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Aux sources féeriques du Conte du Graal

Peronnik l’idiot et Perceval le nice

Isolde Crahay

En 1845, dans Le Foyer breton, recueil de traditions populaires, E. Souvestre publia Peronnik l’idiot, l’estimant apparenté au Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Mais le caractère composite du récit armoricain, pourtant banal en littérature orale, a occulté son appartenance à un conte type répertorié dont le héros a la réputation d’être idiot.
La comparaison serrée entre les quatre récits médiévaux narrant l’aventure initiale de Perceval démontre que ce conte type – d’où vient aussi Peronnik l’idiot – est la source du tout premier noyau du Conte du Graal. En démêlant pour chaque motif du récit breton l’hérité et l’ajouté, l’étude découvre de surprenants archaïsmes, transmis par Souvestre à son insu, et réhabilite recueil et conte, riches d’éléments anciens méconnus, rares et précieux. L’exposition progressive des indices détectés et des étapes du raisonnement invite le lecteur à partager avec l’auteur le passionnant chemin de la découverte.
Chrétien maîtrisait visiblement l’art d’adapter ses sources à son projet : l’analyse de ses détournements créateurs éclaire à merveille la naissance de cette œuvre mythique, nous donnant de nouvelles raisons de l’admirer.

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Conclusion 327

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327 Conclusion Celui « qui a étudié des traditions populaires, contes ou légendes, dont l’écriture n’a recueilli que la plus infime partie, a parfaitement raison de soutenir qu’il a existé une multitude de rédactions (orales) perdues de ces contes ; il a le droit et le devoir, en usant des procédés de la comparaison, de restituer l’état ancien d’un conte ou d’une légende » (Ferdinand Lot, Etude sur le Lancelot). Nous nous étions demandé au début de cette investigation si Peronnik l’idiot était une invention plus ou moins arbitraire, sans rapport ori- ginel avec l’histoire de Perceval, ou si ce récit contenait des vestiges authentiques en relation avec la légende du Graal. 1. Authenticité du conte 1.1 L’hypothèse et ses résultats Souvestre, conscient de certains rapports de son conte avec la lé- gende, a eu tendance à les souligner ostensiblement, mais rien ne prouve qu’il les ait inventés pour autant. Aussi, étant donné la suspi- cion dont il était l’objet, avons-nous recherché s’il existait des rela- tions qu’il ne pouvait avoir soupçonnées, des liens cachés mais so- lides entre les formes les plus anciennes de la légende et les contes auxquels le sien semblait s’apparenter. Ce détour, destiné à une démonstration bien précise, s’est révélé très fructueux, le résultat obtenu sur ce point dépassant largement en intérêt le propos initial, si, comme nous le pensons, la m...

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