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L’idéolecte des romancières tunisiennes de graphie française

Stratégies linguistiques et stylistiques au service de l’expression identitaire

Rossana Curreri

Pour suppléer à la tendance dominante de faire de la littérature maghrébine francophone un réceptacle unitaire, l’auteure se propose de saisir des traits ou des traces récurrentes dans un espace national défini.
Contribution originale au confluent des études linguistiques et des études littéraires, cet ouvrage cerne le discours collectif des romancières tunisiennes musulmanes de graphie française dès 1975 à nos jours par une méthode d’analyse (trans)textuelle. La nouveauté de la démarche proposée consiste à décrire l’idéolecte de ces écrivaines en prenant à témoins les modèles discursifs de l’oralité et de l’écriture, les figures de rhétorique récurrentes telles que l’allégorie, l’antonomase et l’oxymore, les lieux les plus fortement marqués idéologiquement, que ce soit le politique ou le religieux, et le réceptacle naturel où l’idéologie du texte est synthétisée, voire le titre.

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CHAPITRE I - Les chances du bilinguisme en Tunisie 15

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15 CHAPITRE I Les chances du bilinguisme en Tunisie Née d’un paradoxe, la littérature maghrébine de graphie française s’est constituée à partir des années 1950 et 1960, à l’époque des luttes pour l’indépendance des pays du Maghreb : tout en s’exprimant dans la langue du colonisateur, elle s’est d’abord affirmée comme un moyen de combat, s’engageant dans la révélation des spécificités arabes ou maghrébines afin de manifester une identité propre. Il convient néan- moins de souligner certaines différences marquant la littérature de ces trois nations du Maghreb. En Algérie, on a interdit l’enseignement de l’arabe à l’école pendant la colonisation française (1830-1961). Le français est ainsi devenu la seule langue d’écriture de la majorité des intellectuels, qu’ils soient d’origine arabe ou kabyle. La formation de quelques générations ne possédant que le français comme véhicule d’écriture et de lecture explique probablement l’épanouissement d’une copieuse littérature algé- rienne francophone. Après l’indépendance, l’arabisation n’a pas donné naissance à une importante littérature d’expression arabe et la création littéraire en Algérie est restée massivement, en nombre et en qualité, de langue française. En fait, l’arabisation a rencontré des difficultés dues au clivage entre l’arabe classique et l’arabe populaire : « […] Certains auteurs refusèrent cet arabe classique, résidu sclérosé de la société précoloniale, très marqué par la...

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