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Écrits voyageurs

Les artistes et l’ailleurs

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Edited By Laurence Brogniez

Le voyage est très souvent l’occasion d’un passage à l’écriture pour le peintre, qui tient un journal, rédige des lettres, envoie des correspondances à un périodique ou jette sur le papier des notes accompagnées de croquis. Comme si le déplacement, le décentrement, la confrontation avec l’Autre engageait l’artiste à explorer d’autres ressources expressives pour dire l’expérience de l’inconnu. Quitter son lieu d’origine, abandonner temporairement son identité sociale, laisser derrière soi ses certitudes et ses routines pour se confronter à l’ailleurs génère un dépaysement qui invite à une réflexion sur soi et sur sa pratique.
Itinéraires, destinations, choses vues, sensations inédites : lire des récits de voyage, c’est se préparer à des surprises. L’avantage que nous avons, lecteurs actuels des écrits des artistes du passé en voyage, c’est de connaître ces moments privilégiés à travers leur écriture. Double profit : découvrir des lieux, des instants, des dizaines de petites et grandes choses de « l’ailleurs », et découvrir l’écriture qui les a transmis. Les surprises viennent non seulement des premiers, racontés, décrits, évoqués, mais aussi de ces écrits, généralement peu banals. Le présent ouvrage revient sur quelques peintres-écrivains marquants des deux siècles passés, mais aussi sur leurs « héritiers » – des auteurs de bande dessinée – pour porter des éclairages nouveaux sur leurs « écrits viatiques », mais il propose en plus de nouveaux et nombreux documents, et oriente vers d’autres encore inédits, en particulier dans les domaines francophones, belge et français.

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Comment on devient peintre orientaliste. Les voyages de Jean-Baptiste Huysmans (1856 et 1862)

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67 Comment on devient peintre orientaliste Les voyages de Jean-Baptiste Huysmans (1856 et 1862) Christine A. DUPONT Maison de l’Histoire européenne – Université libre de Bruxelles Le peintre dont il sera question ici a publié deux récits de voyage au milieu du XIXe siècle mais demeure en réalité peu connu. On sait qu’il est né à Anvers en 1826 et a été formé dans l’académie de cette ville. Ses œuvres orientalistes apparaissent régulièrement dans les catalogues de ventes d’art des marchands spécialisés1. Cependant, aucune d’entre elles ne figurait au sein de la rétrospective sur l’orientalisme belge en 1984. Et pour cause : le peintre était assassiné par l’auteur principal dès les premières pages du catalogue : Jean-Baptiste Huysmans, le plus grand voyageur d’entre les orientalistes belges, remplit sa vie à partir de 1856 avec une production où il met en scène le plus creux et le plus invraisemblable des orients. […] Huysmans était un peintre d’attributs, de détails amoncelés comme dans un bazar, inva- riablement étalés comme des marchandises nouvelles pour satisfaire la convoitise des Occidentaux, tandis que ses personnages sont accoutrés comme pour un bal costumé de province2. La messe était dite et ce jugement sévère avait probablement suffi à son auteur pour le convaincre que la lecture des récits de voyage publiés par Huysmans n’apporterait rien de neuf au tableau. Quelles que soient la valeur picturale ou l’originalité de l’œuvre de Huysmans, le...

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