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Stéréotype et lecture

Essai sur la réception littéraire

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Jean-Louis Dufays

Le rôle fondamental joué dans l’acte de lecture par les divers niveaux de stéréotypie disponibles dans la mémoire collective avait déjà été évoqué maintes fois au cours du XX e siècle, mais l’étude systématique de leur impact dans la compréhension, l’interprétation et l’évaluation des textes littéraires restait à entreprendre. C’est à cette tâche que s’est attelé J.-L. Dufays. Passant en revue les codes de la lecture, les phases de son déroulement et les diverses modalisations dont le sens peut faire l’objet, il montre que tout lecteur se meut dans un jeu de reconnaissance et d’ignorance, de participation et de distanciation à l’égard des stéréotypes du texte, et il suggère que l’exploitation maximale de ces tensions pourrait constituer la forme la plus aboutie de la réception littéraire. La partie majeure de l’étude, qui concerne les modes d’énonciation et les effets de lecture auxquels les stéréotypes se prêtent, montre que c’est toute la logique de l’analyse littéraire et toute l’historicité de la littérature qui se trouvent renouvelées par la prise en compte de cette problématique.
Éclairant dans ses synthèses, pointu dans ses analyses, cet ouvrage ambitieux effectue nombre de mises au point dont nulle théorie de la lecture et de la littérature ne peut faire l’économie. Publié pour la première fois en 1994, il fait l’objet d’ici d’une deuxième édition actualisée.

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Introduction 17

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17 Introduction À l’origine de cet ouvrage1, il y avait deux préoccupations. La pre- mière concernait la théorie de la lecture. Comme beaucoup de cher- cheurs, j’étais fasciné par l’actuelle prolifération des modèles théoriques centrés sur la lecture. De l’esthétique de la réception de Jauss à l’esthétique de l’effet d’Iser en passant par la rhétorique de la lecture de Charles, la théorie de Riffaterre sur la « production du texte », la sémio- tique cognitive de Van Dijk, la sémiotique de la « coopération interpré- tative » d’Eco, les sociologies de la lecture d’Escarpit, de Leenhardt, de Lafarge, la théorie de la « lecture comme jeu » de Picard, ces quinze dernières années ont été le lieu d’un remarquable foisonnement de travaux qui convergent au moins sur un point : pratiquement tout le monde s’accorde désormais à dire que le sens d’un texte n’existe que pour et par sa lecture et que les opérations qu’effectue le lecteur impor- tent autant que les contenus et les formes supposés du texte. J’étais cependant décontenancé par la diversité des modèles proposés et par la haute sophistication de nombre d’entre eux. Les théories de la lecture se présentaient comme un maquis de systèmes complexes et hétérogènes dont les interconnexions étaient souvent peu aisées à perce- voir. Il y avait là, me semblait-il, matière à un vaste travail de synthèse et...

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