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Les Sourds : aux origines d’une identité plurielle

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Edited By Charles Gaucher and Stéphane Vibert

Les différences qui émergent des quêtes identitaires contemporaines accentuent, dans un mouvement antagoniste de repli corporatiste et de reconnaissance de la pluralité du social, le sentiment que l’identité moderne se fragmente en une constellation de possibles. L’identité sourde fait partie de cette constellation. Elle découle de conceptions qui dépassent le simple intérêt catégoriel pour faire jaillir une communauté de sens. Ainsi, pour plusieurs personnes se reconnaissant dans cette identité, la condition qui les unit est d’abord articulée à partir d’un attachement collectif à une culture spécifique, et surtout, à une langue qui leur est propre. Bien sûr, ce déplacement du stigmate ne s’effectue pas dans l’oubli des dénominations et des traitements antérieurs concernant la surdité et doit composer avec la sédimentation des représentations sociales ayant investi la surdité comme caractéristique identitaire.
Les Sourds interrogent définitivement les nouvelles formes du lien social mettant en scène des spécificités qui s’expriment comme différences émancipatrices. Un ouvrage de référence en la matière est le bienvenu à une époque où plusieurs penseurs, mais aussi acteurs du monde de l’éducation et de la réadaptation, s’interrogent sur cette différence, mais aussi sur la différence en général comme vecteur d’identification.

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Qui sont les sourds ? (Andrea Benvenuto) 85

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Qui sont les sourds ? Andrea BENVENUTO Philosophe, Laboratoire d'etudes et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie ä l'Universite Paris 8 Vincennes (Saint-Denis, France) I. Introduction La question « Qui sont les sourds ? » nous place au cceur du debat identitaire. Or, definir qui nous sommes revient ä dessiner la frontiere entre soi et autrui. Tout discours identitaire produit de I'exclusion : il faut se reconnaitre entre pairs, il faut trouver les symboles et les mots pour se designer et ainsi distinguer le « nous » des « autres ». Le « nous » designe tout ce que les « autres » ne sont pas. Si I'on se contente de repondre ä la question « Qui sont les sourds ? » par l'assimi- lation des « autres » aux entendants, on est loin de saisir les enjeux veritables. Parmi les sourds, on retrouve aussi le « nous » et les « autres ». Le clivage entre « oralistes » et « signeurs » ne fait que cari- caturer l'identite des sourds et leurs modes de vie, sujets autrement plus complexes que ceux que les discours politiques, associatifs et autres, ont l'habitude de traiter'. Car, si on approche l'identite par la perspective qui fait d'elle un contenant dont le contenu ne cesse de changer, est-il possible d'isoler des invariants tels que I'utilisation d'une langue, le partage d'une culture, I'usage du corps, definissant le moule dans lequel l'identite se coulera ? Ces invariants ne dessinent-ils pas plut6t un vaste territoire qu'on appellera provisoirement identite, qui n'a de sens que si on I'explore en rapportant ces invariants aux hommes qui l'habitent ? Dans le questionnement initial, nous posons d'entree de...

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