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L’imaginaire en œuvre

Romans scouts et expérience littéraire

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Laurent Déom

« Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. » (Proust, Sur la lecture.) Une lecture peut en effet affecter en profondeur, non seulement parce qu’on y puise un savoir nouveau, mais aussi parce qu’on y découvre une autre manière d’être au monde.
Un texte littéraire – avec ses thèmes, ses structures narratives, son usage spécifique de la langue – est une interpellation. Certains lecteurs, en raison du contexte socio-historique et psychique dans lequel ils sont immergés, sont disposés à s’imprégner, d’une façon forte et durable, des imaginaires que le livre déploie. On peut ainsi analyser comment l’expérience esthétique articule des stratégies discursives et des effets émotionnels.
En raison du succès considérable qu’il a rencontré, le roman scout en français offre, à cet égard, un champ d’investigation éclairant. La collection « Signe de piste », en particulier, a suscité l’enthousiasme de nombreux lecteurs, pour des raisons qui n’ont été que partiellement élucidées jusqu’à présent et que l’on met ici en lumière sous un angle nouveau, à partir des œuvres de Serge Dalens, de Jean-Louis Foncine, d’X. B. Leprince, de Jean Valbert et de Maurice Vauthier. Cette étude s’attache notamment à analyser la construction d’une dynamique initiatique dans laquelle les romans sont capables d’entraîner le lecteur, qui est ainsi invité à adopter un rapport au monde renouvelé.
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Chapitre I. Du désordre à la mise en ordre

← 36 | 37 →CHAPITRE I

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Certaines perturbations ne constituent que des troubles passagers et anodins. D’autres au contraire apparaissent, plus radicalement, comme une inordinatio, au sens où Erich Köhler l’étudie dans le roman courtois, c’est-à-dire la rupture d’un ordre (ordo) ontologique, un hiatus problématique entre ce qui est et ce qui devrait être1. Ce désordre fondamental tient une place cruciale dans les romans scouts2, dont l’une des préoccupations majeures est d’y proposer des remèdes. C’est ce que nous mettrons en évidence au cours du présent chapitre, non sans avoir montré au préalable les traces de cette inordinatio dans tout récit, ainsi que dans l’Histoire et au sein même du psychisme individuel.

L’inordinatio entretient un rapport particulier avec le récit. Pour Todorov, par exemple, ce dernier se définirait notamment par l’irruption d’un désordre dans une situation initialement stable, et par la narration d’un retour à l’équilibre permis par l’intervention d’une force opposée à celle qui avait provoqué la perturbation3. Comme le remarque Jouve, « tout se passe comme si le roman avait horreur de l’incertitude et du désordre4 ».

← 37 | 38 → Cette constatation n’indique cependant qu’une règle générale et n’a certainement pas valeur de principe. On peut en effet envisager un roman qui s’élaborerait sur la base d’autres présupposés idéologiques et esthétiques, et préfère se placer délibérément en marge de cette convention. C’est l’une des voies...

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