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Aux sources féeriques du Conte du Graal

Peronnik l’idiot et Perceval le nice

Isolde Crahay

En 1845, dans Le Foyer breton, recueil de traditions populaires, E. Souvestre publia Peronnik l’idiot, l’estimant apparenté au Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Mais le caractère composite du récit armoricain, pourtant banal en littérature orale, a occulté son appartenance à un conte type répertorié dont le héros a la réputation d’être idiot.
La comparaison serrée entre les quatre récits médiévaux narrant l’aventure initiale de Perceval démontre que ce conte type – d’où vient aussi Peronnik l’idiot – est la source du tout premier noyau du Conte du Graal. En démêlant pour chaque motif du récit breton l’hérité et l’ajouté, l’étude découvre de surprenants archaïsmes, transmis par Souvestre à son insu, et réhabilite recueil et conte, riches d’éléments anciens méconnus, rares et précieux. L’exposition progressive des indices détectés et des étapes du raisonnement invite le lecteur à partager avec l’auteur le passionnant chemin de la découverte.
Chrétien maîtrisait visiblement l’art d’adapter ses sources à son projet : l’analyse de ses détournements créateurs éclaire à merveille la naissance de cette œuvre mythique, nous donnant de nouvelles raisons de l’admirer.

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1Introduction Des variantes celtiques de thèmes universellement populaires, telles paraissent être, en dernière analyse, les données essentielles de la légende de Perceval. E. Muret A la lecture du Foyer breton, recueil de contes populaires armori- cains publié par Emile Souvestre en 1845, quel lecteur un peu averti de littérature médiévale ne serait frappé des ressemblances entre le récit Peronnik l’idiot1 et la légende du Graal : un « Simple » conquiert, en pénétrant dans un château inaccessible, deux objets merveilleux, la lance qui tue et le bassin qui procure tous les biens, jusqu’à ressusci- ter les morts. Plus tard, le héros deviendra roi et chef de lignée. Quelque abîme qu’il y ait entre ce conte d’une vingtaine de pages et le texte si nuancé de Chrétien de Troyes – sans parler des milliers de vers de ses Continuateurs –, une pareille coïncidence mérite un véritable examen. Elle est du plus grand intérêt, suggérant une ori- gine possible de la légende, lance et bassin étant complémentaires, l’une ôtant la vie, l’autre la redonnant, comme, dans plus d’un conte populaire, l’eau de la mort et l’eau de la vie. De fait, ce texte a bien attiré depuis longtemps l’attention de cer- tains érudits, particulièrement les Autrichiens. Richard Heinzel (1872, p. 393) fut le premier à prendre le conte de Souvestre au sérieux ; à son tour, Léopold Schroeder (1910, p. 98) le citait...

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