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L’imaginaire en œuvre

Romans scouts et expérience littéraire

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Edited By Laurent Déom

« Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. » (Proust, Sur la lecture.) Une lecture peut en effet affecter en profondeur, non seulement parce qu’on y puise un savoir nouveau, mais aussi parce qu’on y découvre une autre manière d’être au monde.
Un texte littéraire – avec ses thèmes, ses structures narratives, son usage spécifique de la langue – est une interpellation. Certains lecteurs, en raison du contexte socio-historique et psychique dans lequel ils sont immergés, sont disposés à s’imprégner, d’une façon forte et durable, des imaginaires que le livre déploie. On peut ainsi analyser comment l’expérience esthétique articule des stratégies discursives et des effets émotionnels.
En raison du succès considérable qu’il a rencontré, le roman scout en français offre, à cet égard, un champ d’investigation éclairant. La collection « Signe de piste », en particulier, a suscité l’enthousiasme de nombreux lecteurs, pour des raisons qui n’ont été que partiellement élucidées jusqu’à présent et que l’on met ici en lumière sous un angle nouveau, à partir des œuvres de Serge Dalens, de Jean-Louis Foncine, d’X. B. Leprince, de Jean Valbert et de Maurice Vauthier. Cette étude s’attache notamment à analyser la construction d’une dynamique initiatique dans laquelle les romans sont capables d’entraîner le lecteur, qui est ainsi invité à adopter un rapport au monde renouvelé.
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Introduction

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, l’objet de ses recherches : « Non pas tant […] les raisons du succès – car il y a des succès immérités – que les raisons du charme ou de l’ensorcellement4. » Certes, il est possible de prendre distance par rapport à ce ← 13 | 14 → type de démarche, qui, selon certains, chercherait des raisons profondes quand il suffirait de mettre en exergue les logiques économiques5. Nous restons cependant convaincu que la littérature n’est pas que le produit des lois du marché, mais qu’elle mobilise un certain nombre d’enjeux anthropologiques qui, tout en intégrant la dimension économique, ne se réduisent pas à elle.

Il est une autre tentation réductrice qui menace la recherche en littérature de jeunesse : privilégier les productions les plus récentes (afin, peut-être, de rester en phase avec les mouvements du paysage éditorial et les préoccupations supposées du public)6. Cette tendance est encouragée par l’optique méthodologique de certains critiques, qui, consciemment ou non, relèguent la littérature à une place secondaire, comme nous le montrerons plus loin. Les enjeux pédagogiques et sociaux – que nous sommes loin de rejeter, cela va sans dire – prennent alors le pas sur l’œuvre en tant que telle, au point que celle-ci semble ne plus tenir lieu que de prétexte à des analyses utilitaristes. L’intérêt offert par de pareilles orientations ne doit pas occulter leur caractère partiel. En effet, si la recherche a pour finalité de mettre au...

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