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Vers une Europe latine

Acteurs et enjeux des échanges culturels entre la France et l’Italie fasciste

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Edited By Catherine Fraixe, Lucia Piccioni and Christophe Poupault

L’intensité des échanges culturels entre la France et l’Italie fasciste a longtemps été occultée par les oppositions idéologiques qui ont mené à la Seconde Guerre mondiale. Cet ouvrage collectif, qui retrace les efforts déployés des deux côtés des Alpes pour encourager entre ces deux « nations sœurs » un rapprochement fondé sur une « latinité » partagée, interroge le rôle donné à la culture dans la construction de cette communauté. Il examine comment, dans un contexte de tensions internationales extrêmes, se créèrent de véritables réseaux, aux multiples ramifications, qui, en multipliant les rencontres, les comités, les revues, les expositions et autres manifestations d’une supposée « culture latine », permirent de dessiner un axe Paris-Rome. S’appuyant sur des recherches récentes, il montre que la littérature, les arts visuels, le cinéma se trouvèrent non seulement au cœur des stratégies d’alliance entre la République française et l’Italie de Mussolini, mais aussi, côté français, au centre d’une propagande qui célébra les vertus d’un régime d’ordre à travers l’exemple italien. L’analyse de ces échanges conduit dès lors à réévaluer à la fois l’action des organisations fascistes italiennes en direction des milieux culturels français et celle que développèrent les partisans français de la latinité à des fins de politique intérieure.
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Waldemar-George et « l’art européen »

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Catherine FRAIXE

La trajectoire qui mena Jerzy Waldemar Jarocinski (1893-1970), dit Waldemar-George, jusqu’au fascisme est connue1. Né à Lódz, alors sous administration russe, dans une famille juive et naturalisé français en 1914, il collabora au lendemain de la Première Guerre mondiale à la revue La Forge, où se côtoyaient anarchistes et socialistes, mais cessa bientôt d’écrire dans la presse révolutionnaire pour se consacrer à la critique d’art2. Dans les années qui suivirent, il fut un acteur de premier plan du marché de la peinture contemporaine, notamment en tant que conseiller, avec le marchand d’art Paul Guillaume, du collectionneur américain Albert C. Barnes. Sa conception de l’art moderne comme une force de subversion découlait de son rejet du matérialisme et de sa critique de plus en plus radicale de la démocratie libérale. Si son ralliement au fascisme eut pour principal ressort cet antimatérialisme et cet antilibéralisme, un autre aspect de son discours mérite cependant l’attention. Car, dès la fin des années 1920, cet adversaire d’une Europe « cosmopolite », livrée à la spéculation financière, n’en dédia pas moins son action à la défense d’un « art européen ». À l’heure où Mussolini proclamait le caractère « universel » du fascisme et l’avènement prochain d’une autre Europe, antidémocratique, Waldemar-George allait devenir l’un des principaux promoteurs d’une « culture européenne » placée sous le signe de la « romanité ».

Un critique « révolutionnaire...

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