Show Less
Restricted access

La désobéissance épistémique

Rhétorique de la modernité, logique de la colonialité et grammaire de la décolonialité

Series:

Edited By Walter Mignolo

Pour penser au-delà des frontières épistémiques et territoriales établies par la colonisation des XV e et XVI e siècles, il est nécessaire d’identifier les formes d’acteurs et d’institutions dévalorisées par ces frontières.
Il est alors possible de mieux se détacher de ce dispositif conceptuel en optant pour un revirement épistémique qui consiste à privilégier, sur les traces de Fanon notamment, la socio-genèse d’un « être qui existe là où il pense » dans un environnement « pluri-versel ».
Un tel écart procède d’un acte d’émancipation qui ose transgresser la référence à l’universalisme abstrait hérité des Modernes pour dominer le monde. C’est un acte de « désobéissance épistémique ».
Show Summary Details
Restricted access

CHAPITRE IV. Prolégomènes à une grammaire de la décolonialité

Extract

| 119 →

CHAPITRE IV

Prolégomènes à une grammaire de la décolonialité

1. La fracture épistémique spatiale

La grammaire de la décolonialité est (depuis la conférence de Bandung en 1955) un processus en construction un peu partout sur la planète. Les prolégomènes, que je présente ici, sont ceux de cette grammaire qui présuppose l’analyse de la modernité/colonialité exposée dans les deux chapitres précédents et la présentation de la perspective de la décolonialité. Ici, j’aimerais développer la thèse selon laquelle le dévoilement de la géopolitique et de la corpo-politique de la connaissance introduit une fracture décoloniale dans l’hégémonie de la théo-politique et de l’ego-politique, c’est-à-dire les deux piliers de la colonisation des âmes et des esprits. La théo/egopolitique et la géo/corpolitique sont deux espaces énonciatifs : le premier est celui de l’impérialisme alors que le second est celui de la différence coloniale. Le premier espace est celui dans lequel s’inscrit l’espace de « la connaissance absolue » de Hegel, tandis que le second est l’espace décolonial, celui des différences impériales et coloniales ainsi que de la « sociogenèse » de Fanon. À vrai dire, Fanon l’avait déjà perçu quand il avait rédigé son chapitre sur Hegel et sur la reconnaissance dans son livre Peau noire, masques blancs en 1952. La grammaire de la décolonialit...

You are not authenticated to view the full text of this chapter or article.

This site requires a subscription or purchase to access the full text of books or journals.

Do you have any questions? Contact us.

Or login to access all content.