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Vers une Europe latine

Acteurs et enjeux des échanges culturels entre la France et l’Italie fasciste

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Catherine Fraixe, Lucia Piccioni and Christophe Poupault

L’intensité des échanges culturels entre la France et l’Italie fasciste a longtemps été occultée par les oppositions idéologiques qui ont mené à la Seconde Guerre mondiale. Cet ouvrage collectif, qui retrace les efforts déployés des deux côtés des Alpes pour encourager entre ces deux « nations sœurs » un rapprochement fondé sur une « latinité » partagée, interroge le rôle donné à la culture dans la construction de cette communauté. Il examine comment, dans un contexte de tensions internationales extrêmes, se créèrent de véritables réseaux, aux multiples ramifications, qui, en multipliant les rencontres, les comités, les revues, les expositions et autres manifestations d’une supposée « culture latine », permirent de dessiner un axe Paris-Rome. S’appuyant sur des recherches récentes, il montre que la littérature, les arts visuels, le cinéma se trouvèrent non seulement au cœur des stratégies d’alliance entre la République française et l’Italie de Mussolini, mais aussi, côté français, au centre d’une propagande qui célébra les vertus d’un régime d’ordre à travers l’exemple italien. L’analyse de ces échanges conduit dès lors à réévaluer à la fois l’action des organisations fascistes italiennes en direction des milieux culturels français et celle que développèrent les partisans français de la latinité à des fins de politique intérieure.
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Les Italiens de Paris ou comment des défenseurs de l’« italianité » sont devenus des ambassadeurs du « réalisme magique méditerranéen »

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Lucia PICCIONI

On désigne sous l’appellation « Italiens de Paris », ou Groupe des sept, les peintres Massimo Campigli, Giorgio de Chirico et son frère Alberto Savinio, Filippo de Pisis, Gino Severini, Renato Paresce et Mario Tozzi. Reconsidérer aujourd’hui l’histoire des relations que ce groupe a instaurées avec le milieu culturel français pendant sa période d’activité entre 1928 et 1936 signifie questionner des catégories artistiques élaborées par l’historiographie depuis l’après-guerre. Généralement assimilés à un art parisien et européen dit d’avant-garde, les Italiens de Paris ont été décrits comme les représentants d’un internationalisme qui les aurait dispensés de tout lien avec la culture dite autarcique de l’Italie fasciste1. Pourtant dans la Péninsule, pendant ces années, le terme « européen » n’est que rarement synonyme d’ouverture internationale et de valeurs démocratiques. Il occupe en revanche une place importante au sein du programme politique fasciste.

En 1928, Georges Jarocinsky, critique d’art d’origine polonaise qui écrit sous le pseudonyme de Waldemar-George dans d’importantes revues d’art françaises et étrangères, désigne pour la première fois ce rassemblement d’artistes émigrés sous le nom d’« Italiens de Paris ». Waldemar-George et le peintre Mario Tozzi deviennent les porte-parole de ce groupe qu’ils présentent comme la section parisienne du Novecento italiano, un mouvement milanais qui s’impose au même moment en Italie comme le courant le plus représentatif de l’ère fasciste...

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