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De la déchirure à la réhabilitation

L’itinéraire d’Henry Bauchau

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Intégrant les essais et le théâtre, mais portant une attention particulière aux poèmes et aux récits, Émilienne Akonga démontre et démonte l’emprise des figures, situations et hantises qui se retrouvent tout au long de la production du poète d ’Heureux les Déliants.
Elle en montre la présence et la permanence, l’évolution et les variations jusqu’à la composition de l’œuvre qui incarne par excellence, chez Bauchau, la réhabilitation, la reconnaissance et la transformation du personnage déchu, apparemment perdu : Œdipe sur la route invention qui permit ensuite l’émergence en majesté d’une figure féminine singulière, Antigone.
Sans nier ni leur enracinement ni leur origine, ce livre met la focale sur ce qu’apportent aujourd’hui les textes d’Henry Bauchau, mais aussi sur ce que fut et ce qui fit leur creuset : le long travail d’engendrement d’un au-delà de l’Histoire bancale de l’Occident.
Consacré aux formes du passage de la déchirure à la réhabilitation dans cet univers fictionnel, le parcours critique de ce livre dans les diverses facettes de l’œuvre aide à comprendre en quelles profondeurs plonge cette très contemporaine odyssée.
Analyse minutieuse nouée dans un renvoi-enracinement constant au vécu d’une femme africaine née à l’heure de la décolonisation, cet essai illustre l’attention portée par la critique congolaise à la figure d’Antigone telle que l’écrivain belge l’a réinventée. Sans jamais dériver vers les formes d’annexion ou de plaquage qui ont hypothéqué certains travaux engagés, ce livre essentiellement consacré au corpus des années 1950-2000 rappelle la condition dépendante et mutilée qui découle de la colonisation, dont Bauchau parle dans Le Régiment noir, comme la confrontation contemporaine aux certitudes patriarcales.

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PREMIÈRE PARTIE. DÉCHIRURE ORIGINELLE

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PREMIÈRE PARTIE DÉCHIRURE ORIGINELLE Les n”uds du c”ur, les n”uds de l’âge et ceux des mots tout noués sont encore à l’ancienne demeure où j’ai vécu parmi les chambres familières l’amour du monde avant sa chute dans le froid. [HDL, p. 239] C’est par ces quatre vers que Bauchau ouvre le long poème de L’Escalier bleu, qui a donné le titre générique des poèmes de 1958 à 1963. Le recueil L’Escalier bleu, publié pour la première fois chez Gallimard en 1964, ne se trouve certes pas en position initiale1 dans son ”uvre poétique complète intitulée Heureux les Déliants, dont le titre évoque plutôt la quête, en exaltant les précieux moyens qui ont rendu possible le miracle d’une réhabilitation. Mais ces premiers vers de L’Escalier bleu sont à tous égards significatifs. En indiquant la triple strangulation du c”ur, de l’âge et des mots, ces vers disent le drame d’une existence castrée dans les lieux mêmes où elle s’origine. Ceci devient davantage significatif lorsqu’on découvre que ces mots sont l’écho de ce qui était presque murmuré ou balbutié dans Géologie, long poème qui, en douze stations, creuse le sous-sol mental, affectif, social et historique du poète. En effet, dans ce recueil, il déclare : ........................................................................... 1 Le volume Poésies (1950-1986) publié chez Actes Sud suit l’ordre chronologique de l’”uvre poétique d’Henry Bauchau....

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