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L’égarement comme signe d’une communauté

La Génération Perdue d’Aragon, Dos Passos, Fitzgerald et Hemingway

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Amaury Dehoux

Dans le monde de l’après-guerre, Aragon, Dos Passos, Fitzgerald et Hemingway participent d’un mal-être commun : l’égarement d’une jeune génération, privée de tout repère au sortir du premier conflit mondial. Mais, contrairement à nombre de leurs contemporains, ces quatre auteurs, loin de seulement subir un tel malaise, décident d’en faire un objet et un moteur de leur écriture. Ce geste donnera lieu à la publication de Trois Soldats pour Dos Passos, de Gatsby le Magnifique pour Fitzgerald, du Soleil se lève aussi pour Hemingway, et, plus tardivement, d’ Aurélien pour Aragon. Quatre romans qui accordent une place centrale au personnage de l’ancien combattant, en tant que figuration par excellence du désœuvrement et du déracinement. Quatre romans qui dessinent la constance et la prégnance d’une même expérience. Interroger les formes littéraires et humaines de l’égarement et saisir par là une communauté internationale d’écrivains, ce sont les deux grands défis que relève le présent ouvrage, lequel repart des théories disponibles sur la Génération Perdue, pour redéfinir, sur la base de leurs limites, une telle Génération, en y incluant pour la première fois la référence française, à travers Aragon et, plus brièvement, Henri Thomas.

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Préface - Jean BESSIÈRE

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15 Préface Jean BESSIÈRE L’essai d’Amaury Dehoux, L’égarement comme signe d’une com- munauté. La Génération Perdue d’Aragon, Dos Passos, Fitzgerald et Hemingway, propose une recaractérisation et une mise en situation, à la fois littéraires, anthropologiques et historiques, de ce groupe d’écrivains dont on dit que Gertrude Stein l’a qualifié de « Génération Perdue ». L’expression a été largement reprise par les historiens et les critiques littéraires. Elle a été tôt acceptée par les écrivains américains concernés et abondamment utilisée par les divers expatriés américains, qui se sont attachés à évoquer leurs années européennes ou françaises, après la Première Guerre mondiale. Elle a été le plus souvent appliquée aux écrivains américains mêmes, nés à la fin du XIXe siècle, qui avaient donc connu cette guerre ou qui ne l’avaient pas connue et qui ont cepen- dant écrit selon son évidence et son rappel – ainsi de Fitzgerald. L’originalité, le coup de force – peut-être – d’Amaury Dehoux consis- tent à proposer d’étendre cette application aux écrivains français mêmes – de la même génération, faut-il préciser. Il le fait en adjoignant, dans son étude, Aragon aux plus illustres représentants américains de cette génération perdue, Dos Passos, Fitzgerald, Hemingway. Aragon n’a pas livré, dans les années 1920, de romans équivalents à ceux de ces écri- vains. Il a entrepris Aurélien, dans...

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