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L’œuvre de Vladimir Nabokov au regard de la culture et de l’art allemands

Survivances de l’expressionnisme

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Alexia Gassin

Jusqu’à présent, les études nabokoviennes ont tendance à ignorer l’influence de la culture allemande sur l’œuvre de Vladimir Nabokov. Ce faisant, elles se conforment aux propos de l’écrivain qui a fréquemment déclaré que, malgré ses quinze années passées en Allemagne (1922–1937), il a toujours évité tout contact avec la langue et l’univers allemands. Pourtant, bien que l’émigration russe à Berlin vive en vase clos, les frontières entre les mondes russe et allemand ne sont pas si étanches, ce qui apparaît nettement dans les fréquentes allusions littéraires de l’écrivain à des œuvres de littérature, de cinéma et de peinture allemandes.
Le présent ouvrage a donc pour objectif de lire l’œuvre de Nabokov dans le contexte de l’art allemand de la fin du XIX e et du début du XX e siècle, notamment de l’esthétique expressionniste et de trois de ses grands thèmes majeurs, à savoir l’altération du psychisme humain, l’ambivalence de la figure féminine et la représentation de la grande ville. Il vise ainsi à proposer une nouvelle interprétation des œuvres russes de Nabokov, à reconstruire le contexte culturel berlinois (cinéma et peinture) dans lequel ces dernières furent créées et à montrer que l’écrivain n’était pas si hermétique à la culture allemande qu’il voulait bien le laisser entendre.
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Chapitre 3. La tentation des vitrines

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CHAPITRE 3

La tentation des vitrines

Outre les infrastructures de transports, l’écrivain s’intéresse à deux autres aspects modernes de la grande ville, à savoir l’inauguration des grands magasins et l’éclairage public. C’est pourquoi, dans un troisième temps, nous avons choisi d’examiner le motif des vitrines en tant qu’objet, aussi bien celles des grands magasins que des boutiques plus modestes. Nous verrons alors que Nabokov s’en sert de deux façons : d’abord en tant qu’élément du décor urbain, puis comme image du monde artificiel.

En introduisant ce motif dans son œuvre, l’auteur reprend une partie de la tradition littéraire de la fin du XIXe siècle où la vitrine de magasin devient un élément essentiel, ce que, selon l’historienne d’art Nina Schleif, nous pouvons surtout voir dans le roman naturaliste de Zola Au Bonheur des dames (1883), où la description du Bon Marché insiste sur l’esthétique du grand magasin, ainsi que dans l’œuvre de Dostoevskij Idiot où la vitrine participe à l’action en annonçant les futurs troubles psychiques du prince Myškin (son épilepsie) et la tentative d’assassinat sur ce dernier par Rogožin1. À la même époque, la vitrine éveille aussi l’intérêt des artistes surréalistes, incluant les expressionnistes dans la mesure où « das Schaufenster zeigte die Möglichkeiten einer neuen Kunstrichtung oder Methode auf. Mochte es Altes oder Unansehnliches ausstellen, es symbolisierte stets den Bruch mit der Vergangenheit, den...

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