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Le Nigeria et la Suisse, des affaires d’indépendance

Commerce, diplomatie et coopération 1930–1980

Steve Page

Analyser les rapports économiques et diplomatiques entre le Nigeria et la Suisse revient à se pencher sur des mécanismes peu connus de la globalisation: ceux d’une relation Nord-Sud entre deux puissances moyennes et non coloniales. Pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigeria semblait en passe de devenir, à l’aube de son indépendance, une puissance économique continentale. La Suisse, comme d’autres pays, espérait profiter de ce vaste marché promis à une expansion rapide. Entreprises multinationales, diplomates et coopérants au développement sont au centre de cet ouvrage, qui s’interroge sur les motivations, les moyens mis en œuvre et les impacts des activités de chacun. S’y ajoutent des citoyens suisses de tous âges et de tous milieux qui, bouleversés par les images télévisées d’enfants squelettiques durant la « Guerre du Biafra » en 1968, entreprirent des collectes de fonds et firent pression sur leur gouvernement pour qu’il intervienne. Ce livre donne une profondeur éclairante aux relations Suisse–Nigeria, récemment médiatisées sur leurs aspects migratoires, ou sur les pratiques opaques de négociants en pétrole établis en Suisse.
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Chapitre X: Resserrement des liens économiques sous le boom pétrolier

Chapitre X

Resserrement des liens économiques sous le boom pétrolier

Aussi bien par l’augmentation de sa production que par l’ascension de son prix, le pétrole transforme profondément le Nigeria, qui s’achemine ainsi vers une économie de rente. Des géologues suisses ont contribué aux explorations décisives dans les années 1950, puis aux découvertes ultérieures de gisements. A partir de 1974, le Nigeria devient tour à tour second ou troisième fournisseur de la Suisse en pétrole brut. Celle-ci, en sens inverse, améliore ses ventes dans les secteurs traditionnels des machines et de la chimie, alors que la broderie tend à passer par la contrebande. Quant à l’embargo sur les armes, une dixaine d’années après la Guerre civile, l’Administration suisse le considère comme désuet. Le Nigeria est-il devenu aussi stable qu’elle le prétend ? Un flux significatif de capitaux suisses s’y déverse dès 1978 ; ils ne proviennent pas des grandes banques et sont surtout affectés au développement en infrastructures de l’Etat Imo. Pour une estimation des fonds nigérians placés en Suisse, la documentation se révèle quasi inexistante1. En général, il faut se demander pourquoi les échanges commerciaux s’amplifient à ce point, alors que plusieurs paramètres continuent à entraver les affaires des exportateurs suisses.

L’ambassade à Lagos en a conscience et se dote d’un attaché commercial.

La balance commerciale nigériane affiche le plus souvent un excédent, mais celle des paiements accuse un déficit croissant qui provoque des mesures gouvernementales. Par exemple, une diversification des réserves se traduit par une acquisition de Deutsche Marks, de Yens et de Francs suisses.2 ← 321 | 322 Autre mesure, le recours à la Société générale de surveillance incommode la Division du commerce3 ; mais ce qui préoccupe le plus les marchands suisses sont les restrictions aux importations.

Nous avons évoqué les résultats mitigés rencontrés par l’ambassadeur Clark dans sa recherche d’investisseurs suisses.4 Ceux-ci se voient soumis aux décrets d’indigénisation, qui les amènent à céder jusqu’à 60 % de leur capital à des associés nigérians. Mais à part Steiner & Co, les entreprises installées avant la Guerre civile – UTC, Alumaco, Panalpina, Nestlé – appliquent ces normes tout en accroissant leur profit et d’autres firmes suisses s’implantent dans le pays, surtout par le biais de joint ventures. Pour affronter son indigénisation, la filiale de Nestlé puise parmi les stratagèmes propres aux multinationales qu’analyse Biersteker5. Même si cette attitude lui permet de protéger l’influence de sa centrale à Vevey, la politique nigériane l’incite efficacement à ouvrir des unités de production sur place, comme pour la fabrication du cube de bouillon Maggi, un produit bouleversant durablement les habitudes alimentaires nigérianes.

1.   Amplification des échanges commerciaux

Constamment excédentaire pour le Nigeria depuis les années 1950, la balance commerciale avec la Suisse tend vers l’équilibre sous la Guerre civile, puis s’inverse en 1971. Il ne s’agit pas d’un retournement significatif : le Nigeria reprend l’avantage en 1973, puis la Suisse en 1975. C’est en 1974 que la valeur des importations du Nigeria en Suisse, considérée en Sfr constants de 1970, franchit pour la première fois les 100 mio ; pour le flux inverse, ce sera l’année suivante. La hausse du prix du pétrole explique ces ← 322 | 323 augmentations de valeur6, et facilite aussi l’écoulement de marchandises suisses dans ce pays producteur qui, en 1978, remplace l’Afrique du Sud en tant que premier client africain de la Suisse.

Valeur des flux commerciaux entre la Suisse et le Nigeria, en millions Sfr constants de 1970. Stat. DGD, 1955-1980. Déflation selon l’indice des prix à la consommation, Statistiques historiques de la Suisse, table H23, <www.fsw.uzh.ch/hstat>.

Poids du pétrole nigérian

Shell-BP obtient une licence d’exploration pétrolière pour le Nigeria en 1938 et découvre le premier gisement important à Oloibiri, dans le Delta du Niger, en 1956.7 Les recherches sont menées par la filiale de Port Harcourt, ← 323 | 324 qui compte plusieurs collaborateurs venus de Suisse, un des rares pays à former des géologues spécialisés dans l’exploitation pétrolière au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.8 Selon l’ambassadeur Bucher, « ce sont exclusivement des ingénieurs suisses qui ont découvert le pétrole au Nigeria ». Au moins 45 de ses compatriotes résident à Port Harcourt en 1961, dont « beaucoup d’ingénieurs et de géologues ».9 Parmi eux, Erdhart Fränkl, Exploration Manager puis Deputy Director pour la compagnie Shell, est arrivé à Port Harcourt en 1959 et précisera que les premières découvertes sont à mettre sur le compte de la compagnie dans son ensemble plutôt que sur celui de certains de ses employés, qui n’étaient pas tous de la même nationalité.10 Un autre Suisse, Luc Saugy, occupe la fonction de chef-géophysicien de la compagnie française Elf au Nigeria, de 1970 à 1977.11

Tonnes de pétrole brut importées en Suisse, selon les principaux pays producteurs. EA : Emirats Arabes ; AS : Arabie Saoudite. Stat DGD, 1970-1980. ← 324 | 325

Les découvertes s’enchainent et la production, en barils par jour, décline à 141’000 sous la Guerre civile, rebondit à 1.083 mio en 1970, franchit les 2 mio trois ans plus tard et ne descend plus au-dessous de 1.783 mio jusqu’en 1980.12 Ces chiffres représentent 2.4 % de la production mondiale en 1970, 3.67 % en 1973 et 3.44 % et 1980 ; sur ces mêmes années, la part du Nigeria aux exportations mondiales de pétrole se monte à 4.47 %, 6.24 % et 6.57 %.13 Si d’autres compagnies pétrolières s’implantent au Nigeria, Shell-BP assure continuellement plus de la moitié de la production.14 En 1972, chacune doit céder 60 % des actions de sa filiale au gouvernement. La part des revenus pétroliers à ceux des exportations nigérianes est de 57 % en 1970, 94 % en 1975 et 96 % en 1980 ; en pourcentages du revenu national, pour les mêmes années : 43, 77 et 69.15 L’apport de l’agriculture devient dérisoire, bien que ce secteur ne connaisse ni déclin, ni stagnation, mais une « croissance ralentie », qui ne parvient pas à satisfaire la demande nationale et favorise les importations.16

A partir de 1971, c’est aux Etats-Unis que se destine la plus grande part des exportations de pétrole nigérian, soit jusqu’à 44 % en 1975. Le débouché du Royaume-Uni s’amoindrit de 23 % en 1970 à 5.26 % en 1979 ; les Pays-Bas absorbent environ 15 %, la France et la RFA chacune de 5 à 10 %. Quant à la Suisse, sa part est de 0.47 % en 1974 et plafonne à 1.06 % en 1980.17

Soutenue par la croissance économique d’après Deuxième Guerre mondiale, la consommation d’énergie, en Suisse, atteint un pic en 1974. Suite à la hausse du prix du pétrole décidée par l’OPEP, dont le Nigeria est membre depuis 1971, le recours à cette énergie – quantitativement – ne faiblit guère, mais les parts de l’électricité et du gaz augmentent sensiblement.18 ← 325 | 326

Structure des exportations du Nigeria en Suisse 1971-1980

Sfr courants

Stat. DGD

Sfr constants de 1970, en millions

Déflation selon l’indice des prix à la consommation, Statistiques historiques de la Suisse, table H23, <www.fsw.uzh.ch/hstat>. ← 326 | 327

Structure des exportations de la Suisse au Nigeria 1971-1980

Sfr courants

Stat. DGD

Sfr constants de 1970, en millions

Déflation selon l’indice des prix à la consommation, Statistiques historiques de la Suisse, table H23, <www.fsw.uzh.ch/hstat>. ← 327 | 328

La Suisse importe, en 1974, 1.489 mio de tonnes de pétrole retravaillé, essentiellement sous forme de benzine à partir des pays limitrophes, et 6.008 mio de tonnes de brut. Aux côtés des Emirats Arabes d’où proviennent 2.062 mio de tonnes et de la Libye qui en vend 935’000 tonnes, le Nigeria s’affirme alors comme un des trois principaux fournisseurs de brut avec 850’000 tonnes. En d’autres termes, il assure à ce moment 14.15 % des importations de brut en Suisse. Son prix ne se révèle pas plus avantageux qu’un autre, mais sa qualité est constamment évoquée.19

La Suisse, dans les années 1970, s’affirme vraisemblablement déjà comme lieu de négoce pour le pétrole. En 1974, l’ambassade de Suisse à Lagos apprend que le directeur de UTC Nigeria René Goettin sert d’intermédiaire à la société zougoise Euravia pour le négoce de pétrole. En outre, la maison genevoise Socodex SA entretient des contacts avec le citoyen nigérian Samuel Renner, actif dans l’import-export et intéressé à créer une joint-venture.20 Vitol s’établit à Genève en 1972 et se spécialisera dans le négoce de brut nigérian.21

Marchandises et capitaux suisses

Parmi les exportations suisses globales, le secteur des machines, ceux de la chimie et des montres restent en tête tout au long de la décennie 1970.22 Cette règle ne diffère guère pour les marchandises destinées au Nigeria. Celles-ci, en 1975, se composent à 39.8 % de machines, appareils motorisés et élévateurs sont les plus demandés ; 25.9 % de produits chimiques, soit pour 26.4 mio Sfr de matières colorantes et 13.7 mio Sfr de médica ← 328 | 329 ments ; 12.7 % de montres ; 10.9 % de produits métalliques, demande probablement suscitée par Alumaco ; 2.4 % de produits alimentaires, résultat surtout dû au succès du cube de bouillon Maggi.23

Selon les types de produits, la Suisse se profile parmi les trois premiers fournisseurs du Nigeria. Par exemple, en 1972, aucun pays n’écoule plus d’aluminium qu’elle sur le marché nigérian. Ses ventes de matières colorantes pour 2.1 mio $ ne sont surpassées que par la RFA, avec 5.4 mio $. Dans les domaines des machines et de la chimie, à deux exceptions près, la Suisse obtient des résultats sensiblement meilleurs que l’Autriche, la Norvège, la Suède ou le Danemark.24

En revanche, ses exportations de broderie ne satisfont pas les industriels concernés et l’ambassadeur Andres est navré « de voir ici à quel point cette activité typiquement helvétique échappe au contrôle de notre industrie ».25 Ces propos datent pourtant de 1975, alors que le Nigeria n’a jamais autant importé de broderie suisse, soit pour plus de 15 mio Sfr. Mais ces chiffres ne correspondent probablement pas aux espoirs suscités par l’ampleur de la demande – la broderie est un produit de luxe constamment apprécié en Afrique de l’Ouest pour la confection de vêtements, et l’Autriche semble accaparer le marché nigérian. Andres parle d’un secteur « typiquement helvétique », car la branche textile fut le fleuron de l’industrialisation et des exportations suisses jusqu’à la Grande dépression des années 1930. Un nouvel essor de la broderie a lieu après 1945, mais elle ne retrouve pas l’importance qui était la sienne au début du siècle en Suisse orientale.26

Apparemment gênée par le succès de ses concurrents autrichiens, l’Union suisse des exportateurs de broderie finit toutefois par renoncer ← 329 | 330 à envoyer une délégation au Nigeria, contrairement à la suggestion d’Andres. Celui-ci conseille de soigner les contacts avec les intermédiaires locaux, en considérant qu’ici réside le secret des méthodes autrichiennes. Selon son idée, l’ambassade peut faciliter une mise en réseau, mais n’entend pas s’impliquer davantage dans ces transactions, alors dominées par la contrebande. Andres décrit le fonctionnement d’une « filière assez bien structurée […] entre quelques entreprises autrichiennes et le Nigéria ». D’abord, le fabricant présente ses échantillons sur place et encaisse de main à main un premier tiers de la facture. Le second tiers est réglé à la réception de la première moitié de la commande qui entre au Nigeria sous de fausses étiquettes ou par la valise de l’importateur, moyennant un dédouanement « selon les méthodes ‹ amicales › qu’il est possible d’utiliser ici ». Enfin, la livraison et le paiement du solde s’opèrent en toute légalité et souvent sous garantie contre les risques à l’exportation.27

La réticence des brodeurs suisses à plus s’engager face à l’Autriche tient au fait qu’ils profitent indirectement de cette filière. En effet, une partie des commandes autrichiennes placées en Suisse se destine au Nigeria et occuperait près d’un septième des machines à broder du pays. Cette proportion est avancée par l’Union suisse, lorsque Lagos, en 1976, interdit les importations de broderie et se met à combattre la contrebande afin de réduire les dépenses somptuaires. L’Autriche réagit avec une délégation commerciale, mais les producteurs suisses refusent de s’avancer et demandent l’action de leur ambassade, en lui proposant d’argumenter que si la contrebande diminue les recettes douanières nigérianes, une interdiction le fait davantage. La situation demeure au point mort.28

Contrairement aux ventes de broderie, le commerce de capitaux entre les deux pays connaît un boom à la fin de la décennie. Ce secteur n’est pas plus connu pour sa transparence ; par exemple, un document du DPF énumérant les exportations de capitaux à destination des pays en développement entre 1945 et 1967 place la Banque mondiale en tête des partenaires ← 330 | 331 de la Suisse avec 839 mio Sfr, suivie par le Congo belge avec 240 mio, Argentine : 198 mio, Espagne : 180 mio, Inde : 167 mio, Turquie : 164 mio, etc., mais ne fait aucune mention des montants octroyés à l’Afrique du Sud qui atteignent, jusqu’en 1961, au moins 451.5 mio de Sfr courants.29 A propos du Nigeria, nous nous basons sur un dossier des Archives fédérales suisses qui rassemble les transactions enregistrées par le Département des finances et des douanes.30

L’Union de banques suisses, en 1972, prête 15.278 mio Sfr pour une fabrique de polyester construite à Lagos par Nichemtex Industries Ltd, filiale nigériane de la compagnie CHA Textiles31, établie à Hong Kong. Puis, il n’y a aucune trace d’un autre crédit jusqu’à juin 1979, quand la compagnie Benue Cement de Lagos emprunte 30 mio Sfr à la Société de banques suisses. En septembre de la même année, les transferts décollent : les archives révèlent treize transactions entre cette date et novembre 1981, pour un total de 734.7 mio Sfr, plus 25 mio $ et 15 mio DM.

Mis à part 67.3 mio Sfr octroyés à l’Etat Ogun, 54.4 mio Sfr pour Delta Hotels à Port Harcourt, 18 mio Sfr pour Gaskiya Textile Mills Ltd à Kano – projet auquel participent le consultant valaisan Grichting & Valterio SA ainsi que Sulzer32, 15 mio DM à l’Etat Anambra et 29.9 mio au Gouvernement fédéral, le reste des capitaux, soit 565.1 mio Sfr et 25 mio $, est affecté à l’Etat Imo. Celui-ci naît du morcellement national de 1976 et prend pour capitale la ville d’Owerri. Le prêteur principal ne figure pas parmi les trois grandes banques, il s’agit de Ultrafin AG-Finanzgesellschaft, enregistrée à Zurich avec un conseil d’administration à prépondérance tessino-italienne.33 Si Banca del Gottardo octroie 25 mio $ à Imo State Water Corporation, Ultrafin avance 396.9 mio Sfr à ce même Etat, qui a un autre lien avec la Suisse : l’extension urbaine d’Owerri s’opère sur la base ← 331 | 332 des mesures de la firme zurichoise Geodetic Surveys Ltd et des plans de l’architecte Carl Fingerhuth. Il ne s’agit pas pour autant d’un consortium suisse. Fingerhuth pense à offrir ses services grâce au contact de son frère, actif dans l’exportation avec un partenaire nigérian, lui-même introduit dans le cercle gouvernemental de l’Etat Imo.34

Le montant des sommes prêtées à l’Etat Imo interpelle. Aucun élément n’indique pourquoi elles ont été empruntées en Suisse, et rien ne laisse non plus connaître les raisons du choix d’Ultrafin, organisme financier très peu connu, tout comme les membres de son conseil d’administration, dont les noms ne semblent cités que par l’Annuaire suisse du registre du commerce. A ce jour, il est tout aussi difficile de connaître l’affectation exacte de ces sommes. Cela dit, les projets lancés en 1976 pour le développement urbain d’Owerri peuvent être considérés comme très ambitieux et nécessiter un financement important. Ndubuisi Kanu, premier gouverneur de l’Etat Imo, semble avoir joué un rôle majeur dans la genèse de ces projets.35

Affaires entravées et réactions diplomatiques

Fingerhuth communique une version provisoire de ses plans d’urbanisme pour Owerri en juillet 1976, mais en décembre de l’année suivante, le projet est suspendu. Le Daily Times met en cause le partenaire Geodetic Surveys, qui n’aurait pas tenu ses délais, et Fingerhuth qui aurait ainsi réalisé son travail sans se baser sur des données indispensables.36 De son côté, l’ambassadeur Rieser relève des problèmes locaux d’ordre politique et psychologique. Fingerhuth obtient tout de même un paiement de 50’000 Nairas au lieu des 400’000 initialement convenus, et accepte de mettre à disposition quatre ingénieurs sur une durée de quatre ans.37 C’est en fait ← 332 | 333 le changement de gouverneur qui cause la suspension du projet pour une année ; ensuite, les travaux se déroulent comme prévu.38

« Des problèmes comme celui-ci sont courants au Nigeria », précise Rieser qui évoque des retards de plusieurs mois et de longues négociations, ce à quoi de petites et moyennes entreprises peinent à faire face. Il défend donc un meilleur soutien de la part de la Confédération, notamment à travers la Garantie contre les risques à l’exportation, dont bénéficiera d’ailleurs Fingerhuth pour achever son contrat.39

En 1975, Saurer obtient une garantie de 60 % pour la livraison de 390 camions, dont 200 se destineraient à des transports entre le port de Tema et Lagos. La commande émane du gouvernement ghanéen, mais d’un commun accord, le Nigeria devrait couvrir « une partie considérable » des frais. Si la Suisse n’octroie aucune garantie au Ghana depuis le coup d’Etat de 1972, le partenariat avec le Nigeria et la crainte d’un chômage partiel pour près de 2’000 employés amènent les autorités à faire exception.40

Le scandale du ciment est également un dossier qui préoccupe la Division du commerce et l’ambassade de Suisse. Sous le gouvernement Gowon, le Ministère de la défense place en 1975 des commandes astronomiques de ciment, soi-disant pour construire de nouvelles casernes. A cause des infrastructures insuffisantes du port de Lagos, on prévoit des indemnités de surestaries41 ; mais dans le climat de corruption grandissante, certains contrats sont artificiellement gonflés et des bateaux arrivent avec des cargaisons incomplètes, en vue de générer des indemnités.42 D’où le blocage du port durant plusieurs mois. La firme Utex SA de Genève ne parvient pas à encaisser les 10.8 mio Sfr43 de son contrat et un dixième ← 333 | 334 de sa cargaison aurait été saisie sans contrepartie. Lasse des comités de renégociations mis sur pied par le gouvernement Mohammed – qui veut réviser tout contrat signé avant le coup d’Etat, Utex décide de recourir à l’arbitrage de la Chambre de commerce internationale de Paris.44 L’issue n’est pas connue.

Il y a aussi la firme Panta AG, enregistrée à Zurich et ayant obtenu une commande de 240’000 tonnes de ciment pour 35.5 mio Sfr. En novembre 1975, c’est elle-même qui propose une modification du contrat et demande le soutien de l’ambassade dans cette démarche, mais deux mois plus tard, la frustration l’emporte et Panta considère une action en justice contre le gouvernement nigérian.45 La diplomatie suisse aimerait l’en dissuader, car elle imagine une campagne de presse et les incidences désatreuses que cela exercerait sur la relation bilatérale. Mais au plus tard en novembre 1976, les renégociations parviennent à détendre la situation générale, lorsque seules deux des 82 entreprises impliquées persistent dans une action judiciaire. Et finalement, la Division du commerce apprend qu’au moment du coup d’Etat, Panta n’avait encore rien livré, mais tout juste commandé la marchandise en Turquie.46

En ce qui concerne les exportations de matériel de guerre suisse, les entraves reposent sur l’embargo adopté en 1967, lors de la Guerre civile. Trois requêtes d’exportation laissent apprécier l’évolution de l’attitude officielle : celle de la firme Crypto pour des machines de chiffrage en 1971, celle de la maison Contraves pour des pièces de DCA d’une valeur de 20 mio Sfr en 1973, et enfin celles de Mowag pour des véhicules blindés et Bührle pour des canons anti-aériens en 1977.

Si l’ambassadeur Andres, en 1971, évoque une situation « largement normalisée », il n’oublie pas les difficultés sociales posées par la démobilisation et souligne que « le jeune monde des Etats africains ne connaît encore qu’un équilibre fragile ». Quoi qu’il en soit, les nouvelles directives ← 334 | 335 suisses de 1972 ne considèrent pas les instruments de chiffrage comme du matériel de guerre, si bien que leur livraison s’effectue légalement.47

En 1973, le DPF considère que « le pays demeure gouverné par un régime militaire […], les universités connaissent leur lot de troubles, et surtout, les rivalités ethniques ou tribales restent latentes ». Un second motif de retenue reflète des préoccupations d’ordre plus commercial :

[…] tant « l’affaire Bührle » au Nigéria – cause par excellence des restrictions actuelles – que le conflit du Biafra sont encore bien présents dans les esprits et par conséquent une levée de notre embargo « de facto » ne manquerait pas d’être largement exploitée par les milieux qui tendent à interdire toute exportation de notre matériel de guerre.

Pour ces deux raisons, le DPF s’oppose à la livraison de Contraves en précisant qu’une « partie importante de l’opinion publiqe suisse ne comprendrait pas que nous autorisions des exportations d’armes à ce pays après ce qui s’est produit il y a peu d’années ».48

C’est en 1977 que l’attitude de la Confédération s’infléchit. Dans leurs télégrammes à l’ambassade à Lagos, le DPF et la Division du commerce prétendent que « Existence décret concernant interdiction exportation armes vers Nigéria nous a échappé ». D’ailleurs, ils ne s’en soucient guère, sachant que ce type de véhicules blindés est couramment exporté vers d’autres pays africains. La Division du commerce demande donc à l’ambassade de transmettre un pli de la firme Mowag à son destinataire par voie postale ou « courrier anonyme sans mention de l’ambassade ». Néanmoins, à Lagos, le chargé d’affaires Jean-Daniel Biéler se prononce sans équivoque pour un maintien de l’embargo et souligne, entre autres, la collaboration militaire entre son pays de résidence et l’Angola. Il lui paraît ainsi « hasardeux de penser » qu’une livraison d’armes ne puisse pas être réexportée.49 ← 335 | 336

Dans un premier temps, le DPF semble adopter les réticences de Biéler, mais en décembre 1980, l’ambassadeur à Lagos Walter Rieser précise que la Guerre civile est terminée depuis dix ans et ajoute que depuis lors, « une relative stabilité politique règne dans ce pays ». Il estime aussi que l’embargo de matériel de guerre appliqué à l’Afrique du Sud n’exercerait pas le rôle politique escompté auprès du Nigeria tant que ce dernier y est aussi soumis.50 Cette évidence mise à part, la « relative stabilité » ici avancée renvoie probablement à la reprise de la croissance économique en 1979, après la chute des revenus pétroliers l’année précédente. Mais plutôt que de freiner la corruption, le gouvernement de la Seconde République ne renonce pas à développer le clientélisme afin d’asseoir son pouvoir. En 1980, les 220’000 grévistes sur une durée moyenne de onze jours donnent un indicateur, parmi d’autres, du mécontentement populaire.51 Se basant sur les propos de Rieser, l’assentiment du DPF et l’avis du Département militaire qui ne mérite plus d’être expliqué, le Conseil fédéral autorise, en mars 1981, l’exportation au Nigeria de 100 pistolets et 450 fusils d’assaut fabriqués par Sig, 80 véhicules blindés du modèle Piranha de la maison Mowag, et 48 canons antiaériens Bührle accompagnés de 24 systèmes de guidage Skyguard.52 La Seconde République est renversée en décembre 1983 et les militaires conserveront le pouvoir jusqu’en 1999.

La diplomatie suisse ne se contente pas de prendre position au coup par coup sur les affaires commerciales que nous venons de discuter. Elle n’ignore certes pas les contrats signés au Nigeria par des entreprises suisses – tels celui de Touristconsult pour la création d’une école hôtelière dans l’Etat Sud-Est en 1974, d’Electrowatt pour un projet d’irrigation, ou de Mobag pour l’extension de l’hôpital universitaire de Benin, tous deux en 1976.53 Cependant, le chargé d’affaires Biéler précise que « la pénétra ← 336 | 337 tion du marché nigérian implique une bonne connaissance des conditions et usages locaux », ce qu’il recommande d’acquérir par un séjour sur place. L’ambassadeur Rappard, à son tour, assure que « la conclusion d’un contrat au Nigéria ne peut résulter que de la présence physique des intéressés étrangers ».54 Pour assister les entreprises dans leurs premiers séjours et prises de contacts, le personnel de l’ambassade vient à être considéré comme insuffisant. En novembre 1976, Maschinenfabrik Rüti cherche à se renseigner auprès du délégué commercial qui n’existe pas, et un mois plus tard, la Division du commerce annonce que Nicolas von der Weid s’apprête à assumer cette fonction à l’ambassade à Lagos, avec une circonscription s’étendant au Ghana, à la Côte d’Ivoire et au Sénégal.55

Von der Weid propose à l’OSEC d’organiser conjointement le séjour d’une délégation commerciale suisse au Nigeria. En janvier 1979 a lieu une mission préparatoire, s’efforçant d’établir les premiers contacts avec les ministères et d’identifier les éventuels débouchés. Le voyage se déroule du 13 au 26 mai et s’adresse à tout entrepreneur intéressé par « les exportations de marchandises, la vente de savoir-faire ou une prise de participation à une firme nigériane ». Treize compagnies suisses s’annoncent, puis sept se désistent, sans que l’on sache lesquelles. La première liste d’intéressés ne se limite pas aux petites entreprises ou néophytes de l’Afrique, mais inclut Oerlikon-Bührle, Sulzer et le négociant André & Cie ; selon l’OSEC, un « échange fructueux d’idées » prend place entre ces deux groupes de participants et les nouveaux venus peuvent se rendre compte « des débouchés énormes offerts par ce marché, mais également […] des difficultés considérables qu’il s’agit de surmonter dans ce pays ». Bien que la délégation se concentre sur Lagos, elle se rend aussi à Kano, Enugu et Port Harcourt. Le seul résultat tangible du séjour se résume à une lettre d’intention de collaboration signée par deux entreprises suisses et un partenaire nigérian, en dépit des 390 rendez-vous concrétisés sur deux semaines. Une moitié ← 337 | 338 des participants juge les « possibilités d’affaires futures » médiocres, alors qu’elles apparaissent bonnes à l’autre moitié.56

« Cette firme est ici inconnue » sert de titre, en décembre 1979, à un article du magazine suisse Bilanz. Le journaliste Thomas Holec y met en évidence les obstacles que le Nigeria recèle pour un commerçant ou entrepreneur suisse ; mais sur ce plan, les problèmes n’ont guère changé depuis la période coloniale, soient les risques de fraudes à partir de documents falsifiés par le client. De plus, Nestlé et Mobag témoignent de retards dans les paiements. L’article se termine sur le même ton que son préambule : Frédéric Schoellhammer de l’OSEC rappelle l’importance du Nigeria en tant que premier importateur africain de produits suisses, mais appelle à la prudence en déconseillant d’affranchir la correspondance avec de beaux timbres, trop tentants pour certains postiers nigérians qui seraient d’assidus collectionneurs. La parution de cet article, sept mois après le séjour de la délégation commerciale, prouve que l’intérêt des entreprises suisses pour le Nigeria ne faiblit pas.

Biéler remarque, suite à l’assassinat de Mohammed, que « le Nigéria demeure un pôle d’attractions pour les investisseurs et exportateurs étrangers toujours vibrant malgré les événements politiques ».57 Et à propos de l’intérêt de IVF Maschinenfabrik et du bureau d’architectes Suter & Suter pour le Nigeria, Moser de la Division du commerce cite un lien avec la récession en Suisse qui incite à rechercher de nouveaux contrats à l’étranger.58 Son point de vue rejoint celui de son supérieur hiérarchique ← 338 | 339 Paul Jolles, qui soutient la libéralisation des échanges comme premier remède contre la récession et appelle pour ceci à préserver « la capacité d’importation des pays en développement, qui représentent la plus grande demande potentielle ».59 De tels propos expliquent en partie la polémique qui entoure le voyage au Nigeria du conseiller fédéral Aubert.60

2.   Profit croissant des investisseurs

Comment les principaux investisseurs suisses évoluent sous le boom pétrolier, quand sont aussi adoptées les lois de nigérianisation ? Au-delà de cette question, il faut s’interroger sur le positionnement de l’ambassade, censée protéger les intérêts suisses.

Union Trading Company

UTC augmente ses ventes au Nigeria de 150 mio Sfr constants en 1973 à 1.5 milliard en 1982.61 Notamment grâce au lobby de la Chambre de commerce de Lagos, sa catégorie d’entreprises échappe au premier décret d’indigénisation, mais est forcée par le second, en 1976, à nigérianiser 60 % de son capital.62 L’intérêt industriel de UTC se manifeste à nouveau en 1970, avec l’intention de participer au financement d’une chaine de montage d’automobiles Fiat à Kano ou Kaduna, mais celle-ci ne voit pas le jour.63 ← 339 | 340 En 1976 est lancé le Business Promotion Department, qui vend notamment des pièces de moteur et du matériel de construction au prix de gros.64 Mais en général, la Compagnie bâloise continue à miser sur les department stores : forte du succès de celui de Lagos Island ouvert en 1955 et agrandi en 1968, elle en place un autre à Apapa, puis un troisième à Surulere en 1973. Pour le premier commerce de ce type hors de la métropole, elle choisit Ibadan et plus précisément l’enceinte de Cocoa House – seule tour de la ville, comptant vingt-quatre étages, dans le quartier d’affaires Dugbe. Inauguré en 1973, il occasionne un investissement d’un million de Nairas. Un department store UTC est organisé en une section alimentaire et une autre pour le reste de la marchandise, répartie par départements dédiés, entre autres, aux vêtements, bijoux, jouets ou articles électroménagers. Y sont écoulés différents produits dont la firme détient l’exclusivité au Nigeria, tels les mixers Kenwood, les montres Oris et Pronto, les instruments de bureau Olympia.65

A Ibadan, la direction de l’établissement revient au Suisse Huber, ayant suivi des études commerciales et des cours dans le milieu bancaire avant de rejoindre UTC en 1963 et d’être nommé superviseur à Accra. Transféré l’année suivante à Lagos pour y diriger plusieurs sections, il participe à l’ouverture du premier departement store UTC au Liberia en 1968 et de retour à Lagos, est promu manager assistant. A la tête de la section alimentaire se trouve A. Schwitter, diplômé en pharmacie et au bénéfice d’une expérience d’analyste auprès de Ciba-Geigy en Suisse ; la supervision de l’autre section est confiée à la Nigériane Adeola Shotade : au sortir de la Girls’ Grammar School d’Abeokuta, elle obtient un diplôme de management dans la distribution au Royaume-Uni, puis entre au service de UTC à Lagos. A un échelon inférieur, le superviseur du département boucherie est un Nigérian formé en Suisse.66 Les points de comparaison manquent pour évaluer la Compagnie bâloise dans le processus de nigérianisation du personnel, mais dans le New Nigerian67, I. I. Nwagwu de l’Université de Zaria la félicite d’avoir nommé Ben Nwose manager du department store de Lagos, qui emploie une centaine de personnes. Cette ← 340 | 341 promotion, en 1970, couronne dix-sept ans de service et une année de formation auprès du distributeur Migros en Suisse et Nwagwu la distingue des positions de « managers signataires » que d’autres « firmes étrangères tentaculaires » réserveraient aux cadres nigérians.

Les méthodes publicitaires adoptées par UTC se démarquent de celles des grandes firmes britanniques, comme UAC, dont un encart publié en 1970 s’intitule the LAND, the GROUP and the ROLE. Ce slogan sous-entend que la compagnie définit ses activités selon les besoins du pays : en « soutenant l’éducation à tous les niveaux, le Groupe démontre sa foi en de meilleures opportunités pour tous ». La suite de l’argumentaire met en évidence la formation de managers et s’inscrit sur un fond graphique empreint de symbolisme. Une communication si étudiée repose sur l’intention de se démarquer du rôle joué sous la période coloniale68, ce dont UTC ne ressent pas le besoin. Ses annonces se caractérisent par leur sobriété : un logo en caractères gras, l’emplacement des filiales, la promotion d’une gamme de produits par leur image de catalogue.

Comme l’extension du department store de Lagos, l’ouverture de celui d’Ibadan donne lieu à un publireportage dans la presse quotidienne. Leur mise en page ne les distingue guère de quelconques articles de presse. En 1968 dans le New Nigerian, M.Olanipekun Alli titre « La confiance d’une compagnie dans le Nigeria » et en 1973, le Daily Times attribue à « un correspondant spécial » les quatre pages consacrées à UTC. Cependant, dans le second, l’assertion que la diligence du personnel permet de fidéliser le client à « nos produits » semble révéler une rédaction interne.

Avec moins d’ambition que UAC, la Compagnie bâloise ne prétend pas répondre aux besoins de la nation, mais à ceux de ses clients.69 D’où une insistance sur la variété et la qualité des produits, la modernité des locaux et de leur équipement : ascenseur, tapis roulant, climatisation, etc. ← 341 | 342 Le Daily Times présente aussi les trois managers supérieurs d’Ibadan, avant de mettre l’accent sur la qualité du service :

Les filles attrayantes dans leurs costumes roses bien taillés et les hommes dans leurs pantalons noirs de gentlemen, chemises blanches et nœuds papillons, créent une atmosphère agréable pour les achats. Les sourires radieux sur leurs visages et leur disposition à servir le client en font une précieuse ressource pour la compagnie. Ce n’est ainsi pas un miracle si la plupart des gens choisissent de faire leurs courses chez UTC […]. On apprend au personnel à considérer le client comme le maître à satisfaire et à servir, plutôt qu’à ignorer.70

Ce n’est pas une survivance de mentalité coloniale ou un idéal de ségrégation raciale qui se cache entre les lignes : UTC doit aussi son succès à la clientèle nigériane. Il s’agit plus vraisemblablement de s’adresser à une élite sociale.

Dans les marges du publireportage de 1973, deux firmes suisses félicitent UTC pour son extension à Ibadan : Alumaco, qui en a construit les chambres froides et le transporteur Panalpina, exprimant sa fierté de « servir UTC autour du monde ». Mis à part ce type de partenariat, l’ambassadeur Andres, en 1976, salue le fait que UTC permette non seulement à des produits suisses de pénétrer le marché nigérian, mais que grâce à son caractère suisse, elle exerce une promotion pour l’offre suisse en général et crée d’autres débouchés, y compris pour les services.71 De tels propos sont éventuellement illustrés par la UTC National Photographic Competition de 1979, promettant au vainqueur un vol Swissair aller-retour pour Genève, mais avec une alternative en espèces, ce qui peut signifier la non-inclusion du logement.72 Si la réputation de qualité laisse peu de place au doute, le soi-disant « caractère suisse » n’est pas définissable et participe peu à l’image de la firme auprès de sa clientèle.73 Comme autre ← 342 | 343 exemple de partenariat suisse, UTC assiste trois entreprises de construction dans la formation de leur consortium et les introduit auprès du gouvernement.74 De plus, on trouve du capital UTC dans le projet Nigalex d’Alusuisse.

Alumaco

Alumaco connaît également une décennie d’expansion. On compte une centaine d’employés en 1969, 507 en 1972 et 1’000 en 1975, dont dix Européens. Cette année-ci, le profit se chiffre à 93’145 N, puis se monte à 1’218’756 N en 1976, pour un chiffre d’affaires de 18.5 mio N. L’année suivante, le réseau se densifie : à la fabrique d’Apapa et les représentations de Kaduna et Enugu, s’ajoutent les branches de Lagos, Ibadan et Oke Ado.75 Parmi les participations à des chantiers significatifs, il y a celui de l’usine de montage de voitures Volkswagen en 1975.76

Le décret d’indigénisation de 1972 amène Alumaco à céder 40 % de ses parts à de nombreux actionnaires nigérians. En effet, alors que ce décret tend à provoquer des concentrations de capital entre les mains des plus grands entrepreneurs, Alumaco décide de morceler 135’000 N en 12’000 actions que se partagent, selon le general manager Andreas Tischhauser, « des citoyens moyens et des vendeuses de marché ». Le transfert coïncide avec une émission de 50’000 actions de 1 N chacune.77 Cette stratégie de dilution du pouvoir est adoptée par plus d’un tiers des multinationales touchées par l’indigénisation.78

La filiale d’Alusuisse Nigerian Aluminium Extrusions Limited [Nigalex] est incorporée en 1973 et inaugurée en 1975, quand elle emploie ← 343 | 344 160 salariés à Lagos.79 En 1977, ils sont près de 300, dont une dizaine envoyés de la grande fabrique Alusuisse de Chippis, en Suisse. A l’origine de ce projet se trouve l’ancien agent UTC John Wohnlich, qui avait déjà inspiré les débuts d’Alumaco, au conseil d’administration duquel il siège toujours. Partant d’une étude de marché en 1972, un terrain est acquis l’année suivante pour y placer une usine de profils en aluminium, jusqu’ici importés : une première en Afrique de l’Ouest. Il s’agit donc de ne plus se limiter à la production de vaisselle, mais de fabriquer aussi des éléments de construction, comme des montants de fenêtres, en pressant sur une matrice des billets80 venus de Suisse ou d’Europe. Le résultat est un semi-produit que le client doit assembler. Nigalex écoule la majorité de sa production auprès de ses deux actionnaires majoritaires81, soient Alumaco et UTC, fabriquant également des fenêtres. D’après le general manager Max Locher, il n’est alors pas difficile de prendre pied dans le marché nigérian, pour autant de « produire correctement ». Il n’omet toutefois pas la facilité offerte par le gouvernement nigérian, qui favorise cette nouvelle indigénisation de la production par une élévation des tarifs douaniers.82

Panalpina

En 1972, Panalpina emploie 1’900 personnes en Autriche – en conséquence d’une fusion en 1967, 635 au Nigeria, 460 en Allemagne, 389 en Suisse, 200 aux Etats-Unis, etc. Au Nigeria, le personnel atteint un pic de 1’386 en 1979.83 Les bénéfices sont considérés comme « très réjouissants » en 1970, alors que la compagnie renforce ses infrastructures à Warri et Port Har ← 344 | 345 court ; en 1973, son chiffre d’affaires dépasse 40 mio N.84 La même année, elle transporte de Lagos à Bonny 48’000 tonnes d’oléoducs de la maison hollandaise Mannesmann.85 La filiale de transport par avion ASB qui, dès 1973, assure des importations au Nigeria à partir de l’Europe, devient la branche la plus profitable du groupe Panalpina et dans un second temps, relie aussi le Nigeria aux Etats-Unis.86

Ces quelques chiffres montrent que l’indigénisation de 45 % du capital en 1972, puis de 15 % supplémentaires conformément au décret de 1976, ne constituent pas de grands obstacles. Une part inconnue des actions revient à l’entrepreneur de Kano Sanusi Dantata, ce que la presse annonce comme une étape de son plan pour devenir « Monsieur Transport n° 1 » au Nigeria, avec de grandes implications : « Panalpina est un des leaders mondiaux pour le clearing, l’envoi et le transport. Par sa transaction, A. S. Dantata a établi des connections de par le monde, et va faire connaître le Nigeria partout ».87 Cependant, à un moment incertain, ses parts sont reprises par l’autre grand actionnaire nigérian de Panalpina, David Dafinone. A la tête d’une firme comptable, celui-ci devient sénateur en 1979 : ses partenaires suisses apprécient son rôle d’arbitrage dans les conflits de travail et la discrétion qu’il garde vis-à-vis de leurs activités en Afrique du Sud, où Panalpina est représentée sous le couvert de l’entreprise International Sales Promotions, enregistrée à Hong Kong. Les managers relient Lagos et Johannesburg via Zurich, et se font exempter du tampon à la douane ; des procédés que la publication commémorative qualifie de double jeu risqué au nom de la neutralité suisse.88 ← 345 | 346

Alors que le nombre de contrats au Nigeria explose, un retard dans les encaissements provoque un bilan négatif en 1976. La Direction réagit en nommant, deux ans plus tard, le fondateur d’ASB Gerhard Fischer à la tête de Panalpina Nigeria.89 Cette branche restera profitable jusqu’en 2008, quand l’entreprise se retire du pays suite à la mise au jour par la justice étasunienne d’une corruption étendue, pratiquée principalement pour le compte du client Shell.90

L’ambassade de Suisse et la nigérianisation

En anticipation du premier décret, l’ambassade expose les enjeux de la nigérianisation à la Division du commerce et souligne que l’idée remonte à plusieurs décennies. Plutôt que de semer la panique dans les milieux concernés, les mesures en gestation susciteraient une attitude « d’observation raisonnable ». L’ambassade prévoit, avec raison, que le décret ne réponde pas aux espoirs des petits entrepreneurs nigérians souhaitant moins de monopoles, mais favorise les grands hommes d’affaires, qui aspireraient à une collaboration avec les multinationales occidentales.91 En effet, les firmes levantines et indiennes apparaissent plus vulnérables, car actives dans des domaines jugés accessibles à des Nigérians moyennement formés. L’ambassadeur Andres ne s’inquiète pas du sort des petits entrepreneurs « de la région arabe et indienne », car « celui qui connaît le don de ces races de n’attribuer aux lois qu’une validité formelle, ne se fait pas d’illusion sur les conséquences matérielles ». Pour inscrire l’indigénisation dans son contexte, il estime qu’au Nigeria, la volonté de développer l’économie existe, le potentiel nécessaire est disponible et les cercles décideurs sont conscients des obstacles à ce progrès.92 En 1971, l’ambassade conclut avec l’espoir que : ← 346 | 347

[…] la business community internationale préfère l’action volontaire au rapport de force, et éteigne le feu dessous la casserole avant que le couvercle ne se soulève. Il y a au Nigeria beaucoup plus à gagner qu’à perdre, pour autant que le pays surmonte les dangers toujours menaçants d’une instabilité politique, sociale et économique. Les entreprises étrangères, très engagées dans la vie économique, en portent une part de responsabilité.93

De son bureau à Berne, le vice-directeur de la Division du commerce Emilio Moser ne partage que peu ce pragmatisme. Il assure ne pas comprendre comment le gouvernement nigérian peut concilier de telles mesures avec une volonté d’attirer du capital étranger et estime évident que « ces perspectives peu réjouissantes » ne peuvent tenter des investisseurs suisses. D’où sa requête de négocier un accord de protection des investissements. Mais après un sondage des diplomates étasuniens et européens dont aucun ne considère un tel accord, si ce n’est à propos de double imposition, l’ambassade craint de faire apparaître ce type de démarche comme une remise en cause de la politique à l’égard des investisseurs étrangers, « que [ses auteurs] estiment ouverte et favorable ».94 La dissonance de la réaction de Moser avec les rapports de l’ambassade peut grossièrement, au-delà de la Realpolitik, être mise sur le compte d’une école de pensée qualifiée par Biersteker de « conservatrice néoclassique réaliste », qui considère les entreprises étrangères comme essentielles au développement économique d’un pays, alors que les programmes d’indigénisation et tout exemple « d’interférence politique » relèveraient de l’erreur.95 Cela dit, le dossier nigérian, avec toutes ses nuances, n’est pas forcément celui auquel Moser accorde le plus d’attention ; rien que pour l’Afrique, il se dit plus préoccupé par le Zaire et la Tanzanie.96

Nous avons vu que l’impact de la nigérianisation sur UTC, Alumaco et Panalpina ne peut pas être jugé négatif pour elles. Par contre, l’ambassade s’inquiète du sort de la firme F. Steiner & Co Ltd97, dont le ← 347 | 348 Suisse Zollinger a cédé deux tiers des parts au groupe nigérian Ibru en 1971. Ce dernier a promis de fournir les liquidités nécessaires à l’extension de l’entreprise, mais dans le processus de nigérianisation, il multiplie ses acquisitions de parts et l’engagement auprès de Steiner ne peut être tenu. En 1974, une facture de 900’000 Sfr du fournisseur suisse Wild Heerbrugg reste en suspens, mais Zollinger compte rétablir la situation grâce à de gros contrats récemment négociés, notamment pour des livraisons d’ascenseurs.98 Cette prévision ne se concrétise vraisemblablement pas et le tiers restant des actions, qu’il détient encore, sera absorbé par Ibru.99

Le cas Steiner, du moins parmi les entreprises suisses, se révèle isolé. Selon l’ambassadeur Andres, l’indigénisation ne suffit pas à inquiéter les managers de multinationales postés au Nigeria. « Le plus souvent jeunes et ambitieux », ils seraient enthousiastes de démontrer leurs qualités professionnelles dans ce genre de cas et le « directeur d’une entreprise suisse leader dans sa branche » – peut-être Panalpina, aurait confié que même une nigérianisation totale n’ébranlerait ni l’activité de la filiale, ni le bilan de la centrale. Andres explique cette insouciance par l’ascendance d’une classe d’entrepreneurs locaux moins empreinte de chauvinisme que du modèle de l’homme d’affaires américain.100 Or, les managers expatriés puisent plutôt leur sérénité dans leurs propres stratégies d’adaptation : le plus souvent, ils s’efforcent de choisir des partenaires nigérians peu intéressés à la direction de l’entreprise et rassasiables de dividendes.101

Ce climat de confiance se confirme par l’intérêt ou l’arrivée de nouveaux investisseurs suisses. En 1976, Kramer & Co AG prévoit de s’associer avec Dotun Okubanjo pour fonder une filiale de construction au Nigeria, alors qu’Astrada AG et G. Conti AG, dans le même but, s’allient pour la recherche d’un partenaire local disposé à acquérir 60 % des actions. Cette année-ci, la firme Landis + Gyr signe avec le Gouvernement fédéral un contrat de 20 mio Sfr pour implanter une usine de compteurs électriques ← 348 | 349 d’une production annuelle de 200’000 appareils.102 Le secteur pharmaceutique n’est pas en reste : la filiale de Ciba-Geigy, ouverte au cours de la décennie précédente, s’indigénise à 40 % puis se rebaptise Swiss-Nigerian Chemical Company Ltd, tandis que Sandoz (Nigeria) Ltd s’établit en 1972 et envisage, avant de connaître les normes du décret qui la concernent, d’atteindre une participation indigène de 40 %.103 Puis, son succès repose en grande partie sur les ventes de la boisson Ovaltine, en concurrence avec certains produits Nestlé.

3.   Le cas de Nestlé

« L’impression est défavorable : un pays difficile, mal organisé, plein de corruption, nationaliste, sale, […]. Dans un tel environnement, nos investissements signifient un vrai risque ».104 Ces propos sont ceux d’un membre du secrétariat de direction de Nestlé, suite à sa visite de deux jours au Nigeria, en septembre 1978, et reposent sur des difficultés bien réelles : en janvier 1979, la société attend 82 mio Sfr de paiements. Ces arriérés se réduisent à 33.4 mio en mai, dont 25.3 mio de factures courantes : un solde que l’agent R. Ley garde espoir de voir réglé d’ici la fin de l’année. Au prix d’un « effort soutenu », le personnel du Nigeria serait parvenu à débloquer une situation grippée par certains banquiers et douaniers égarant des documents.105

Pourtant, en 1975, l’entreprise réalise dans ce pays un chiffre d’affaires de 200 mio Sfr pour un profit de 50 mio Sfr : un rapport plus avantageux que dix ans plus tôt, quand le profit représentait à peine plus d’un ← 349 | 350 dixième du chiffre.106 En mai 1977, on prévoit un chiffre de 262 mio Sfr pour l’année en cours, puis une augmentation des prix et un Net Operating Profit [NOP] de plus de 35 % sur les produits culinaires. En 1978, le chiffre se monte à 282.6 mio Sfr pour un NOP de 62.8 mio Sfr.107 Le poids de ces données concernant le Nigeria dans le bilan général du groupe Nestlé n’est pas mesurable ; toutefois, nous savons qu’en 1984, 4.3 % du chiffre sera réalisé sur le continent africain, 37.4 % en Europe, 24.1 % en Amérique du Nord, 16.9 % en Asie, 15 % en Amérique latine et Caraïbes, 2.4 % en Océanie.108

Considérant les résultats au Nigeria, les cadres de Nestlé ressentent une impression moins défavorable que celle exprimée ci-dessus. En 1975, les prévisions se révèlent justement enthousiastes :

La croissance réelle du volume d’affaires devrait dépasser 16 % en moyenne pour ces trois prochaines années, et se compare donc très favorablement à la moyenne attendue pour le groupe Nestlé (6-8 %). […] En conclusion, le Nigeria devrait rester, dans les prochaines années, un des marchés les plus intéressants du groupe Nestlé, tant pour les opportunités que ce marché paraît offrir, que pour les marges bénéficiaires exceptionnelles générées.109

Après l’échec récent de la production d’extraits de viande110, une usine d’emballage de cubes de bouillon Maggi est installée à Ilupeju en 1971, où elle produira aussi des boites de conserve. Le dispositif se complète par un centre de formation pour le personnel en 1980, puis l’usine d’Agbara inaugurée en 1982 et destinée à la fabrication de produits laitiers et de cubes Maggi. En même temps, un centre de distribution est ouvert à Otta. Ces trois facilités se situent à Lagos et dans sa périphérie, dans un rayon de 50 km. ← 350 | 351

Une nouvelle souscription doit financer une partie du chantier d’Agbara, estimé en 1977 à 76.8 mio Sfr.111 Pour le reste, Nestlé engage des négociations avec l’International Finance Corporation, mais elles n’aboutissent pas ; en tant qu’organisme de la Banque mondiale, l’IFC reçoit pour directive d’éviter les collaborations avec Nestlé, par peur d’être soumis « aux feux des activistes ». Il est ici question de l’affaire du lait en poudre, sur laquelle nous reviendrons.112 Les complexes d’Agbara et Otta seront surtout financés par un prêt à terme fixe de 54 mio N, octroyé en 1980 par un consortium de « sept grandes banques ».113

Nigérianisation maîtrisée

La décision de produire davantage sur place n’est pas sans rapport avec la politique économique nigériane. Cela dit, en 1965, le directeur Jacques Paternot n’est pas amené à réagir à une quelconque mesure protectionniste, mais considère les objectifs de croissance atteignables à condition de fabriquer localement, comme le font les concurrents. Cette réflexion est à l’origine de la chaine d’emballage à Ilupeju, qui représente un investissement de 1.87 mio Sfr.114

Selon une loi antérieure au décret de 1972, Nestlé a dû céder 24 % de son capital à des actionnaires nigérians ; en 1973, cette part est portée à 40 %. L’entreprise ne cherche ni à diffuser le plus largement possible son capital en offrant des dividendes extravagantes qui, dans certaines compagnies, dépassent 50 %, ni à concentrer les actions entre les mains d’un ou deux alliés. Ainsi, elle ne s’expose pas aux critiques du gouvernement et applique le décret sans encombres. Une augmentation de capital, ← 351 | 352 en 1975, se répartit comme suit : 60 % à Nestlé Holdings Ltd, 20 % aux actionnaires existants – qui touchent 25 % de dividendes, et 20 % à de nouveaux actionnaires, ce qui porte leur nombre total à seize115, puis à vingt-deux.116 Si cette dispersion de capital apparaît au conseiller juridique A. Jost comme une opportunité de conserver les prérogatives de la holding, le gouvernement ne considère pas ceci comme une stratégie hostile ; en effet, plusieurs personnalités nigérianes rappellent à Nestlé qu’à partir d’un certain chiffre d’affaires, il est d’usage de procéder à une souscription publique. Craignant une surcharge administrative et une perte de flexibilité, le directeur P. C. Hartwell souligne la possibilité de rester dans le privé même avec la participation d’une cinquantaine d’actionnaires, mais J. Daniel suggère de ne pas exclure une souscrition publique de 10 % lors d’une prochaine augmentation de capital.117

Plus préoccupant pour les managers : le gouvernement considère Food Specialities Nigeria [FSN, nom de la filiale Nestlé] comme une entreprise importatrice, non productive, et lui impose une stricte limite du nombre d’expatriés. De plus, en 1976, les banques menaceraient de couper les facilités de caisse pour ce genre de compagnies. C’est à ce moment que P. Villard, de la direction régionale, estime « urgent et nécessaire de présenter aux autorités, le plus vite possible, une description globale de nos plans industriels [pour Agbara], sans attendre l’étude de faisabilité ».118

Le second décret prévoit 60 % de capital nigérian pour les entreprises importatrices et apporte une impulsion supplémentaire au projet d’Agbara. Avec raison, le conseiller juridique R. Nicole se demande jusqu’à ← 352 | 353 quel point le ré-emballage de cubes Maggi à Ilupeju peut passer pour une activité industrielle.119 Bien que le projet marque un pas dans ce sens, car il envisage la fabrication de produits laitiers, la Direction entend continuer à importer la pâte des cubes, ce qui lui assure la plupart du bénéfice. D’où l’idée de former deux sociétés indépendantes : une consacrée uniquement à la fabrication, donc autorisée à garder 60 % de capital étranger, et une autre à participation majoritairement nigériane, dédiée à l’importation, mais toujours hautement rentable pour la maison mère car absorbant sa pâte pour les cubes. Afin de satisfaire la demande croissante de celle-ci au Nigeria, deux lignes supplémentaires de production sont ouvertes à Kemptthal, en Suisse, et deux autres à Valladolid. L’activité prévue à l’usine d’Agbara, malgré tout, ne permet pas de la classer dans le schedule III du décret, soit parmi les firmes avec 40 % de capital nigérian. FSN reste l’unique filiale dans le pays et doit se résoudre à indigéniser 60 % de son capital.120

Face à la dégradation de la balance des paiements, en 1979, le gouvernement dresse une liste de produits considérés comme non-essentiels et interdits d’importation. Si les cubes Maggi n’y figurent pas, au contraire des soupes et pâtes alimentaires, le directeur Daniel voit leurs jours comptés. Dans le cas d’une interdiction, il suggère de promettre aux autorités une fabrication locale imminente pour la faire lever.121

En 1974, le chef de marché a établi « des relations personnelles au niveau des directeurs généraux des ministères, hommes qui souvent à la pratique ont même plus de poids que les ministres », et l’accès à la présidence semble ouvert. Malgré tout, les « Nigériens [sic] ont une très grande conscience de leur importance économique et par voie de conséquence politique. Ils sont sûrs dans les discussions ». Autrement dit, les autorités interdisent le prélèvement de royalties sur la base de nouveaux contrats et Nestlé ne peut en obtenir pour les ventes de cubes. La frustration subsiste quand Hartwell compare la situation nigériane à celles du Ghana et de la Côte d’Ivoire, où les négociations sont bien engagées, malgré les enjeux inférieurs.122 ← 353 | 354

Il songe donc à un compromis sous forme de taxes de management, mais le gouvernement peine à accepter qu’une compagnie à capital indigène majoritaire soit dirigée de l’extérieur.123 On considère ensuite l’adoption d’articles d’association, ce qui se révèlera incompatible avec le droit nigérian. Finalement, le Ministère des finances accepte un contrat d’assistance technique, selon lequel la filiale Nestec peut encaisser un montant pour l’installation et la mise en marche des machines à Agbara, puis prélever 3 % du profit brut sur les produits Maggi, Milo, Cerelac, et enfin 3 % du profit brut global de FSN. Cet arrangement, d’abord valable pour trois ans et renouvelable, est étendu à cinq ans sur la requête de Daniel, arguant de l’utilisation des matières premières locales et de l’économie de devises pour le Nigeria, qu’il estime à 800 mio Sfr sur dix ans.124

Outre ces tentatives d’endiguer les pertes de revenus, la centrale Nestlé observe avec attention les changements apportés au conseil de direction de FSN par l’indigénisation. La direction des compagnies étrangères, selon le Troisième plan national de développement, doit refléter l’actionnariat nigérian. Ainsi, en 1975, William Murray-Bruce et Isiyaku Rabiu rejoignent A. Ibrahim, O. Osunkeye, H. R. Scherrer, A. Stucki, P. C. Hartwell et E. M. Downing au conseil de direction. Une telle composition, soit une moitié de membres nigérians, dépasse les exigences du décret de 1972, mais doit être revue pour celui de 1976, qui amène à nommer six Nigérians pour quatre expatriés. En réaction à cette perte de majorité étrangère, Daniel propose de nommer un président – à choisir parmi les six Nigérians – qui agisse comme un Nestlé man ; doté d’un vote décisif, celui-ci ferait toujours pencher la balance du côté expatrié.125

L’homme de la situation pourrait être Murray-Bruce, déjà actionnaire et membre du conseil de direction. Ayant débuté sa carrière en 1929 chez UAC, dont il acquiert un supermarché en 1964, ce Britannique-Nigérian est un client des premiers jours de la filiale Nestlé. Daniel le présente comme hautement respecté par les actionnaires et une grande partie du personnel, exempt de toute affiliation ou ambition politique, d’une « inté ← 354 | 355 grité personnelle » indubitable et d’une « intense loyauté » envers Nestlé.126 Toutefois, l’expérience de United Bank for Africa127 – établissement français indigénisé à 60 % en 1977, apparaît aussi comme modèle possible. Son administrateur délégué Henry Joannier, d’origine française, explique que « l’UBA gère les affaires en s’appuyant sur le conseil d’administration », dirigé par Ndulagi, « une personne d’une certaine classe, sans implication politique, mais ayant ses entrées dans les ministères ». Daniel le juge d’un « niveau bien meilleur » que Murray-Bruce et Joannier ne voit pas d’inconvénient à ce qu’il l’approche, mais la décision finale n’est pas connue.128 Autre inconnu : l’impact chiffré de l’indigénisation sur le personnel. Néanmoins, nous savons qu’en 1973, la centrale s’apprête à « appliquer le nouveau système de pensions suisse au Nigeria ».129 Les ouvriers d’Ilupeju forment un syndicat, initiative à laquelle Hartwell ne voit aucune raison de s’opposer, pour autant que la représentativité soit assurée. La conception qu’il en a peut sembler discutable : afin d’éviter qu’une « minorité vociférante » ne prenne le dessus, il conviendrait d’insister pour un soutien de 60 % de l’ensemble du personnel.130 Au niveau des cadres, en 1977, Witschi supervise les activités de FSN avec une équipe bicéphale : Odigbe responsable des ventes et Schlaepfer du marketing. Subordonnés à celui-ci, on trouve trois chefs de produits et une spécialiste en études de marché, tous nigérians mais aucun hausa, fait ressenti par la direction comme une lacune de compétences pour s’adresser à la clientèle du Nord.131

La gestion du personnel de FSN devient un enjeu qui intéresse personnellement l’administrateur-délégué de Nestlé Arthur Fürer. Son séjour à Lagos en août 1977 lui permet de mieux traiter la question. Il relève que la filiale ne peut employer plus de deux expatriés et que du côté nigérian, le manque de professionnalisme s’est aggravé, dû au nombre élevé d’offres d’emploi amené par le boom économique. D’où la décision de

[…] prêter une assistance exceptionnelle au Nigeria pendant le temps nécessaire à l’engagement et à la formation des hommes locaux qui devraient compléter une ← 355 | 356 structure de commandement aujourd’hui trop légère pour faire face au volume de nos affaires.132

L’action débute par l’engagement d’un inspecteur – Pomroy, qui après avoir soumis son rapport, devient chef d’organisation à Lagos pour deux à trois ans, chargé « d’améliorer les circuits administratifs » et de former à ce poste un indigène. Trois autres spécialistes en organisation, logistique et gestion du personnel sont attendus, notamment pour former un chef de service du personnel. L’homme émergeant de cette restructuration est le directeur administratif Olusegun Osunkeye : envoyé en stage en Malaisie auprès d’une filiale « très bien organisée dans un pays en développement », il enchaine avec un séjour à la centrale à Vevey, puis deviendra directeur marketing de FSN en 1980, managing director en 1988 et président du conseil de direction en 1999.133

Selon une brochure Nestlé de 1979 sur le projet d’Agbara, la formation de personnel local répond à la nécessité de réduire les coûts liés aux expatriés et de pallier à la pénurie d’experts. Cette même publication affirme ainsi qu’au sujet de la formation et plus précisément de la nigérianisation, il n’y a pas d’incompatibilité entre les buts et aspirations du pays hôte, ses hommes d’affaires, administrateurs et travailleurs, et, d’un autre côté, ceux des partenaires étrangers.134 Cela dit, les remaniements en ressources humaines ont été initiés dans une situation que le manager R. Décosterd juge

[…] particulièrement difficile en raison de l’abandon du style paternaliste, de la vaste opération de mise en ordre générale des fonctions […] et de la dégradation de la mentalité des Nigériens auxquels le pétrole monte à la tête comme le sang à d’autres.135

S’il fait état d’une insalubrité qui est « une des pires [qu’il aie] pu constater sur place en visitant cinq familles de […] collaborateurs », la situation des expatriés le préoccupe davantage : ← 356 | 357

Je rends hommage au courage et à l’état d’esprit remarquable de nos expatriés qui travaillent au Nigeria dans des conditions vraiment difficiles. La promiscuité sociale est beaucoup plus grande que dans les autres pays africains car il n’y a pas de quartiers ou d’endroits résidentiels réservés plus ou moins strictement aux Blancs. Il n’y a pas de club correct et convenable, on ne trouve même pas une piscine appropriée où se baigner. Le ravitaillement alimentaire est très difficile et on devrait trouver le moyen d’aider de temps en temps par des colis spéciaux depuis Vevey. Enfin, l’isolement culturel est très pesant. Il ne me semble pas correct d’attribuer le même home leave aux expatriés du Nigeria qu’à ceux des autres pays africains que j’ai déjà visités (Kenya et Côte d’Ivoire).136

Cette image de soldats au front est plus ou moins partagée par un autre manager, moins les accents racistes. Celui-ci rapporte que le Nigeria « figure parmi les rares pays où le travail pour notre groupe n’offre pas d’attraction, mais demande beaucoup d’énergie et de sacrifices ». Il suggère donc une majoration salariale de 50 % pour ces expatriés, car les conditions de vie seraient pires qu’en Arabie Saoudite, où ils obtiennent 20 %.137 Notons que les perceptions de ces deux managers se forment à partir de visites de moins d’une semaine. À un Européen, le Nigeria réserve certes un dépaysement marqué, entre autres, par la quasi-inexistence d’infrastructures publiques, mais suite à une période d’adaptation, beaucoup d’expatriés en viennent à apprécier un ou l’autre aspect de leur séjour. Max Locher, general manager de Nigalex, se souviendra d’une belle vie dans une belle maison, de parties de tennis et de bons contacts avec la colonie britannique.138

Circuits de distribution et réceptivité du consommateur

FSN quadrille le marché en neuf régions et place un chef de vente dans chacune. Ces chefs distribuent la marchandise à 140 clients : parmi eux, les grossistes indigènes sont responsables de 70 % du chiffre d’affaires, les grandes compagnies de commerce, telle John Holt, qui est la plus importante avec vingt filiales, de 20 %, et les supermarchés de 5-7 %. Ensuite, ← 357 | 358 quarante « voyageurs » facilitent l’approvisionnement des stands de marché. En comptant ceux-ci et les vendeurs ambulants, on estime que les produits Nestlé s’écoulent au Nigeria à travers deux millions de points de vente. Une « task force » composée de huit groupes de travail se déplace dans des camions de la compagnie pour faire de la « mise en place » et des promotions.139 Malgré un tel dispositif de distribution, restent des difficultés d’approvisionnement. Les clients commandent au jour le jour, sans constituer de réserves, augmentant les risques de rupture de stock. D’où la proposition du directeur Wenger d’importer une quantité généreuse, compte tenu des prévisions positives pour le marché nigérian. Face aux difficultés de transport interne, il imagine l’ouverture d’un dépôt dans le Nord, voire d’utiliser des trains spéciaux Lagos-Kaduna, et durant la congestion du port de Lagos entre avril 1975 et février 1976140, Nestlé recourt à des embarcations de taille réduite, donc en mesure d’acoster. Il s’agit d’un arrangement avec les armateurs danois Thership A/S, pour quatre à cinq bateaux de 650 tonnes par mois avec clause d’exclusivité.141

Indiquée en préambule, l’amélioration substantielle du profit est à mettre en relation avec le choix de restreindre la gamme de produits, qui passe ainsi de 225 dans les années 1960 à 25 en 1975.142 On décide, dans le même ordre d’idées, de concentrer le marketing sur trois produits : le cube de bouillon Maggi, le lait en poudre Nido et le substitut de viande à base de soja Metex.143

L’appareil marketing pour le lancement de Metex, en 1975, comprend des collaborateurs d’une diversité de langues suffisante pour opérer dans le Nord, un clip télévisé, une publicité radio, un communiqué de presse. Séjournant deux mois au Nigeria pour observer le lancement, C. Norris souligne, lui-aussi, l’effet positif du boom pétrolier sur le pouvoir d’achat, et poursuit : ← 358 | 359

[…] le caractère nigérian porte à l’acceptation d’un nouveau produit. Comme le mode de vie général est ennuyeux, toute nouveauté ou nouveau développement se répand rapidement, et les gens sont impatients d’y prendre part. Lors de l’introduction d’un nouveau produit majeur, ceci implique d’essayer quelque chose d’un peu différent et de croire ce qu’on entend du moment qu’il n’y a pas d’autre son de cloche. Aussi grâce à ce caractère désinhibé, le racisme inverse [sic] n’existe pas. On juge les produits selon leurs propres mérites plutôt que d’accepter seulement ceux qui s’adressent à la population blanche.144

Malgré ces conditions, Metex ne rencontre pas le succès espéré. Le slogan de lancement « Metex remplace la viande » incite le consommateur à le cuisiner comme de la viande, même s’il est composé de protéines végétales et devrait être apprêté différemment. De telles précisions peinent à passer et le slogan tend à être saisi littéralement, ce que Norris attribue à

[…] un énorme écart de compréhension entre le niveau cycliste / sampling girl et le personnel de supervision. Cependant, peut-être à cause de l’illettrisme historique dans le pays, les Nigérians de tous niveaux éducatifs ont de très bonnes mémoires. Bien que ceux du premier groupe avaient une difficulté considérable à comprendre le message de vente Metex, il étaient capables de le mémoriser et de le répéter mot pour mot.145

Le reste de la documentation ne mentionne plus ce produit.

Produits laitiers

La poudre de lait Nido connaît un autre sort : introduite au Nigeria en 1974, il s’en vend 5’027 tonnes deux ans plus tard et 11’500 en 1979. Son lancement a lieu lorsqu’un des principaux concurrents, le lait en poudre Peak de la coopérative hollandaise Friesland Campina, n’est « pas encore suffisamment distribué partout ».146 La boisson lactée Milo de Nestlé arrive en 1977 et rencontre un succès durable. Selon le manager M. R. Krafft, l’entrée réussie de Nido repose sur une très bonne promotion : dégustations, échantillons, ← 359 | 360 démonstrations, distribution non seulement par les boutiques, mais aussi aux stands de marchés. Réfléchissant au concept publicitaire, il prône un message basé sur la valeur nutritive, l’apport à la croissance, afin d’encourager l’habitude de boire un verre de lait par jour. Ce thème trouve meilleur écho dans le Nord, où il existe une production locale, que dans le Sud ; c’est pourquoi l’effort de marketing ne devrait pas se relâcher et développer des programmes de nutrition dans les écoles, ouvrir des bars à lait près des cafés et « éduquer des mères » dans les centres de santé.147

Nan et Lactogen sont aussi des marques de lait en poudre, mais spécialement conçues pour les nourrissons. Dans une gazette Nestlé de 1970, la rubrique Les marchés se présentent aborde les activités au Nigeria ; une image montre une équipe de promotion avec vélos et camionnettes arborant les deux marques. Sur un autre cliché, le directeur Downing pose aux côtés de K. Onabolu, une des « nurses Nestlé », et on apprend que ces « ‹ ambassadrices de la diététique › […] parcourent tout le pays, visit[ent] les hôpitaux, dispensaires, etc. Elles donnent des conseils aux mères sur la façon de soigner leurs bébés, de les alimenter correctement ».148 À Benin, en 1973, K. Onabolu et ses collègues du Midwest prennent part au congrès de l’Association nationale des infirmières, rassemblant 250 professionnelles auxquelles FSN offre le repas.149

L’emploi de « nurses » et la promotion auprès du corps médical comptent parmi les pratiques dénoncées par les organisations participant au débat sur le lait en poudre, à l’instar du Groupe de travail

tiers-monde de Berne150 et de l’association britannique War on Want, qui cite une étude conduite à Ibadan en 1973. Cette dernière rapporte que 70 % des 400 mères interrogées qui recourent au biberon le font avant le quatrième mois, croyant la poudre plus énergétique que le lait maternel. 95 % de celles combinant l’allaitement naturel avec le biberon disent avoir ← 360 | 361 suivi les recommandations du personnel médical, auquel les « nurses » de l’industrie tendent à être assimilées. 38 % se souviennent d’un message publicitaire et 12 % de celui clamant que Lactogen rend les bébés plus forts.151 La controverse du lait en poudre concerne les pays décolonisés en général, y compris l’Amérique latine, et n’implique pas seulement Nestlé. Résumé grossièrement, est mise en cause l’idée que ce produit nécessitant un revenu suffisant, une bonne hygiène et le suivi d’instructions écrites puisse être consommé sans danger dans des régions pauvres, peu alphabétisées et manquant d’eau potable. La Compagnie intente un procès aux auteurs de la brochure Nestlé tue les bébés de 1973 ; la procédure aboutit en 1976 à une amende symbolique des accusés, pour calomnie. Mais entre temps, la cause s’est diffusée dans les milieux tiers-mondistes et l’opinion publique, surtout en Suisse et aux Etats-Unis où s’engagent des boycotts, si bien que Nestlé retouche ses méthodes publicitaires en précisant, par exemple, que rien ne surpasse le lait maternel.152

Au Nigeria, Nestlé abandonne les annonces radio-diffusées pour les produits destinés aux nourrissons en 1974 et le gouvernement réglemente leur promotion.153 La direction de l’entreprise, quatre ans plus tard, n’adresse de reproches qu’à ses concurrents. Après avoir constaté que « Nan, Lactogen et Cerelac se trouvent partout, même dans les petits magasins », un manager rapporte sa discussion avec

[…] une nurse-infirmière de la société qui s’occupe de visites médicales montr[ant] que la concurrence n’applique pas le fameux code éthique dont elle se vente dans son pays d’origine. Ainsi, Abbott distribue des échantillons directement aux mères (Similac). Les vendeuses enlèvent aux mères le produit de la concurrence que la clinique ou le médecin leur ont donné et le remplacent par Similac. Le produit Letrama de Wander/Sandoz se vend par du personnel non qualifié et la télévision fait de la publicité pour ce produit.154

Sur ses propres pratiques, Nestlé mène quelques sondages en 1978. Il en ressort que selon les hauts fonctionnaires du Ministère de la santé à Lagos, ← 361 | 362 le lait maternel ne suffit pas à couvrir les besoins nutritifs du bébé après quatre ou six mois. Aucune femme n’utiliserait de complément sans besoin ; par contre, certaines attendraient trop longtemps avant d’y recourir. D’après les propos recueillis par le manager Büsser, 80 % des lagosiennes allaitent pendant au moins deux mois et celles qui y renoncent ne le font pas sous influence de la publicité, mais « pour suivre la voisine ». Les cas de mauvais usage seraient rares, « grâce aux efforts du Ministère de la santé », mais le peu de fonds dont il dispose rendrait souhaitable d’intervenir dans les écoles, voire auprès des chefs de villages. Et le meilleur moyen de prévention, que « tout le monde mentionne spontanément », consisterait à fournir de l’eau potable.155

Bien que superficielles, ces observations sont rapportées comme un certificat de bonne conduite. Selon elles, le produit industriel constitue le seul complément alimentaire possible ; l’éventuelle alternative des ressources agricoles locales n’est pas digne de considération. Au sujet des femmes qui abandonnent l’allaitement maternel, dissocier le facteur publicitaire du mimétisme social ne relève pas forcément de la bonne foi. Enfin, mentionner subsidiairement la question de l’eau potable revient à minimiser le point se trouvant au centre-même de la controverse du lait en poudre. Est ainsi esquivée la question évoquée plus haut : peut-on se permettre de promouvoir aussi largement, dans un pays en développement, un produit nécessitant de si hautes conditions d’hygiène ? Les milieux tiers-mondistes estiment que non et parviennent à sensibiliser une partie de l’opinion publique. Mais au Nigeria, où une forte mortalité infantile a de nombreuses raisons systémiques, le seul facteur du lait en poudre préoccupe moins. Pour Nestlé, Nan et Lactogen restent de bons créneaux, toutefois pas aussi profitables que les assaisonnements.

Cubes Maggi

Les cubes de bouillon Maggi font probablement leur entrée au Nigeria sous la période coloniale, parmi les cargaisons Nestlé envoyées régulièrement aux commerçants d’Afrique de l’Ouest à partir des années 1920. Dans un ← 362 | 363 second temps, FSN améliore les ventes en cherchant une plus grande visibilité sur les marchés de rue. Mais, selon une note interne,

la raison essentielle du succès du cube au Nigeria date de la Guerre civile, période pendant laquelle de nombreux produits et en particulier la purée de tomates étaient interdits. Il en était de même pour les bouillons, mais nous avons passé outre en expédiant des dizaines de milliers de caisses sous appellation «condiments ». Et c’est ainsi que le produit s’est implanté partout avec une rapidité exceptionnelle. Le mérite en revient à M. Hartwell, qui était à ce moment-là directeur au Nigeria, et qui avait accepté de courir les risques inhérents à cette action.156

En 1977, FSN prévoit une croissance annuelle de 20 % du volume d’assaisonnements, dont le Net Operating Profit devrait représenter plus de 35 % des ventes. Pour l’année suivante, les recettes du cube sont estimées à 2.28 mio Sfr157 et son reconditionnement à Ilupeju occupe trois équipes d’ouvriers, sept jours par semaine. Il assure 46 % des ventes totales et 71 % du NOP total. On prévoit d’écouler 19’000 tonnes de cubes Maggi au Nigeria en 1979, puis 23’000 en 1985.158

Les moyens publicitaires habituels sont de mise et à partir d’un moment incertain, Maggi sponsorise des programmes culinaires télévisés, qui introduisent le cube comme « le secret » de la recette. En 1976 déjà, Daniel appelle à une meilleure individualisation de la marque, afin d’éviter qu’elle devienne générique du cube.159 En effet, la firme étasunienne CPC s’apprête à lancer au Nigeria le cube de la marque allemande Knorr, distribué dès 1978 par John Holt. Si Daniel envisage toutes les mesures marketing nécessaires à « empêcher le succès de Knorr », la disposition de CPC à produire localement l’interpelle, pour le précédent que cela créerait auprès du gouvernement nigérian. De façon à encourager un accord d’assistance technique pour Agbara, les managers Nestlé songent à ← 363 | 364 emboîter le pas et inclure la production de pâte à cubes dans la nouvelle fabrique.160

Mais avant la mise en service d’Agbara, les restrictions à l’importation inquiètent. Pour se protéger, Nestlé décide d’introduire des cubes « polyvalents ». Daniel juge la valeur nutritionnelle d’un cube « pratiquement négligeable » et ne pense pas permis de l’utiliser comme argument publicitaire. Mais selon lui, l’ajout d’acides aminés et d’un « complexe vitaminique » devrait « inciter les Autorités à considérer que l’utilisation du cube Maggi polyvalent dans la cuisine quotidienne nigériane va dans la direction souhaitée en vue d’améliorer le régime alimentaire des consommateurs habituels ».161

Il ne semble pas que ces mesures transitoires se révéleront nécessaires. Un atout du cube Maggi est de se présenter comme substitut à certains assaisonnements naturels dans les soupes locales et de faire gagner du temps dans leur préparation. Au Nigeria, Daniel estime une consommation de quarante cubes par année et par habitant.162 Le succès sera aussi phénoménal dans le reste de l’Afrique de l’Ouest, notamment au Cameroun et en Côte d’Ivoire.163 ← 364 | 365 →


1      En 1986, l’édition du 30.8 du quotidien nigérian The Punch avance la somme de 663 mio N, en se basant sur une étude de la revue londonienne West Africa. NISER, dossier de presse 2c loans and aids from banks.

2      Eminue, op. cit., p. 376. Le Nigeria veut détenir 3-5 % de ses réserves en Sfr, soit entre 425 et 700 mio Sfr. Procès-verbal du comité directeur de la Banque nationale suisse, 29.7.1976. BNS, 279/2.

3      Voir chapitre VIII.3.

4      Voir chapitre VIII.1.

5      Thomas J. Biersteker : Multinationals, the State, and Control of the Nigerian Economy. Princeton 1987.

6      En 1973, l’importation totale de pétrole brut en Suisse se monte à 6.092 milliards de kg pour 662 mio Sfr. En 1974, 6.008 milliards de kg pour 1.634 milliard Sfr. En provenance du Nigeria, 241’886 tonnes pour 32’037’102 Sfr en 1973 et 850’812 tonnes pour 223’433’703 Sfr en 1974. Direction générale des douanes : Statistique du commerce de la Suisse avec l’étranger, 1945-1980.

7      Sarah Ahmad Khan : Nigeria. The Political Economy of Oil. Oxford 1994, pp. 19, 39.

8      Entretien téléphonique avec Erdhart Fränkl, 21.12.2012.

9      Lettre de Bucher au DPF, 24.10.1961. AFS, E2003-03(-)1976/44/194. Lettre de Real au DPF, 17.3.1967. AFS, E2200.168(-)1991/79/1. Lettre d’Andres au DPF, 12.2.1973. AFS, E2001(E)1987/78/695.

10    Entretien E. Fränkl.

11    Voir son blog : <saugy-photo.fr>, sonsulté le 14.11.2012.

12    Khan, op. cit., pp. 88-89.

13    Akindele, Ate Bassey, op. cit., p. 116.

14    Par exemple, production de 1975 en milliers de barils par jour : Shell-BP (Hollande/Grande-Bretagne) : 1.118 ; Gulf (Etats-Unis) : 227 ; Mobil (Etats-Unis) : 196 ; Agip-Philipps (Italie/Etats-Unis) : 156 ; Elf (France) : 73 ; Texaco (Etats-Unis) : 7. Khan, op. cit., pp. 88-89.

15    Akindele, Ate Bassey, op. cit., pp. 114-115.

16    Forrest 1993, op. cit., pp. 136-138.

17    Akindele, Ate Bassey, op. cit., p. 123.

18    Ueli Haefeli : « Umwelt, Raum, Verkehr ». In : Patrick Halbeisen, Margrit Müller, Béatrice Veyrassat (Hg.) : Wirtschaftsgeschichte der Schweiz im 20. Jahrhundert. Schwabe, Basel 2012, p. 716.

19    Stat. DGD. A propos de la qualité, voir, par exemple : Khan, op. cit., p. 101.

20    Lettre de Pierre Barraz, chargé d’affaires à Lagos, à la Division du commerce, 10.9, 9.10.1974. AFS, E2001(E)1988/16/919.

21    Voir : Déclaration de Berne (éd.) : Swiss Trading SA. La Suisse, le négoce et la malédiction des matières premières. Éditions d’en bas, Lausanne 2011, pp. 177-181. Déclaration de Berne : Swiss trader’s opaque deals in Nigeria, 2013. <http://www.bernedeclaration.ch/fileadmin/files/documents/Rohstoffe/BD-Nigeria-EN-20131101.pdf>. Consulté le 31.8.2014.

22    Voir : Margrit Müller : « Internationale Verflechtung ». In : Halbeisen, Müller, Veyrassat, op. cit., p. 398.

23    Stat. DGD.

24    Ces exceptions sont les « machines spécialisées pour l’industrie » (Danemark : 348’000 $, Suède : 324’000 $, Suisse : 275’000 $) et les matières plastiques (Autriche 202’000 $, Suisse 89’000 $). Secteur plus représentatif, celui des « machines en général sauf éléctriques » (Suisse : 2’377’000 $, Suède : 509’000 $, Autriche : 114’000 $). Extraits de statistiques de l’OCDE, fiche documentaire Nigeria, présence suisse et concurrence étrangère. AES, H XI 1b.

25    Lettre d’Andres à la Division du commerce, 31.7.1975. AFS, E7110(A)1986/24/113.

26    Voir : Müller, art. cit., pp. 364, 398. Albert Tanner : Das Schiffchen fliegt, die Maschine rauscht. Weber, Sticker und Fabrikanten in der Ostschweiz. Unionsverlag, Zürich 1985, pp. 203-205.

27    Lettres d’Andres à la Division du commerce, 31.7, 1.9.1975. AFS, E7110(A)1986/24/113.

28    Lettres de Rappard, ambassadeur de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 13.7, 21.9.1976. AFS, E7110(-)1987/20/107. Lettre de l’Union suisse des exportateurs de broderie à Moser, Division du commerce, 28.4.1977. Lettre de Jean-Daniel Biéler, chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 9.5.1977. AFS, E7110(-)1988/12/103.

29    Kapitalexport nach Entwicklungsländer 1945 bis Ende 1967. AFS, E2001(E)1980/83/188. Bott, Guex, Etemad, op. cit., p. 58.

30    Dossier C.41.152 Nigeria : Schw Kredite an Regierungen. AFS, E2001(E)-01(-)1991/17/995.

31    <www.chatextiles.com/english/aboutUs/history.html>, consulté le 12.12.2012.

32    Brochure de Grichting & Valterio, 26.1.2010. En ligne sous <www.gvlcs.com/liens/grichting.pdf>, consulté le 12.12.2012. Sur Gaskiya : Forrest 1994, op. cit., p. 203.

33    Ultrafin est alors dirigée par Carlo von Castelberg de Disentis. Annuaire suisse du registre du commerce, 1978.

34    Entretien téléphonique avec Carl Fingerhuth, 13.12.2012.

35    Obinna Nwanze : “Leaders Are Making Things Difficult in Nigeria -Njemanze”. In : Daily Champion, Lagos, 12.10.2009. Accès via <allafrica.com>.

36    Fingerhuth and Partners, Owerri and Zurich, Imo State Capital Owerri, Master Plan Report Phase I, 7.1976. AFS, E2200.168(-)1991/79/10. « N65m City Plan shelved ». Daily Times, 14.12.1977. Coupure conservée aux AFS, E7110(-)1988/12/104.

37    Lettre de Rieser à la Division du commerce, 6.2.1978. AFS, E2001(E)1988/16/919.

38    Entretien Fingerhuth.

39    Ibid. Lettre de Rieser à la Division du commerce, 6.2.1978. AFS, E2001(E)1988/16/919.

40    Lettres de Moser à l’ambassade de Suisse à Lagos, 6.9, 7.10.1975. AFS, E2200.168(-)1991/79/10.

41    Ces indemnités compensent l’attente excessive avant le déchargement. Selon le chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse Jean-Daniel Biéler, il s’agit d’environ 15’000 Sfr par jour et par bateau. Lettre à la Division du commerce, 4.11.1975. AFS, E7110(A)1986/24/113.

42    Falola, Heaton, op. cit., p. 187.

43    Selon la lettre d’Utex SA, Genève, à Moser, 20.5.1976. AFS, E7110(A)1987/20/107, 4.325 mio $ valent 1.8 mio Sfr.

44    Ibid.

45    Lettre de Moser à l’ambassade de Suisse à Lagos, 24.10.1975. AFS, E7110(A)1986/24/113. Id., 21.1.1976. AFS, E7110(A)1987/20/107.

46    Lettre d’Andres à la Division du commerce, 16.3.1976. Lettre de Biéler au DPF, 23.11.1976. AFS, E7110(A)1987/20/107. Note de Jürg Iselin, François Nordmann, DPF, 11.11.1977. AFS, E7110(-) 1988/12/104.

47    Lettres d’Andres au DPF, 30.7.1971 et du DPF au DMF, 20.11.1972. Décision du Conseil fédéral, 15.12.1972. AFS, E2001(E)1987/78/695.

48    Note du DPF, 20.12.1973. Lettre de Michael Gelzer, DPF, au DMF, 21.1.1974. AFS, E2001(E)1987/78/695.

49    Télégrammes du DPF et de Moser à l’ambassade de Suisse à Lagos, 4.5, 5.5.1977. Lettre de Biéler au DPF, 24.5.1977. AFS, E2001(E)-01(-)1991/17/993.

50    Lettre de Rieser au DPF, 8.12.1980. AFS, E2001(E)-01(-)1991/17/993.

51    Falola, Heaton, op. cit., p. 205.

52    Sur l’attitude constante du DMF, voir chapitre VII.1. Proposition de Georges-André Chevallaz, directeur du DMF, au Conseil fédéral, 5.3.1981. Décision, 25.3.1981. Autorisations d’exportation de matériel de guerre, 1981. AFS, E2001(E)-01(-)1991/17/993.

53    Note de l’ambassade de Suisse à Lagos, 18.9.1974. Lettre de l’ambassade de Suisse à Lagos à la Division du commerce, 16.8.1976. Coupure de presse non-identifée sur le contrat de Mobag, 1976. AFS, E2200.168(-) 1991/79/10. Sur Electrowatt, voir aussi : Daily Times, 7.8.1976.

54    Lettre de Biéler à l’entreprise de construction Harald Trutmann, Niedergösgen, 14.10.1976. AFS, E2200.168(-)1991/79/10. Lettre de Rappard à la Division du commerce, 26.10.1976. AFS, E7110(A)1987/20/107.

55    Lettre de Maschinenfabrik Rüti à la Société suisse des constructeurs de machines, 11.11.1976. Lettre de Sulzer à l’ambassade de Suisse à Lagos, 27.12.1976. AFS, E2200.168(-)1991/79/10.

56    Lettre de l’OSEC à von der Weid, 30.3.1978. AFS, E2001(E)1988/16/919. Lettre de von der Weid à l’OSEC, 30.10.1978. Circulaire de D. Piotet, OSEC, aux membres, 17.11.1978. AFS, E7110(-)1989/32/119. Rapport de l’OSEC, Lausanne, 12.6.1979. ACV, PP778/7/1. La liste des entreprises initialement annoncées vient de ce dernier document : Andre & Cie SA, Lausanne ; Applied Research Laboratories SA, Ecublens ; BBG Baumberger, Genève ; Cerberus AG, Männedorf ; Efimex SA, Genève ; Gerige SA, Lausanne ; Georg Fischer AG, Schaffhausen ; Oederlin & Co AG, Baden ; Werkzeugmaschinenfabrik Oerlikon-Bührle AG, Zurich ; Romag Roehren & Maschinen AG, Düdingen ; Schalcher & Partners, Zurich ; Sibra Management SA, Fribourg ; Gebrüder Sulzer AG, Winterthur. Du côté de l’OSEC, le directeur adjoint Michel de Schoulepnikov et le délégué pour le Nigeria Daniel Piotet sont du voyage.

57    Lettre de Biéler à la Division du commerce, 27.4.1976. AFS, E2200.168(-)1991/79/9.

58    Lettres de Moser à l’ambassade de Suisse à Lagos, 21.10, 5.11.1975. AFS, E2200.168(-)1991/79/10.

59    Paul Jolles est directeur de la Division du commerce. « Die Schweiz im Spannungsfeld der Welthandels-, Währungs- und Rohstoffprobleme », discours à l’assemblée des délégués du Vorort, Lausanne, 12.9.1975. Paul Jolles : Von der Handelspolitik zur Aussenwirtschaftspolitik. Ausgewählte Reden und Aufsätze. Verlag Stämpfli & Cie, Bern 1983, p. 36.

60    Voir chapitre VIII.3.

61    Guex 1998, art. cit., p. 163.

62    Dans les années 1960, la Lagos Chamber of Commerce est encore à majorité composée d’expatriés. Biersteker, op. cit., pp. 107, 199.

63    Télégramme de Real au DPF, 22.10.1970. AFS, E2001(E)1980/83/540.

64    Daily Times, 2.8.1976.

65    Daily Times, 15.8.1973.

66    Daily Times, 14.8, 15.8.1973.

67    12.9.1970.

68    Stephanie Decker : « Corporate Legitimacy and Advertising : British Companies and the Rhetoric of Development in West Africa, 1950-1970 ». In : Business History Review, n° 81, 2007, pp. 59-86.

69    Une exception est à signaler dans un mensuel tiré à 10’000 exemplaires : « Il y a 40 ans, nous commencions nos opérations au Nigeria. Ça a été dur, mais nous avons persévéré. Parce que nous avions une foi solide en ce pays que nous avions commencé à servir ». The People, juillet 1972. Parution attachée à la lettre du chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos au DPF, 25.10.1972. AFS, E2001(E)1987/78/694.

70    Daily Times, 15.8.1973.

71    Lettre d’Andres au DPF, 8.3.1976. AFS, E2001(E)1988/16/918.

72    Daily Times, 7.1.1979.

73    Employée au dépôt de riz du department store à Ibadan dans les dernières années précédant la fermeture, au tournant du 21e siècle, Abu Binta se souvient d’un manager expatrié reclu dans son bureau, qu’elle estimait Italien, ou d’un quelconque pays d’Europe. Selon elle, UTC était connue pour vendre des produits de qualité, mais pas en tant que firme suisse. Entretien, Ibadan, 24.10.2009. La plupart des Nigérians de la classe moyenne-supérieure rencontrés s’en souviennent dans les mêmes termes, soit un magasin européen, éventuellement britannique, avec une offre de qualité.

74    Il s’agit de Stamm Bauunternehmung AG Building & Civil Engineering Contractors, SBM Spaltenstein Baubetriebstechnik und Management, BBG Basler Baugesellschaft & Stehelin & Vischer AG Building & Civil Engineering Contractors. Lettre de Biéler au Ministry of Works and Housing, 18.6.1976. AFS, E2200.168(-)1991/79/10.

75    Entretien téléphonique avec Andreas Tischhauser, general manager d’Alumaco 1969-1975, 21.12.2011. Daily Times, 2.8, 19.8.1977. New Nigerian, 12.9, 4.10.1977.

76    Daily Times, 21.3.1975.

77    Entretien Tischhauser. New Nigerian, 12.7.1972.

78    Biersteker, op. cit., p. 230.

79    Programme d’ouverture de Nigalex, 2.91975. AFS, E2200.168(-)1991/79/12.

80    Pièces d’aluminium rondes et compactes.

81    Les actionnaires sont : Alusuisse ; UTC ; Nigerian Industrial Development Bank Limited ; National Insurance Corporation of Nigeria Limited ; Great Nigeria Insurance Company Limited ; International Finance Corporation, Washington et Société Internationale Financière pour les Investissements et le Développement en Afrique [SIFIDA], Luxembourg. Programme d’ouverture de Nigalex, 2.91975. AFS, E2200.168(-)1991/79/12.

82    Entretien téléphonique avec Max Locher, general manager Nigalex 1973-1977, 26.1.2012.

83    Rapports annuels de Panalpina, 1970-1980. AES, Verkehr A131.

84    Le taux de change n’est pas connu, mais trois ans plus tard, 1 mio N. vaut 4 mio Sfr. Lettre de P. C. Hartwell à J. Daniel, 4.10.1976. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria 1974-1976.

85    Rapport annuel de Panalpina, 1970. AES, Verkehr A131. Lettre de Pierre Barraz, chargé d’affaires à l’ambassade de Suisse à Lagos, à la Division du commerce, 4.2.1974. AFS, E7110(A)1985/91/102. Leventina. Revue d’Entreprise. Compagnie Suisse de Navigation SA, Panalpina Transports Mondiaux SA et maisons affiliées, décembre 1973. AES, Zo 384.

86    Karl Lüönd : Moving Forward. Das Panalpina Buch. Panalpina Welttransport AG, Basel 2004, p. 40.

87    New Nigerian, 4.8.1972. Sur les entreprises de la famille Dantata, voir : Forrest 1994, op. cit., pp. 205-209.

88    Lüönd, op. cit., pp. 39-40.

89    Id., p. 45

90    Tagesanzeiger, 14.9.2008. Bloomberg News, 11.5.2010, <bloomberg.com/news/2010-11-05/shell-bribes-among-culture-of-corruption-panalpina-admits.html>, consulté le 15.10.2012. NZZ, 6.11.2010.

91    Lettre de l’ambassade à Lagos à la Division du commerce, 14.1.1971. AFS, E2001(E)1982/58/443.

92    Lettre d’Andres à la Division du commerce, 2.5.1973. AFS, E7110(A)1984/70/106.

93    Lettre de l’ambassade à Lagos à la Division du commerce, 14.1.1971. AFS, E2001(E)1982/58/443.

94    Lettre de Moser à l’ambassade à Lagos, 15.3.1974. Réponse, 5.4.1974. AFS, E7110(A)1985/97/102.

95    Biersteker, op. cit., p. 12.

96    Lettre de Moser à l’ambassade à Lagos, 15.3.1974. AFS, E7110(A)1985/97/102.

97    Voir chapitre II.2.

98    Lettre d’Andres à la Division du commerce, 26.2.1974. AFS, E7110(A)1985/97/102.

99    Pour la liste des acquisitions du groupe Ibru dans les années 1970 : Forrest 1994, op. cit., p. 134.

100  Lettre d’Andres à la Division du commerce, 2.5.1973. AFS, E7110(A)1984/70/106.

101  Il s’agit de 83 % des 200 entreprises sondées par Biersteker, op. cit., p. 230.

102  Note de l’ambassade de Suisse à Lagos, 3.2.1976. Lettre de Rappard à la Division du commerce, 21.9.1976. Lettre de R. Leuenberger, Associated Companies for Civil Engineering and Buildings, Solothurn, à la Division du commerce, 22.11.1976. AFS, E2200.168(-)1991/79/10.

103  Lettre de Barraz à la Division du commerce, 4.2.1974. AFS, E7110(A)1985/91/102.

104  Rapport de visite au Nigeria, 11.-12.9.1978. Auteur non-identifié, 20.9.1978. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

105  Note de R. Ley, finances, à G. J. Gogniat, 18.5.1979. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

106  « Il y a 10 ans, les marchés anglophones représentaient un chiffre d’affaires d’environ 20 mios avec un profit inférieur à 2 mios Sfr. Si nous condidérons plus particulièrement le Nigeria, le chiffre d’affaires a été de l’ordre de 5 mios et le profit d’environ 550’000 Sfr ». Note à J. Daniel, 29.10.1975. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

107  Contrôle opérationnel zone 5, 1977-1980, Long term plan, 31.5.1977. Note du Comité du conseil, 6.3.1979. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

108  Nestlé Gazette, n° 3, juin 1987. CH AHN NES.

109  Note du Planning général, 21.10.1975. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

110  Voir : chapitre V.1.

111  Contrôle opérationnel zone 5, 1977-1980. Long term plan, 31.5.1977. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

112  Note de H. Thiemann à Fürer, C. L. Angst, A. Gabus, 10.12.1979. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

113  Bulletin Nestlé, n° 4, 1982. CH AHN NES.

114  Chiffre d’affaires visé pour 1966 : 227’000 £, 1967 : 330’000 £, 1968 : 450’000 £, 1969 : 540’000 £, 1970 : 600’000 £. Lettre de Paternot à Enrico Bignami, administrateur délégué, 18.10.1965. Lettre de Joseph Rivollet, directeur, à Pierre Liotard-Vogt, administrateur délégué, 31.8.1970. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

115  1. Nestlé’s Holdings Ltd : 750’000 N, 2. Ado Ibrahim Investments & Properties Ltd : 175’000 N, 3. M. A. Onigbinde : 60’000 N, 4. S. Dankaro : 50’000 N, 5. Domino Stores Ltd : 35’000 N, 6. Ekwenibe & Sons Trading Co Ltd : 32’500 N, 7. Linkup Investments Ltd : 30’000 N, 8. United Food Distributors Ltd : 25’000 N, 9. I. Rabiu : 24’000 N, 10. Alhaji L. Popoola : 12’500 N, 11. Alhaji Sani Kabara : 12’500 N, 12. Alhaji A. A. Garba : 12’500 N, 13. Alhaji Isiaku Tailor : 10’000 N, 14. O. Osunkeye : 9’500 N, 15. Alhaji Sifiyano Madugu : 7’500, 16. Alhaji A. S. Mai Bargo [non disponible]. Rapport de visite de P. Morier-Genoud à Lagos, 29.4-2.5.1975. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

116  Communication interne de A. Jost, Département juridique, 6.2.1975. Lettre et de P. C. Hartwell à Daniel, 4.10.1976. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

117  Lettres de Jost à Daniel, 15.7, Hartwell à Daniel, 4.10, Daniel à Arthur Fürer, délégué du conseil d’administration Nestlé, 4.11.1976. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

118  Lettre de Villard à H. Schuler, 3.5.1976. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

119  Lettre de Nicole à Daniel, 28.2.1977. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

120  Note de Daniel à Fürer, 16.6.1977. Lettres de R. de Siebenthal à Direction régionale I, 20.9.1977, de Daniel à Fürer, 2.12.1977. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

121  Lettre de Daniel à H. E. Schuler, 15.1.1979. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

122  Note de J. Rivollet à P. Liotard-Vogt, 7.6.1974. Lettre de Hartwell à Nicole, 7.12.1976. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

123  Lettres de Hartwell à Nicole, 7.12.1976, Daniel à Fürer, 2.12.1977. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

124  Lettres de Nicole à Hartwell, 27.1.1978, Daniel à Fürer, 14.7, 24.7, 27.7.1978. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

125  Lettre de Daniel à Fürer, 2.12.1977. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

126  Id., 15.6.1978. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

127  Voir : chapitre V.1 et Fry, op. cit., pp. 220-222.

128  Lettre de Daniel à Fürer, 27.7.1978. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

129  Note à H. Schultess, 19.1.1973. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

130  Lettre de Hartwell à Downing, 15.12.1971. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria

131  Rapport de visite au Nigeria de F. Jolliet, 3.6.1977. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

132  Lettre de Fürer à Daniel, 18.8.1977. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

133  Ibid. Voir, aussi : Bulletin Nestlé n° 4, 1982. CH AHN NES. Blog d’Olusegun Oladipo Osunkeye, note autobiographique postée le 2.10.2011. <olusegunoladipo.blogspot.com>, consulté le 30.10.2012.

134  Fact Book on FSN Food Industry Project Agbara, version mars 1979. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

135  Rapport de R. Décosterd, 7.5.1977. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

136  Ibid.

137  Rapport de visite au Nigeria, 11-12.9.1978. Auteur non-identifié, 20.9.1978. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

138  Entretien M. Locher.

139  Lettre d’Aloïs von Reding à Daniel, rapport de visite en Côte d’Ivoire et au Nigeria, 28.4-5.5.1976. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

140  Voir : p. 271. Falola, Heaton, op. cit., p. 187.

141  Rapport de visite au Nigeria de R.D. Wenger, 30.5-8.6.1975. Lettre de F. Wolf, Transports AIM, à Daniel, 20.2.1976. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

142  Note à Daniel, 29.10.1975. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

143  Rapport de visite au Nigeria de R. D. Wenger, 30.5-8.6.1975. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

144  Lettre de Norris à Daniel, 25.9.1975. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

145  Ibid.

146  Rapport de visite au Nigeria de R. D. Wenger, 30.5-8.6.1975. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

147  Rapport de visite au Nigeria de M. R. Krafft, 20.4-26.4.1977, 14.6.1977. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

148  Bulletin Nestlé, n° 3, 1970. CH AHN NES.

149  Annual conference of the Grand council of the professional association of trained nurses. Rapport de visite de J. Mermoud au Ghana et Nigeria, 16-30.10.1973. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

150  Voir : Groupe de travail tiers monde de Berne : Nestlé contre les bébés ? Traduit de l’Allemand par Patrick Démerin, Maspero, Paris 1978 [Rowohlt, Reinbek bei Hamburg 1976], pp. 139-148.

151  Andy Chetley : The baby killer scandal. War on Want, London 1979, pp. 38, 59.

152  Voir : Kalt, op. cit., pp. 400-489.

153  Pas plus de précisions connues sur ce point. Chetley, op. cit., p. 61.

154  Rapport de visite au Nigeria, 11-12.9.1978. Auteur non-identifié, 20.9.1978. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

155  Rapport de visite de Büsser à Lagos, 24-30.10.1978. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

156  Note à Daniel, 29.10.1975. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

157  855’000 N au taux de mai 1979, 1.5 mio N = 4 mio Sfr. Lettre de P. Messerli à H. Herzig, 28.5.1979. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

158  Long term plan 1977-1980. Contrôle opérationnel zone 5, 31.5.1977. Lettre de K. Fleischhacker, Assistance marketing zone 5, à Hartwell, 11.7.1978. Rapport de visite au Nigeria, 20.9.1978. Note du Comité du conseil, 6.3.1979. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

159  Lettre de Daniel à A. R. Von Reding, 14.1.1976. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

160  Lettres de Daniel à C. L. Angst, 29.8.1977 et à H. E. Schuler, 15.1.1979. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

161  Note de Daniel à J. Mauron, 5.2.1979. CH AHN NES C1.5/3260 Nigeria.

162  Ibid.

163  Voir : Al Imfeld : « Magie und Macht des Maggiwürfels. Nestlé in Westafrika ». In : WochenZeitung, Erklärung von Bern (Hg.) : Besichtigung der Hinterhöfe. Rotpunktverlag, Zürich 1989, pp. 203-216. L’Hebdo, n° 19, 7.5.1986.