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Censure et autorités publiques

De l’époque moderne à nos jours

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Edited By François Cadilhon, Philippe Chassaigne and Éric Suire

L’histoire récente consacre le passage de la censure étatique directe à des formes intériorisées d’autocensure. Le sujet n’en reste pas moins d’actualité, y compris dans les démocraties occidentales où on assiste à des demandes émanant de groupes religieux pour faire interdire disques, journaux, livres, films jugés blessants ou blasphématoires. Les possibilités d’expression offertes par les nouveaux médias suscitent l’affolement des ligues de vertu et un strict verrouillage dans les pays où la liberté de parole reste interdite. L’optique de l’ouvrage déborde cependant du cadre contemporain. Le choix d’une chronologie longue l’inscrit dans une réflexion générale sur l’évolution des sensibilités au sein de « l’espace moral », en privilégiant la question des frontières changeantes, car historiquement construites, de ce qui a été perçu comme dicible ou indicible. Les 23 contributions réunies abordent les modèles de conception et les modalités d’application de la censure à travers ses objets (publications licencieuses, presse, œuvres d’art, lectures de l’histoire, opinions hétérodoxes), les moyens de son exercice, et ses enjeux politiques.
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La « liberté de la presse » garantit-elle la possibilité de « tout dire » ? Les pressions exercées sur le contenu du Matin, de 1884 au début des années 1930

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Les pressions exercées sur le contenu du Matin, de 1884 au début des années 1930

Dominique PINSOLLE

Université Bordeaux Montaigne

En matière d’histoire des médias, la censure est généralement conçue comme un procédé répondant à une logique verticale et descendante, sous la forme d’une autorité exercée par l’État contre la presse. Dans cette perspective, la loi du 29 juillet 1881, qui affranchit les journaux de la tutelle gouvernementale, est présentée comme l’acte de naissance d’une presse indépendante, enfin libérée de la mainmise étatique. Cependant, si la loi de 1881 instaure le régime de presse le plus libéral d’Europe, elle laisse les journaux aux mains des hommes d’affaires et du marché. D’où les débats, qui se multiplient à la fin du XIXe siècle, autour d’une nouvelle forme de censure, qui serait celle de l’argent. Le fait est que le pouvoir des patrons de presse et le poids des contraintes commerciales ne font pas partie des questions abordées lors des débats concernant la liberté des journaux en 18811. Ainsi, la loi du 29 juillet libère autant la presse que les patrons de presse, dont la puissance financière ainsi que l’influence sont fortement accrues par cette législation libérale. À la tête du Matin, un des plus importants...

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