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Penser les frontières européennes au XXIe siècle

Réflexion croisée des sciences sociales

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Edited By Bertrand Vayssière

La frontière n’est jamais innocente et elle n’est jamais (ou quasiment jamais) « naturelle ». C’est un artifice qui a d’abord servi à affermir une souveraineté, et donc un État, le plus souvent contre les autres : en ce sens, l’Europe est le plus couturé de tous les continents, suite à toute une histoire de négociations et surtout de guerres, à tel point que l’on peut évoquer une véritable fragmentation de notre espace, traversé aujourd’hui par environ 14 000 km de frontières. Comment ignorer cette réalité aujourd’hui que l’on « fait » l’Europe ?
La question n’était pas taboue tant qu’on ne parlait que de désarmement douanier, dont le but ultime était la création d’un Marché unique, mais maintenant que ces frontières sont censées ne plus exister entre les États de l’UE au profit d’une seule et même frontière commune qui doit nous définir par rapport au monde extérieur (et, suivant certains, nous protéger contre lui), quel constat s’impose, et surtout quelles propositions apporter ?
Des spécialistes des principales sciences sociales (droit, histoire, géographie, sociologie) tentent ici une réponse, en s’appuyant sur des cas d’étude particuliers, présents ou passés, et en s’aidant de leurs méthodes propres d’investigation.
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Les institutions européennes confrontées à la définition des limites de l’Europe pour leurs propres frontières

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Thibault Courcelle

Maître de conférences en géographie, Centre universitaire J.-F. Champollion d’Albi, LISST CNRS (UMR 5193), Centre interdisciplinaire d’études urbaines (CIEU)

Dans la réflexion sur les frontières européennes, relativement peu de travaux s’intéressent aux liens qui unissent les institutions européennes à la définition des frontières de l’Europe. Nous prendrons ici en compte les deux institutions qui se revendiquent comme étant spécifiquement européennes : l’Union européenne (UE) et le Conseil de l’Europe. L’UE compte 28 membres depuis l’adhésion de la Croatie en 2013 et le Conseil de l’Europe, avec 47 membres, est considéré comme étant l’organisation de la « grande Europe » de l’Atlantique au Pacifique. Nous laissons volontairement de côté l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui, bien qu’ayant le nom d’Europe dans sa dénomination, n’est pas spécifiquement européenne puisqu’elle comprend également comme membres des États d’Amérique (États-Unis et Canada) et d’Asie (Mongolie, ainsi que tous les États d’Asie Centrale ex-soviétiques). À l’inverse, l’UE et le Conseil de l’Europe n’ont comme membres que des États précisément européens et c’est d’ailleurs inscrit dans leurs statuts.

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