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L’idéolecte des romancières tunisiennes de graphie française

Stratégies linguistiques et stylistiques au service de l’expression identitaire

Rossana Curreri

Pour suppléer à la tendance dominante de faire de la littérature maghrébine francophone un réceptacle unitaire, l’auteure se propose de saisir des traits ou des traces récurrentes dans un espace national défini.
Contribution originale au confluent des études linguistiques et des études littéraires, cet ouvrage cerne le discours collectif des romancières tunisiennes musulmanes de graphie française dès 1975 à nos jours par une méthode d’analyse (trans)textuelle. La nouveauté de la démarche proposée consiste à décrire l’idéolecte de ces écrivaines en prenant à témoins les modèles discursifs de l’oralité et de l’écriture, les figures de rhétorique récurrentes telles que l’allégorie, l’antonomase et l’oxymore, les lieux les plus fortement marqués idéologiquement, que ce soit le politique ou le religieux, et le réceptacle naturel où l’idéologie du texte est synthétisée, voire le titre.

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CHAPITRE V - L’ethos religieux 127

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127 CHAPITRE V L’ethos religieux Étant donné que « Croyants ou non, les écrivains portent en eux ce surmoi totalisant qu’est la religion identifiée à la nationalité, surmoi unifiant intériorisé par l’éducation et la culture reçues »1, il est incontournable, afin de cerner l’idéolecte des romancières tunisiennes musulmanes de graphie française, d’étudier leur expression du sentiment religieux, ce que Jean Déjeux définit comme « la religion (musulmane, pour la grande majorité des écrivains) avec la foi spécifique, les institu- tions, les rites, les valeurs morales, de même que les pratiques non cano- niques populaires »2. Les romans de notre corpus sont souvent émaillés de références, plus ou moins explicites, à la religion vécue, aux pratiques cultuelles, en tous cas à une dimension de transcendance, comme nous avons déjà pu le constater lorsque nous avons analysé les expressions figées à caractère religieux qui sont objet d’un code-mixing. De même, il ressort de notre étude que la sacralité que l’on confère de façon explicite ou implicite à l’acte d’écrire est un autre trait pertinent de cette production romanesque. Dans Myriam ou le rendez-vous de Beyrouth de Souâd Guellouz ou dans Chapelet d’ombres de Jelila Behi, notamment, le lecteur est touché par la comparaison de l’expérience esthétique à la religion, ou mieux encore à l’oraison, ce qui sera repris et développé par la suite. La religion se fait également la garante d’une catharsis dans l’essai...

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