS2-G06-03 11587 SEMA Christian Council Nigeria 1950-63.

119  Lettre de H. S. Kulp, Field Secretary de la CBM à Fritz Raaflaub de la Mission de Bâle, 7.1.1958. AMB PS2-G06-03 11590 Nordnigeria 1956-1966.

120  Lettre de Paul Scheibler, aussi aux noms de Werner Schöni et Peter Rudin, à Fritz Raaflaub, 21.5.1958. AMB PS2-G06-03 11590 Nordnigeria 1956-1966.

121  L’imposition d’une escorte policière s’explique par les combats entre les villages de la région. Suite à une accalmie, les autorités viennent d’y réouvrir l’accès mais continuent de limiter le mouvement des visiteurs. The History of the Work at Gavva and Ngoshie [auteur non-identifié, date probable : 1973]. AMB PS2-G06-03 11597 Nigeria allg. Korrespondenz Jan 1976-1979/80.

122  Lettre de Paul Scheibler, aussi aux noms de Werner Schöni et Peter Rudin, à Fritz Raaflaub, 21.5.1958. AMB PS2-G06-03 11590 Nordnigeria 1956-1966.

123  Ibid.

124  Rapport de voyage de Fritz Raaflaub dans le Nord du Nigeria, 13.12.1961. AMB PS2-G06-03 11590 Nordnigeria 1956-1966.

125  Ibid.

126  Rapport annuel du pasteur Wilhelm Scheytt pour le Nord du Nigeria, 1963. AMB PS2-G06-03 11596 Nordnigeria Jahresberichte 1960-1969.

127  Id., 1964.

128  Wilhelm Scheytt partage cette vue de l’islamisation comme instrument du pouvoir politique. Cf. : Ibid.

129  Cf. : Rapport annuel de Wilhelm Scheytt, 1967. AMB PS2-G06-03 11596 NordNigeria Jahresberichte 1960-1969.

130  Rapport annuel de Wilhelm Scheytt, 1965. AMB PS2-G06-03 11596 Nordnigeria Jahresberichte 1960-1969.

131  Voir chapitre VI.1.

132  Rapport annuel du révérend Andreas Fankhauser, 1966. AMB PS2-G06-03 11596 Nordnigeria Jahresberichte 1960-1969.

133  Rapport d’Otto Schanbacher sur le travail scolaire de la Mission de Bâle dans le Nord du Nigeria, 1967. AMB PS2-G06-03 11596 Nordnigeria Jahresberichte 1960-1969.

134  « Schulen sind ohne Zweifel ein Zugang zum Herzen der Jugend ». Ibid.

135  Rapport annuel de Wilhelm Scheytt, 1968. AMB PS2-G06-03 11596 Nordnigeria Jahresberichte 1960-1969.

136  Rapport d’Otto Schanbacher sur le travail scolaire de la Mission de Bâle dans le Nord du Nigeria, 1967. AMB PS2-G06-03 11596 Nordnigeria Jahresberichte 1960-1969.

137  Rapport annuel de Wilhelm Scheytt, 1969. AMB PS2-G06-03 11596 Nordnigeria Jahresberichte 1960-1969.

138  Une nouvelle demande d’autorisation sera déposée l’année suivante à laquelle la Mission ne recevra pas non plus de réponse claire. Rapport annuel de Wilhelm Scheytt, 1971. AMB PS2-G06-03 11593 Nordnigeria Jahresberichte 1970-1977.

139  Rapport annuel du docteur Bakker, 1966. AMB PS2-G06-03 11596 Nordnigeria Jahresberichte 1960-1969.

140  Id., 1968.

141  Lettre de Paul Scheibler, aussi aux noms de Werner Schöni et Peter Rudin, à Fritz Raaflaub, 21.5.1958. AMB PS2-G06-03 11590 Nordnigeria 1956-1966.

142  De 1968 à 1973, le Service de coopération technique satisfait une dizaine de requêtes de participation à l’engagement d’infimières – dans un cas, il s’agit d’un monteur électricien – pour des périodes d’environ deux ans. Toutefois, la Mission continue à assurer elle-même la majorité des coûts. Par exemple, en 1968, les coûts pour l’engagement de l’infirmière Elisabeth Rösch durant deux ans se montent à 26’148 Sfr. La Coopération technique participe à hauteur de 6’000 Sfr alors que la Mission couvre le reste. Cf. : Propositions du délégué à la Coopération technique pour l’engagement de volontaires à l’hôpital de Ngoshie, 4.9.1968-12.3.1973. Archives fédérales suisses [AFS] E2200.168(-)1991/79/1.

143  La Mission de Bâle construit un hôpital à Agogo en 1930. La Coopération technique octroie 780’000 Sfr. pour y adjoindre une école d’infirmières en 1963. Voir : Page, op. cit., pp. 104-107.

144  Rapport annuel de Wilhelm Scheytt, 1971. AMB PS2-G06-03 11593 Nordnigeria Jahresberichte 1970-1977.

145  Rapport annuel d’Otto Schanbacher, 1975. AMB PS2-G06-03 11593 Nordnigeria Jahresberichte 1970-1977.

146  Rapport annuel de Wilhelm Scheytt, 1968. AMB PS2-G06-03 11596 Nordnigeria Jahresberichte 1960-1969.

147  Id., 1967.

148  Id., 1969.

149  Rapports annuels respectifs d’Andreas Fankhauser (1966) et Wilhelm Scheytt (1967 et 1968). AMB PS2-G06-03 11596 Nordnigeria Jahresberichte 1960-1969.

150  Rapport annuel d’Otto Schanbacher, 1975. AMB PS2-G06-03 11593 Nordnigeria Jahresberichte 1970-1977.

151  Id., 1976.

152  Connue sous les initiales EYN (Ekklesiyar Yanuwa a Nigeria).

153  Rapport annuel d’Otto Schanbacher, 1975. AMB PS2-G06-03 11593 Nordnigeria Jahresberichte 1970-1977. Il semble que les conditions et le moment d’implantation de la Mission de Bâle dans la région Nord du Nigeria n’aient pas donné lieu au conflit qui s’était développé à propos des activités en Côte de l’Or ; où certains membres de la Mission jugeaient que le faible rendement en conversions ne justifiait plus l’investissement dans l’enseignement. Cf. : René Lenzin : Afrika macht oder bricht einen Mann. Soziales Verhalten und politische Einschätzung einer Kolonialgesellschaft am Beispiel der Schweizer in Ghana (1945-1966). Dissertation, Universität Zürich, Basler Afrika Bibliographien, Basel 1999, pp. 95-100.