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Stratégies et politiques de reconnaissance et d’identité

Les Indiens wayuu et le projet minier du Cerrejón en Colombie

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Claudia Puerta Silva

Le Cerrejón est une opération d’exploitation à grande échelle de charbon minéral à ciel ouvert dans la péninsule Guajira. Ce projet minier, dont les installations se composent d’une mine, d’une voie ferrée et d’un port maritime, date de la fin des années 1970, fruit d’une association entre l’État colombien et une filiale d’Exxon, multinationale états-unienne. L’installation de la mine, transformant le territoire, l’économie ainsi que l’ordre social et politique, fut un événement fondamental dans l’histoire des Wayuu ou Goajiros, habitants ancestraux de la péninsule, qui virent leurs conditions de vie bouleversées. Cette étude propose une analyse du processus d’articulation des Indiens au projet minier. Les questions se centrent sur les relations entre les Wayuu, la multinationale et l’État, sur une période de près de trente ans (1976-2004).
L’analyse aborde deux processus en interrelation. Le premier est l’activation de stratégies par les Wayuu, pour faire face et s’adapter à ce projet géo-politico-économique. Le second est celui des mécanismes mis en œuvre par l’État et la multinationale pour installer la mine et assurer sa viabilité et sa sécurité. Les Wayuu n’ont pas résisté au « développement ». Ils en ont réinterprété les perspectives afin d’envisager leurs projections de vie, à l’aune de leurs nouvelles conditions d’existence. Le développement s’est progressivement constitué dans une dimension politique renvoyant à une théorie de gestion du futur garantissant les axes de la reproduction socioethnique wayuu. C’est à travers la production d’une politique de revendication identitaire que les Wayuu se sont finalement articulés au projet minier, promis à durer trente ans de plus, sans pour autant se soumettre à son « inévitabilité ».

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Conclusions

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Nous, nous croyons toujours qu’un de nos défis en ce millénaire, c’est de continuer à exister, pas simplement d’exister, mais qu’on ait notre identité, et nos coutumes aussi (leader wayuu, Ríohacha, 2000 [entretien RD1 dans Dover & Ocampo, 2001b]). Le Cerrejón a signifié pour de nombreux wayuu la certitude que do- rénavant, rien ne serait plus pareil. Peu à peu, ils se sont rendu compte que leur vie continuerait dans le voisinage de l’une des plus grandes mines du monde. Que leurs territoires – terrestres et maritimes – sont convoités aujourd’hui pour les ressources énergétiques : le charbon, le gaz, d’autres minéraux, le vent et, probablement, le pétrole. Même avec la certitude qui les « condamne » à vivre dans le cadre du « développe- ment économique », ils se sont obstinés à continuer l’élevage des trou- peaux, bien que leurs terres et leurs animaux soient continuellement en diminution. La gestion des ressources économiques et de projets de développement, qu’ils assurent aujourd’hui, constitue la garantie de leur futur. La mobilisation politique, le dialogue avec l’État et avec les entreprises et la production de politiques d’existence sont au centre de cette gestion. Mon analyse n’est pas une ode à la résistance, prise au sens négatif d’opposition ou de confrontation. Elle n’a pas non plus pour objet de donner l’idée d’accommodement ou d’appropriation passive par les agents indiens du projet minier. J’ai montré comment les gens trouvent des tournures, des stratégies discursives et des pratiques de...

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