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Vers une Europe latine

Acteurs et enjeux des échanges culturels entre la France et l’Italie fasciste

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Catherine Fraixe, Lucia Piccioni and Christophe Poupault

L’intensité des échanges culturels entre la France et l’Italie fasciste a longtemps été occultée par les oppositions idéologiques qui ont mené à la Seconde Guerre mondiale. Cet ouvrage collectif, qui retrace les efforts déployés des deux côtés des Alpes pour encourager entre ces deux « nations sœurs » un rapprochement fondé sur une « latinité » partagée, interroge le rôle donné à la culture dans la construction de cette communauté. Il examine comment, dans un contexte de tensions internationales extrêmes, se créèrent de véritables réseaux, aux multiples ramifications, qui, en multipliant les rencontres, les comités, les revues, les expositions et autres manifestations d’une supposée « culture latine », permirent de dessiner un axe Paris-Rome. S’appuyant sur des recherches récentes, il montre que la littérature, les arts visuels, le cinéma se trouvèrent non seulement au cœur des stratégies d’alliance entre la République française et l’Italie de Mussolini, mais aussi, côté français, au centre d’une propagande qui célébra les vertus d’un régime d’ordre à travers l’exemple italien. L’analyse de ces échanges conduit dès lors à réévaluer à la fois l’action des organisations fascistes italiennes en direction des milieux culturels français et celle que développèrent les partisans français de la latinité à des fins de politique intérieure.
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La question du « gigantisme » en Italie dans les années 1920. Le cas d’Alfredo Pina

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Le cas d’Alfredo Pina

Barbara MUSETTI

Dès la fin du xixe siècle, une forme de monumentalisme anthropomorphe fait son apparition dans les productions artistiques. Dans le domaine de la sculpture, en particulier, émerge l’image héroïque d’un « homme-colosse », armé de sa seule volonté, qui doit beaucoup à Auguste Rodin et à Constantin Meunier qui la laissèrent en héritage au xxe siècle1.

Comme d’autres pays européens, l’Italie voit surgir au tournant du siècle des projets de monuments publics de taille colossale. Aboutissement de la « statuomanie » du xixe siècle, la plupart de ces projets s’inscrivent dans une tentative de renouvellement esthétique ou urbanistique du genre, au fort potentiel politique2. La sculpture monumentale devient dès lors un terrain de confrontation incontournable pour les artistes italiens de la nouvelle génération. Actif en France et en Italie, Alfredo Pina (1883-1966), très connu de son vivant mais qui compte aujourd’hui parmi les oubliés de l’histoire de l’art du xxe siècle, conçut entre 1923 et 1925 un projet de Monument à Dante Alighieri d’inspiration rodinienne qui est emblématique de la réinterprétation d’une rhétorique du colossal dont le régime fasciste commençait à découvrir les potentialités (fig. 1).

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