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L’imaginaire en œuvre

Romans scouts et expérience littéraire

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Laurent Déom

« Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. » (Proust, Sur la lecture.) Une lecture peut en effet affecter en profondeur, non seulement parce qu’on y puise un savoir nouveau, mais aussi parce qu’on y découvre une autre manière d’être au monde.
Un texte littéraire – avec ses thèmes, ses structures narratives, son usage spécifique de la langue – est une interpellation. Certains lecteurs, en raison du contexte socio-historique et psychique dans lequel ils sont immergés, sont disposés à s’imprégner, d’une façon forte et durable, des imaginaires que le livre déploie. On peut ainsi analyser comment l’expérience esthétique articule des stratégies discursives et des effets émotionnels.
En raison du succès considérable qu’il a rencontré, le roman scout en français offre, à cet égard, un champ d’investigation éclairant. La collection « Signe de piste », en particulier, a suscité l’enthousiasme de nombreux lecteurs, pour des raisons qui n’ont été que partiellement élucidées jusqu’à présent et que l’on met ici en lumière sous un angle nouveau, à partir des œuvres de Serge Dalens, de Jean-Louis Foncine, d’X. B. Leprince, de Jean Valbert et de Maurice Vauthier. Cette étude s’attache notamment à analyser la construction d’une dynamique initiatique dans laquelle les romans sont capables d’entraîner le lecteur, qui est ainsi invité à adopter un rapport au monde renouvelé.
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3. La prolifération sensorielle

c. Obscurité

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En ce qui concerne la lumière, le sublime se caractérise par une certaine utilisation de l’obscurité – car, comme l’écrit Diderot, « la clarté est bonne pour convaincre ; elle ne vaut rien pour émouvoir. La clarté, de quelque manière qu’on l’entende, nuit à l’enthousiasme308 ». Pour Burke309, « obscurité générale, ombres judicieusement répandues, mais aussi lumière éclatante, déplacement de la lumière à une grande vitesse, transition rapide de la lumière à l’obscurité, ou de l’obscurité à la lumière, couleurs contrastées et sombres310 » participent au sublime. On retiendra surtout la question du clair-obscur, grâce auquel l’obscurité – qui, lorsqu’elle est totale, appartient au domaine du mystique311 – devient vraiment sublime : « La pénombre crépusculaire qui règne sous de hautes voûtes, sous les branches d’une haute allée, étrangement animée et comme mouvante sous l’effet de mystérieux jeux de lumière, du mirum des demi-jours, a toujours parlé à l’âme humaine […]312 », remarque Otto.

La lune est, en cette matière, un élément précieux : seule source de lumière cosmique dans les ténèbres de la nuit (les étoiles exceptées), elle crée naturellement le clair-obscur. Il arrive qu’elle soit seulement mentionnée, et ce dernier n’est alors qu’implicite : « La lune éclairait son ← 320 | 321 → visage. » (Foulard, p. 50.) Mais le texte peut aussi détailler les changements provoqués par son apparition :

Ils pénétrèrent dans un curieux vallon à peine garni de...

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