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Le Nigeria et la Suisse, des affaires d’indépendance

Commerce, diplomatie et coopération 1930–1980

Steve Page

Analyser les rapports économiques et diplomatiques entre le Nigeria et la Suisse revient à se pencher sur des mécanismes peu connus de la globalisation: ceux d’une relation Nord-Sud entre deux puissances moyennes et non coloniales. Pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria semblait en passe de devenir, à l’aube de son indépendance, une puissance économique continentale. La Suisse, comme d’autres pays, espérait profiter de ce vaste marché promis à une expansion rapide. Entreprises multinationales, diplomates et coopérants au développement sont au centre de cet ouvrage, qui s’interroge sur les motivations, les moyens mis en œuvre et les impacts des activités de chacun. S’y ajoutent des citoyens suisses de tous âges et de tous milieux qui, bouleversés par les images télévisées d’enfants squelettiques durant la « Guerre du Biafra » en 1968, entreprirent des collectes de fonds et firent pression sur leur gouvernement pour qu’il intervienne. Ce livre donne une profondeur éclairante aux relations Suisse–Nigeria, récemment médiatisées sur leurs aspects migratoires, ou sur les pratiques opaques de négociants en pétrole établis en Suisse.
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Chapitre V: Multiplication des liens économiques

Chapitre V

Multiplication des liens économiques

L’accession du Nigeria à l’indépendance n’affecte que peu ou pas du tout ses échanges commerciaux avec la Suisse, mais ouvre une période de croissance des investissements. Déjà implantées, UTC, Panalpina et Alumaco confirment leur succès, alors que d’autres compagnies suisses les rejoignent. Quelles sont les facteurs d’attraction déterminants et les stratégies adoptées pour pénétrer le marché ? Dans quelle mesure ces entreprises sollicitent-elles l’appui de l’ambassade ? Les sources permettent de traiter plus exhaustivement l’arrivée de Nestlé. Les grandes banques – Société de banques suisses, Union de banques suisses et Crédit suisse – se distinguent par leur attentisme, qu’on ne peut confondre avec un désintérêt. L’établissement d’une liaison entre Zurich et Lagos d’abord par Swissair, puis également Nigeria Airways, présente un cas où l’enchevêtrement d’intérêts économiques privés et publics est particulièrement évident. Ceux-ci ne s’entremêlent pas moins lorsque deux compagnies suisses entrent en concurrence pour équiper les nouvelles centrales électriques de leurs turbines. Dans ce cas présenté en troisième partie, le facteur de la corruption est plus évident et explicite que dans d’autres domaines.

1.   Echanges commerciaux et investissements

Stabilité des échanges

Si à la veille de l’indépendance du Nigeria, le Royaume-Uni considère que ses intérêts commerciaux n’y sont pas menacés, sa part dans le commerce extérieur de son ancienne colonie décline aussitôt. En 1960, les marchandises britanniques représentent 43.6 % des importations du Nigeria ; en 1970, plus que 28.3 %. Le flux inverse connaît, sur la même période, une ← 161 | 162 → baisse encore plus marquée : soit de 47.6 % à 28.3 %. Pour le Nigeria, l’affaiblissement du partenariat se retrouve compensé surtout par un resserrement des liens avec la Communauté économique européenne. La rupture la plus manifeste se produit en 1967, quand les exportations destinées au Royaume-Uni chutent de 37.3 % à 29.9 %, alors que la CEE en absorbe désormais 48 %, contre 39.8 % l’année précédente.1 Ce changement s’opère sur un fonds de croissance qui donne au Nigeria une balance commerciale durablement excédentaire à partir de 1966.2

Le rapprochement avec la CEE s’accompagne de négociations dont résultent des concessions tarifaires mutuelles.3 De concert avec les autres membres de l’Association européenne de libre échange, la Suisse estime nécessaire d’intervenir contre ces nouvelles discriminations. Bien qu’elles soient jugées par l’ambassadeur Fritz Real de « bien maigres et qu’elles ne sauraient être de nature à battre en brèche notre position économique dans ce pays », la Division du commerce insiste pour une intervention plus soutenue, de crainte qu’une attitude passéiste soit interprétée comme un assentiment qui inciterait à allonger la liste de concessions à la CEE. Peu satisfaite de la visite de Real au Ministère, elle fera transmettre deux aide-mémoire soulignant le fait que la balance commerciale est favorable au Nigeria, arguant que la Suisse n’applique pas de tarifs trop hostiles et qu’elle a ouvert un centre de formation horlogère à Lagos. La Division se préoccupe avant tout du marché horloger, qui ne serait toutefois affecté que pour les produits à bas prix et le seul concurrent sérieux ne fait pas partie de la CEE ; il s’agit de Hong Kong.4 ← 162 | 163 →

Sur la période observée, la structure du commerce extérieur de la Suisse reste marquée par la fermeté des liens avec ses six principaux partenaires : République fédérale d’Allemagne, France, Italie, Benelux, Grande-Bretagne et Etats-Unis absorbent près de 55 % des exportations et fournissent 75 % des importations. La balance commerciale de la Suisse se révèle toujours globalement déficitaire, mais excédentaire avec le Tiers-monde à partir des années 1950 ; or, les ressources agricoles du Nigeria permettent, à l’instar du Ghana, de faire exception à cette règle.5 En 1964, le Nigeria écoule 3 % de ses exportations en Suisse, ce qui représente 0.7 % des importations de celle-ci, qui destine aussi 0.7 % de ses exportations au Nigeria.6 Les ventes de montres suisses au Nigeria reculent depuis l’accession à l’indépendance, mais rebondissent en 1968, peu après l’ouverture du centre de formation à Lagos.7 Dans leur ensemble, les flux commerciaux entre la Suisse et le Nigeria affichent une relative constance jusqu’à cette année-ci, lorsque la balance, jusque là favorable au second, commence à se redresser pour atteindre l’équilibre en 1970. L’augmentation des ventes de montres et de machines contribue largement à ce phénomène, mais n’en est pas le seul facteur ; les produits chimiques connaissent une progression marquée à partir de 1964, lorsque Ciba ouvre une filière à Lagos, pour la distribution de médicaments. Mais la part de ceux-ci, dans l’agrégat « chimie », est souvent inférieure à celle des teintures.8 ← 163 | 164 →

Structure des exportations du Nigeria en Suisse 1961-1970

Sfr courants

Stat. DGD

Sfr constants de 1970, en millions

Déflation selon l’indice des prix à la consommation, Statistiques historiques de la Suisse, table H23, <www.fsw.uzh.ch/hstat> ← 164 | 165 →

Structure des exportations de la Suisse au Nigeria 1961-1970

Sfr courants

Stat. DGD

Sfr constants de 1970, en millions

Déflation selon l’indice des prix à la consommation, Statistiques historiques de la Suisse, table H23, <www.fsw.uzh.ch/hstat>. ← 165 | 166 →

Du côté nigérian, les fruits oléagineux restent la principale ressource d’exportation vers la Suisse, suivis de loin par le bois et le cacao, même si ce dernier, sur la décennie 1960, représente 20 % des exportations nigérianes en moyenne.9 En 1965, le Gouvernement fédéral envisage d’ouvrir à Genève un bureau de promotion du commerce, dont le champ d’action s’étendrait à l’ensemble de l’Europe de l’Ouest. Probablement entravé par la Guerre civile, ce projet se heurte aussi au scepticisme de l’Administration suisse ; si le DPF ne s’y oppose pas à condition que la « chambre [soit] dirigée d’une manière compétente », la Division du commerce estime que cette condition ne peut être remplie s’il ne s’agit pas d’une initiative privée.10 Depuis la fin des années 1950, les entrepreneurs nigérians ont certes augmenté leur participation au commerce d’exportation, mais il semble que leur part reste trop modeste pour qu’ils projettent eux-mêmes des chambres de commerce à l’étranger. Jusqu’à la fin des années 1970, il n’existerait qu’un seul organe de ce type, la Nigerian-American Friendship Club, fondée en 1960 par le commerçant Mobolaji Bank-Anthony.11

Ambitions et succès des investisseurs

Les investissements directs de la Suisse au Nigeria, jusqu’en 1967, se montent à 3 mio $ dans le secteur industriel et à 2 mio $ dans le secteur commercial. C’est plus que le Danemark, qui totalise 1.4 mio $, ou la Suède, 1 mio $. Ceux de l’Allemagne sont peu supérieurs : ils atteignent 7.4 mio $.12

Firme suisse à la présence la plus ancienne au Nigeria, UTC poursuit la réorientation de ses activités amorcée dans les années 1950. En 1964, ← 166 | 167 → elle emploie près de 1’600 personnes au Nigeria, dont 100 expatriés.13 Ses méthodes incluent la vente par correspondance, avec des agents payés à la commission.14 Le commerce automobile prouve généreusement sa rentabilité, avant que s’engage une multiplication de department stores, processus dans lequel il faut considérer le carnet d’adresses de la Compagnie bâloise. UTC organise plusieurs visites de ministres nigérians en Suisse et le contact du premier ministre de la région Est Michael Okpara avec le président de l’entreprise Max Preiswerk apparaît plutôt chaleureux, alors qu’Ahmadu Bello prononce un discours à l’inauguration du garage de Kaduna.15 Bello, sultan de Sokoto et premier ministre de la région Nord, rencontre l’agent UTC Christian Spoerri deux fois lors d’un voyage en Suisse, puis deux fois au Nigeria.16 En 1968, M. O. Alli du New Nigerian souligne les 100’000 £ investis dans l’extension du department store de Lagos, qu’il interprète comme une marque de confiance envers le Nigeria, alors en pleine guerre civile.17

Le succès du transporteur Panalpina se jauge à l’accroissement de son personnel : lors des débuts à Apapa en 1960, il compte trois expatriés et 40 Nigérians ; en 1970, ils sont 469.18 Alumaco, filière d’Alusuisse, poursuit la vente de vaisselle et obtient nombre de commandes pour façades, toitures et autres équipements, à l’image des glissières du pont Eko, achevé en 1969 pour relier l’île de Lagos au continent. En 1962, la Compagnie emploie 200 Nigérians ; de 1967 à 1971, son bénéfice annuel après taxes s’élève à 5’201 £N, 15’522 £N, 48’432 £N, 106’617 £N, puis 166’515 £N.19 Lors de son ← 167 | 168 → passage à Kano, l’ambassadeur Bucher y découvre trois firmes suisses : la maison de commerce Western Soudan Export Ltd, ainsi que GEDA Trading Company et HACO Ltd, deux fabriques de parfums dont les affaires lui apparaissent « florissantes ».20

Dans d’autres entreprises œuvre un nombre considérable d’expatriés suisses, même si le capital vient d’ailleurs. En 1961, en tout cas 45 Suisses résident à Port Harcourt et un d’entre eux y dirige la filiale Shell, où « beaucoup » de ses compatriotes sont ingénieurs, géologues ou géomètres. A Port Harcourt, on trouve également plusieurs Suisses à la direction de l’hôtel de luxe Presidential.21 Financée conjointement par le gouvernement nigérian et des investisseurs britanniques, Kaduna Textile Mill, la plus grande usine de la région Nord, emploie 25 tisserands ou techniciens suisses en 1962.22

Au-delà d’opportunités d’investissements, les tentatives d’industrialisation multiplient les appels d’offre. Maurer SA de Genève est choisie pour superviser le chantier d’une fabrique textile à Ikeja, financée à parts égales par Textil Consult de Vaduz, Western Nigeria Development Corporation et Chase Investment Corporation de New York. Cette usine ouvre en 1963 et emploie 1’300 ouvriers.23 La même année, un projet d’acierie, puis de construction de huttes, sont expertisés par Interconsulting de Zurich, qui produit pour ceci près de 80 rapports.24

Ciba et Nestlé représentent les deux majeures implantations suisses qui ont lieu sous la Première République. Entreprise chimique bâloise, Ciba débute avec la fabrication de colorants en 1859, puis de produits pharmaceutiques à partir de 1880. Elle investit en Europe dès le tournant du siècle, avant de le faire aux Etats-Unis et en Argentine, si bien qu’en 1939, 40 % de ses 5’700 employés ne travaillent pas en Suisse.25 La filiale ← 168 | 169 → Ciba (Nig.) Ltd est lancée en 1963 et a pour but de faciliter l’écoulement de médicaments en s’appuyant sur un réseau de représentants, qu’on songe à recruter auprès des firmes britanniques Kingsway et UAC, avant de les remplacer par des collaborateurs nigérians. Cette action s’insère dans un projet à moyen terme : si elle permet d’acquérir 20 % des parts du marché pharmaceutique nigérian, Ciba prévoit d’agrandir la filiale d’abord par la fabrication d’emballages, puis la production de médicaments. Ces perspectives réjouissent le premier ministre Balewa, dans la mesure où elles pourraient contribuer à briser un monopole britannique ; il avait d’abord pensé à introduire des produits italiens, mais les médecins n’en étaient pas satisfaits.26

Implantation de Nestlé

Nestlé naît à Vevey en 1866, ouvre une agence à Londres deux ans plus tard, vend de la farine lactée dans au moins 16 pays en 1873, puis élargit sa gamme de produits alimentaires et poursuit une croissance multinationale. L’ouverture de Nestlé Products (Nig.) Ltd, en 1961, s’inscrit dans une période d’expansion soutenue : 40 nouveaux centres de production répartis sur quatre continents voient le jour entre 1951 et 1966. Cette année-ci, on compte treize agences de vente et douze usines en Afrique, dont neuf en Afrique du Sud.27 L’implantation au Nigeria se traduit d’abord par l’exploitation d’un dépôt à Apapa en 1961, puis d’une fabrique d’extraits de viande à Nguru en 1965, dans la région Nord. Nestlé emploie de 250 à 300 personnes au Nigeria en 1966 et ses ventes progressent de 317’000 £ en 1961 à 1’343’000 £ en 1965.28 Suite au Companies Decree de 1968 et par crainte que l’Etat ne s’approprie la marque Nestlé en cas de nationalisation, la filiale est rebaptisée Food Specialities (Nig.) Ltd et conformément ← 169 | 170 → au même décret, le capital détenu par Nestlé’s Holdings Ltd, société enregistrée aux Bahamas, est transféré au Nigeria.29

Le projet de s’attaquer au marché de l’Afrique de l’Ouest anglophone remonte à 1955 et veut tester une stratégie en Côte de l’Or avant de l’appliquer au Nigeria. Afin d’évaluer les perspectives, le rapport de faisabilité s’appuie sur un article du Financial Times30, qui distingue bien les trois régions nigérianes et leurs différentes situations économiques. Il fait aussi état de difficultés à y recruter des managers, suite à un exode de fonctionnaires expatriés, remplacés par le peu d’Africains diplômés.

Les trois collaborateurs européens pressentis pour l’Afrique de l’Ouest se soumettent à un stage de trois mois en Malaysie et un séjour d’une semaine au Royaume-Uni. Un d’eux est nommé « représentant » et supervisera l’entier de l’opération sur place, tout en veillant à l’extension du réseau de distribution. Un second sera affecté au dépôt où l’assisteront trois Africains et où les revendeurs s’approvisionneront. Le troisième, assisté de deux Africains, développera la publicité à l’aide d’un minibus et dirigera l’Unité de film et démonstration, composée de trois Africains parcourant le territoire avec un autre bus pour organiser des projections. En 1966, la publicité reste le cheval de bataille : au Nigeria, une dizaine de véhicules assurent « la dégustation sur les marchés et le porte à porte le soir ». Considérant que les « grandes compagnies traditionnelles » sont sur le déclin, l’agent Bernard Zollinger entend favoriser l’écoulement des produits par les détaillants africains, qui assurent ainsi la moitié des ventes.31

Observant une hausse marquée du cours des extraits de viande, l’administrateur Jacques Paternot soutient fermement l’idée de se lancer dans la fabrication de poudre de viande et de sauce au bœuf, qui sera conditionnée et emballée à Apapa. En 1964, les prix sont si élevés qu’il envisage d’obtenir un bénéfice dès la seconde année d’exploitation.32 Les regards de ← 170 | 171 → Nestlé se tournent donc vers la région Nord, connue pour l’élevage bovin, et plus précisément vers le site de Nguru, à proximité d’un nouvel abattoir. Soumise par la Northern Nigeria Development Corporation [NNDC] à un questionnaire de routine à propos de ses apports à l’économie locale, Nestlé met en avant la création de 22 emplois permanents et 58 temporaires, mais surtout, elle souligne l’introduction de produits nouveaux, dont le consommateur nigérian tirerait un bénéfice nutritionnel et qui seraient en grande partie exportables, donc source de livres sterlings.33

Constituée en 1965, la société Northern Food Products Ltd [Nofopro] est enregistrée à Kaduna, mais dirigée depuis Lagos à travers B. Zollinger, siégeant au Conseil d’administration aux côtés de J. Paternot et Alfred Stucki, tous deux actifs auprès de la Centrale, à Vevey. Se joignent à eux Muhammadu Ladan et Abubakar Tunau, délégués par la NNDC qui participe à hauteur de 41’600 £N, alors que Nestlé’s Holdings Ltd avance 92’400 £N [1.6 mio Sfr] et la Borno Native Authority 20’000 £N. Ladan et Tunau, respectivement chairman et secrétaire de la NNDC, siègent dans 31 et 24 conseils d’administration. Avant que la NNDC ne propose ces deux personnes, Paternot songeait à nommer Ogunbanjo – l’avocat lagosien de Nestlé, considérant qu’intégrer un Yoruba serait un gage de transparence, dans la mesure où cela pourrait lever d’éventuels soupçons de collusion avec les élites du Nord.34 En s’associant aux autorités de Borno – une région frontalière, il espère qu’elles soient en mesure de limiter la contrebande de viande fumée. Seule pierre d’achoppement des négociations, qui « ont failli échouer à la dernière minute » : la décision de consacrer 3 % du revenu à l’assistance technique et au contrôle sanitaire, assurés par Afico SA de Lausanne. Les partenaires nigérians jugent d’abord cette part trop élevée, mais finissent par acquiescer, sans que l’on sache ce qui les convainc.35 ← 171 | 172 →

Il est prévu que Nofopro traite l’équivalent d’une centaine de têtes de bétail par jour, achetées aux bouchers locaux, et que la production s’écoule à un prix de moitié inférieur à celui de la viande sur les marchés du Sud du pays.36 De passage au Nigeria à la veille du premier coup d’Etat, Paternot considère l’Entreprise comme largement populaire, sauf auprès des Igbos de Nguru, fabricants de viande séchée. Malgré la détérioration politique dans la région Ouest et l’insécurité sur les routes, il évoque une situation calme dans le Nord du pays, favorisée par la récente bonne récolte de cacahuètes.37 Pourtant, cinq mois plus tard, l’approvisionnement en bétail rencontre de telles difficultés que Zollinger imagine réorienter les activités vers la mise en conserve de tomates. Interrompue en août 1967, la fabrication est définitivement abandonnée en 1968, alors que les prix de l’extrait de viande ne permettent pas de bénéfice et les débouchés pour la poudre se révèlent inexistants. L’administrateur Stucki suggère de « convaincre nos partenaires de reprendre nos actions, moyennant un prix raisonnable ».38

Attentisme des grandes banques suisses

L’intérêt des grandes banques suisses pour l’Afrique se renforce suite à la défaite de l’Axe et l’impossibilité d’exporter en Allemagne, lorsqu’elles se voient incitées à trouver de nouveaux débouchés pour leurs capitaux. Important producteur d’or et considérée par elles comme « un pilier stable face au communisme », l’Afrique du Sud exerce alors une attraction considérable.39 ← 172 | 173 → Le voyage de reconnaissance que le directeur de la Société de banques suisses A. C. Nussbaumer y entreprend en 1954 se poursuit dans six autres territoires, tous en Afrique de l’Est, dans le but d’évaluer la solvabilité de chacun. Ce sont surtout les colonies de peuplement partiellement industrialisées et dont l’économie repose sur l’extraction minière qui lui apparaissent sous un jour favorable.40

Dans les années 1960, les trois grandes banques suisses n’investissent au Nigeria que par le biais de la garantie contre les risques à l’exportation, mais restent attentives et établissent des contacts. Une mince brochure publiée en 1961 par l’Union de banques suisses, portant aussi sur le Ghana et la Sierra-Leone, donne un survol statistique des ressources économiques, des politiques financières et commerciales des trois jeunes nations.41 Au même titre qu’UBS, Crédit suisse répond favorablement à l’intérêt du premier de la région Ouest Samuel Akintola en offrant d’être l’hôte de sa visite. Suite à la déclaration de sécession d’Ojukwu, l’Association suisse des banquiers aborde l’ambassadeur Kolo pour lui exprimer son « anxiété » à propos de la « crise » et l’assurer que le Nigeria jouit de toute sa sympathie, en insistant sur une sensibilité due à l’expérience commune du fédéralisme. Reprise par le New Nigerian, cette déclaration provoque l’étonnement de certains diplomates européens à Lagos ; l’ambassadeur de Suisse Fritz Real, en se basant sur des « indices », soupçonne alors directement Kolo d’avoir déformé les propos des banquiers afin de donner « une impression positive » à Lagos.42

Le ministre fédéral des Finances Okotie-Eboh a des banques suisses une image vraisemblablement positive et manifeste en 1961 le «vœu urgent » que l’une d’entre elles établisse une succursale au Nigeria.43 Toutefois, deux ans plus tôt, le Suisse Olivier de Ferron fondait la Bank of Lagos Ltd, avec 55 % de capital nigérian. Berini Nigeria Bank et Bank of the North, mêlant toutes deux du capital nigérian et libanais, voient également le jour en 1959. Bank of Lagos, alors considérée digne de confiance ← 173 | 174 → par le consul de Suisse à Accra Eduard Brügger, ne dispose, en 1962, que de 75’000 £ des 250’000 £ du capital minimum requis par la Banking Amendment Bill, et semble échapper à la fermeture en se rebaptisant Finance Co of Lagos.44 L’attitude d’Okotie-Eboh contraste avec celle du ministre fédéral de l’Information T. O. S. Benson en 1962 ou du secrétaire des Affaires étrangères E. O. Ogbu en 1966, mettant tous deux en cause le secret bancaire. Si le premier adopte un ton accusateur envers le conseiller fédéral Willy Spühler et provoque, du côté suisse, de l’indignation plus qu’une entrée en matière, le second demande à l’ambassadeur Real « si et de quelle façon les autorités suisses peuvent aider son gouvernement à récupérer de l’argent acquis illégalement et placé dans des banques suisses par de hautes personnalités nigérianes, dont d’anciens hauts fonctionnaires ». Cependant, sur instruction du DPF qui considère le « caractère délicat » de cette affaire et la « possibilité limitée » d’agir dans ce sens, la réponse négative qu’il obtient n’est assortie que d’une « explication générale », dont il se montre satisfait.45

Parmi d’autres opportunités d’investissement, se présente la création de la Nigerian Industrial Development Bank. Projet initié par la Banque mondiale et coordonné par l’agence de consulting Arthur D. Little, son but consiste à « favoriser le développement de l’économie nigériane sur une base privée » en octroyant des crédits à long terme. On prévoit que le gouvernement détienne la moitié du capital, mais de soumettre aux investisseurs étrangers la nomination des agents de direction. Même si, approchée par le Consultant, l’ambassade à Lagos annonce que ni son gouvernement, ni les banques suisses ne s’intéressent à « de tels investissements », la Société financière pour les pays d’outre-mer SA46, ← 174 | 175 → de Genève, fait finalement partie des actionnaires. Cette dernière partage ainsi 10 % du capital avec des associés européens, américains et japonais, alors que 20 % proviennent de l’intégration de la Commonwealth Development Finance Company Ltd, entièrement en mains britanniques.47

La Société financière pour les pays d’outre-mer est aussi engagée dans United Bank for Africa [UBA]48, tout comme la Banque africaine pour les pays d’Outremer, également de Genève, et la Banque pour le commerce international, enregistrée à Bâle. UBA représente une des trois principales banques du Nigeria, aux côtés de Barclays Banks et Bank of West Africa [BWA].49 Celle-ci, pour faire face à la plus grande concurrence résultant de la décolonisation, décide de sortir du régionalisme en fusionnant avec Standard Bank. Un des principaux actionnaires de BWA – Lloyds Bank – n’accepte pas cette fusion avec une banque qui lui oppose une féroce concurrence en Afrique de l’Est. Lloyds retire donc sa participation en vendant une grande partie de ses actions à Chase Manhattan.50 Même cette tendance générale aux regroupements, en 1965, semble laisser de marbre les trois grandes banques suisses, décidément plus attirées par l’Afrique du Sud.51

Facteurs d’attraction et soutien diplomatique

L’attractivité du Nigeria se reflétant dans les superlatifs d’Edwin Stopper, qui qualifie en 1960 la nation en devenir de « marché le plus intéressant d’Afrique », est vraisemblablement aussi ressentie par la communauté ← 175 | 176 → internationale marchande : durant les cinq premières années d’indépendance, 300 nouvelles compagnies étrangères s’enregistrent.52

Dans un discours adressé en 1964 à l’Office suisse d’expansion commerciale, l’ambassadeur Bucher insiste sur l’avantage démographique en terme numéraire, mais aussi sur « une ferme volonté d’aller de l’avant » de la population, et n’estime « pas étonnant que dans ces conditions, l’économie privée étrangère s’intéresse plus au Nigeria qu’à tout autre pays d’Afrique noire ». Et de conclure son allocution en exprimant sa foi en « un rapide développement de la race noire, en particulier au Nigeria ». Son collaborateur Jean Zwahlen y prédit de bons débouchés pour les biens de consommation, en estimant que « la volonté du Nigéria de se rendre toujours moins tributaire de l’ex-puissance coloniale pourrait profiter à certains de nos produits ». Auprès de l’OSEC, Bucher peine définitivement à tempérer son optimisme : certes, il évoque le conflit issu du recensement, mais ne doute pas du tout que la liberté de la presse et l’attitude apaisante de Balewa soient en mesure de garantir unité et stabilité nationale.53

Si la presse « occidentale », dont la NZZ, véhicule une image du Nigeria plus prudente, Bucher l’accuse de céder à l’alarmisme de quelques voix isolées.54 Il ne peut être établi avec certitude à quelles sources les commerçants ou investisseurs suisses se fient le plus, mais les grandes entreprises sont plus autonomes, à l’instar de Nestlé qui dispose d’un réseau et de moyens suffisants pour prospecter de nouveaux marchés sans avoir à consulter l’ambassade ou l’OSEC. Ce dernier souhaite pourtant mettre en garde les « fabricants et exportateurs inexpérimentés » envers les commandes à références douteuses, comme elle le faisait dans les années 1950. ← 176 | 177 → Pour cela, l’ambassade suggère d’ouvrir un bureau d’information au Nigeria qui permettrait de « prévenir des erreurs souvent irrémédiables » sur ce marché « tentant mais difficile car, comme dans tout début, il est malaisé de discerner, sans expérience des conditions locales, ce qui est sérieux de ce qu’il ne l’est pas ».55 Mais cette proposition n’incite pas l’OSEC à maintenir un représentant à Lagos, ce qu’elle avait pourtant fait dans les années 1930.56

Une partie des commerçants suisses, selon Jean Zwahlen, serait « frappé[e] par les réalisations récentes et l’activité de maisons concurrentes » au Nigeria, et tendraient en même temps à retrouver « une vocation exportatrice qu’[ils] avaient eu tendance à négliger ou à oublier » alors qu’ils ne percevaient pas les effets des « mesures fédérales contre la surchauffe ».57 En effet, évoquant une intention de lutter contre le renchérissement, le gouvernement suisse impose des restrictions à l’utilisation du crédit58 qui refroidissent le marché intérieur ; si, depuis 1964, le volume des exportations continue son augmentation régulière, leur rapport au Produit intérieur brut qui avait légèrement baissé à partir de 1960 commence à remonter et poursuit cette tendance jusqu’en 1969.59

Mise à part la période de Guerre civile, la politique commerciale du Nigeria des années 1960, pas plus que celle de la Suisse, ne donne lieu à de grandes négociations. Dans le contexte de l’ouverture de la ligne Swissair Zurich-Lagos, puis à la demande de la firme Keller Shipping AG de Bâle, l’ambassadeur Fritz Real entame en juillet 1966 la négociation d’un accord contre la double imposition, qui est signé en mars de l’année suivante et ← 177 | 178 → satisfait la requête de réciprocité exprimée par le Nigeria.60 En outre, et en dépit du portrait presque idyllique que Bucher brosse de son pays de résidence, il s’efforce de sensibiliser une entreprise sur son implication dans l’équilibre entre les trois régions. Interconsulting Ltd de Zurich est mandatée pour un projet de huttes, et un autre d’acierie, contenu par le Plan national de développement de 1962. Or, elle ne semble pas réaliser immédiatement que le fait de considérer un site à l’Est et un autre au Nord provoque ce que Michael Okpara qualifie de « sérieux conflit » entre les deux régions. Par conséquent interrompus, les pourparlers au sujet de l’acierie reprennent en 1965, alors que la firme Suisse privilégie l’Est en raison de ses réserves de gaz, mais apparemment, la Guerre civile ne permettra pas au chantier de démarrer.61

2.   Liaisons aériennes

L’intérêt de Swissair

« Surtout, il faut permettre aux hommes d’affaires suisses d’avoir accès au marché international aussi rapidement que leurs concurrents étrangers ». Entre autres échos à ce motif – avancé par le professeur de l’Ecole polytechnique fédérale Eduard Amstutz pour soutenir l’extension de la compagnie Swissair au sortir de la Seconde Guerre mondiale – vient un discours du président du Conseil d’administration Rudolf Heberlein, selon qui seule une compagnie suisse serait en mesure d’établir des plans de vols correspondant aux « besoins » des Suisses.62 Suite à plusieurs dé ← 178 | 179 → bats parlementaires et une Conférence nationale sur le trafic aérien, où le conseiller fédéral Enrico Celio prédit une imminente explosion des vols sur longue distance et s’engage pour que la Suisse n’en reste pas spectateur, Swissair devient en 1947 la « Compagnie aérienne nationale », désormais soutenue à 30 % par des fonds publics63 et dont le Conseil d’administration réserve la même proportion de sièges à des politiciens ou fonctionnaires.64

Alors qu’en 1947 les avions Swissair ne sortent d’Europe qu’exceptionnellement, le réseau de 1954 compte des destinations régulières sur les autres continents, Asie mise à part. Concernant l’Afrique, une ligne relie Le Caire avant de rejoindre Athènes, une autre passe par Dakar via Lisbonne, puis se dirige vers le Brésil. A un total de trente-trois destinations, vingt s’y ajoutent au cours des dix années suivantes, surtout en Asie.65

Même si les motivations qui amènent Swissair à relier Lagos dès 1962 demeurent incertaines, on ne peut oublier l’image alléchante du Nigeria qui se reflète dans les milieux d’affaires en général. Pour l’Afrique dans son ensemble, la motivation suisse à y établir des liaisons aériennes tient à l’idée que suite aux indépendances de 1960, la dureté de la concurrence dans ce domaine force à se presser.66 Le fait que la ligne se termine à Accra, où l’implantation de UTC y est encore plus profonde et ancienne, laisse supposer que cette compagnie ait exercé un certain lobby. Auprès de l’économie privée comme de l’Administration fédérale suisses, le Nigeria est rendu plus visible par les fréquentes visites officielles au tournant des années 1960. Le Ministre des transports et de l’aviation Raymond Njoku fait le voyage en 1957, quand il cumule cette charge avec celle du Commerce et de l’industrie67, puis la visite d’Okotie-Eboh en octobre 1961 est l’occasion pour le gouvernement suisse de faire part de son projet, auquel ← 179 | 180 → l’assentiment se fait attendre quelques mois, peut-être parce qu’à ce moment, les Britanniques ne se sont pas complétement retirés de la gestion de l’aviation nigériane.68

Zurich-Lagos, une inauguration remarquée

L’ouverture de la ligne Zurich-Genève-Tripoli-Lagos-Accra est saluée par un échange de délégations et occasionne la première visite en Afrique d’un conseiller fédéral suisse. Alors en charge du Département des transports, Willy Spühler, pour ce voyage, s’entoure de seize personnes, dont le président du Conseil d’administration Walter Berchtold, le commandant de corps de l’armée Franz Nager et neuf journalistes.69 Reçue par Njoku et le premier ministre Balewa, la délégation suisse ne reste pas à Lagos, mais occupe ses trois jours au Nigeria à visiter le premier ministre de la région Ouest Samuel Akintola à Ibadan, ou encore l’Alake d’Abeokuta Ademola II. A en croire la presse, les rencontres sortent rarement du registre mondain70 ; Spühler explique sa présence par l’intention « d’explorer les possibilités de lier son pays au Nigeria dans les domaines du commerce et des télécommunications »71 et déclare que « nous espérons recevoir beaucoup de Nigérians en Suisse, à cause de l’estime que nous portons au Nigeria – le premier pays africain avec lequel nous avons une liaison aérienne directe ».72

Neuf Nigérians, accompagnés de l’ambassadeur Bucher, embarquent pour le vol de retour. Il s’agit de trois journalistes et surtout de hauts fonctionnaires.73 Les tracasseries qu’ils subissent lors de l’escale à Tripoli – où les douaniers menacent d’emprisonner ceux qui auraient un visa israélien – amènent Swissair à supprimer temporairement la destination ← 180 | 181 → libyenne.74 Leurs six jours en Suisse, passés aux côtés de leurs homologues ghanéens, suivent le passage d’une délégation israélienne et précèdent la venue d’un groupe canado-américain, qui inaugurent, en ce même mois de mai, deux autres nouvelles lignes Swissair. Qualifiés par la Neue Zürcher Zeitung de « troupe en partie costumée et pittoresque »75, les Nigérians et Ghanéens suivent un itinéraire touristique les menant notamment sur la côte du lac Léman et à Bâle.76

Swissair consacre l’entier de sa gazette du mois de juin à l’Afrique, dont l’art et la littérature y occupent une place importante. Si on reconnaît trouver à Lagos des hôtels confortables et que les pyramides de cacahuètes de Kano sont dépeintes comme une curiosité touristique, c’est plutôt la Libye qui est traitée dans l’article « Vacances – Pourquoi pas une fois l’Afrique ? ».77

Dans la presse quotidienne, on peut retenir, sur le critère du nombre de colonnes, la série de trois articles par Henri Stranner dans la Gazette de Lausanne, ainsi que la double page « Dramatique voyage du Nigeria en Suisse » par Akintola Bello dans le Morning Post.78 Alors que les deux premiers articles de Stranner mèlent surtout donnnées encyclopédiques, anecdotes et impressions sur un régime jugé « modéré » en contraste avec le Ghana, le troisième porte un titre qui laisse songeur : « Le Blanc au service du Noir ». Le sous-titre « La vache à traire » introduit le récit d’une séance de photos entravée par des villageois réclamant un pourboire ; une attitude qualifiée de « reliquat du colonialisme », dû à un matérialisme hérité du « Blanc » venu chercher fortune en Afrique. Puis, se basant sur les témoignages d’un comptable irlandais et d’un mécanicien suisse, Stranner aborde la nature de la collaboration entre « Noirs et Blancs », rendue difficile par les « Noirs » qui restent entre eux et s’adaptent difficilement à la technique. Il estime pourtant cette coopération nécessaire et finit par « espérer qu’elle […] ne sera pas compromise par des réflexes de méfiance, par des actes vexatoires de la part des Blancs ou une propagande nationaliste à outrance de la part des Noirs ». En revanche, Akintola Bello insiste ← 181 | 182 → longuement sur le confort offert par Swissair aux passagers et semble démontrer que l’objectif publicitaire du voyage est atteint. Après quelques louanges sur l’hôtel qui accueille sa délégation, Bello poursuit avec un bref historique du tourisme en Suisse, mais termine sur une pointe d’ironie : « l’air fameux appelé ‹ Ranz des vaches › […] réveillant les souvenirs de la terre natale, fait pleurer amèrement les Suisses qui l’entendent à l’étranger ».

Outre un style personnel et un fossé culturel, la différence de perspective entre ces deux journalistes révèle la nature de leurs sources. Si Bello cite l’un ou l’autre récit d’écrivains sur leurs séjours en Suisse, qu’il aurait pu trouver dans une documentation officielle préparée à son intention, le point de vue de Stranner sur « les Noirs » rappelle celui de l’ambassadeur Bucher79 qui, de plus, assure le lien avec la communauté d’expatriés. Deux vues très indirectes, mais au moins une d’elles réjouissante pour Swissair.

Une ligne à rentabilité durable

« Faible au commencement, le trafic sur cette ligne s’est développé d’une façon satisfaisante au cours du deuxième semestre et offre des perspectives favorables ».80 Ces prévisions confiantes s’expriment aussi dans l’intention initiale d’effectuer un second vol hebdomadaire. L’autorisation se fait attendre, pour des raisons probablement institutionnelles ; en août, puis en décembre 1962 avec statistiques commerciales à l’appui et rappelant les garanties de financement offertes par son gouvernement, Bucher visite le Ministère des affaires étrangères, où ses interlocuteurs se montrent favorables à sa requête mais paraissent incertains du processus de décision.81 Swissair insiste néanmoins, du moment qu’elle relève une « bonne utilisation » et « un taux d’occupation favorable » de la ligne au cours des deux années suivantes. Le second vol peut débuter en 1965, alors que Nigeria Airways reçoit également l’autorisation de relier Genève.82 ← 182 | 183 →

Lorsque le gouvernement militaire de Yakubu Gowon, en signe de protestation contre l’apartheid, se réserve le droit d’interdire l’atterrissage ou le survol à tout appareil se dirigeant vers Johannesburg, un climat de doute s’installe. Du côté Suisse, seules Globe Air et Balair sont concernées et n’obtiennent pas de licence.83 Ce qui alarme Swissair, ce sont de probables mesures protectionnistes de la part du Nigeria en 1967 ; des rumeurs de prochaines restrictions à l’encontre des compagnies étrangères provoquent des interventions énergiques de son agence à Lagos. Il s’avère finalement que les autorités nigérianes n’ont aucune objection à ce que la Compagnie poursuive ses vols à la même fréquence et Fritz Real suggère de laisser l’affaire sans suite.84 Ouverte l’année suivante, la ligne Swissair vers Johannesburg ne survole pas le Nigeria et contribue au « succès remarquable » des liaisons avec l’Afrique.85

Mise à part une baisse de passagers au début de la Guerre civile, perte éventuellement tempérée par un regain d’intérêt pour le Ghana suite au renversement de Nkrumah, les résultats de la liaison Zurich-Genève-Lagos-Accra ne déçoivent jamais ; un troisième vol hebdomadaire débute en 1976, un quatrième est introduit en 1979. L’inauguration de cette ligne a ouvert une phase d’expansion générale en Afrique ; dont Swissair offre 16 destinations en 1973. Face à un « marasme de la demande en Europe et sur l’Atlantique Nord », l’Afrique présente une demande que la Compagnie ne peut pas toujours satisfaire entièrement. En 1975, les recettes progressent de 25.3 mio Sfr sur ce continent, alors que celles de l’Atlantique Nord reculent de 35.2 mio Sfr.86 Dans sa publication sur Swissair, à propos d’une période ultérieure, Urs von Schroeder utilise le sous-titre : « Quand l’Afrique subventionnait l’Atlantique Nord ».87 ← 183 | 184 →

Nigeria Airways en Suisse

Si l’on sait que le Nigeria possède un riche héritage culturel, un potentiel industriel, de grands marchés, des curiosités touristiques, des distractions de toutes sortes, etc. on ne peut que reconnaître la nécessité d’un service régulier de transport aérien efficace, rapide et fiable, comme celui de Nigeria Airways.88

La mise en avant des attraits touristiques, comme dans ce communiqué officiel, ne débouchera jamais sur des efforts significatifs pour développer ce secteur. On retient surtout qu’à l’inverse du gouvernement suisse considérant sa compagnie aérienne comme moyen d’expansion commerciale, les Autorités nigérianes expriment une intention d’encourager les investissements étrangers.

En vue de la proche accession à l’indépendance nationale, la West African Airways Corporation devient Nigeria Airways en 1958 ; 51 % des parts de la Société sont alors détenues par le gouvernement, 32.3 % par Elder Dempster et 16.7 % par British Overseas Airways Corporation [BOAC]89, avant que le Gouvernement n’acquiert la seconde moitié des actions en 1961. Mais dans un premier temps au moins, les liaisons intercontinentales sont assurées en collaboration avec BOAC et Pan American Airways.90 Nigeria Airways transportera d’un demi à deux millions de passagers par année vers l’Europe et l’Amérique, ce qui en fera la plus grande compagnie aérienne d’Afrique.91 Si plus de 60 % de son trafic de marchandises empruntera les voies intercontinentales, celui des passagers se concentrera à près de 70 % sur l’intérieur du pays et environ 20 % concernent l’extérieur de l’Afrique.92 ← 184 | 185 →

La ligne Lagos-Kano-Zurich-Londres, ouverte en 1965, est exploitée à une fréquence de deux vols hebdomadaires, sur une base de réciprocité avec Swissair. En 1972, alors que cinq avions relient Londres chaque semaine ; Zurich, Rome et Amsterdam sont desservies deux fois ; Paris, Bruxelles et Francfort une seule.93 Genève n’est pas en reste et représente un pivot du réseau européen, d’où les nombreuses correspondances permettant de rayonner sur le reste du Continent ou l’Amérique.94 Mais dans une annonce publicitaire, la Suisse n’est pas présentée comme un simple point de transit :

Nigeria Airways. Sky-Power to the heart of Europe. La prochaine fois que vous allez à Londres, laissez-nous vous montrer l’edelweiss. Non, l’Angleterre n’a pas autant changé. L’edelweiss dont nous parlons se trouve exactement où vous pensez – haut dans les prairies alpines suisses. Zurich est une des trois excitantes villes européennes où vous pouvez interrompre votre vol avec Nigeria Airways entre ici et London Heathrow, sans supplément de prix. Arrêtez-vous un instant, allez voir les lacs de montagne et faites du ski. Achetez des montres et de la broderie suisses mondialement célèbres. Pour l’étape de vacances de votre vie, le point de départ est l’agence Nigeria Airways la plus proche.95

Une agence est aussi ouverte à Zurich en juin 1971, mais ferme en avril 1974.96 Si les motifs de cette fermeture restent flous, elle a lieu à un moment où la qualité du service et les fréquents changements de directeurs sont régulièrement mis en cause.97 Nigeria Airways se montre moyennement intéressée à recevoir une aide pour la formation. Il n’est pas sûr qu’elle saisisse l’offre suisse d’accueillir trois stagiaires ; par contre, en juin 1970, le secrétaire permanent du Ministère des transports I.J. Ebong et le sous-directeur de l’Aviation civile O. Ogunbiyi prévoient un voyage d’étude en Suisse.98 ← 185 | 186 →

3.   La lutte des turbines

La production d’électricité débute au Nigeria en 1898 à l’initiative du Public Works Department. En 1939, aux centrales de Lagos et Kano s’ajoutent des installations privées, comme celle de Sapele approvisionnant une scierie99, ou celle du Plateau de Jos pour les besoins de l’extraction minière. Celles-ci ne sont pas absorbées par l’Electricity Corporation of Nigeria [ECN], entreprise du gouvernement créée en 1950 pour contrôler le reste de la production. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la pauvreté populaire se reflète dans une faible demande en électricité, puis un tournant s’observe dans la décennie qui précède l’indépendance, alors que l’expansion démographique se conjugue avec un taux d’augmentation de la demande dépassant de 50 % les prévisions de la Banque mondiale. En 1963, on compte au Nigeria 36 centrales électriques, soit le double qu’en 1953. Il s’agit d’une période de transition d’un secteur dominé par le charbon vers une diversification de ses sources d’énergie et une extension de son réseau de transmission.100

Offres sous garantie contre risques à l’exportation

En Suisse, les entreprises Brown Bovery Company [BBC] et Sulzer se montrent particulièrement sensibles aux appels d’offres pour l’équipement des centrales d’Afam et d’Ughelli, toutes deux dans la région Est. Sulzer est une entreprise familiale née à Winterthur en 1784, qui compte 20’000 collaborateurs en 1960, dont 13’000 en Suisse ; elle est alors spécialisée en machines pour l’industrie textile, transports par cables, diverses turbines.101 Fondée à Baden en 1891 et pionnière dans la transmission d’électricité à haute tension et la fabrication de turbines à gaz, Brown Bovery emploie 63’000 personnes en 1960, dont un tiers en Suisse. Sur ← 186 | 187 → fond de croissance économique d’après-Guerre et à cause de la séparation de ses unités de vente et production, BBC se permet de ne pas tenir de comptabilité globale en tout cas jusqu’en 1965.102 Suite à la livraison des deux premières turbines à gaz pour la centrale d’Afam, près de Port Harcourt, on lui en commande une troisième en avril 1960, soumise à l’obtention d’un prêt sur dix ans. Du moment que les banques suisses refusent l’entrée en matière sur un quelconque crédit au Nigeria, BBC suggère à la Division suisse du commerce que seule la Garantie contre les risques à l’exportation [GRE] peut débloquer le contrat, mais la période de cinq ans sur laquelle ce crédit est habituellement octroyé ne répond guère aux besoins de l’Electricity Corporation of Nigeria [ECN]. L’importance accordée à cette livraison repose sur l’intention de se profiler pour une plus large participation à la production d’énergie dans le pays, alors que les nouvelles facilités de financement dont dispose l’industrie allemande durcissent la concurrence.103

Au niveau de la Confédération, la discussion est relayée au sein de la Délégation économique permanente104 par le délégué aux accords commerciaux Edwin Stopper, qui revient sur l’image positive que le Nigeria lui a donné lors de son séjour, notamment en raison de sa « claire orientation vers l’Ouest » et de sa bonne relation avec son colonisateur.105 Une solution consiste à étendre la Garantie sur dix ans, à l’image de l’exception venant d’être accordée à l’Inde pour des motifs proches des arguments de Stopper en faveur du Nigeria, dont la crainte qu’une déception du requérant se traduise par une exclusion des entreprises suisses du pays « le plus important ← 187 | 188 → del’Asie libre ».106 Avant qu’une décision soit prise au sujet d’Afam, le contrat de la troisième turbine revient à la firme britannique A. Reyrolle & Co Ltd pour une raison que BBC estime liée aux facilités de remboursement.107

L’extension d’Afam n’est cependant pas terminée et le ministère nigérian des Finances adresse à la Suisse une demande de crédit de 20 mio Sfr sur dix à douze ans dont une partie couvrirait l’équipement des centrales de Sapele et Kaduna. Ce délai de remboursement correspond à un plafond que la Division du commerce jugera infranchissable, à cause de ce que son collaborateur Hans Marti nomme des « facteurs institutionnels relatifs à la structure du système bancaire ».108 BBC reste en lice pour Afam et Sapele, alors que Sulzer est pressentie pour un contrat de 2.2 mio Sfr à Kaduna. Cette fois-ci, la Délégation économique permanente considère sérieusement un rallongement de la Garantie à dix ans, finalisé par un échange de lettres avec le ministre des Finances Okotie-Eboh lors de son séjour à Berne en octobre 1961.109 Il s’avère ensuite que les générateurs diesel proposés par Sulzer sont trop volumineux pour la centrale de Kaduna et ECN invite la firme à faire des offres de turbines à gaz pour Ughelli, ce qui nécessite d’élever la GRE à 100 mio Sfr.

Projet de plus grande ampleur, d’un coût global de 200 mio $, financé surtout par le gouvernement du Nigeria et la Banque mondiale, chacun à hauteur de 80 mio $, le barrage du Niger nécessite le soutien d’un consortium de banques étrangères afin de couvrir le reste ; pour un premier sondage, Okotie-Eboh rencontre les ambassadeurs des Etats-Unis, Grande-Bretagne, RFA, Pays-Bas, Japon, Canada, Italie et Suisse.110 ← 188 | 189 → Or, cette dernière ne donne pas de garanties sur le délai de remboursement souhaité – quinze à vingt ans.111 Le crédit de la Banque mondiale n’étant pas lié, la participation d’une entreprise suisse reste possible ; les Ateliers des Charmilles et de Sécheron soumettent des offres, mais sans succès.112 Achevé en 1968, le barrage du Niger est en majeure partie construit par la firme Impreglio de Milan, qui a aussi œuvré pour le barrage d’Akosombo au Ghana.113

Canaux de négociations

Les deux entreprise suisses se retrouvent donc en concurrence sur les mêmes projets. BBC part avec le double avantage d’avoir satisfait son client en fournissant les deux premières turbines d’Afam et de disposer de contacts plus étroits avec les milieux officiels, notamment grâce aux séjours en Suisse du premier ministre de la région Est Michael Okpara qui fait escale à Baden en 1960 et de la Mission économique d’Okotie-Eboh visitant les usines de Birrfeld en 1961.114 Celui-ci, ainsi que le ministre des Mines et de l’énergie Maitama Sule reçoivent en entretien le cadre BBC Spoerli, lors de son passage au Nigeria en février 1962. Mais de façon plus durable, la firme est représentée au Nigeria par l’Union Trading Company, dont l’agent Mays115 ; pour sa part, Sulzer assure le lien avec ECN à travers Jean-René Pierroz du Groupement suisse industriel et financier pour ← 189 | 190 → l’Afrique occidentale, basé à Lomé, et grâce à la firme grecque Mandilas & Karaberis116, alors que l’ambassade de Suisse facilite également les contacts avec les autorités nigérianes.117

Le contrat pour l’extension d’Afam est aussi disputé par General Electric, capable de livrer dans un délai plus court et avec des conditions de financement plus attractives. Une incertitude subsiste sur la nature de ce crédit américain, si bien qu’ECN envisage à un moment de s’en servir pour financer des turbines Sulzer, 25 % moins chères. Qu’il ne s’agisse pas d’aide liée, l’ambassadeur Bucher peine à y croire – avec raison – et selon ses calculs, les conditions de la GRE suisse effacent la compétitivité du prix de Sulzer face à l’option américaine. Toutefois, en septembre 1962, Okotie-Eboh annonce à Bucher que BBC aurait le plus de chances, peu avant qu’ECN lui attribue le contrat à l’issue de deux jours de « séances tumultueuses ».118 La centrale d’Afam est inaugurée par Okpara en juin 1963.

Pour équiper la centrale d’Ughelli, Sulzer soumissionne des turbines à 25 mio Sfr, face à des offres américaines couvertes par un crédit sur quinze ans. En plus de prôner un traitement équitable de BBC et de la firme de Winterthur, le Département suisse de l’économie publique ressort l’argument de la stabilité politico-économique du Nigeria et persuade le Conseil fédéral de garantir aussi ce montant.119 Edwin Stopper considère la possibilité d’annoncer les deux crédits sous forme cumulée afin de rendre la contribution suisse plus visible, mais nous ne savons pas si l’idée se réalise. Il insiste sur la hauteur de la garantie qui atteint celle accordée au Pakistan, deux fois plus peuplé que le Nigeria et dont la balance des paiements est plus précaire. En tout cas, l’ambassadeur Bucher se réjouit de l’attitude d’Okotie-Eboh, qui mentionne l’action suisse en annonçant le budget à la radio et prévoit une conférence de presse lorsqu’il apprend l’augmentation de la garantie. Le chargé d’affaires de l’ambassade à Lagos ← 190 | 191 → Heinz Suter interprète cette attitude comme une volonté de souligner que « même la Suisse prudente a suffisamment confiance en la stabilité politique du Nigeria ».120

Jugeant l’équipement américain inadapté à la centrale d’Ughelli, ECN considère dans un premier temps sérieusement l’offre de Sulzer, puis se prononce une nouvelle fois pour des turbines BBC, nettement plus chères, mais qui ont fait leurs preuves à Afam. Un tel revirement embarrasse la Division suisse du commerce, toujours soucieuse de maintenir une égalité de traitement des entreprises, et qui se prépare désormais à accéder à la probable requête de GRE de 14 mio Sfr pour des générateurs diesel de Sulzer, qui pourraient équiper des centrales plus petites. En général, la Division s’inquiète tout de même qu’un engagement de 40 mio Sfr en faveur de BBC au Nigeria incite d’autres firmes à postuler pour des garanties.121

Mais, contre toute attente, le cabinet des ministres n’avalise pas le choix d’ECN et porte sa préférence vers l’entreprise suédoise Stal-Lawal. Eskilsson, le directeur suédois d’ECN, est parvenu, selon Bucher, à convaincre les ministres que BBC avait obtenu le contrat moyennant de nombreux pots-de-vin. En effet, Okotie-Eboh justifie ce retournement de situation non seulement par le facteur du prix et les recommandations de l’ingénieur-conseil et de la Banque mondiale, mais aussi par certaines « manœuvres maladroites » des firmes suisses. Apparemment équipée d’un matériel à l’état de prototype, la centrale d’Ughelli nécessitera de fréquentes réparations, si bien qu’ECN envisage un procès contre Stal-Lawal en 1968.122

BBC est malgré tout bien introduite au Nigeria ; si elle perd le contrat pour un émetteur radio à Enugu en 1964, elle livre encore une turbine à Lagos et participera au montage de lignes à haute tension.123 Pour ← 191 | 192 → l’entretien de celles-ci, ECN exprime un besoin de 250 collaborateurs, alors que deux Nigérians destinés à la centrale d’Afam sont déjà encadrés par BBC qui, à travers une nouvelle offre, propose d’en former trois de plus.124

Moyens de négociations

Les tournures surprenantes et changements de dernière minute dans ces attributions de contrats sont plus ou moins vaguement interprétés par l’ambassade de Suisse comme des symptômes de corruption. Bien qu’au cours de l’appel d’offres pour la centrale d’Afam, Bucher estime les Américains généreux en dessous de table, il dit avoir appris « de source sûre », que BBC a également adopté ces pratiques pour la négociation.125 Cette accusation pourtant claire ne soulève pas plus de commentaires de l’ambassadeur, insistant sur la stricte confidentialité des informations, ni de discussions à Berne. A ce moment, Okotie-Eboh doit encore être « gagné à la cause suisse » et « semble demander » le versement d’une grosse somme qui lui permettrait de se réconcilier avec son parti, le NCNC.126 La nature du conflit évoqué reste incertaine127, mais le fait qu’Okotie-Eboh ait gagné le surnom de « Monsieur Dix Pour Cent » indique qu’une ← 192 | 193 → telle requête, de sa part, n’a pas forcément de motif particulier.128 Dans le cas d’Ughelli, seul le directeur d’ECN Eskilson parle de pots-de-vin, alors qu’Okotie-Eboh évoque des « manœuvres maladroites » des firmes suisses, sans désigner précisément BBC ou Sulzer. Bucher pense que le représentant de celle-ci, Mandilas & Karaberis, se serait efforcé de porter atteinte à la réputation de BBC auprès des ministres et la firme de Baden, trop certaine de conclure son marché, aurait ensuite négligé de contrer ces critiques.129

Si, sous la Première République, les cas, soupçons et allégations de corruption sont déjà monnaie courante, il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau. Les administrateurs britanniques tendent à dénoncer les abus des dirigeants africains durant la période pré-coloniale, mais, sous l’Empire, peuvent s’accomoder des irrégularités pratiquées par les rois ou chefs jugés « traditionnels » qui bénéficient d’un degré de légitimité variable. Les Britanniques, selon Tignor, préfèrent « ne pas savoir, ou plus précisément, ne pas faire état du travail illégal et des exactions financières sur lesquels reposait l’édifice de l’Administration coloniale ».130

Suite à la Deuxième Guerre mondiale, le Colonisateur ravive « les perspectives traditionnelles sur la corruptibilité de la politique africaine », les insère dans le débat sur l’aptitude à l’indépendance et tend à accuser les élus africains d’abuser de leur influence et de n’être guidés que par l’enrichissement personnel. Le thème jalonne tout du long le chemin vers l’indépendance et les accusations émanent aussi bien des politiciens nigérians cherchant à discréditer leurs adversaires que des administrateurs coloniaux exprimant leurs doutes sur la maturité du Nigeria à s’auto-gouverner.131 Forrest évoque toutefois un « évident déclin de moralité en affaires » après 1960, lorsque les compagnies étrangères cherchent ← 193 | 194 → davantage à exercer une influence auprès des instances gouvernementales, situation dont les partis politiques tendent à profiter pour se financer.132

Bucher n’insiste pas sur les implications des firmes suisses, mais son attitude ne contraste que peu avec une tendance répandue, consistant à percevoir la corruption comme un problème exclusivement africain. Déjà évoquée, l’instrumentalisation de ce type d’accusations par les Britanniques implique une large partialité : un soupçon ne débouche sur une enquête que s’il est dirigé envers des Africains. En 1960, la Barclay’s Bank déplore une rapide hausse de créances douteuses ou irrécouvrables, qu’elle impute à ses clients africains, récemment plus nombreux. Il ressort que la moitié de ces mauvaises créances résulte d’une collusion entre une firme britannique et un manager expatrié, que la Banque se contente alors de remplacer discrètement. Une telle partialité incite à imaginer la période coloniale comme un « moment d’ordre et de loi, garanti par d’irréprochables fonctionnaires coloniaux »133, une image à laquelle les investisseurs suisses ne sont pas imperméables. Heinz W. Frech, coordinateur pour Alusuisse et chef du projet Alumaco, regrette qu’au Nigeria, « l’exemple incorruptible des Anglais » ait disparu.134

La corruption n’est qu’une menace, parmi d’autres, pesant sur la Première République et précipitant sa chute. Que signifient les deux coups d’Etat et les deux ans et demi de Guerre civile pour les Suisses qui ont choisi de s’implanter dans le plus grand marché d’Afrique ? Quelle sera l’attitude des autorités nigérianes à leur égard ? Les deux ans et demi de conflit armé ne concernent pas seulement l’ambassade et une partie des milieux économiques. ← 194 | 195 →


1      Sur le critère national, le Royaume-Uni reste le premier partenaire ; en 1970, le Nigeria y exporte pour 270.3 mio $, la République fédérale d’Allemagne achète pour 141.8 mio $ et la France pour 108.9 mio $. Les flux inverses se montent respectivement à 302, 112.1 et 32.5 mio $. R.A. Akindele ; E. Ate Bassey (eds.) : Nigeria’s Economic Relations with the Major Developed Market-Economy Countries (1960-1985). NIIA, Lagos 1988, p. 154.

2      Entre 1960 et 1970, les exportations du Nigeria augmentent de 147.5 %, ses importations de 67.7 %. Id., pp. 111, 121.

3      Si un accord est signé à Lagos en 1966, il ne serait jamais entré en vigueur. Cf. : Id., p. 124.

4      Echange de lettres entre Fritz Real et la Division du commerce, 20.4, 11.5, 27.7, 25.8, 15.11.1966. Circulaire de Fritz Real aux commerçants suisses au Nigeria, 8.8.1966. Lettre du Ministère nigérian des affaires étrangères à l’ambassade de Suisse, 31.10.1966. AFS, E2200.168(-)1986/12/8.

5      Dominique Dirlewanger, Sebastien Guex, Gian-Franco Pordenone : La politique commerciale de la Suisse de la Seconde Guerre mondiale à l’entrée au GATT (1945-1966). Chronos Verlag, Zürich 2004, pp. 41-43. Depuis 1892, la balance commerciale de la Suisse n’a été excédentaire qu’en 1916, 1945, 1953 et 1976. Bouda Etemad : « Structure géographique du commerce entre la Suisse et le Tiers Monde au XXe siècle ». In : Paul Bairoch, Martin Körner (éd.) : La Suisse dans l’économie mondiale. Droz, Genève 1990, pp. 175, 178. Page, op. cit.

6      Lettre de Zwahlen à la Division du commerce, 21.7.1965. Rapport économique sur le Nigeria à fin 1964. AFS, E2001(E)1978/84/888.

7      Voir chapitre IV.3.

8      Direction générale des douanes, Statistique du commerce de la Suisse avec l’étranger, volumes annuels.

9      Les statistiques ne distinguent pas les cacahuètes des noix ou de l’huile de palme. Voir annexe statistique. Akindele ; Ate Bassey, op. cit., p. 112.

10    Echange de lettres entre la Division du commerce et le DPF, 8.12, 20.12.1965. Lettre de Hans Bühler, vice-président de la Division du commerce, à l’avocat Perfrancesco Campana, 28.12.1965. AFS, E2001(E)1978/84/888.

11    Forrest 1994, op. cit., p. 31 ; sur Bank-Anthony : pp. 72-74.

12    Total, en millions $, par le Canada : 8 ; Danemark : 1.4 ; France : 100 ; Allemagne : 7.4 ; Italie : 44 ; Japon : 3 ; Pays-Bas : 161 (dont 140 pour l’extraction pétrolière) ; Suède : 1 ; Suisse : 5 ; Royaume-Uni : 596 ; Etat-Unis : 182. OECD : Stock of Private Direct Investments by DAC Countries in Developing Countries, end 1967. Cité par : Forrest, op. cit., p. 29.

13    Die Tat [quotidien zurichois], 7.7.1964. AES, HI 7.

14    « As a UTC Mail Order agent, you offer your friends a full selection of top quality UTC goods to choose and buy at home, anywhere in Nigeria. You earn commision on every order you take. You make extra money, quickly and easily ». Daily Express, 8.8.1965.

15    Publié par Northern Nigeria Daily Press Service, 16.2.1961. AFS, E2001(E)1978/84/888.

16    Christian Spoerri : 40 Jahre im Dienste der BHG AG Basel, April 1961, p. 78. AMB PS1-D02-05 UTC 4968.

17    New Nigerian, 25.7.1968.

18    Bulletin de la Société suisse de navigation, mars-avril 1960. Panalpina Welttransport AG Basel, Rapport d’activités, 1970. AES, Zo 384.

19    Lettre du chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos à la Division du commerce, 21.2.1969. AFS, E2001(E)1980/83/544. Knoepfli, op. cit., p. 71. Mise en vente d’actions Alumaco, New Nigerian, 12.7.1972. Entretien téléphonique avec Andreas Tischhauser, manager d’Alumaco, 1969-1975, 21.12.2011.

20    Lettre de Bucher à la Division du commerce, 23.1.1962. AFS, E7110(-)1973/41/120.

21    Lettre de Bucher au DPF, 24.10.1961. AFS, E2003-03(-)1976/44/194. Lettre de Bucher au DPF, 18.11.1964. AFS, E2001(E)1978/84/888.

22    Lettre de Bucher à la Division du commerce, 23.1.1962. AFS, E7110(-)1973/41/120.

23    Lettre de Bucher à la Division du commerce, 17.4.1963. AFS, E7110(-)1974/31/143.

24    Lettre de Bucher à la Division du commerce, 16.1.1963. Lettre de Heinz Suter, chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 21.2.1963. AFS, E7110(-)1974/31/143.

25    Voir : Bernard Degen : « Ciba ». In : Dictionnaire historique suisse, vol. III, Hauterive 2003. <dhs.ch>.

26    Lettres de l’ambassade de Suisse à Lagos à la Division du commerce, 3.9.1963, 3.2.1964. AFS, E2001(E)1982/58/442.

27    Jean Herr : Reflets du monde 1866-1966. Présence de Nestlé. Lausanne 1966, pp. 222, 231.

28    Rapport du voyage au Nigeria de J. Rivollet, directeur Nestlé, 12-18.9.1966. Archives historiques du secrétariat de direction générale de Nestlé à Vevey [AHN], CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

29    Lettre de J. Rivollet à R. Nicole, 31.10.1968. Note à H. R. Scherrer, 16.6.1969. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

30    Percival Griffiths : « Investment in West Africa », The Financial Times, 6.6.1955.

31    Rapport de J. E. B., agent Nestlé, 7.7.1955. CH AHN NES C1.3/3200 West Africa. Rapport de Rivollet, 12-18.9.1966. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

32    Lettres de J. Paternot à J. T. Homewood, 2.4.1964 et à E. Bignami, 13.11.1964. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria. Formation d’une société à N’Guru 1964-66.

33    Lettre de G. Insley, Département légal, à J. Paternot, 7.2.1964. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria. Formation d’une société à N’Guru 1964-66.

34    Lettre de Paternot à Bignami, 27.1.1965. Lettre de NNDC à Paternot, 17.2.1965. Note de structure, Nofopro, 30.7.1965. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria. Formation d’une société à N’Guru 1964-66.

35    Lettres de Paternot à Zollinger, 20.4.1964 et à Bignami, 13.11.1964. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria. Formation d’une société à N’Guru 1964-66.

36    Lettre de Bucher à la Division du commerce, 15.12.1964. AFS, E2001(E)1982/58/442.

37    Rapport du voyage de Paternot au Nigeria, 10-14.1.1966. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria. Formation d’une société à N’Guru 1964-66.

38    Lettre de Rivollet à Zollinger, 23.6.1966. Lettre de Zollinger à Rivollet, 23.8.1967. Note à la Direction, 27.11.1968. Lettre de Stucki à D.A.G. Worralin Nofopro, 3.12.1968. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria. Sous-dossier 3265 NOFOPRO 1966-1968.

39    Marc Perrenoud : « Guerres, indépendances, neutralités et opportunités : quelques jalons historiques pour l’analyse des relations économiques de la Suisse et l’Afrique ». In : Sandra Bott, Thomas David, Claude Lützelschwab, Janick Marina Schaufelbuehl (éd.) : Suisse-Afrique (18e-20e siècles) : De la traite des Noirs à la fin du régime de l’apartheid. Lit, Münster 2005, p. 91. Voir : Sandra Bott ; Sébastien Guex ; Bouda Etemad : Les relations économiques entre la Suisse et l’Afrique du Sud durant l’apartheid (1945-1990). Antipodes, Lausanne 2005.

40    Rapport final du voyage en Afrique de A.C. Nussbaumer et R.E. Amstad, 18.3-7.5.1954. <dodis.ch/9345>.

41    Union de banques suisses : Ghana, Nigeria, Sierra Leone. Zurich 1961, 17 p.

42    « Swiss bankers express sympathy for Nigeria ». New Nigerian, 4.6.1967. Lettre de Real au DPF, 10.7.1967. AFS, E2001(E)1978/84/887.

43    Lettre de Bucher à la Division du commerce, 3.11.1961. AFS, E2001(E)1978/84/888.

44    Lettre de Brügger au DPF, 8.5.1959. Lettre de Bucher au DPF, 15.5.1962. AFS, E2001(E)1978/84/888. Richard Fry : Bankers in West Africa. The Story of the Bank of British West Africa Limited. Hutchinson, London 1976, p. 219.

45    Sur Benson, voir chapitre III.2. Sur Ogbu : échange de lettres entre Fritz Real et le DPF, 19.8, 12.10, 19.10.1966. AFS, E2001(E)1980/83/538.

46    Enregistrée à Genève, la Société financière pour les pays d’outre-mer SA détient des actions de plusieurs banques africaines, dont au Congo Léopoldville. La Banque Lambert de Bruxelles et la Berliner Handelsgesellschaft de Hambourg comptent parmi ses principaux actionnaires. Neue Zürcher Zeitung, 23.1.1964. AFS, E2001(E)1987/78/697.

47    Note de l’ambassade de Suisse à Lagos, copie pour le DPF, le Délégué à la coopération technique et la Division du commerce, 3.4.1963. Neue Zürcher Zeitung, 23.1.1964. AFS, E2001(E)1987/78/697.

48    UBA est issue de la Banque de l’Afrique occidentale, propriété française, qui débute ses activités au Nigeria en 1948. Fry, op. cit., pp. 220-222.

49    Lettre de Bucher au DPF, transmise à l’Association suisse des banquiers, 31.3.1965. AFS, E2001(E)1987/78/697.

50    Lloyds est présente en Afrique de l’Est à travers ses actions de la National and Grindlays Bank. Fry, op. cit., pp. 250-251.

51    Voir : Bott, Guex, Etemad, op. cit.

52    Note d’Edwin Stopper, délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux, 20.4.1960. AFS, E2001(E)1978/84/888. Raymond W. Baker : « Marketing in Nigeria ». In : American Marketing Association, vol. 29, n° 3, juillet 1965, p. 40. Baker précise qu’il s’agit de firmes britanniques, françaises, suisses, hollandaises, allemandes, italiennes, scandinaves, américaines, canadiennes, brésiliennes, grecques, libanaises, indiennes, chinoises et japonaises.

53    Giovanni Enrico Bucher : Die Entwicklung in Nigeria und im Kamerun. Discours à l’intention de l’OSEC, Berne, 4.6.1964, pp. 14, 22. Résumé paru dans la Neue Zürcher Zeitung, 8.6.1964. AES, HI 7. Lettre de Jean Zwahlen, chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 12.6.1964. AFS, E2001(E)1978/84/888.

54    Lettre de Bucher à Wahlen, 8.1.1965. AFS, E2300(-)1000/716/202.

55    Communication secrète de l’OSEC, n° 21, 12.1964. Lettre de Jean Zwahlen, chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 21.7.1965. AFS, E2001(E)1978/84/888.

56    Voir : chapitre II.2.

57    Ibid.

58    Voir : Rapport du Conseil fédéral à l’Assemblée fédérale sur l’exécution des deux arrêtés fédéraux urgents du 13 mars 1964 concernant la luttre contre le renchérissement (du 18 juin 1965). FF, 1965, vol. 2, pp. 475-505.

59    Rapport approximatif des exportations au Produit intérieur brut de la Suisse : 1960 : 21.5 % ; 1964 ; 20 % ; 1965 : 21 % ; 1969 : 25 %. Cf. : Dirlewanger, Guex, Pordenone, op. cit., pp. 35, 37.

60    Voir : Lettre de Jakob Burckhardt, DPF, à Heinz Suter, vice-consul à Lagos, 8.3.1961. Lettre d’Emanuel Diez, DPF, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 3.2.1966. Lettre de Fritz Real au DPF, 21.7.1966. Communiqué du DPF, 25.10.1966. AFS, E2001(E)1978/84/887.

61     Lettres de Bucher et Suter à la Division du commerce, 16.1, 21.2.1963. AFS, E7110(-)1974/31/143. Lettre du chargé d’affaires de Suisse à Lagos à la Division du commerce, 2.6.1966. AFS, E2001(E)1978/84/888.

62    Article d’Eduard Amstutz dans la Neue Zürcher Zeitung, 1944. Discours de Rudolf Heberlein, 1950. Cités par : Sepp Moser : Die Swissair-Story. Econ Verlag, Düsseldorf 1991, pp. 27, 34.

63    Voir : Ibid., pp. 21-36. Urs von Schröder : Swissair 1931-2002 : Aufstieg, Glanz und Ende einer Airline. Huber, Frauenfeld 2002, p. 27.

64    En 1962, il s’agit d’Eduard Amstutz, Samuel Brawand, Charles-Frédéric Ducommun, Emile Dupont, Brenno Galli, Hugo Gschwind, Henri Huber, Emil Landolt, Paul Meierhans, Markus Redli, Alfred Schaller. Voir : Swissair, Rapport annuel, 1962. Bibliothèque nationale suisse.

65    Swissair, Rapport annuel, 1963. BNS.

66    Note de Bernard Turrettini, DPF, 16.11.1960. <dodis.ch/15517>.

67    Voir chapitre III.2.

68    Lettre de Bucher au DPF, 15.12.1962. AFS, E7110(-)1973/41/120.

69    Daily Times, 11.5.1962. Gazette de Lausanne, 15.6.1962.

70    Voir chapitre III.2.

71    West African Pilot, 10.5.1962.

72    Nigerian Morning Post, 8.5.1962.

73    La plupart son des permanent secretaries des ministères des Transports, du Développement, des Affaires étrangères, de l’Information, des Postes et communication. S’y ajoute un représentant de Nigeria Airways. Daily Times, 17.5.1962.

74    Nigerian Morning Post, 20.6.1962.

75    Neue Zürcher Zeitung, 25.5.1962.

76    Nigerian Morning Post, 20.6.1962.

77    Swissair Gazette, juin 1962.

78    Gazette de Lausanne, 21.6, 23.6, 3.7.1962. Nigerian Morning Post, 20.6.1962.

79    Voir chapitre III.1.

80    Swissair, Rapport annuel, 1962.

81    Lettres de Bucher au DPF, 1.8.1962, 15.12.1962. AFS, E7110(-)1973/41/120.

82    Swissair, Rapport annuel, 1963-1965. Lettre de l’Office fédéral de l’air à la direction de l’Aéroport de Genève, 28.12.1965. AFS, E8150(A)1974/16/141.

83    Lettres de Fritz Real au DPF, 11.8.1966, 12.8.1966. AFS, E2200.168(-)1986/12/8.

84    Lettres de l’agent Swissair à Lagos A. Weber à H. Haas, Zurich, 12.5.1967, 3.11.1967. Lettre de Fritz Real au DPF, 8.3.1968. AFS, E8150(B)1981/120/41.

85    Swissair, Rapport annuel, 1968.

86    Swissair, Rapport annuel, 1975, 1977.

87    Von Schroeder, op. cit., p. 90.

88    Communiqué d’Abdul-Aziz Garuba, Ministère fédéral de l’information, « Nigerian Airways Progresses », 28.6.1966. AFS, E8150(A)1974/16/141.

89    Osi S. Akpoghomeh : « The development of air transportation in Nigeria ». In : Journal of Transport Geography, n° 7, 1999, p. 136.

90    Selon des pool agreements on fifty-fifty basis. Communiqué d’Abdul-Aziz Garuba, Ministère fédéral de l’information, « Nigerian Airways Progresses », 28.6.1966. AFS, E8150(A)1974/16/141.

91    Toyin Falola, Ann Genova : Historical Dictionary of Nigeria. Scarecrow Press, Lanham 2009, p. 25.

92    Donnés disponibles de 1970 à 1975. Cf. : M.O. Filani : « Air Transport Development and Traffic Trends ». In : Toyin Falola ; S.A. Olanrewaju (éd.) : Transport Systems in Nigeria. Syracuse University, New York 1986, pp. 100-101.

93    1972 Summer schedules for United Kingdom & Continental Europe – Effective 1st June to 31st October 1972. AFS, E8150(B)1988/68/150.

94    Publicité parue dans le West African Pilot, 24.6.1970.

95    Annonce parue dans le New Nigerian, 4.8, 11.8, 28.8.1971.

96    Lettres d’Akin Fasuyi, manager de Nigeria Airways pour la Suisse, à l’Office du travail du canton de Zurich, 21.6.1971, et à M. Jaisli, Office fédéral de l’air, 17.4.1974. AFS, E8150(B)1988/68/150.

97    Problèmes relevés dans des rapports d’enquête du gouvernement nigérian sur les activités du Ministère de l’aviation civile, 1970, 1975, 1980. Akpoghomeh, art. cit., p. 137.

98    Echange de lettres entre la Coopération technique et l’Office fédéral de l’air, 8.10.1968, 31.10.1968. Lettre d’O. Ogunbiyi au directeur de l’Office fédéral de l’air, 11.6.1970. AFS, E8150(B)1981/120/41.

99    African Timber and Plywood Company.

100  Voir : E. S. Simpson : « Electricity Production in Nigeria ». In : Economic Geography, vol. 45, n° 3, juillet 1969, pp. 239-249.

101  Alfred R. Sulzer : 150 Jahre Sulzer, 1834-1984. Sulzer, Winterthur 1984, p. 13.

102  Catrina Werner : BBC : Glanz, Krise, Fusion 1891-1991. Von Brown Bovery zu ABB. Orell Füssli, Zurich 1991, p. 87.

103  Lettre de Lang et Stuber, BBC, à la Division du commerce, 21.4.1960. AFS, E7110(-)1970/304/119.

104  Absente de l’organigramme fédéral suisse, la Délégation économique permanente est vraisemblablement une entité semi-officielle, qui tend à rassembler des hauts fonctionnaires des Départements politique, des Finances, de l’Economie publique, ainsi qu’un délégué du Vorort.

105  Note d’Edwin Stopper à Hans Schaffner, président de la Commission consultative de politique commerciale, Robert Kohli, secrétaire général du DPF, Victor Hermann Umbricht, directeur du Département des finances, Olivier Long, délégué aux accords commerciaux, Albert Weitnauer, délégué aux accords commerciaux, Heinrich Homberger, délégué du Vorort, 30.4.1960. AFS, E7110(-)1970/304/119.

106  Voir : Proposition du Département des finances au Conseil fédéral, 28.2.1958. <dodis.ch/11636>. Sur les termes de l’accord, voir : procès-verbal du Conseil fédéral, 16.9.1960. <dodis.ch/14498>.

107  Lettre de Lang et Stuber à la Division du commerce, 30.12.1960. AFS, E7110(-)1970/304/119.

108  Lettre de Hans Marti, vice-directeur de la Division du commerce, à l’ambassade de Suisse à Lagos, 4.7.1963. AFS, E2001(E)1978/84/888.

109  Voir : Lettre de J.A. Adeyeye, secrétaire permanent du Ministère nigérian des finances à Fritz Hofer, vice-consul de Suisse à Lagos, 21.12.1960. Note de Hans Schaffner, directeur de la Délégation économique permanente, 28.1.1961. AFS, 7110/1972/32/5. Télégramme du DPF à l’ambassade de Suisse à Washington, 28.2.1962. AFS, E2001(E)1978/84/888.

110  West African Pilot, 5.6.1963.

111  Lettre de Hans Marti à l’ambassade de Suisse à Lagos, 4.7.1963. AFS, E2001(E)1978/84/888.

112  Les Ateliers des Charmilles sont une entreprise suisse créée en 1921 et spécialisée dans les turbines hydrauliques. Fondés à Genève en 1918, les Ateliers de Sécheron sont spécialisés dans l’électrotechnique, occupent 1’600 personnes en 1966 et fusionnent avec BBC en 1969. Voir : Jean de Senarclens : « Charmilles Technologies » et Bénédict Frommel : « Sécheron ». In : Dictionnaire historique suisse, vols. III et XI, Hauterive 2003 et 2012. <dhs.ch>. A l’instar de Sulzer, les Ateliers des Charmilles sont représentés au Nigeria par Jean-René Pierroz. Lettre de Bucher à Pierroz, 4.4.1964. AFS, E2001(E)1978/84/888. Lettre de Fritz Real, ambassadeur de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 19.10.1966. AFS, E7110(-)1977/9/147.

113  Daily Express, 31.8.1965.

114  Voir chapitre III, point 2.

115  L’agent Mays est technical manager de UTC Lagos.

116  Mandilas est l’importatrice exclusive d’automobiles Volkswagen au Nigeria, dès 1953. Voir : <mandilasng.com>, consulté le 19.8.2011.

117  Lettre de Bucher à la Division du commerce, 19.2.1962. AFS, E2001(E)1978/84/888.

118  Lettres de Bucher à la Division du commerce, 1.6.1962, 12.10.1962. AFS, E7110(-)1973/41/120.

119  Proposition du Département de l’économie publique au Conseil fédéral, 27.5.1963. Décision, 7.6.1963. AFS, E2001(E)1978/84/888.

120  Lettre de Bucher à la Division du commerce, 5.4.1963. Lettre de Heinz Suter, chargé d’affaires de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 27.6.1963. AFS, E7110(-)1974/31/143.

121  Lettre de Marti à l’ambassade de Suisse à Lagos, 4.7.1963. AFS, E2001(E)1978/84/888.

122  Lettre de Bucher à la Division du commerce, 24.9.1963. AFS, E2001(E)1978/84/888. Lettre de Fritz Real à la Division du commerce, 11.10.1968. AFS, E7110(-)1979/14/113.

123  Lettre de Bucher à la Division du commerce, 13.10.1964. AFS, E2001(E)1978/84/888.

124  Lettre de la Division du commerce à l’ambassade de Suisse à Lagos, 19.11.1964. AFS, E7110(-) 1975/31/153.

125  « [Die Amerikaner] sind offenbar bereit, freigebig mit Schmiergeldern zu arbeiten, um ihren Zweck zu erreichen. Aus sicherer Quelle weiss ich aber, dass auch BBC über ihren hiesigen Agenten diesen Weg eingeschlagen hat ». Lettre de Bucher à la Division du commerce, 12.7.1962. AFS, E7110(-)1973/41/20.

126  Idem.

127  Issu de la minorité Urhobo du Midwest, la vision politique d’Okotie-Eboh tend à diverger de celle de la majorité de son parti, essentiellement igbo. Le recensement de mai 1962, rapportant un chiffre étonamment élevé pour la région Est, sera finalement invalidé par le Gouvernement fédéral. Alors qu’une partie du NCNC refuse toute remise en cause des résultats, Okotie-Eboh ne s’oppose pas à un nouveau recensement. Il peut y avoir là-derrière une intention d’éviter le conflit avec l’élite fédérale, attitude motivée par un déficit de soutien dans la région Est. Voir : Larry Diamond : Class, Ethnicity and Democracy in Nigeria. The Failure of the First Republic. Macmillan, London 1998, p. 129.

128  Dmitri Van den Bersselaar, Stephanie Decker : « No longer at Ease : Corruption as an Institution in West Africa ». In : International Journal of Public Administration, n° 34, 2011, p. 749.

129  Lettre de Bucher à la Division du commerce, 24.9.1963 et 25.10.1963. AFS, E2001(E)1978/84/888.

130  Robert L. Tignor : « Political Corruption in Nigeria before Independence ». In : The Journal of Modern African Studies, vol. 31, n° 2, June 1993, p. 179.

131  Id., p. 180.

132  Voir : Forrest, op. cit., p. 28.

133  Van den Bersselaar, Decker, art. cit., pp. 746, 748.

134  Heinz W. Frech : Baumwolle, Stahl und Stolpersteine. 40 Jahre mit Volkart, Alusuisse und Von Roll. Huber, Frauenfeld 2001, p. 104.