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Politiques de la diversité

Sociologie des discriminations et des politiques antidiscriminatoires au travail

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Milena Doytcheva

Cet ouvrage prend appui sur plusieurs enquêtes conduites dans le champ des politiques de lutte contre les discriminations et de diversité au travail, depuis le début des années 2000, dans le contexte français en particulier. Mettant en perspective les politiques françaises avec les travaux européens et les démarches pionnières de firmes étatsuniennes et canadiennes, il propose une analyse critique des démarches des acteurs économiques et politiques français autour de deux hypothèses : l’articulation insuffisante des approches entrepreneuriales de la diversité aux perspectives antidiscriminatoires sous-jacentes, d’une part ; le flou et les incertitudes propres à la notion même de diversité, au contenu de plus en plus polysémique, d’autre part. Des tendances qui favorisent ainsi dans le contexte français la réémergence d’une situation historique, analysée dans l’ouvrage, que marquent l’évitement et l’occultation des catégories d’ethnicité et de « race ».
Se dessinent ainsi les contours d’une diversité sélective ou d’une bonne diversité au travail qui prend en charge certaines formes d’inégalités et de discriminations, mais pas toutes, au risque y compris de recouper des situations et des logiques discriminatoires.
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Introduction

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À la différence des usages américains et plus particulièrement étatsuniens de la notion de diversité où sa mobilisation au cours des années 1980 aurait procédé d’une démarche de « dissimulation stratégique » et de légitimation a posteriori des politiques d’affirmative action, en France c’est une logique de déplacement ou de transcodage, selon le vocabulaire proposé par Pierre Lascoumes, qui semble prédominer. Comme le formule Lascoumes, « transcoder, c’est, d’une part agréger des informations et des pratiques éparses, c’est aussi les construire et les présenter comme une totalité ; c’est enfin les transférer dans d’autres registres relevant de logiques différentes afin d’en assurer la diffusion à l’intérieur d’un champ social et à l’extérieur de celui-ci »1. Transcoder, c’est aussi pour l’auteur « rendre gouvernable » et on peut faire l’hypothèse en référence à son cadre d’analyse que la superposition ou la substitution des registres argumentatifs et des répertoires d’action de l’antidiscrimination et de la pro-diversité ne résulte pas seulement de la préférence pour un cadre de « soft law », contre l’aspect contraignant d’une politique de la sanction, mais témoigne également de résistances à la prise en compte de situations inégalitaires collectives, et plus particulièrement lorsqu’elles engagent les variables d’ethnicité et de race.

Les négociations qui entourent la discussion du texte de la charte au début des années 2000 illustrent ce glissement d’une logique juridique, sociale et politique propre à l’antidiscrimination...

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