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L’apprentissage de la mondialisation

Les milieux économiques allemands face à la réussite américaine (1876–1914)

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Séverine Antigone Marin

Cet ouvrage a reçu le Prix Maurice Baumont, décerné par l'Académie des Sciences Morales et Politiques.

Pour comprendre pourquoi l’économie allemande a particulièrement réussi son insertion dans la première mondialisation, cet ouvrage examine les conditions pratiques de ce processus. Il prend en compte l’extrême diversité des milieux économiques, depuis les grandes firmes comme Bayer jusqu’aux petites entreprises tentées par l’aventure de l’exportation, en passant par les universitaires, les publicistes et les fonctionnaires de l’administration du Reich. À partir du cas américain, un marché lointain mais apparemment familier par ses normes comme par ses liens avec l’Allemagne, ce livre met en évidence les techniques empiriques, tenant parfois du bricolage, auxquelles se livrèrent ces différents acteurs afin de rassembler et d’utiliser l’information économique dont ils avaient besoin pour conquérir de nouveaux marchés.
Il montre que la mondialisation implique, dès cette époque, de voir dans chaque pays industrialisé non seulement un marché, mais aussi un concurrent. Au-delà de son utilisation commerciale, l’information économique a également servi à construire des modèles étrangers théoriques, fruits pour une part de débats transnationaux, mais transformés en instruments au service de controverses nationales. Le livre établit ainsi que, loin de se réduire à un débat sur l’américanisation, l’utilisation de l’argument américain au tournant du XX e siècle s’inscrit dans une multiplication, pour tous les secteurs économiques, des références étrangères destinées in fine à affirmer une spécificité allemande.

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Conclusion

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Quel rôle ont joué les États-Unis dans l’apprentissage allemand de la mondialisation ? La réponse passe par un réexamen de la chronologie qui montre que ce rôle a été plus important dans les années 1870 et 1880 qu’après 1890. Durant la première période, l’éloignement physique mais surtout la croissance impressionnante de la jeune nation américaine entretiennent les espoirs les plus vifs dans les milieux économiques allemands alors même qu’ils n’ont qu’une connaissance générale des conditions réelles du marché américain. Si pour les émigrants les États- Unis représentent la chance de refaire leur vie, les milieux économiques allemands voient à la fois dans la croissance américaine un remède à la crise qui les a touchés en 1873 et dont la menace semble encore planer, et dans le marché américain un terrain d’action privilégié pour les nouvelles ambitions d’une industrie en plein progrès. Émigrants et milieux économiques allemands se montrent ainsi réceptifs à l’idée des Américains eux-mêmes selon laquelle leur pays incarne tous les pos- sibles. Cette adhésion allemande à la mythologie nationale américaine du Nouveau Monde est alimentée par les Germano-Américains, au premier rang desquels Villard, qui transmettent et traduisent cette espé- rance. En ce sens, il serait réducteur de ne parler que de stratégie, alors qu’il y a alors, dans les choix d’investissements allemands sur le marché américain, une réelle...

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