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Le cosmopolitisme, de la ville au politique

Enquête sur les mobilisations urbaines à Bruxelles

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Louise Carlier

Capitale européenne et ville d’immigration, Bruxelles est souvent qualifiée de cosmopolite. Si ce terme caractérise des dimensions visibles et perceptibles de la ville renvoyant à la pluralité des groupes qui y cohabitent, il est aussi aujourd’hui au cœur de projets culturels ou politiques proposés par différents acteurs de la vie associative bruxelloise. Comment ce « cosmopolitisme » est-il devenu un projet pour Bruxelles ? Comment cette caractéristique de la ville, qui renvoie à des dynamiques la travaillant depuis les années 1960, était auparavant perçue et problématisée publiquement ? Comment, plus largement, saisir sociologiquement le cosmopolitisme d’un point de vue urbain autant que politique ? Prenant appui sur les approches du cosmopolitisme proposées par la pensée sociologique et politique, et plus spécifiquement sur l’œuvre de R.E. Park de l’École de Chicago, cet ouvrage vise à étudier l’endroit où les dimensions urbaines et politiques du cosmopolitisme se rencontrent empiriquement. Il propose une enquête sociologique sur les mobilisations urbaines à Bruxelles des années 1960 à aujourd’hui qui retrace différentes approches du cosmopolitisme, tout en suivant les mouvements d’ouverture – et de fermeture – de la communauté politique.
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3. Lesaléasduvivreensemble

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3. Les aléas du vivre ensemble

Les années 1980-1990 marquent un changement de contexte important. La grammaire des classes sociales s’efface au profit d’une lecture culturelle de la crise, ce qui sape les fondements à partir desquels le cosmopolitisme était jusqu’alors saisi – la grammaire des classes sociales guidant l’approche des dimensions tant écologiques que politiques du cosmopolitisme. La question multiculturelle fait son entrée au sein des arènes publiques, dans un contexte où la coprésence de différents groupes dans la ville devient l’objet d’une attention et d’inquiétudes. La figure de l’étranger n’est plus celle d’un nouveau venu, il ne s’agit plus de l’accueillir et de lui garantir l’hospitalité, mais de « vivre avec » (Stavo-Debauge, 2009). Ces mouvements vont amener différents glissements dans l’approche du cosmopolitisme de la ville.

Dans un premier temps, la figure d’étrangers au cœur de l’attention publique est celle des immigrés, définis surtout par leur appartenance à un groupe culturel. Les acteurs tant urbains que socioculturels font valoir Bruxelles comme ville pluriculturelle, tout en revendiquant la reconnaissance d’une « double appartenance » en vue de « l’intégration » des « immigrés ». La question centrale dans les arènes publiques à Bruxelles devient celle des modalités de coexistence entre une diversité de groupes, qui se constitue en problème public (Gusfield, 2009 ; Cefaï, 1996). Ces déplacements s’opèrent alors même qu’émerge une nouvelle forme d’action collective : les émeutes urbaines, qui attestent des...

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