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Les Sourds : aux origines d’une identité plurielle

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Edited By Charles Gaucher and Stéphane Vibert

Les différences qui émergent des quêtes identitaires contemporaines accentuent, dans un mouvement antagoniste de repli corporatiste et de reconnaissance de la pluralité du social, le sentiment que l’identité moderne se fragmente en une constellation de possibles. L’identité sourde fait partie de cette constellation. Elle découle de conceptions qui dépassent le simple intérêt catégoriel pour faire jaillir une communauté de sens. Ainsi, pour plusieurs personnes se reconnaissant dans cette identité, la condition qui les unit est d’abord articulée à partir d’un attachement collectif à une culture spécifique, et surtout, à une langue qui leur est propre. Bien sûr, ce déplacement du stigmate ne s’effectue pas dans l’oubli des dénominations et des traitements antérieurs concernant la surdité et doit composer avec la sédimentation des représentations sociales ayant investi la surdité comme caractéristique identitaire.
Les Sourds interrogent définitivement les nouvelles formes du lien social mettant en scène des spécificités qui s’expriment comme différences émancipatrices. Un ouvrage de référence en la matière est le bienvenu à une époque où plusieurs penseurs, mais aussi acteurs du monde de l’éducation et de la réadaptation, s’interrogent sur cette différence, mais aussi sur la différence en général comme vecteur d’identification.

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Les fondements de l'identité sourde (Charles Gaucher) 45

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Les fondements de l'identite sourde Charles GAUCHER, Ph.D. Professeur ä l'Ecole de travail social, Universite de Moncton Qu'est-ce que l'identite sourde ? Voilä une question qui a ete victime de differents types de reductionnisme : scientistes et communautaristes. L'un de ces reductionnismes, voulant que la surdite soit une pathologie ä corriger, a domine l'evolution des representations expertes ä l'egard de cette difference ; evolution qui a fait passer les personnes sourdes du registre de la folie ä celui de la deficience auditive. La biomedecine et certaines approches de la readaptation ont ainsi cloisonne l'experience des personnes sourdes en raison de leur ecart quant ä une integrite physique souvent bien plus imaginee qu'objectivement verifiable. La raison instrumentale comme projet salvateur des populations « dimi- nuees » par leur difference a pleinement joue son röle aupres de l'iden- tite sourde : le stigmate a colle au corps sourd jusque dans son essence. Coup de theätre ou simple effet de systeme, ces « diminues » ont decide, en bons modernes qu'ils etaient, de se produire dans le monde. Cette production, loin d'etre une critique radicale des processus de stig- matisation de leur difference, s'est plutöt realisee par contre-reduction- nisme. En Opposition au cloisonnement que la notion de deficient auditif impose, la langue des signes s'est instituee en nouvelle norme. Ce contre-reductionnisme s'exprime souvent ä partir d'une ethnicite refoulee par l'oppression des « entendants », peuple qui ne se connait pas, mais qui figure dans les mythologies sourdes comme forme d'alte- rite ontologique. L'identite sourde qui emerge de ce reductionnisme n'est pas exempte de contraintes, dans le...

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