Show Less
Restricted access

De la guerre à l’union de l’Europe

Itinéraires luxembourgeois

Mauve Carbonell

Au Luxembourg, la génération adulte dans les années 1940 porte en elle la fracture de la guerre, de l’occupation-annexion et de ses lourdes conséquences. Arrivant au pouvoir après 1945, les hommes du « renouveau » sont animés d’une vision du monde transformée, ouverte sur l’international, fondée sur le droit et la justice, rejetant les extrêmes du passé.
Dans cette étude, la mise en perspective biographique prend appui sur la reconstitution des parcours de responsables communautaires des années 1950 à 1970, à la Haute Autorité de la CECA, à la Commission de la CEE ou à la Cour de justice européenne. Il s’agit de Jean Fohrmann, Albert Wehrer, Michel Rasquin, Lambert Schaus, Victor Bodson, Albert Borschette, Charles-Léon Hammes et Pierre Pescatore. L’analyse est centrée sur la Seconde Guerre mondiale – cet « événement inaugural » – sur la perception que ces hommes en ont, sur le rôle qu’elle a joué dans leurs idées, leur carrière, leur implication dans le projet européen mais également dans leur évolution personnelle, spirituelle ou encore littéraire.
Show Summary Details
Restricted access

Chapitre 3: Exorciser la guerre

Extract

Chapitre 3

Exorciser la guerre

La guerre et son lot de souffrances ne peuvent être tus. Au retour des camps, au retour d’exil, au retour du front, ou même pendant les événements eux-mêmes, la nécessité se fait jour de parler de ce vécu sans commune mesure avec la « vie normale ». Les hommes, victimes parfois, exorcisent leurs blessures en les racontant (récit, journal intime), en les transcendant (poésie) ou en les mettant en scène (littérature).

3.1  Témoignages des blessures

Les blessures physiques et personnelles, ou touchant à la famille, sont les plus difficiles à appréhender car elles laissent peu de traces visibles dans les archives, plus de soixante ans après les faits. Le conflit engendre des situations familiales et personnelles inédites (déplacement, séparation des familles) et parfois délicates. Victor Bodson en fait l’expérience pendant les années d’exil. Il est à Londres à partir de 1941, sa femme et ses enfants restant à Montréal toute la durée du conflit. Pendant cet éloignement, les difficultés au sein du couple grandissent, qui conduiront à un divorce en 1950. La guerre n’est pas à l’origine de ces problèmes certes, mais elle les exacerbe. Bodson en garde un ressenti amer vis-à-vis de ses enfants : « Elle [son épouse] montait les enfants contre moi. Les petits avaient appris à me haïr durant la guerre, quand je n’étais pas là ».1

La...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.