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Le Nigeria et la Suisse, des affaires d’indépendance

Commerce, diplomatie et coopération 1930–1980

Steve Page

Analyser les rapports économiques et diplomatiques entre le Nigeria et la Suisse revient à se pencher sur des mécanismes peu connus de la globalisation: ceux d’une relation Nord-Sud entre deux puissances moyennes et non coloniales. Pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria semblait en passe de devenir, à l’aube de son indépendance, une puissance économique continentale. La Suisse, comme d’autres pays, espérait profiter de ce vaste marché promis à une expansion rapide. Entreprises multinationales, diplomates et coopérants au développement sont au centre de cet ouvrage, qui s’interroge sur les motivations, les moyens mis en œuvre et les impacts des activités de chacun. S’y ajoutent des citoyens suisses de tous âges et de tous milieux qui, bouleversés par les images télévisées d’enfants squelettiques durant la « Guerre du Biafra » en 1968, entreprirent des collectes de fonds et firent pression sur leur gouvernement pour qu’il intervienne. Ce livre donne une profondeur éclairante aux relations Suisse–Nigeria, récemment médiatisées sur leurs aspects migratoires, ou sur les pratiques opaques de négociants en pétrole établis en Suisse.
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Chapitre III: Timide échange d’ambassadeurs et « avalanche » de visites officielles

Chapitre III

Timide échange d’ambassadeurs et « avalanche » de visites officielles

Bien que la proclamation de l’indépendance amène la Suisse à placer un ambassadeur à Lagos, elle n’est pas une condition suffisante et il devient nécessaire d’identifier les autres facteurs de décision. Réciproquement, quelles sont les motivations du Nigeria à ouvrir une ambassade à Berne en 1966 ? Avant cette date, les ministres nigérians visitent une vingtaine de fois la Suisse en moins de dix ans. Là aussi, on peut s’interroger sur leurs intentions.

1.   Le Nigeria dans le dispositif diplomatique suisse

La nomination de Benjamin Schwarzenbach comme vice-consul en 1952, puis celle de Giovanni Enrico Bucher en tant qu’ambassadeur à Lagos en 1960 doivent être situées dans l’évolution du réseau diplomatique suisse, qui, selon Claude Altermatt, ne s’étend ni par le jeu du hasard, ni de façon systématique, mais « résulte plutôt d’une suite de réactions à des situations quelquefois difficiles. Quand les circonstances rendaient inévitable l’envoi d’un diplomate à tel ou tel endroit, le Conseil fédéral se contentait de réagir, en créant un nouveau poste diplomatique ».1 ← 95 | 96 →

Les débuts de la diplomatie suisse en Afrique

Aux débuts de l’Etat fédéral, en 1848, la Suisse dispose d’une légation à Vienne et d’une autre à Paris. Le chemin menant au réseau des onze postes diplomatiques à l’étranger de 1914 est semé d’embûches ; elles sont liées, par exemple, à la conviction que la diplomatie reste, au fond, incompatible avec l’Etat suisse. Dans le climat républicain dominant le pays au 19e siècle, la diplomatie est souvent associée aux usages aristocratiques en cours dans l’Europe restaurée, encerclant l’« îlot démocratique » suisse. Sur fond de tendance anti-moderniste de fin de siècle, s’exprime encore l’opposition du peuple, qualifiée de « viscérale » par Altermatt.2 Cependant, un déblocage s’opérerait dans l’esprit du Conseil fédéral, suite au succès du représentant de Suisse à Paris Johann K. Kern dans les négociations sur Neuchâtel en 1857. L’extension du réseau répond ensuite à des motifs divers ; en 1891, la colonie suisse d’Argentine appuie sa demande de légation en argumentant en faveur d’une meilleure promotion commerciale ; en 1907, le gouvernement du Brésil exerce sa pression pour que le rang du représentant de Suisse soit élevé. De plus, une influence croissante des associations patronales se fait sentir à partir des années 1880.3

En Afrique de l’Ouest, la Suisse dispose de deux consuls honoraires : Friedrich A. Schumacher à Freetown pour les territoires britanniques à partir de 1920, et Georges F. Décombaz à Dakar pour les zones françaises dès 1928.4 Vraisemblablement commerçants, leur fonction diplomatique les amène à se mettre quelquefois à disposition des membres de l’OSEC, pour renseignements.5 L’agence consulaire à Freetown est déplacée à Accra en 1938. En 1950, une conférence présidée par Julien Rossat du DPF examine « la question de la création, du renforcement ou de la fermeture de certaines représentations officielles suisses à l’étranger ». Elle réunit ← 96 | 97 → deux autres chefs de division du DPF, trois secrétaires de légations, les chef et vice-directeur de la Division du commerce Jean Hotz et Jakob Vollenweider, le délégué aux accords commerciaux Hans Schaffner et le directeur du Directoire de l’Union suisse du commerce et de l’industrie [Vorort] Heinrich Homberger. Après avoir traîté de l’Asie et de l’Amérique, les délégués abordent l’Afrique en discutant l’opportunité de ramifier le dispositif vers le Soudan et l’Ethiopie à partir de l’Egypte, de rayonner sur l’Angola depuis Léopoldville, de créer une agence consulaire en Rhodésie du Sud, d’ouvrir une légation en Afrique du Sud, et aussi de déplacer à Lagos le siège du consulat à Accra. Ce transfert, suggéré par des « milieux commerciaux suisses » suite aux efforts nécessaires pour trouver un successeur au consul Reinhold Knittel, n’aura pas lieu. Homberger souligne qu’on « entend du bien » à propos du nouveau consul Werner Jost ; la décision finale dépend de l’enquête du Vorort et de la Division du commerce sur la convenance économique du transfert.6

Néanmoins, un vice-consulat ouvre à Lagos en 1952 ; il sera dirigé par l’agent UTC Benjamin Schwarzenbach. Celui-ci s’efforce avant tout d’apporter son soutien à la colonie suisse, notamment en prévoyant en 1956 un fonds de solidarité pour ses concitoyens, menacés selon lui « d’incertitudes financières » causées par le mouvement d’indépendance. La même année, son remplaçant et collègue d’entreprise Max Rosen souhaite la bienvenue à 83 des 350 Suisses du Nigeria, venus célébrer leur fête nationale dans un hôtel de Lagos.7 Une activité subsidiaire de Schwarzenbach consiste à satisfaire les sollicitations du consulat à Accra, auquel il est subordonné. Le consul Hermann Bähler lui suggère d’insister sur la prévention auprès de marchands suisses inexpérimentés et susceptibles de traiter avec des partenaires insolvables.8 En 1956, le consulat à Accra commande à Schwarzenbach un rapport sur la « menace communiste » au Nigeria ; il y souligne les efforts de l’Administration britannique pour limiter les contacts des ← 97 | 98 → leaders indépendantistes avec le bloc de l’Est, une stratégie qui lui semble porter ses fruits.9

Le transfert de pouvoir vu par les diplomates suisses

Le processus de décolonisation est suivi de plus près par les échelons supérieurs du réseau diplomatique, à l’image du consul de Suisse à Accra, Eduard Brugger. Celui-ci prévoit un séjour au Nigeria afin de rencontrer les autorités et s’entretenir avec les représentants du Ministère du commerce et de l’industrie.10 Une attention encore plus soutenue est manifestée par la légation de Suisse à Londres, où se tiennent, en 1953 et 1956, les conférences visant à élaborer la constitution nigériane. Le chargé d’affaires de la légation, Erwin Bernath, renseigné par un informateur non-identifié, rapporte à l’issue de la conférence de 1953 que « le Nigéria est une création somme toute artificielle, la domination britannique étant le seul lien entre les deux régions côtières et l’arrière pays ».11 Bernath précise que chacune des trois régions fait corps derrière son leader respectif, et que la tentative d’unification au niveau fédéral ne remonte qu’à 1947.

Les résultats de la conférence allèrent plutôt au-delà de l’attente du Colonial Office, de sorte que celui-ci est satisfait de l’étape qu’avec beaucoup de patience et de persuasion il réussit à faire accomplir à ses protégés. Le nœud du problème est cette conscience fédérale qui fait encore si généralement défaut. Pour la provoquer, la réforme constitutionnelle prévoit que les élections législatives fédérales auront lieu indépendamment des élections régionales.12

Un tel point de vue saisit des enjeux majeurs de la négociation et rappelle que l’indépendance se réalise en partie selon les préceptes du Colonisateur, qui s’efforce d’éduquer ses « protégés ». L’ambassadeur Armin Daeniker analyse la suite du processus constitutionnel et souligne qu’à cause d’un ← 98 | 99 → nombre de régions encore incertain, l’échéance de 1956 initialement prévue par les nationalistes ne peut être respectée et que l’organisation politique ne semble pas devoir aboutir de si tôt.13 Au sujet de la dernière visite préparatoire du premier ministre Tafawa Balewa à Londres en mai 1960, Daeniker fait état d’une grande confiance de la part des autorités britanniques dans l’avenir du Nigeria, avec toutefois une petite réserve. Un doute subsiste quant à la faculté du pays à développer un régime démocratique, laissant craindre une évolution vers un système plutôt autoritaire, sur le modèle ghanéen. Mais selon Daeniker, le fédéralisme devrait prémunir le Nigeria contre cette dérive.14

Le gouvernement suisse entend se faire une meilleure idée de la situation et des bouleversements engagés en envoyant son délégué aux accords commerciaux Edwin Stopper explorer l’Afrique de l’Ouest, en décembre 1959 et janvier 1960. Un des objectifs du voyage consiste à orienter la réorganisation du réseau diplomatique et précisément à savoir s’il vaut mieux ouvrir une ambassade à Lagos ou à Accra. Stopper recommandera de le faire dans les deux villes ; selon lui, une représentation officielle à Lagos est très urgente, du moment que le Nigeria apparaît comme le pays d’Afrique de l’Ouest promis au développement économique le plus rapide. Il lui semble aussi nécessaire d’ouvrir une ambassade à Accra, notamment en raison de l’importante colonie suisse du Ghana et pour ne pas froisser le président Nkrumah, qu’il qualifie de « guide du panafricanisme noir ».15

Le parlement suisse, en mars 1960, donne son assentiment à l’ouverture de nouvelles missions diplomatiques16 : le Ghana fait partie du premier groupe de priorités, le Nigeria du second. A cette occasion, le Conseil fédéral est revenu sur la taille de la colonie suisse du Ghana – ayant acquis son indépendance deux ans plus tôt, alors que pour le Nigeria, c’est la « richesse économique » du pays qui est d’abord mise en avant ; ces variations argumentaires s’inscrivent dans un tout, où amitié rime avec commerce : ← 99 | 100 →

Dans les quinze ans compris entre la fin de la seconde guerre mondiale et 1960, il y a eu près de trente pays qui sont parvenus à la pleine souveraineté et ont pris rang parmi les nations jouant un rôle international. Grands ou petits, ce sont tous des Etats avec lesquels notre pays veut et doit entretenir des relations amicales. Un pays industrialisé comme le nôtre peut avoir intérêt à entretenir des relations commerciales avec ces pays, qui disposent souvent des ressources d’un territoire riche et peu exploité.17

Au lendemain de l’Année de l’Afrique – dix-sept colonies de ce continent obtiennent leur indépendance en 1960, la Suisse comptera neuf représentations officielles sur ce continent : à Lagos et Accra, il faut ajouter la légation à Addis Abeba et les ambassades à Dakar, Abidjan, Pretoria, Khartoum, Rabat, Tunis et Le Caire. Le Conseil fédéral doit avouer à l’Assemblée que la vitesse inattendue de la décolonisation l’a poussé à revoir son intention d’ouvrir tout au plus « une ou deux nouvelles missions permanentes en Afrique ».18

Daeniker représente la Suisse aux célébrations de l’indépendance du Nigeria en octobre 1960. A l’image de Stopper, il s’agit de prendre contact avec ses concitoyens résidant dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est et de l’Ouest, d’y dresser un état des lieux de la diplomatie et du commerce suisses en vue de les développer. Selon Daeniker, le déroulement parfait des festivités confirme une fois de plus que l’indépendance a été préparée de longue date par le gouvernement britannique. Il estime probable que plusieurs centaines de Britanniques gardent leurs postes dans l’Administration et garantissent une transition sans heurts. La participation de Daeniker aux festivités et divers entretiens dans ce cadre influencent considérablement sa perception. Désormais, il parle non seulement d’une solide constitution fédérale obtenue après de nombreux perfectionnements, mais aussi du premier ministre Balewa comme étant capable de résister à l’influence des leaders de la région Nord. Si l’on excepte la position d’Azikiwe qui pourrait se sentir frustré d’être confiné dans un « rôle décoratif », le Nigeria apparaît à Daeniker comme une fédération cimentée par une savante répartition du pouvoir. L’importance de la population pourrait permettre au pays de former un contre-poids au Ghana de Nkrumah et à l’Egypte de Nasser.19 ← 100 | 101 →

La pendulette Atmos – cadeau officiel remis par Daeniker à Balewa – témoigne encore une fois de la retenue et de l’esprit économe de la Suisse face à sa politique étrangère en général. Le Service de coopération technique obtient que la pendulette s’assortisse d’une offre de cinq bourses d’études. Une coupure de presse, transmise par l’OSEC au DPF, mentionne les présents de la République fédérale d’Allemagne comme suit : trois cliniques mobiles avec générateurs, vingt bourses d’études universitaires en Allemagne, dix bourses pour stages dans des entreprises allemandes. Le DPF se demande alors si « le problème des cadeaux officiels » ne devrait pas être reconsidéré.20

Balewa apprend de Daeniker la décision de placer une ambassade de Suisse à Lagos avec une apparente satisfaction. Mais la date d’ouverture n’est pas encore fixée et l’agent UTC Fritz Hofer assumera les tâches consulaires jusqu’à l’arrivée de l’ambassadeur Giovanni Enrico Bucher en août 1961. Lorsque le gouvernement nigérian annonce le passage en Suisse de la mission économique d’Okotie-Eboh par le biais des ambassades à Washington, un manque de représentation officielle à Lagos se fait sentir.21 L’entrée en fonction de Bucher offre à la Suisse un représentant à plein temps, qui ne cumule pas sa fonction diplomatique avec une activité commerciale. Cependant, sa circonscription comprend le Cameroun, en plus du Nigeria. Docteur en droit et avocat, Bucher entre dans la diplomatie en 1943 et collabore au sein des légations suisses à Bombay, New Delhi, Paris et Bagdad.22

Les premières années d’indépendance aux yeux de l’ambassadeur de Suisse

La politique économique et la coopération technique constituent pour l’ambassade des champs d’intervention majeurs et seront traités dans les chapitres suivants. C’est pourquoi les prochaines lignes se concentrent ← 101 | 102 → sur le travail d’information réalisé à l’intention du DPF, car l’image du Nigeria transmise à Berne par le biais des rapports de l’ambassade peut avoir une incidence sur la relation bilatérale. Bucher, dès son arrivée à Lagos, produit des rapports sur des sujets divers. L’un traite de l’éducation au Nigeria. L’ambassadeur interprète comme un signe encourageant la volonté des Nigérians « d’apprendre et d’aller de l’avant », ce qui pousse les hautes écoles et institutions techniques à atteindre des résultats « étonnants » et comparables à ceux des établissements européens. Il prétend que le cerveau de l’Africain n’est pas « chargé » dès son enfance, ce qui le rend ensuite plus apte à mémoriser des théories. Par contre, un manque d’éducation au sein de la famille ne permettrait pas d’exercer la logique nécessaire au côté pratique. Selon Bucher, l’Africain se contente d’avoir obtenu un diplôme et n’aspire ensuite qu’à donner des ordres de son bureau et à signer des lettres. Quelques-uns se distinguent toutefois dans des professions purement intellectuelles, mais il s’agit d’individus qui auraient quitté le « bush » depuis longtemps. Bucher en conclut que, s’il évolue dans les mêmes conditions, l’Africain est égal à l’Européen.23

L’ambassadeur de Suisse juge qu’une classe moyenne importante existe au Nigeria et qu’elle ne se compose « fort heureusement » pas seulement de politiciens et de fonctionnaires, mais surtout de marchands et de paysans. En effet, un certain nombre d’entrepreneurs nigérians a connu une ascension sociale et la plupart s’adonne au commerce ; par contre, l’historien Tom Forrest précise que les agriculteurs ne sont pas parvenus à se hisser dans la classe bourgeoise.24 Bucher ajoute :

Sauf dans les steppes presque désertiques du centre, le sol est tellement riche, que l’indigène réussit à se nourrir convenablement […] presque sans travailler ; de fruits magnifiques, de racines fort nutritives et du gibier en grandes quantités. […] n’ayant pas la nécessité de travailler, l’indigène ne fera pas trop d’efforts et n’aura pas, en général, de grandes ambitions.

Poursuivant son écrit par quelques considérations sur l’éducation en estimant que « l’Africain, en général, n’aime pas travailler de ses mains » et que le Nigeria manque ainsi de mécaniciens et de charpentiers, Bucher ← 102 | 103 → conclut : « L’Afrique est un énorme continent (peu mystérieux comparé à l’Asie), très beau, sous-peuplé, au climat malgré tout supportable. L’indigène dans la brousse est magnifique mais primitif ; celui des villes est corrompu ; il a hérité toutes les mauvaises qualités de l’européen. Il reste cependant, assez agréable et à l’abord facile. Le blanc y vit encore bien, malgré les nombreuses déceptions dues à l’inefficacité, le manque de sens de responsabilité et le peu de confiance qu’il peut donner aux gens du pays ».25 Cet ensemble de stéréotypes a néanmoins le mérite d’évoquer la corruption, phénomène que Bucher ne tente pas pour autant d’expliquer. En particulier, la vision de l’indigène perverti s’inscrit en prolongement du mythe colonial dépeignant l’Afrique comme un paradis perdu ; une image également véhiculée par des voyageurs suisses, en tout cas jusque dans les années 1930.26

D’autres rapports traitent de la politique. Le Nigeria ne ferait pas exception sur la scène africaine, car la démocratie ne s’y installe que péniblement. Bucher attribue ces difficultés à un manque de sens des responsabilités, de discipline et de formation politique, ainsi qu’à de forts liens tribaux qui mènent à des régimes présidentiels. Le principal problème résiderait dans le fait qu’au Nigeria, les trois régions principales s’identifient trop exclusivement à leur parti respectif27, qui n’est cependant pas caractérisé par une idéologie marxiste ou d’extrême droite. Toutefois, Bucher se méfie des foules qui, imprévisibles, peuvent se laisser enflammer par un événement mineur et suivre un leader inattendu par « faux nationalisme, par xénophobie artificiellement créée ou par africanisme ». Selon lui, « tant que l’armée et la police resteront dirigées, du moins partiellement, par des Britanniques, le danger d’une telle évolution paraît toutefois minime ».28 ← 103 | 104 →

Bucher perçoit une certaine dose de modération dans la politique extérieure de son pays de résidence. Les déclarations du ministre des Affaires étrangères Jaja Wachuku tiennent le pays à l’écart de l’idéologie panafricaniste et du Groupe de Casablanca29. Wachuku entend suivre une politique de non-alignement, mais précise que le Nigeria ne prétend pas à la neutralité, surtout lorsqu’il s’agit de préserver la paix en Afrique. Plutôt que de jouer un rôle de leader, Wachuku déclare que le Nigeria doit s’occuper de ses propres problèmes, après quoi d’autres pays pourraient le prendre en exemple. Selon Bucher, le point de vue de Wachuku s’oppose radicalement à celui de l’opinion publique, dont une partie estime que le Nigeria, qu’elle qualifie de « géant de l’Afrique », demeure trop discret sur la scène internationale.30

Sans doute par conscience de la structure fédéraliste, Bucher entreprend des visites de la région Est et de la région Nord. En 1961, son séjour à Enugu débute par une visite des locaux UTC, puis du Technicum où enseigne le Suisse Karl Seiler, soutenu par la Fondation suisse d’asssistance au développement technique [FADT], et enfin de l’Université de Nsukka. L’ambassadeur est invité pour un banquet au palais du gouverneur Francis Ibiam, auquel participent 34 personnes dont le premier ministre Michael Okpara, huit ministres régionaux et le représentant UTC. Alors que le gouverneur porte un toast « à la Reine » et « au Président de la Confédération suisse », Okpara prononce un discours de vingt minutes, mentionnant le bilan positif de son voyage en Suisse, ainsi que ses « bons amis » Stopper, Preiswerk et Bühler.31 La colonie suisse d’Enugu ne compte guère plus de dix personnes, alors que celle de Port Harcourt une cinquantaine ; ← 104 | 105 → celle-ci se compose surtout d’ingénieurs au service de l’entreprise pétrolière Shell, dirigée à cet endroit par un Suisse.32

Le voyage de Bucher dans la région Nord en 1963 est moins orienté vers les prises de contacts, mais d’avantage vers des observations générales. Un tiers du rapport s’étend sur « les hommes et leurs particularités », comparés aux habitants du Sud-Ouest. A ces derniers, joyeux, pleins de tempérament, mais aussi bagarreurs et vaniteux, Bucher oppose des peuples hausa et fulani plus dignes, sérieux, et observant une grande politesse. Déjà au cours de la décennie précédente, les administrateurs britanniques jugeaient le contact plus agréable avec les leaders du Nord qu’avec leurs homologues du Sud.33 Le tour d’horizon industriel insiste sur la présence suisse, comme au sein de la fabrique textile de Kaduna. Après une visite du Technicum de Bukuru qui, comme celui d’Enugu, compte parmi son personnel enseignant un Suisse envoyé par la FADT, Bucher rencontre le premier ministre Ahmadu Bello. Celui-ci confirme les suppositions de l’ambassadeur quant à la position précaire de la femme dans la région Nord ; le sultan Bello affirme admirer la Suisse, car contrairement à d’autres pays occidentaux et conformément au Coran qui leur assignerait un rôle « d’être humain de seconde classe », les femmes n’y votent pas. Il exprime un signe de mécontentement après que Bucher ait prétendu que la situation en Suisse ne soit « pas tout à fait la même » ; la discussion en reste là.34

Enfin, l’ambassadeur s’efforce de porter un regard d’ensemble sur l’évolution politique, au niveau national. A la suite d’une période « mouvementée », marquée par une proclamation de l’état d’urgence dans la région Ouest, le procès d’Obafemi Awolowo et « de nombreux autres événements »35, Bucher rapporte que l’année 1963 débute dans le calme. ← 105 | 106 → La grève générale de 1964 est perçue par le chargé d’affaires de l’ambassade Jean Zwahlen comme l’expression inattendue d’une conscience de classe transcendant les liens tribaux. Mais en décembre de la même année, ces derniers ne semblent pas avoir perdu de leur force ; Bucher n’exclut pas que le président Azikiwe puisse s’éloigner du gouvernement fédéral au point de soutenir une sécession de la Région Est, en mesure de réaliser son indépendance grâce à ses réserves pétrolières. Le Président acceptera néanmoins de continuer d’intégrer un gouvernement de large coalition ; compromis que Bucher interprète comme une victoire de Balewa, ayant démontré par-là « qu’il n’est pas qu’un grand homme d’Etat, mais aussi un politicien extrêmement raffiné et subtil ». Ce dénouement prouverait aussi que Balewa put s’émanciper de l’influence d’Ahmadu Bello, de qui il n’aurait été au début qu’un « instrument ». Mises à part toutes les qualités qu’il attribue à Balewa, Bucher ne parvient pas à expliquer ce qui put inciter Azikiwe au compromis ; ne pouvant confirmer que l’armée ait exercé des pressions, il se contente d’espérer que celle-ci n’eût joué qu’un rôle marginal.36

En janvier 1965, Bucher quitte l’ambassade de Suisse à Lagos avec une note d’optimisme, sentiment vraisemblablement à contre-courant des articles de la presse occidentale qui adopterait qu’un seul point de vue, celui de Michael Okpara, et transmettrait une image biaisée. L’ambassadeur tient le correspondant de la Neue Zürcher Zeitung pour un exemple typique ; celui-ci a estimé, par exemple, que le Nigeria ne serait plus jamais le même depuis le trucage des élections dans la région Ouest en 1963. Assertion que Bucher juge ridicule, en soulignant que le pays a promptement rétabli son équilibre à la suite de plusieurs autres crises plus graves. Les tensions resteraient alors confinées aux relations personnelles entre quelques politiciens, qui possèderaient toutefois « un certain sens de la réalité », permettant de placer de « bons espoirs » dans le futur du Nigeria.37 Apparemment, l’admiration portée à la personne de Balewa par l’ambassadeur suffit à maintenir une part d’ombre sur la grandeur, la complexité et les déséquilibres de la jeune Nation. ← 106 | 107 →

Les rapports que nous venons d’analyser sont le plus souvent adressés directement au conseiller fédéral en charge du DPF, puis largement distribués au sein de l’Administration. Cela dit, les copies ou originaux archivés ne sont que très rarement annotés et font vraisemblablement l’objet d’une attention limitée ; on pourrait donc les comparer aux pages d’un journal de bord, où se rassemblent des impressions, germes de réflections susceptibles d’orienter les positions de leur auteur. En outre, la croissance du réseau diplomatique n’a pas coïncidé avec une extension parallèle de la centrale du DPF, ce qui ne facilite pas la gestion de l’information pour les fonctionnaires et politiciens à Berne, censés lire environ soixante de ces rapports par semaine. En 1972, les diplomates reçoivent la directive de les limiter à six pages.38

Information suisse au Nigeria

En sens inverse, l’ambassade considère les options qui permettraient de transmettre une certaine image de la Suisse, développer une propagande culturelle. Bucher souhaiterait disposer de bonnes ressources audiovisuelles, régulièrement demandées par les radios nigérianes, mais il ne semble pas que la Société suisse de radiodiffusion lui vienne en aide. Le gouvernement nigérian crée une demande similaire ; le Ministère des affaires étrangères charge le professeur J. Fabre d’organiser des cours de français, selon la méthode audio-visuelle, pour des fonctionnaires susceptibles d’être appelés en poste diplomatique dans des pays francophones. Son désir de présenter les aspects touristique, folklorique, économique, technique et social de la Suisse est communiqué par l’ambassade à l’OSEC, à l’Office national suisse du tourisme, au Secrétariat des Suisses à l’étranger de la Nouvelle société helvétique et à Pro Helvetia. Jean Zwahlen appuie la requête par le fait que l’Université d’Ibadan a exprimé une demande semblable et que ces ressources pourraient servir aux deux programmes ; de plus, ce serait « un excellent moyen de présenter avantageusement notre ← 107 | 108 → pays à des personnes appelées à jouer un rôle important ».39 Faute de réaction des sociétés contactées, il s’agit là encore d’un projet avorté.

Mais la première incitation était venue du ministre de l’Information Theophilus S. Benson, faisant part à Bucher de son intention d’établir un échange d’informations entre les deux pays dans les domaines de la politique, de l’économie, de la recherche et de la culture. Les coûts d’un éventuel échange de journalistes motive la retenue du DPF, qui se dit toutefois prêt à encadrer une délégation faisant étape durant un voyage en Europe. Des projections de films par l’ambassade à Lagos paraissent plus raisonnables au Département.40 Une deuxième impulsion vient encore du côté nigérian, lorsque le Daily Times se tourne vers Bucher pour documenter une publication sur la Suisse et ses relations avec le Nigeria. Finalement, ce quotidien ne consacre au thème rien de moins qu’une édition spéciale, en décembre 1963, à laquelle collaborent l’ambassade, Swissair et plusieurs entreprises suisses actives à Lagos. La parution est jugée satisfaisante par l’ambassadeur, malgré ses regrets quant à l’omission de l’article sur le tourisme.41 A l’occasion de la fête nationale suisse de 1965, le Daily Express offre deux pages à « l’excitante revue de l’histoire de la plus vieille démocratie du monde », rédigée par l’historien et professeur à l’Université de St-Gall Georg Thürer, qui a aussi été nommé par le Conseil fédéral suisse au conseil de fondation de Pro Helvetia.42 Les mythes autour du pacte fédéral du 13e siècle, de la neutralité et de la résistance armée durant la Seconde Guerre mondiale y ont la part belle, puis l’histoire de la Croix-Rouge et le développement universitaire sont évoqués, avant que l’article n’explique la signification du 1er août, date à laquelle même les Suisses de l’étranger ← 108 | 109 → sentiraient leur esprit retourner au temps de Guillaume Tell, « champion de la liberté ».43 Cette publication est accompagnée d’annonces UTC, Swissair et Panalpina. L’écho de ces parutions peu nombreuses ne se laisse pas évaluer. Les articles nigérians traitant de la Suisse seront plutôt inspirés des voyages de leurs auteurs, mais nous y reviendrons.

2.   La Suisse dans le dispositif diplomatique nigérian

Débuts de la diplomatie nigériane et coopération avec la Suisse

L’ouverture du Nigerian office à Londres en 1950 a pour objectif officiel de maintenir le contact avec toute organisation et tout individu œuvrant au développement du Nigeria ou représentant les intérêts de ses habitants. À Lagos, en 1956, le Département des affaires extérieures est établi sous la supervision du Chief Secretary, puis dépend du bureau du premier ministre à partir de l’année suivante. Trois niveaux de représentations sont alors envisagés ; des ambassades au Royaume-Uni, Etats-Unis, Ghana, Soudan et dans « une autre capitale occidentale » ; une délégation permanente auprès des Nations Unies ; puis des consulats à Jeddah, Fernando Po et Libreville. La formation des diplomates s’appuie sur le réseau du Royaume-Uni et se déroule donc au sein de ses ambassades à Washington, Bonn, Paris et Vienne. Jusqu’à l’indépendance, le Département n’est pas le seul acteur gouvernemental des relations étrangères ; chacune des trois régions, dans l’atmosphère de concurrence se dégageant de leurs plans de développement respectifs, a placé un agent général à Londres. Cette superposition de compétences perdure en tout cas en 1959, lorsque les autorités britanniques transfèrent les responsabilités de la défense, des affaires et du commerce extérieurs au gouvernement fédéral.44 Dans ce champ d’acti ← 109 | 110 → vités, les interférences des départements des Finances, du Commerce et de l’industrie, de l’Éducation et du Service social tendent à augmenter la confusion jusque sous la Première République au moins.45

En 1960, le Département s’émancipe du bureau du premier ministre et forme un ministère à part entière : celui des Affaires étrangères et des relations avec le Commonwealth, dirigé par Jaja Wachuku, qui remanie l’organigramme mais ne parvient que peu à améliorer la coordination.46 Comme la Suisse, le Nigeria n’adopte pas de vision globale, ni de stratégie en politique étrangère47 ; cependant, la création du Nigerian Institute of International Affairs [NIIA] en 1963 exprime une volonté de mieux orienter les décisions. Les coûts liés à la fondation de cet institut se répartissent principalement entre le Gouvernement fédéral, les trois régions, l’aide des Etats-Unis et du gouvernement britannique.48 Du côté suisse, le Service de coopération technique refuse d’entrer en matière, mais le DPF appelle à des donations de livres auprès d’autres instances. Tandis que l’Institut universitaire des hautes études internationales [IUHEI] de Genève se déclare prêt à examiner favorablement la requête, mais semble finalement se rebiffer, Pro Helvetia offre 119 livres et une collection de diapositives. Le choix définitif des ouvrages n’est pas connu, mais l’ambassadeur Bucher suggérait de privilégier des titres relatifs à la politique, la jurisprudence, l’histoire, la géographie et l’économie. Cette contribution suisse donne lieu à une petite mise en scène en présence de Bucher et à deux articles de presse. Reconnaissant la modestie du geste, l’ambassadeur pense qu’il ← 110 | 111 → pourrait néanmoins encourager d’autres donateurs.49 Sur une idée du Chief Justice Adetokunbo Ademola à la suite de son séjour en Europe et conçu sur le modèle du Royal Institute of International Affairs à Londres, le NIIA s’efforcera de compiler des données et mener des recherches sur les relations internationales, mais ce travail ne sera pas exploité systématiquement par le Ministère. Le fait que le Chief Justice préside l’Institut jusqu’en 1971 pourrait en partie expliquer ses liens distendus avec les Affaires étrangères.50

Motifs pour une ambassade à Berne

L’état embryonnaire du réseau diplomatique, durant la Première République, amène plusieurs fois le Ministère à recourir aux services des ambassades britanniques. Le Nigeria compte 13 représentations à l’étranger en 1963, 39 en 1966 et plus de 50 en 1970.51 Selon les fonctionnaires interrogés par Eminue, l’emplacement des postes diplomatiques dépend surtout d’une volonté d’établir des liens avec les pays jugés industriellement avancés, ainsi qu’avec ceux qui abritent les principales organisations internationales. La République fédérale d’Allemagne, l’Italie, les Etats-Unis, l’Union soviétique, le Japon, le Brésil répondent au premier critère, la Belgique au second. À l’instar de la Hollande, la Suisse réunit les deux.52 Un document de travail établi en 1966 par le Ministère détaille les intérêts du Nigeria pour 127 pays, en distinguant les domaines politique, économique, commercial, culturel et en évaluant le nombre de résidents nigérians. Si la Suisse est notée avec huit sur dix pour son savoir-faire industriel, ses débouchés pour les produits nigérians, qu’elle obtient sept points pour son statut international et les débouchés qu’elle offre aux ressources minérales ; par contre, son éloignement culturel et son absence des institutions ← 111 | 112 → internationales ne lui rapportent que la note minimale. Sur un total maximum possible de 180 points, la Grande-Bretagne arrive en tête avec 163, suivie des Etats-Unis avec 145 et de la RFA avec 106. La Suisse se classe au dixième rang avec 79 points, précédée de peu par la Hollande qui en obtient 82, alors que la Suède en reçoit 75, le Danemark 67, la Norvège 60, la Belgique 59, et l’Autriche 50.53

Sur la base d’une chaude recommandation du DPF d’octobre 1966, le Conseil fédéral suisse accepte Sule Kolo en tant que premier ambassadeur du Nigeria à Berne. Diplômé de la London School of Economics en 1957, premier secrétaire des Affaires étrangères, conseiller à la Haute commission [ambassade] à Londres, puis secrétaire permanent au Ministère de la défense à partir de 1963, Sule Kolo donne à l’ambasadeur de Suisse à Lagos Fritz Real l’image d’un fonctionnaire très compétent « selon les standards nigérians ».54 Lorsque le gouvernement nigérian prévoit d’établir un laboratoire pour l’essai des matériaux, O.F. Leibu, diplômé du polytechnique de Zurich dans les années 1940, suggère de s’inspirer du modèle suisse et Sule Kolo se rend à l’EMPA55 en 1964 et janvier 1966 pour le compte du ministère de la défense, associé au projet.56 Lorsque l’ambassade de Suisse à Lagos mentionne « la sympathie qu’il nourrit pour notre pays et son désir de l’associer plus étroitement au développement du sien », elle laisse supposer que les sentiments personnels et l’influence de Kolo ne sont pas étrangers au choix d’ouvrir une représentation à Berne.57 ← 112 | 113 →

3.   Ministres nigérians en voyages d’étude ou missions commerciales

Aussitôt que le Conseil nigérian des ministres entre en fonction en 1952, ses membres effectuent des voyages en Europe et aux Etats-Unis. En 1958, le Gouvernement fédéral annonce que des missions se rendront à l’étranger pour se tenir au courant des développements techniques de l’industrie et voir comment ils peuvent être appliqués au Nigeria.58 Le flot de visites devient plus intense au tournant de l’indépendance en 1960-1961, puis en 1965. Les motifs et les destinations de ces voyages sont divers. Il est rare qu’on se limite à une seule étape ; les voyages concernent le plus souvent plusieurs pays.

Un intérêt pour la poste suisse

En 1952, le ministre des Communications Chief Arthur Prest se rend à Liverpool pour effectuer un contrôle médical, avec l’autorisation du Conseil de prendre à cette occasion des engagements officiels. Ayant accepté l’invitation au thé à Buckingham, où on lui présente la reine d’Angleterre Elisabeth II, A. Prest choisit de ne pas prolonger les mondanités et consacre le reste de son séjour à observer les systèmes postaux et télégraphiques. Plusieurs nigérians étudient déjà ces domaines au Royaume-Uni et lui font part d’une frustration de devoir ensuite exercer leur savoir sur des équipements désuets de leur terre d’origine. Plus d’un mois après l’arrivée de son bateau, Prest débute un « tour continental » d’un jour en Allemagne, six en Hollande, un jour en Belgique, trois en Suisse et un en France. L’étape allemande se résume à la visite d’une entreprise métallurgique à Oberhausen dans la région de la Ruhr et un voyage sur « the great Autobahn road » qu’il juge digne d’attention pour son collègue en charge des routes. La longueur du séjour en Hollande s’explique par l’intérêt porté aux usines ← 113 | 114 → Philips qui produisent, par exemple, des téléphones spécialement adaptés au climat tropical.59

A. Prest affirme que la Suisse est « le centre de [son] intérêt » ; car, en plus d’abriter le siège de l’Union postale universelle, elle disposerait, à Zurich, du système postal le plus moderne d’Europe. La description du fonctionnement de la poste centrale met l’accent sur les activités bancaires de l’établissement et les conditions de travail des employés, qui profitent de salles de repos et toilettes propres. Or, l’automatisation du tri est l’aspect le plus exhaustivement rapporté. Concédant que ces facilités sont peu comparables à celles de la poste centrale du Nigeria, le ministre prévoit que la croissance démographique pose à Lagos des problèmes similaires à ceux qui avaient incité les Zurichois à moderniser leur système. A. Prest soutient donc auprès du Conseil des ministres une réorganisation du Département des postes et télégraphes, basée sur des conseils d’experts. Cependant, il déclare que la « présente confusion et congestion » dans l’acheminement du courrier rend une mécanisation partielle de la poste centrale de Lagos immédiatement nécessaire.60 Le séjour en Europe complète une enquète entamée par A. Prest dans à peu près tous les bureaux postaux du Nigeria et débouche sur des recommandations peu différentes des conclusions de l’expertise britannique en 1954. Tous les rapports concordent sur le manque de formation professionnelle, de locaux et de moyens de transports, mais le besoin d’équipements mécaniques est finalement considéré comme subsidiaire. On construit seize bâtiments au cours des deux années suivantes ; le Conseil des ministres décide alors d’augmenter les tarifs postaux.61

D’autres ministres des communications suivent les pas d’A. Prest. En 1955, l’ambassade de Grande-Bretagne à Berne informe le DPF de l’in ← 114 | 115 → tention de Kingsley O. Mbadiwe de passer quatre jours en Suisse pour y étudier les services postaux. L’ambassade s’engage à organiser la visite et le DPF transmet l’information au Département suisse des postes et des chemins de fer, qui la porte jusqu’au conseiller fédéral Max Petitpierre. Finalement, pour des raisons inconnues, Mbadiwe ne réalise pas ce séjour.62 En 1961, le passage de la délégation d’Olu Akinfosile est annoncée au DPF par le consulat de Suisse à Lagos. Plus qu’effectuer une simple visite, le Ministre souhaite entrer en contact avec la direction de la poste suisse dans l’espoir de recruter des experts en télécommunications ; il rencontrera également des représentants de l’OFIAMT, du Service de coopération technique et de UTC. L’itinéraire de la délégation comprend aussi l’Angleterre, la Hollande et l’Allemagne, et le but précis consiste à engager une quinzaine de techniciens jusqu’à ce que les quarante Nigérians en formation au Royaume-Uni terminent leur cursus. Un marché du travail « tendu depuis plusieurs années » et une population réduite expliquent, selon le délégué à la Coopération technique Hans Keller, le fait que la Suisse ne puisse satisfaire la requête nigériane.63 Finalement, ce sont sept ingéneurs de la République fédérale d’Allemagne qui se rendent au Nigeria.64 Alors qu’en 1965, le Nigeria s’apprête à réorganiser profondément son système postal sur une période de cinq ans, le ministre Raymond Njoku visite à son tour la centrale de la poste suisse et l’Union postale universelle à Berne. Rien ne démontre que cette visite débouche sur une collaboration concrète des deux pays dans le domaine des communications.65 ← 115 | 116 →

Visites commerciales, Mission économique et voyages d’étude

Alors qu’il était ministre du Commerce et de l’industrie, R. Njoku avait déjà séjourné en Suisse dans le cadre d’une tournée européenne comprenant notamment l’Allemagne, à la suite de la Conférence constitutionnelle tenue à Londres en 1957. Sa venue est alors annoncée au gouvernement suisse par l’agent commercial UTC et vice-consul à Lagos B. Schwarzenbach. Un collègue d’entreprise de celui-ci, C. Spoerri, encadre la visite de l’entreprise chimique Ciba, qui précède celle de la fabrique horlogère Omega et de la chocolaterie Suchard. Njoku s’entretient ensuite avec la Division du commerce au sujet de la balance commerciale apparemment déficitaire pour le Nigeria, mais ses interlocuteurs parviennent à lui faire admettre le contraire en présentant des statistiques qui incluent le destinataire final des produits. Questionné sur l’entrée éventuelle des pays d’outre-mer dans la Zone de libre échange, le gouvernement suisse répond qu’il n’y est pas favorable. Enfin, ce dernier obtient des informations plutôt générales lorsqu’il demande de quelle manière la Suisse pourrait contribuer au développement du Nigeria ; Njoku se contente d’expliquer que son pays offre des conditions attractives aux investisseurs et n’entrave pas le rapatriement de capitaux.66

A ces premières approches officielles fait suite une visite beaucoup plus remarquée : celle de la mission commerciale du ministre des Finances Festus Okotie-Eboh en 1961, dont les objectifs consistent à « explorer les possibilités » d’une expansion du commerce avec les pays hôtes, promouvoir leurs investissements au Nigeria et chercher de l’assistance à un « programme éducatif massif ».67 Entre autres délégués, le ministre du Commerce et de l’industrie Zanna B. Dipcharima participe à cette mission qui débute en Allemagne, se poursuit en Norvège, Suède, Danemark, Hollande, Suisse, puis se termine en Italie. En Suisse, la Délégation est ac ← 116 | 117 → cueillie par le conseiller fédéral en charge des Finances Jean Bourgknecht. Elle participe à une séance réunissant des délégués du Département des finances, de la Division du commerce, de la Coopération technique et du Vorort. La question de la balance commerciale est soulevée dans les mêmes termes que ceux de Njoku quatre ans plus tôt, et traitée de la même manière. Cependant, les discussions aboutissent à des engagements concrets du gouvernement suisse, à savoir la promesse de dix bourses d’étude et la couverture du financement de turbines par la Garantie contre les risques à l’exportation. Même si la Délégation oriente sa visite vers les entreprises Brown Bovery et Motor Columbus, son intérêt se porte aussi sur Alusuisse, société avec laquelle elle projette de développer des joint ventures. Les banques, desquelles les Nigérians espèrent des crédits à long terme, ne se déclarent disposées à couvrir l’achat de produits suisses que sur une période de trois mois.68 G. E. Bucher, à l’instar de ses homologues ambassadeurs de Norvège et d’Allemagne, se mêle à « la foule » accourue sur le tarmac de Lagos pour accueillir la Délégation ; Dipcharima qualifie alors le passage en Suisse d’« extraordinaire ».69 Dans les colonnes du Morning Post, Okotie-Eboh rapporte que les contacts établis dans chaque pays donnent des perspectives réjouissantes. Le ministre des Finances ne relève aucun point négatif ou mitigé ; les séjours en Allemagne et en Suisse, particulièrement, apparaissent comme des succès complets. Grâce aux discussions menées à Berne, on continuera à examiner les moyens de favoriser les échanges commerciaux ; de plus, des compagnies suisses « de réputation internationale » ont manifesté leur intérêt aux projets hydro-électriques nigérians.70 ← 117 | 118 →

Beaucoup plus discrète, car inofficielle, la visite en Suisse du ministre du Commerce Mbadiwe en 1965 permet un accord avec Nestlé, qui accepte de mettre un bureau à disposition du Nigeria pour y établir un centre de commerce du cacao.71 Mais la Première République a désormais ses jours comptés et le projet ne se concrétise pas.

D’autres séjours en Suisse se présentent sous forme de visites d’étude, à l’image de celui du Minister of Works Muhammadu Inuwa Wada en 1957, qui étudie la construction d’autoroutes, ponts et barrages.72 Le Chief Justice Adetokunbo Ademola en 1961, le ministre de l’Intérieur Usman Sarki en 1962, le ministre de la Justice de la région Est Christopher Mojekwu73 en 1965 s’informent sur le droit civil suisse, les procédures de naturalisation et la Constitution fédérale. Tous trois prennent, en ces occasions, également contact avec le milieu économique privé ; Ademola visite Nestlé, Mojekwu rencontre la direction de UTC. Quant à Sarki, son séjour donne suite à une invitation de la Continental finance SIESA. Il s’agit d’une filiale de Tricerri, homme d’affaires italo-argentin, surveillé par la Police fédérale dans les années 1950.74 La même firme arrange le programme de trois des cinq jours de la visite de Mbadiwe, alors conseiller en Affaires africaines, en 1963. Ce séjour, annoncé seulement deux semaines à l’avance, est officiellement motivé par un intérêt pour le « développement » de la Suisse. Des entretiens avec les conseillers fédéraux Friedrich T. Wahlen ← 118 | 119 → et Hans-Peter Tschudi suivent une visite de la fabrique de boîtes en carton Bobst et de l’atelier de lithographie Klausfelder, pendant que Mme Mbadiwe observe une « maternité modèle » de Nestlé.75

Visites de ministres régionaux

À ces nombreuses visites s’ajoutent celles des politiciens régionaux. Le phénomène s’inscrit dans un contexte de concurrence économique croissante entre les trois régions nigérianes à partir de 1950, puis accentuée par la constitution de 1954. Selon l’historien Robert L. Tignor, l’Ouest ouvre les feux en présentant son programme régional d’éducation en 1951, puis l’Est, remonté par les succès électoraux du NCNC, réplique par l’envoi de son Premier Nnamdi Azikiwe et l’homme d’affaires Louis Ojukwu à la recherche d’investisseurs et places de formation en Europe de l’Ouest et aux Etats-Unis.76 La région Est enchaine avec la mission de son ministre de l’Industrie en Inde et au Japon en 1955, puis celle de son ministre des Transports et du développement au Royaume-Uni, en Italie, au Danemark, en Allemagne et en Hollande, en 1956, qui suscite un commentaire de la part du gouverneur britannique. Ce dernier estime que les ministres ne sont pas habilités à recruter des techniciens, ce qui reste la tâche du Colonial Office, mais doivent se contenter d’informer les candidats sur leur futur lieu de travail.77 La remarque, sans doute restée confidentielle, ← 119 | 120 → ne provoque pas de conflit. Des élus de la région Est s’envolent encore au moins cinq fois pour des missions officielles et quatre incluent la Suisse dans leur itinéraire.

La plus significative est celle du Premier ministre Michael Okpara en juin 1960. Du moment que le gouvernement suisse précise qu’il ne peut recevoir officiellement les autorités régionales d’un pays dont l’existence formelle n’est pas encore reconnue, UTC se charge d’organiser la visite.78 Okpara s’intéresse à diverses industries ; il commande des turbines à gaz à Brown Bovery, représentée au Nigeria par UTC. Des contacts se nouent avec le Parlement des jeunes du canton d’Argovie, dont une délégation propose spontanément au Ministre de l’assistance à un programme de formation. La prise de contact officielle donne lieu à des discussions assez générales mais n’aboutit pas à des engagements concrets.79 Toutefois, pas plus de six mois ne s’écoulent avant la venue du ministre de l’Éducation G.E. Okeke, chargé de recruter des enseignants, médecins et ingénieurs. UTC assume également l’organisation de ce séjour, lors duquel la Coopération technique se déclare disposée à offrir cinq bourses d’études pour la seule région Est.80

A ce moment, le resserrement des liens avec l’Est n’amène pas l’Administration fédérale suisse à se soucier d’un éventuel favoritisme qui, sur fond d’intense compétition entre les trois régions nigérianes, ne contribuerait pas à l’équilibre de la jeune nation. Okeke précise que la constitution assigne la responsabilité de l’éducation aux régions et que son passage en Suisse s’effectue en parfait accord avec le Gouvernement fédéral. D’ailleurs, il semble que les cinq bourses d’études, annoncées dans une période de profonde structuration du Service de coopération technique, ne soient finalement pas octroyées.

Si les ministres de la région Est visitent la Suisse le plus fréquemment, ceux de l’Ouest y séjournent à deux reprises en 1961. La première délégation s’intéresse à l’agriculture, mais fait aussi part de ses besoins généraux ← 120 | 121 → dans le domaine de la formation professionnelle.81 La seconde est celle du premier ministre Samuel Akintola, approchant Nestlé, Brown Bovery et les milieux bancaires ; Crédit suisse propose d’organiser sa visite, l’Union de banques suisses d’envoyer un représentant à sa rencontre à Zurich.82

Parmi les autorités de la région Nord, le ministre de la santé Galadiman Pategi, qui fait le voyage de la Suisse en 1963, souligne le manque de médecins dans sa région et propose que la Coopération technique verse des bonus aux salaires nigérians des médecins suisses qui s’y engageraient. La même année, une délégation économique du Nord prévoit une visite de fabriques métallurgiques, mais il n’est pas certain qu’elle se réalise.83 L’expérience de l’Etat fédéral suisse, stable au cours des cent dernières années, n’est probablement pas étranger au fait que personne, à Berne, ne se préoccupe du danger d’attiser les dissensions et jalousies entre régions nigérianes.

Motivations générales et bilan

Une telle quantité de visites officielles laisse perplexe. A la veille de l’indépendance, en juin et juillet 1960, une délégation de la région Est se rend en Israel et au Royaume-Uni, le chef de la Chambre des représentants Jaja Wachuku et le premier ministre de la région Nord Ahmadu Bello aux Etats-Unis, le ministre de l’Intérieur Usman Sarki en Europe, et le ministre des Finances Okotie-Eboh effectue un « tour du monde ».84 Prolongeant à plusieurs reprises des conférences constitutionnelles ou stages de formation administrative tenus au Royaume-Uni, les premières visites amènent des perspectives réjouissantes, qui incitent à soigner les contacts établis. Le réseau diplomatique nigérian, encore balbutiant, n’offre pas les relais espérés. ← 121 | 122 →

Au-delà de la prise de contact, certaines visites présentent un bilan controversé. Si Okotie-Eboh ne cache pas son enthousiasme au retour de sa mission économique, un article du quotidien West African Pilot souligne que les six ministres et douze fonctionnaires alors mobilisés ne manquent pas pour autant d’affaires pressantes à régler, « ici à la maison ». On évoque aussi une sous-représentation d’hommes d’affaires dans la Délégation, donc un manque de spécialistes.85 Cependant, Okotie-Eboh possède deux usines, alors que Waziri Ibrahim, District Manager en charge de la région Nord chez UAC86, est aussi du voyage. Lorsqu’Inuwa Wada résume la note de remerciement pour son passage en Suisse à la mention d’un « aperçu éclairant » de la manière de concevoir des œuvres de génie civil, il est permis de mettre en doute l’opportunité d’un tel séjour. Le Ministre avait toutefois demandé au Conseil la mise à disposition d’un ingénieur et se voit accompagné par le secrétaire permanent de son ministère V. L. Cornish.87 Dans une appréciation globale, le journaliste F.O. Adiari souligne en 1963 que les missions à l’étranger n’ont pu susciter une assistance satisfaisante et suggère d’ouvrir plus d’ambassades, qui agiraient comme antennes de propagande.88

Une vingtaine de visites incluent la Suisse ; or, l’attraction se résume-t-elle à la sûreté et discrétion de ses banques ? La compagnie financière de Tricerri n’est vraisemblablement pas étrangère aux visites rapprochées ← 122 | 123 → de Sarki et Mbadiwe, mais les trois grandes banques suisses gardent profil bas et ne laissent transparaître aucun rapport privilégié avec un quelconque ministre nigérian. Des liens personnels avec le secteur privé se révèlent plutôt du côté de UTC, qui contribue à l’organisation de certains séjours ; le fait que son agent Schwarzenbach assume la fonction de vice-consul constitue un maillon essentiel du contact avec les autorités nigérianes. Okpara illustre la nature de sa relation avec la Compagnie bâloise en comptant explicitement le président de UTC Max Preiswerk parmi ses « bons amis » suisses.89

Bien plus que d’occasionner de grands détours sur les itinéraires des délégations, l’étape suisse apparaît plusieurs fois à la suite de l’Allemagne ou sur le chemin de l’Italie. Okotie-Eboh intègre la Suisse dans la mission économique de 1961 qui se concentre sur l’Europe, mais pas dans son tour du monde de l’année précédente. Cependant, la quantité de visites ne se laisse pas expliquer par le fait que la Suisse se trouve « sur le passage » des délégations. Njoku et Mbadiwe y séjournent chacun à trois reprises. L’impression positive retenue par A. Prest incite trois de ses successeurs au Ministère des communications à suivre ses pas. Okotie-Eboh souligne les engagements concrets obtenus des autorités suisses, dont il qualifie l’attitude de très positive, en comparaison avec celle des autres gouvernements approchés.90 Par contre, l’idée d’un gain de prestige, à l’image du président d’Indonésie K. Suharto qui, à son retour de Suisse, organisera une exposition nommée « Le voyage en Suisse du président », doit être écartée dans le cas des ministres nigérians.91

Du côté suisse, l’« avalanche de personnalités nigérianes […] peu agréable » dénoncée par un collaborateur du DPF en 1965 ne reflète pas un point de vue répandu et durable.92 Cette réaction agacée fait suite à l’annonce tardive de certaines visites et plusieurs malentendus à propos de l’organisation. Le fait que le Conseil fédéral s’implique désormais moins ← 123 | 124 → souvent dans la réception des ministres montre aussi qu’une lassitude ait pu s’installer. En 1957, Edwin Stopper estime que le séjour de Njoku a permis de resserrer les liens entre les deux pays. En 1961, le collaborateur du DPF Raymond Probst se dit convaincu que l’attention témoignée à la délégation d’Ademola était dans l’intérêt des relations bilatérales ; la même année, Nestlé et Brown Bovery se félicitent d’avoir pu une nouvelle fois entrer en contact avec de hautes personnalités nigérianes. Et même en 1965, Probst est d’avis que « les contacts personnels qui peuvent être noués au cours de visites de ce genre [celle de Njoku] présentent, pour le présent et l’avenir, un intérêt qu’il convient de ne pas négliger ».93

Le gouvernement suisse accueille volontiers les ministres des Transports, alors que la compagnie aérienne Swissair négocie des autorisations de vol vers Lagos. Parmi les invités au vol inaugural Zurich-Genève-Tripoli-Lagos-Accra en 1962, se trouve le conseiller fédéral [ministre] suisse en charge des Transports Willy Spühler. La visite officielle d’un élu suisse à l’étranger n’est pas banale ; son intention de franchir la frontière attire d’habitude de nombreuses critiques liées à la frilosité traditionnelle de la Suisse quant à la politique étrangère en général.94 Or, le séjour dont il est question ne provoque pas de tempête dans l’opinion.95 Accueillie à Lagos par le premier ministre T. Balewa, avec qui les discussions se révèlent plutôt formelles, la Délégation entretient un rapport un peu plus tiède avec ← 124 | 125 → le ministre de l’Information Theophilus S. Benson, qui accuse les banques suisses d’offrir l’asile financier à des escrocs.96 Toutefois, à ce séjour en Afrique, le délégué à la Coopération technique Hans Keller attribue un impact symbolique très positif :

Le fait qu’à la tête de la Délégation, un membre du Conseil fédéral visite pour la première fois le Ghana et le Nigeria (et avec ça, l’Afrique !) a suscité un grand intérêt des gouvernements, des milieux économiques, de la presse et surtout de nos colonies suisses. Nos compatriotes ont montré une vive satisfaction de la visite officielle, et les autorités locales se sont senties honorées. […] La grande confiance que les jeunes pays africains accordent à notre pays a souvent surpris les journalistes.97

Rien ne permet de confirmer ou démentir la prétention que les autorités nigérianes se soient senties « honorées » par la visite d’un conseiller fédéral suisse. Le vol inaugural, sur le chemin du retour, transporte une délégation ghanéenne et nigériane, dont le ministre des Transports Njoku, vers Genève. Celui-ci, lors d’un autre séjour en Suisse en 1965, inspire à Probst un commentaire nuancé :

Certes le Ministre Njoku est un homme fort correct et de bonne compagnie. Il n’a montré toutefois, au cours des entretiens et des visites d’établissements que nous avions organisées non sans peine, qu’un intérêt de courtoisie qui pourrait permettre de supposer que, dans son esprit, c’est lui qui nous a fait l’honneur de venir et non pas nous de le recevoir.98

D’un honneur de recevoir et d’être reçus, les ministres nigérians s’en plaindraient-ils ? Quoi qu’il en soit, parmi les motifs de tous ces voyages dans les pays industrialisés, le concept de développement occupe une place centrale. La Suisse, dans les années 1960, participe à la discussion sur la coopération au développement et s’implique en créant une nouvelle division au sein de son Département politique. ← 125 | 126 → ← 126 | 127 →


1      Claude Altermatt : Les débuts de la diplomatie professionnelle en Suisse (1848-1914). Éditions universitaires Fribourg 1990, p. 295.

2      Id., pp. 188-191.

3      Id., pp. 294-295.

4      La circonscription de Schumacher inclut la Gambie, la Sierra Leone, la Côte de l’Or, le Nigeria et les territoires sous mandat britannique du Togo et du Cameroun ; celle de Décombaz s’étend sur la Maurétanie, le Sénégal, la Guinée française, la Côte d’Ivoire, le Dahomey, le Soudan français, la Haute-Volta et le Niger.

5      Circulaire de l’OSEC Zurich à ses membres, 25.8.1936. ACV, PP778/2/32 Afrique de l’Ouest.

6      <dodis.ch/8115>.

7      Lettre de Schwarzenbach au Consulat de Suisse à Accra, 5.3.1956. AFS, E2200.168(-)1973/24/3. Lettre de Rosen au Consulat de Suisse à Accra, 3.8.1956. Circulaire d’Eduard Brügger, consul de Suisse à Accra, aux compatriotes immatriculés à Accra, AFS, E2200.168(-)1973/24/1.

8      Lettre de Bähler à Schwarzenbach, 12.11.1952. AFS, E2200.168(-)1973/24/1.

9      Echange de lettres entre Eduard Brügger et Benjamin Schwarzenbach, 18.4.1956 et 23.4.1956. AFS, E2200.168(-)1973/24/1.

10    Lettre de Brugger à Schwarzenbach, 23.4.1956. AFS, E2200.168(-)1973/24/1.

11    Lettre d’Erwin Bernath à Max Petitpierre, conseiller fédéral en charge du Département politique fédéral [DPF], 7.9.1953. AFS, E2001(E)1972/33/346.

12    Ibid.

13    Lettre de Daeniker au DPF, 26.1.1956. AFS, E2001(E)1972/33/346.

14    Lettre de Daeniker à Max Petitpierre, président de la Confédération, en charge du DPF, 27.5.1960. AFS, E2001(E)1972/33/346.

15    Rapport d’Edwin Stopper, 22.6.1960. AFS, JI.177(-)1984/56/3. Voir : chapitre V.

16    Message du Conseil fédéral à l’Assemblée fédérale sur la création de nouvelles missions diplomatiques, 8.8.1961. In : Feuille fédérale, vol. II, 1961, pp. 284-292. <amtsdruckschriften.bar.admin.ch>.

17    Id., 7.12.1959. Vol. II, 1959, pp. 1293-1310.

18    Id., 8.8.1961. Vol. II, 1961, pp. 284-292.

19    Lettre de Daeniker à Robert Kohli, secrétaire général du DPF, 12.12.1960. AFS, E2001(E)1972/33/346.

20    Note de Mesmer, Coopération technique, pour Martin, Affaires administratives du DPF, 9.9.1960. Note du DPF, 26.10.1960. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

21    Lettre de l’ambassade du Nigeria à Washington à l’ambassade de Suisse à Washington, 17.1.1961. Lettre du DPF à l’ambassade de Suisse à Washington, 16.2.1961. AFS, E2001(E)1978/84/886.

22    Bucher, Giovanni Enrico (1913-1992), <dodis.ch/P10060>.

23    Lettre de Bucher au DPF, 23.10.1961. AFS, E2300(-)1000/716/202.

24    « A distinct peasantry, landed gentry or class of capitalist farmers did not emerge ». Forrest 1994, op. cit., pp. 18-20.

25    Lettre de Bucher à Friedrich Traugott Wahlen, conseiller fédéral en charge du DPF, 28.12.1962. AFS, E2300(-)1000/716/202.

26    Cf. : Patrick Minder : La Suisse coloniale. Les représentations de l’Afrique et des Africains en Suisse au temps des colonies (1880-1939). Peter Lang, Berne 2011, pp. 238-248.

27    L’Action Group représente plutôt la région Ouest, le National Council of Nigeria and the Cameroons la région Est et le Northern People’s Congress la région Nord. Lettre de Bucher au DPF, 28.12.1962. AFS, E2300(-)1000/716/202.

28    Lettre de Bucher au DPF, 23.4.1963. AFS, E2300(-)1000/716/202.

29    Dans les années 1960, les principaux regroupements d’Etats en Afrique sont le groupe de Monrovia, dont fait partie le Nigeria, et celui de Casablanca, qui rassemble Algérie, Egypte, Ghana, Guinée, Libye, Mali et Maroc. Le second groupe, souvent considéré comme « révolutionnaire », déclare dans sa Charte africaine du 7.1.1960 qu’il luttera pour « liquider le colonialisme et le néo-colonialisme sous toutes leurs formes ». Cité par : François Borella : « Les regroupements d’Etats dans l’Afrique indépendante ». In : Annuaire français de droit international, volume 7, 1961, p. 801.

30    Lettres de Bucher à Wahlen, conseiller fédéral en charge du DPF, 16.7.1962, 19.7.1962 et 19.4.1963. AFS, E2300(-)1000/716/202.

31    Okpara parle vraisemblablement du délégué aux accords commerciaux Edwin Stopper, du président de UTC Max Preiswerk et du vice-directeur de la Division du commerce Hans Bühler.

32    Lettre de Bucher au DPF, 24.10.1961. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

33    Martin Lynn : « Nigeria ». In : British Documents on the End of Empire, Series B, Volume 7. The Stationery Office, London 2001, p. LXIX (introduction).

34    Lettre de Bucher à Wahlen, 20.12.1963. <dodis.ch/30685>.

35    L’état d’urgence est proclamé par Balewa, suite au conflit qui déchirait l’Action Group. Résumé grossièrement : Awolowo tenait à ce que le Parti, au niveau national, demeure dans l’opposition, alors que Samuel Akintola souhaitait un rapprochement avec la coalition NPC-NCNC au pouvoir. Voir : Larry Diamond : Class, Ethnicity and Democracy in Nigeria. The Failure of the First Republic. Macmillan, London 1998. Obafemi Awolowo : Awo. The Autobiography of Chief Obafemi Awolowo. Cambridge University Press 1960.

36    Lettres de Bucher à Wahlen, 19.4.1963 ; de Zwahlen au DPF, 12.6.1964 ; de Bucher à Wahlen, 15.12.1964 ; de Bucher au DPF, 30.12.1964 ; de Bucher à Wahlen, 8.1.1965 (deux lettres à cette même date). AFS, E2300(-) 1000/716/202.

37    Lettre de Bucher à Wahlen, 8.1.1965. AFS, E2300(-)1000/716/202.

38    Michael H. Bischof, Noëmi Sibold, Andreas Kellerhals-Maeder : Südafrika im Spiegel der Schweizer Botschaft. Die politische Berichterstattung der Schweizer Botschaft in Südafrika während der Apartheidära 1952-1990. Chronos, Bern 2006, pp. 54, 58.

39    Nous n’avons trouvé de réponse ni à la lettre de Bucher à G. H. Padel, directeur de la Société suisse de radiodiffusion et télévision, 13.1.1964 ; ni à celle de Zwahlen à l’OSEC, à l’Office national suisse du tourisme, au Secrétariat des Suisses à l’étranger de la Nouvelle société helvétique et à Pro Helvetia, 22.1.1964. AFS, E2001(E)1978/84/887.

40    Lettre de Bucher au DPF, 5.10.1961 ; réponse, 30.10.1961. AFS, E2001(E)1976/17/540.

41    Lettre de Bucher au DPF, 20.9.1963. AFS, E2003-03(A)1978/29/217. Lettre de Bucher au DPF, 13.12.1963. AFS, E2003-03(A)1976/44/194. Le numéro du Daily Times en question s’est révélé introuvable.

42    Voir : Thomas Kadelbach : Swiss made. Pro Helvetia et l’image de la Suisse à l’étranger (1945-1990). Alphil, Neuchâtel 2013, pp. 111-126.

43    Daily Express, 1.8.1965.

44    Okon Effiong Eminue : The Nigerian Diplomatic Corps and Foreign Policy Processes 1966-1979. Doctoral thesis in the Department of Political Science, University of Ibadan, 1982, pp. 42-48.

45    Sola Ojo : « The Administration of Nigeria’s Foreign Service, 1960-80 ». In : Timothy M. Shaw, Olajide Aluko (éd.) : Nigerian foreign policy : alternative perceptions and projections. Macmillan, London 1983, pp. 57, 59.

46    Id., p. 59.

47    Eminue, op. cit., p. 49.

48    Il est prévu que le Gouvernement fédéral verse 30’000 £ par an, la région Ouest 15’000 £ par an et 15’000 £ durant trois ans, la région Nord 15’000 £ par an, la région Est 15’000 £ par an. Le gouvernement des Etats-Unis offre 100’000 £ pour équiper la bibliothèque, le gouvernement britannique 39’000 £ pour la construction d’un auditoire, aux frais duquel participe le gouvernement indien, le Sénat de Berlin Ouest offre 30’000 £ pour la construction d’une salle de conférences, des entreprises mettent 28’000 £ à disposition. Lettre de Gagnebin, DPF, à Yves Collart, secrétaire général de l’IUHEI, 9.10.1964. AFS, E2003-03(A)1978/29/217.

49    Lettre de Gagnebin à Pro Helvetia, 9.10.1964. Lettre de Bucher à Pro Helvetia, 3.12.1964. AFS, E2003-03(A)1978/29/217. Lettre de Pro Helvetia à l’ambassade de Suisse à Lagos, 24.2.1965. Lettre de Bucher à Pro Helvetia, 20.5.1965. AFS, E2001(E)1978/84/887. Nigerian Daily Sketch, 21.5.1965. Sunday Express, 30.5.1965.

50    Eminue, op. cit., p. 93.

51    Olajide Aluko : Essays on Nigerian Foreign Policy. George Allen, London 1981, p. 50.

52    Eminue, op. cit., p. 55.

53    « Schedule of Nigerian Interests in Other Countries ». In : Ministère des affaires étrangères : Working Paper on Administrative Organisation of the Ministry. Préparé par E.O. Enahoro, 14.3.1966. Reproduit dans : John J. Stremlau : The International Politics of the Nigerian Civil War 1967-1970. Princeton University Press, Princeton 1977, pp. 391-398.

54    Lettre de Fritz Real au DPF, 4.10.1966. Proposition du DPF au Conseil fédéral, 15.10.1966. AFS, E2001(E)1980/83/539.

55    Laboratoire fédéral pour l’essai des matériaux et institut de recherche pour l’industrie, la construction et les arts et métiers.

56    Lettre Bucher au DPF, 1.12.1964. AFS, E2001(E)1982/58/443.

57    Cité dans une lettre d’Exchaquet, DPF, au Prof. Amstutz de l’EMPA, 3.2.1966. AFS, E2001(E)1982/58/443.

58    Federal Government : The Role of the Federal Government in Promoting Industrial Development in Nigeria. Government Printer, Lagos 1958.

59    Memorandum d’Arthur Prest au Conseil des ministres, 17.9.1952. NAI, CSO 26 : 54158/S.4 et Archives nationales du Royaume-Uni [NAUK], CO 1039/5.

60    Ibid.

61    Memoranda du ministre des Communications, 30.10.1952 et 31.12.1952. NAUK, CO 1039/8. Conclusions d’une réunion du Conseil des ministres, 15.7.1953 et 2.9.1953. NAUK, CO 1039/12. Rapport joint de H. O. Ellis et W. J. Aedy du Département britannique des postes et télégraphes, septembre 1954. NAUK, CO 1039/31. Rapport de C. P. Thompson, secrétaire du Comité économique, 5.2.1957. NAUK, CO 1039/85. Conclusions d’une réunion du Conseil des ministres, 23.7.1957. NAUK, CO 1039/66.

62    Lettre de l’ambassade de Grande-Bretagne à Berne au DPF, 7.6.1955. Lettre du Département fédéral des postes et des chemins de fer à Max Petitpierre, 22.6.1955. AFS, E2001(E)1978/84/886.

63    Daily Times, 20.2.1961. Lettre du chargé d’affaires de Suisse à Lagos Heinz Suter au DPF, 9.2.1961. Notes du Service de coopération technique, 8.3.1961 et 27.3.1961. Programme de visite 4-9.3.1961. Lettre de l’ambassadeur de Suisse à Lagos G. E. Bucher au conseiller fédéral Willy Spühler, 4.10.1961. AFS, E2003-03(-)1976/44/307.

64    Daily Times, 29.5.1962.

65    West African Pilot, 20.7.1965. Lettre du chargé d’affaires de Suisse à Lagos Jean Zwahlen au DPF, 30.6.1965. Lettre de Raymond Probst, DPF, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 21.7.1965. AFS, E2001(E)1978/84/886.

66    Lettre d’E. Brugger, consul de Suisse à Accra, à la Division du commerce, 13.5.1957. Lettre de la Division du commerce à l’ambassade de Suisse à Londres, 28.6.1957. Lettre d’E. Stopper, délégué aux accords commerciaux, au Consulat de Suisse à Accra, 26.6.1957. AFS, E7110(-)1970/112/141.

67    Lettre de l’ambassade du Nigeria à Washington à l’ambassade de Suisse à Washington, 17.1.1961. AFS, E2001(E)1978/84/886.

68    Note de Raymond Probst et Pierre Micheli, DPF, pour le président de la Confédération Friedrich T. Wahlen, 13.10.1961. AFS, E2001(E)1978/84/888. Memorandum à propos des statistiques commerciales, projet d’un traité de commerce et de coopération technique, projet d’un accord sur le financement d’équipement de centrales électriques, 14-16.10.1961. AFS, E2001(E)1978/84/886. Lettre du vice-directeur de la Division du commerce Hans Bühler à l’ambassade de Suisse à Lagos, 23.10.1961. AFS, E2001(E)1978/84/888.

69    Lettre de G. E. Bucher à la Division du commerce, 26.10.1961. AFS, E2001(E)1978/84/886.

70    Nigerian Morning Post, 28.10.1961.

71    West African Pilot, 22.7.1965. Lettre de Bucher à la Division du commerce, 30.7.1965. AFS, E2001(E)1978/84/886.

72    Lettre de l’ambassade de Grande-Bretagne à Berne au Département politique, 1.6.1957. AFS, E2001(E)1980/83/539.

73    Malgré sa fonction régionale, Mojekwu réalise ce séjour en Suisse pour le compte du gouvernement fédéral du Nigeria. Lettre de Raymond Probst, DPF, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 6.7.1965. AFS, E2001(E)1978/84/886.

74    Lettre de Bucher au DPF, 15.6.1962. AFS, E2001(E)1980/83/539. Dans les années 1950, la Police du canton de Vaud mène une enquête plutôt méticuleuse sur Silvio Tricerri, ami personnel du président de l’Argentine Juan Peron. Tricerri est soupçonné d’avoir trop usé de cette relation pour développer ses affaires en Argentine, avant de s’établir à Genève et d’y organiser le refuge de Peron à la suite de son renversement. Finalement, il semble qu’aucune charge ne soit retenue contre Tricerri. Également actif dans le commerce de grains, il développe un lien privilégié avec l’Egypte et souhaite étendre son réseau à d’autres pays africains. Rapports de l’inspecteur S. Nicollerat au chef de la Police de sûreté du canton de Vaud, transmis au Ministère public fédéral, 30.9.1956 et 25.8.1959. AFS, E4320(B)1990/266/466.

75    Lettre du chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos, au DPF, 18.5.1963. Lettre de Raymond Probst, DPF, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 12.6.1963. AFS, E2001(E)1978/84/886.

76    Robert L. Tignor : Capitalism and Nationalism at the End of Empire : State and Business in Decolonizing Egypt, Nigeria, and Kenya 1945-1963. Princeton University Press 1998, p. 248. Cf. : Nnamdi Azikiwe, Louis P. Ojukwu : Economic Rehabilitation of Eastern Nigeria. Report of the Economic Mission to Europe and North America. Government Printer, Enugu 1955. La mission dure du 5 mai au 16 juillet 1954 et fait étape au Royaume-Uni, en Hollande, en République fédérale d’Allemagne, en Autriche, aux Etats-Unis, à nouveau au Royaume-Uni, en Suède, une troisième fois au Royaume-Uni, puis en Italie. NAI, Official Publications RG/A3.

77    Lettre du député du gouverneur général au secrétaire d’Etat aux colonies, 8.11.1955. Communiqué de presse, 9.12.1955. NAI, CSO V/I V/16A 54158/S.19. Lettre du gouverneur de la région Est au secrétaire d’Etat aux colonies, 12.5.1956. NAI, CSO V/I V/16A 54158/S. 22.

78    Note du chef du protocole du DPF à Raymond Probst, 18.5.1960. AFS, E2001(E)1978/84/886.

79    A propos de la coopération avec le Parlement des jeunes, voir chapitre V.2. Note du délégué à la Coopération technique Hans Keller, 4.6.1960. AFS, AFS, E2001(E)1978/84/888.

80    Note de la Coopération technique, 14.12.1960. AFS, E2003-03(-)1976/44/307.

81    Note de la Coopération technique, 4.9.1961. Lettre de Raymond Probst, DPF, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 7.9.1961. AFS, E2003-03(-)1976/44/307.

82    Note du DPF, 28.9.1961. Lettre de Raymond Probst à l’ambassade de Suisse à Lagos, 6.10.1961. AFS, E2001(E)1978/84/886.

83    Note du DPF, 12.8.1963. Lettre du chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos à la Division du commerce, 5.7.1963. AFS, E2001(E)1978/84/886.

84    L’itinéraire d’Okotie-Eboh comprend Israel, Royaume-Uni, Tchécoslovaquie, République fédérale d’Allemagne, Japon et Etats-Unis. Daily Times, 11.6.1960, 16.6.1960, 17.6.1960, 8.7.1960, 11.7.1960, 12.7.1960.

85    Article de S. Ade Fashola. West African Pilot, 9.6.1961.

86    Okotie-Eboh entre chez Bata Shoe Company en 1937, où il gravit quelques échelons en tant que manager. En parallèle, il établit cinq écoles, se lance dans le commerce de bois et de plastique, puis ouvre une usine de caoutchouc en 1958 et une fabrique de chaussures en 1963. Waziri Ibrahim occupe une position de cadre au sein de UAC à partir des années 1950 et devient district manager de la région Nord, fonction qu’il quitte en 1962, quand il est nommé ministre fédéral de la Santé, puis du Développement économique. Dès 1966, il retourne aux affaires avec succès. Actif dans le commerce de poisson et la fabrication de savon, il ouvrira une clinique à Kano en 1976 et se portera candidat aux élections présidentielles de 1979 et 1983. Voir : Tom Forrest : The Advance of African Capital : the Growth of Nigerian Private Enterprise. Edinburgh University Press, London 1994, pp. 83, 260. C.O.O. Ugowe : Eminent Nigerians of the Twentieth Century. Hugo Books, Lagos 2000, pp. 163-172.

87    Memorandum d’Inuwa Wada au Conseil des ministres, 4.9.1957. NAUK, CO 1039/78. Lettre de l’ambassade de Grande-Bretagne à Berne au DPF, 1.6.1957. Lettre de l’ambassade de Suisse à Accra au DPF, 1.11.1957. AFS, E2001(E)1980/83/539.

88    West African Pilot, 23.8.1963.

89    Lettre de Bucher au DPF, 24.10.1961. AFS, E2003-03(-)1976/44/194.

90    Lettre du vice-directeur de la Division du commerce Hans Bühler à l’ambassade de Suisse à Lagos, 23.10.1961. AFS, E2001(E)1978/84/888.

91    Ce séjour date de 1972. Cf. : Daniela Rosmus : Die Schweiz als Bühne. Staatsbesuche und politische Kultur 1848-1990. Chronos, Zurich 1994, p. 33.

92    Télégramme du DPF à l’ambassade de Suisse à Lagos, 7.7.1965. AFS, E2001(E)1978/84/886.

93    Lettre d’Edwin Stopper au Consulat de suisse à Accra, 26.6.1957. AFS, E7110(-)1970/112/141. Lettre du DPF à l’ambassade de Suisse à Lagos, 19.6.1961. AFS, E2001(E)1976/17/539. Lettre de Raymond Probst à l’ambassade de Suisse à Lagos, 6.10.1961. Lettre de Raymond Probst à l’ambassade de Suisse à Lagos, 21.7.1965. AFS, E2001(E)1978/84/886.

94    Urban Kaufmann distingue cinq principaux facteurs d’aversion de la Suisse pour les visites officielles : 1. La diplomatie, perçue comme une activité propre aux monarchies, ne serait pas compatible avec l’esprit républicain d’après 1848. 2. Un esprit économe. 3. Une crainte de s’exposer à des influences extérieures. 4. Une crainte de perte de prestige. 5. Une crainte de provoquer une ouverture sur l’étranger menaçant l’indépendance nationale. Voir : Urban Kaufmann : Auslandreisen der Schweizer Bundesräte 1919-1993 : die Gewöhnung an das Aussergewöhnliche. [s.n.], Fribourg 1996 [Mémoire de licence en histoire contemporaine], pp. 30-35.

95    Parmi les invités de Swissair, le journaliste Daniel Cornu mentionne que « d’excellents contacts ont été pris qui laissent bien augurer pour l’avenir ». Journal de Genève, 18.5.1962. Urban Kaufmann ne fait pas état de ce voyage dans son mémoire. Voir : note précédente.

96    « Balewa welcomes Swiss delegates », Nigerian Morning Post, 8.5.1962. « Benson attacks Swiss bank policy », Daily Times, 8.5.1962.

97    Lettre de Hans Keller au conseiller fédéral Friedrich T. Wahlen, 14.5.1962. AFS, E2003-03(-)1976/44/165.

98    Lettre de Raymond Probst à l’ambassade de Suisse à Lagos, 21.7.1965. AFS, E2001(E)1978/84/886.