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L’histoire anthropométrique

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Laurent Heyberger

L’histoire anthropométrique vient de fêter ses trente ans. Pourtant jusqu’ici aucun ouvrage de synthèse n’avait dressé le bilan de ce champ de recherche fécond, à la croisée de l’histoire, de l’économie et des sciences du vivant. Or, après les études pionnières menées sur l’Europe et les Etats-Unis, l’accélération récente des découvertes concernant l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud rendait une telle synthèse indispensable. En effet, en considérant la stature moyenne comme un indice de nutrition nette, l’histoire anthropométrique permet de reconstituer une des dimensions essentielles de l’évolution des niveaux de vie dans la longue durée. Cet ouvrage présente de manière critique et pédagogique les fondements méthodologiques et théoriques de l’histoire anthropométrique. Il constitue une synthèse inédite de travaux historiques, mais aussi médicaux et biologiques qui vient éclairer d’un jour nouveau de grandes questions d’histoire telles que les coûts humains de la révolution industrielle et de l’intégration au marché (XVIIIe-XIXe siècles), des totalitarismes du XXe siècle ou encore de la colonisation (XIXe-XXe siècles).

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1. La stature et les autres indices économiques et démographiques - 7

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1. La stature et les autres indices économiques et démographiques 1.1 Stature, société et génétique Autrefois comme aujourd’hui, les différences de stature entre individus issus d’un même groupe social sont très majoritairement causées par la génétique [McEvoy et Visscher, 2009]. Il est couramment admis que la distribution de la taille suit une loi normale, appelée également gaussienne. La variance, la dispersion des individus autour de la moyenne, est une question biologique: on estime couramment que la composante génétique explique 80 % de la variation totale de la taille [McEvoy et Visscher, 2009, voir encadré 2]. Dès le XIXe siècle, la question de l’hérédité de la taille constitue un objet d’interrogation pour les statisticiens, dont Francis Galton, fondateur du mouvement eugéniste. Galton a trahi la pensée de son illustre cousin, Charles Darwin, en avançant l’idée d’un darwinisme social auquel Darwin vieillissant n’a cessé de s’opposer. En statistique, Galton est à l’origine de la droite des moindres carrés, appelée par son inventeur droite de régression car Galton croit avoir découvert que la taille des enfants britanniques ré- gresse vers la moyenne par rapport à celle de leurs parents [Desrosières, 2002]. Il y aurait donc dégénérescence de la race. On voit bien là la marque d’une époque. Les élites de la fin du XIXe siècle sont obsédées par l’idée d’une d...

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