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Dé«kant»ations

Fonctions idéologiques du kantisme dans le XIX e siècle français

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Jean Bonnet

Le kantisme français du XIX e siècle est à la fois un corpus savant, un carrefour d’idées et une doctrine politique attrape-tout. Cette plasticité lui a permis de prendre place au cœur de l’imaginaire collectif : Renouvier ne lisait-il pas Les Misérables comme une Critique de la raison pratique mise en roman ?
Le kantisme est un aspect central de la naturalisation de la pensée allemande en France. Il a contribué à l’hybridation de la culture française. Les Français ont appris de Kant à désarmer leurs guerres civiles et, en acclimatant le criticisme, ils ont dessiné les figures d’une civilité « cosmopolitique » et d’une laïcité morale transmises par l’école.
Le kantisme est le résultat de décantations complexes qui ont enrichi le plancton de la modernité française. L’auteur analyse le public kantien dans sa diversité, ainsi que l’entrée en scène d’une intelligentsia qui, au-delà des professeurs de philosophie, a peu à peu inclus les classes moyennes instruites.

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Première partie - Chroniques – les saisons du kantisme français

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Première partie Chroniques – les saisons du kantisme français I. Le kantisme de l’effervescence révolutionnaire 1. Un kantien virtuel: Sieyès (1748-1836) En Allemagne Kant passe en 1795 pour un partisan de la Révolution. Le Souabe Reinhard, ministre plénipotentiaire de la République à Hambourg, signale la création de «clubs kantiens» dans le nord hanséatique. Il écrit à son directeur Delacroix: «les noms d’ami de la philosophie de Kant et d’ami de la liberté sont aujourd’hui synonymes1». Le 1er janvier 1796, Sieyès rencontre Karl Theremin, «nouveau citoyen français» – nommé Charles Théremin depuis qu’il est chef de bureau au Comité de salut pu- blic. Il vient de prendre connaissance de la traduction par Reinhard du traité Sur la paix perpétuelle. L’idée que l’Europe gagnerait à être gouver- née par des philosophes le séduit, alors que pour Kant l’utopie du roi phi- losophe est un cauchemar, tant le pouvoir corrompt le libre exercice de la raison. Les interlocuteurs s’accordent néanmoins sur une évidence: en la personne de Kant, la Révolution a trouvé son philosophe, sinon son «com- plément». C’est ce que Théremin écrit à son frère Anton Ludwig, pasteur à Memel, en le priant d’intervenir auprès de Kant afin de préparer une rencontre avec Sieyès2. Les deux frères sont de lointaine ascendance hugue- note. Anton écrit effectivement au philosophe le 6 février 1796, et celui-ci lui répond prudemment le 9 mars: «je peux...

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