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Vers l’imaginaire migrant

La fiction narrative des écrivains immigrants francophones au Québec (1980–2000)

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Tina Mouneimné

Quelle est la différence entre un écrivain considéré sans distinction aucune, un écrivain québécois, un écrivain forgé par l’immigration et un écrivain étiqueté comme écrivain migrant ? Y a-t-il un lien entre le contexte socioculturel et historique du Québec et l’émergence des « écritures migrantes » ? Quand un écrivain migre, ses sources d’inspirations migrent-elles avec lui ? Peut-on parler d’un seul imaginaire migrant ou bien, à l’instar de leurs auteurs, les sujets migrent-ils à leur tour ? À quel niveau, la dimension migrante se laisse-t-elle le mieux observer ?
Cet ouvrage se propose de cerner ces différentes questions pour rendre hommage aux écritures migrantes, courant littéraire éphémère et redondant de la fin du XX e siècle au Québec. L’auteure cherche à expliquer la popularité de ce phénomène complexe qui dépasse de loin le domaine de la langue et littérature francophone et se retrouve, un peu à son insu, à la croisée de plusieurs disciplines telles que la sociologie, la psychologie (voire la psychanalyse), l’histoire, les politiques de l’immigration et, surtout, face à la problématique du regard qui fige et définit.
Structuré autour de trois grandes questions (le statut des écrivains issus de l’immigration, les thèmes et la langue), cet ouvrage joint à un contexte spécifique – celui de l’effervescence culturelle et sociopolitique au Québec à la fin du XX e siècle – la réflexion sur la représentation littéraire de l’immigration et de l’identité, interpellée dans toute sa postmodernité.

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CHAPITRE III. Le rapport au français comme langue d’écriture

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131 CHAPITRE III Le rapport au français comme langue d’écriture Au Québec, la langue française s’est toujours imposée, à côté de la religion et de l’histoire, comme l’un des éléments constitutifs de l’iden- tité. Plus que simple outil de communication, elle s’est rapidement dotée d’une dimension politique, consolidant le sentiment d’unité face à la menace des anglophones et agissant comme garant d’appartenance à la culture française. Si le caractère bilingue de certaines institutions a été officiellement consacré au Canada déjà en 1867, l’année de la Confédération cana- dienne, l’usage du français n’a jamais été respecté en pratique ni au Québec, ni dans les autres provinces anglo-canadiennes. Au Québec, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le statut du français était inférieur à celui de l’anglais, principalement sur le marché du travail et dans les institutions publiques. Après cette période, les immigrants, majoritaire- ment en provenance de pays non francophones, choisissent l’anglais plutôt que le français, dans l’espoir de pouvoir trouver un meilleur emploi. La question linguistique, devenue une « véritable obsession natio- nale »1, réapparaît de façon exacerbée lors de la Révolution tranquille (1960-1967), époque qui coïncide avec un éveil de la conscience natio- nale au Québec. C’est, en effet, pendant cette période que les élites francophones entreprennent de renforcer le statut du français par des initiatives législatives en vue de franciser progressivement...

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