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Les Incertitudes de la présence

Identités narratives et expérience sensible dans la littérature contemporaine de langue française- Algérie-France-Québec

Daniel Marcheix

Les parcours identitaires fictifs que donnent à lire de nombreux récits contemporains se nourrissent de leur ancrage dans la phénoménalité du sensible. Cet ouvrage est consacré à l’étude de cette corrélation, aux modalités de sa mise en discours et à ses effets en termes de signification. Les œuvres analysées sont algériennes, françaises, québécoises et appartiennent donc à la littérature de langue française considérée en extension, sans les insidieuses hiérarchisations dont est trop souvent porteuse la notion de littérature francophone. L’auteur y examine les opérations énonciatives et narratives par lesquelles se déploient les expériences sensibles de personnages qui sont d’abord et avant tout des corps sentants et percevants. Puis il montre comment de ces modes de présence au monde sensible surgissent des formes de vie qui sont précisément les manifestations signifiantes d’identités conçues comme des effets induits par les ressources formelles des textes.

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7. Pierre Bergounioux et l’expérience paysagère 111

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7. Pierre Bergounioux et l’expérience paysagère Si l’on en croit Richard Millet, «on peut dater la fin de la littérature du moment où elle a cessé de prendre en charge le paysage» (2008: 91). Par la place considérable qu’elle accorde à l’espace en général et au paysage en particulier, parfois même jusque dans ses titres, l’œuvre de Pierre Bergounioux tend à prouver que cette fin n’est pas encore survenue. La notion de paysage, on le sait, tout infusée de l’étymologie de la lexie, païs, ne doit pas se confondre avec celle de pays: comme le rappelle Mi- chel Collot «le propre du paysage est de se présenter toujours-déjà comme une configuration du «pays»» (2005: 12) et de «débord[er] […] toute localisation géographique et tout ancrage biographique» (ibid.: 13). Très loin donc d’être seulement un décor, le paysage limousin évoqué par Bergounioux suggère un «pâtir» (1996c: 20) qui se nourrit d’un éprouvé sensible. C’est en effet dans la relation perceptive et proprio- ceptive qu’il entretient avec le paysage que le personnage-narrateur de plusieurs de ses textes «méditatifs»1, mis en scène sous la forme d’un «je» lyrique autofictif, fait l’expérience de sa fragilité, de son impuis- sance à conquérir une présence pleine. Pour examiner cette hypothèse qui, bien au-delà de la simple inscription spatiale, engage une ontologie, nous nous intéresserons prioritairement à cinq textes publiés entre 1994...

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