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De la genèse de la langue à Internet

Variations dans les formes, les modalités et les langues en contact

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Edited By Michael Abecassis and Gudrun Ledegen

Ce recueil d’articles regroupe une sélection des communications présentées au colloque international et pluridisciplinaire tenu à Oxford en janvier 2013, que complètent quelques contributions d’éminents chercheurs sur l’évolution du français, depuis ses origines jusqu’à ses développements liés à l’influence d’Internet. Les auteurs de ce volume s’intéressent à la langue française sous toutes ses formes et dans toutes ses représentations, dans le cinéma ou dans la littérature, et l’abordent aussi bien à travers sa syntaxe, son lexique, sa phonologie, que dans ses modalités orales ou écrites. De la rencontre de ces différents éclairages émerge un portrait de la langue française du XXIe siècle, telle qu’elle est étudiée actuellement, dans les recherches, dans ses modes d’écriture contemporains, sur les terrains plurilingues de différentes villes.
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Quelle(s) diversité(s) pour la syntaxe ? (Béatrice Akissi Boutin & Nathalie Rossi-Gensane)

← 154 | 155 → BÉATRICE AKISSI BOUTIN & NATHALIE ROSSI-GENSANE

Quelle(s) diversité(s) pour la syntaxe ?

Introduction/généralités1

Comme il a été souvent souligné (par exemple, parmi de nombreux auteurs, par Romaine (1984), ou encore, pour le français, par Gadet (1997)), la notion de variation, si on l’entend comme changement de forme sans changement de sens, est délicate à manier en syntaxe, contrairement à ce qui est le cas en phonologie. Ainsi, des « constructions concurrentes, avec un matériau langagier organisé différemment » (Gadet 1997 : 13), peuvent-elles être sémantiquement équivalentes ? Cette synonymie est admise, au sein de la linguistique variationniste, par Weiner & Labov (1977 : 6), qui, comme le rappelle Romaine (1984 : 412), définissent les variantes syntaxiques en tant que des « façons alternatives de dire la même chose du point de vue de la vérité ». Néanmoins, la conception majoritaire qui semble avoir émergé est celle d’un assouplissement de la condition d’équivalence sémantique. Telle est notamment la position de Gadet (1997 : 11) : « Il faudrait sans doute être moins ambitieux sur les questions de sens, reconnaître les dimensions du flou et du vague, et parler, plutôt que de ‘dire la même chose’, de ‘dire des choses proches à propos d’un même référent’ ». Le caractère opératoire de cette notion de proximité sémantique à laquelle on aboutit peut cependant être questionné, d’autant que celle-ci s’accompagne d’une intrication entre sémantique et pragmatique si l’on prend notamment en compte l’intention ← 155 | 156 → communicative. Sur cette base peuvent être également rapprochés, si l’on choisit deux exemples de Romaine (1984 : 426), « il fait froid ici » et « pourriez-vous fermer la fenêtre ? ».

Si la diversité, l’hétérogénéité, de la langue a été ramenée à des inventaires de variantes, c’est bien dans le but d’établir des corrélations entre variantes linguistiques et facteurs extralinguistiques, qui passent par les exigences d’une quantification. Typiquement, la variation phonologique est corrélée à des facteurs sociodémographiques qui la conditionnent (tels ceux, habituels à Labov, de sexe, âge, classe sociale, etc.). En revanche, dans le domaine de la syntaxe, ce seraient avant tout des facteurs linguistiques ou situationnels qui joueraient, en raison de la « moindre fréquence [des phénomènes qui] les rend moins saillants pour un investissement social » (Gadet 1997 : 17). Le passage du niveau phonologique au niveau syntaxique prendrait donc également la forme d’un glissement essentiellement du diastratique au diaphasique. Berrendonner et al. (1983) discutent la pertinence de la notion de variante en syntaxe, et le caractère systématique des corrélations entre variables formelles et variables sociales. Gadet (1992) continue la réflexion sur la variation en syntaxe autour du travail de Labov, posant les bases d’une distinction entre l’approche variationniste, dans la suite de la théorie sociolinguistique fondée par Labov, et l’approche variationnelle, qui a plutôt en vue une réflexion théorique sur la diversité langagière inspirée de Coseriu (Gadet 2007).

Par ailleurs, la notion de variation syntaxique est liée de manière privilégiée à une certaine conception, transformationnelle, de la syntaxe, en particulier à la théorie standard de la grammaire générative transformationnelle (Chomsky 1965). En revanche, dans la théorie des principes et des paramètres (Chomsky 1981), les transformations ne sont plus que des déplacements, ce qui ne peut que réduire la nature et le nombre des candidats à la variation syntaxique. Par exemple, si, dans les années soixante, d’une part, « le chat mange la souris » et, d’autre part, « la souris est mangée par le chat », analysé comme étant dérivé de la première structure, sont considérés comme deux variantes, il n’en est plus de même dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, où « la souris est mangée par le chat » est dérivé de « est mangée la souris par le chat ». Hors conception transformationnelle, pour Gadet (2010 : 121), il s’agit de « s’appuyer sur des proximités ← 156 | 157 → de structures pour explorer les potentialités diversifiées, en tenant compte des fréquences, des contraintes, des affinités et des différences ».

La proximité sémantique évoquée supra s’accompagne donc d’une proximité de structures. Cet assouplissement à la fois sur un plan sémantique et sur un plan syntaxique pourrait sembler rendre malaisée l’identification de variantes syntaxiques mais, dans les faits, ce sont souvent les mêmes phénomènes qui sont désignés comme relevant de la variation syntaxique :

[Sont] favorables à la variation [syntaxique] les contextes emphatiques, interrogatifs ou les affirmations fortes […], ou encore la mise en valeur à travers l’ordre des mots […]. La variation syntaxique serait ainsi sensible à des contextes intrinsèquement interactifs, spécifiques du face-à-face de l’oral. (Gadet 2007 : 78)

Le besoin de forte saillance de la variable, du point de vue de sa présence quantifiable dans les corpus comme de celui de sa visibilité par rapport au standard, conditionne en partie la recherche en syntaxe. Les recherches récentes en variation syntaxique posent de plus en plus la question du repérage et de la quantification autrement qu’à partir du français standard (Cheshire 2005).

Les recherches automatiques sont encore embryonnaires pour le français du fait de la carence de grands corpus cumulables et comparables (Cappeau & Gadet 2007), ce à quoi le projet PFC, « Phonologie du français contemporain : usages, variétés, structure »2, tente de remédier. Proposant actuellement des données orales de trente-six points d’enquêtes en Europe, en Afrique et au Canada, le moteur de recherches en ligne permet quelques requêtes simples sur des mots ou des propriétés. Nous aurons ici l’occasion de discuter la capacité heuristique de requêtes en partie prévues par le paramétrage des outils, outils en outre difficiles à mettre au point pour la syntaxe. Ce ne sera que pour l’illustration de phénomènes connus par ailleurs que nous ferons référence à ce type de requêtes.

Sans procéder à un inventaire des « diversités », nous allons nous pencher plus particulièrement sur certains faits souvent rangés dans la variation syntaxique, les interrogatives totales (directes), la présence ou absence du ← 157 | 158 → subjonctif, l’alternance entre conditionnel « classique » et « conditionnel périphrastique » (aller à l’imparfait suivi de l’infinitif), certaines réalisations indéterminées des auxiliaires avoir et être et, enfin, les structures s’organisant autour de la présence vs absence de que, « marque polyvalente de subordination » (Gadet 1989 : 163), tout en évoquant quelques questions en arrière-fond.

Le cas de l’interrogation totale (directe)

L’interrogation totale directe (pour laquelle la réponse attendue est de type oui ou non) est très souvent présentée comme un cas de variation syntaxique, comportant nommément des variantes (le terme est utilisé, si l’on cite quelques travaux récents, par exemple par Coveney (2002) ou encore par Elsig & Poplack (2006)3) bien identifiées, en nombre limité – généralement à trois ou quatre structures, caractérisées soit par un ordre particulier (on parle traditionnellement d’inversion), soit par la présence de est-ce que, soit (uniquement) par une intonation montante, soit, enfin, éventuellement, par la présence de tu. Ces structures respectives sont représentées ci-après à partir d’exemples de la base PFC :

(1)

As-tu une photo ? (Montréal, Côté à paraître)

(2)

Est-ce que moi je, est-ce que j’ai besoin de dire que je suis patron ? (Ouagadougou, Prignitz 2007)

(3)

Mais elle a pas autre chose à faire que de regarder ça à son âge ? (Darnétal, Hall & Lyche 2010)

(4)

Il y a-tu des places spécifiques ? (Peace-River, Walker 2010)4

← 158 | 159 → Le traitement de prédilection des interrogatives en termes de variantes5 est notamment lié à leur relative fréquence à l’oral (même si elle reste sans commune mesure avec celle de variables phonologiques), nécessaire à des analyses quantitatives, ainsi qu’à leur répartition marquée d’un point de vue diatopique (pour les interrogatives en tu) et, surtout, d’un point de vue diaphasique. Comme il est reflété par exemple dans la plupart des manuels de Français Langue Etrangère en France (voir, parmi d’autres, Calas & Rossi-Gensane (2010)), les formes interrogatives totales sont différenciées quasi exclusivement sur le plan des registres de langue, les structures à inversion étant présentées comme des tournures de la langue soutenue ou soignée, par opposition aux structures introduites par est-ce que ou reposant sur la seule intonation, que l’on fait généralement relever de la langue courante. En cela, l’interrogation totale épouse parfaitement l’une des hypothèses de la sociolinguistique qui est « d’opposer les formes par niveaux de langue […]. D’où la prédominance d’études mettant en jeu des alternances, surtout entre forme de prestige et forme non standard. » (Gadet 1997 : 8). En outre, dans la théorie des principes et des paramètres, la structure dite traditionnellement à inversion est analysée comme résultant de la structure marquée par la seule intonation, suite à des mouvements (orientés vers la gauche) du verbe. Cette dernière structure et celle introduite par est-ce que se distinguent uniquement par le fait que la position du complémenteur est respectivement vide ou occupée (par est-ce que). On a donc strictement affaire, sur un plan syntaxique, à des variantes délimitées par la grammaire générative (en des termes plus actuels que, par exemple, pour le passif – lequel, comme on l’a vu, ne peut plus être mis en relation avec son correspondant à l’actif). Autrement dit, il s’agit de ces cas, appelés de ses vœux par Cheshire (2005), où « generativists […] help variationists determine on a more systematic basis those syntactic structures that should be considered variants of a single form ». Néanmoins, si l’on accepte de considérer les différentes structures de l’interrogation totale comme exemplaires de la variation syntaxique, alors il faut convenir que la variation syntaxique ne ← 159 | 160 → garantit pas une équivalence sémantique, dans la mesure où, comme on va le rappeler, elle ne garantit déjà pas une équivalence pragmatique.

Gadet (1997 : 10) met en garde contre « la manie grammairienne d’assigner un sens à toute variation de forme », que Poplack (2009 : 136) interprète encore comme une tentative de la tradition normative d’« éliminer la variabilité » en niant l’interchangeabilité : « c’est-à-dire qu’au lieu d’admettre que les formes expriment toutes la même chose, [les grammaires] prétendent que chacune a une fonction différente ». Les structures interrogatives parfois dotées de nuances sémantiques peu stables fournissent ainsi des exemples de ce que Berrendonner (1988 : 56), cité par Gadet (1997 : 10), nomme « sémiotisation arbitraire » : « Si ta maman entre dans la cuisine quand tu es assis devant la table et feuillettes un livre, elle te demandera, paisiblement, Que fais-tu ? En revanche, si, juché sur un tabouret, tu es en train de farfouiller dans les pots de confiture au haut de l’armoire, elle t’apostrophera par un brutal Qu’est-ce que tu fais ? ». De même, Flament-Boistrancourt & Cornette (1999 : 121) remarquent : « Pour Terry (1970 : 99–108), ce que traduit par exemple l’emploi de la structure en est-ce que dans les interrogations totales, c’est l’impatience de connaître la réponse, point de vue que ne partage nullement Coveney (1996 : 211) : ‘In Yes/No interrogatives, a speaker wishing to elicit the answer from an interlocutor tends to use [SV] [sujet + verbe], whereas a speaker not wishing to elicit an answer tends to use [ESV] [est-ce que + sujet + verbe]’ ! ».

Face à cet « éparpillement » sémantique, un traitement pragmatique peut constituer un recours. S’y prêtent particulièrement bien les structures interrogatives, situées sur un versant sémasiologique, qui correspondent de manière privilégiée, sur le versant onomasiologique, à des actes de question exprimant des demandes d’information, ou, selon la formulation de Kerbrat-Orecchioni (1991 : 15), des « demandes d’un dire ». Or, ces structures interrogatives peuvent revêtir d’autres valeurs pragmatiques. Ainsi, est souvent isolée, tout au moins pour le français de France, la structure interrogative signalée par la seule intonation, susceptible de fonctionner comme une demande d’information, mais aussi comme une demande de confirmation (se rapprochant d’une assertion), ou encore comme une requête indirecte (relevant de l’injonction), sans doute du fait que cette structure est « le ← 160 | 161 → plus faiblement marquée sur le plan formel » (Borillo (1978 : 549), citée par Kerbrat-Orecchioni (1991 : 110)).

Dans les exemples (1 à 4) supra tirés de PFC, la structure interrogative reposant uniquement sur l’intonation est en effet une question rhétorique (ce dont la polarité négative est un indice) équivalant à une assertion, approximativement du type : « A son âge, elle pourrait trouver autre chose à faire ». Est néanmoins également une question rhétorique la structure introduite par est-ce que, qui signifie ici « Je n’ai pas besoin de dire que je suis patron ».

Il semble difficilement défendable de considérer comme variantes des structures interrogatives ne comportant pas une valeur pragmatique identique et c’est bien ce dont prennent acte par exemple Elsig & Poplack (2006) en excluant d’emblée de leur étude notamment les requêtes indirectes, les questions rhétoriques et les questions échos, sortes de demandes de confirmation. La variation à un niveau strictement syntaxique, même nettement délimitée, apparaît donc comme devant être complétée, en l’occurrence à un niveau pragmatique. Autrement dit, si elle est ici une condition nécessaire, elle n’est en aucun cas suffisante. Par ailleurs, le traitement pragmatique se heurte au phénomène du cumul de significations, où plusieurs sens se superposent et qui peut amener à questionner l’exclusion de certains éléments. Ainsi, par exemple, la structure interrogative « Mais elle a pas autre chose à faire que de regarder ça à son âge ? » (PFC, Darnétal) n’a pas seulement valeur d’assertion, en tant que question rhétorique, mais est aussi interprétable comme une question pour laquelle une réponse – certes, de préférence, d’acquiescement – est attendue.

Il est intéressant de noter, au-delà d’une diversité diatopique, des constatations quantitatives divergentes quant à la représentation des différentes structures interrogatives. Comme il est bien connu, la diversité diatopique se manifeste pour les structures interrogatives par une forme spécifique, celle dotée de tu, attestée seulement en français canadien (et plus récente que celle comportant ti, rare en France et cantonnée à quelques régions comme la Bretagne ou la Normandie). La structure en tu représente 36% des interrogatives totales du corpus de français québécois du XXe siècle d’Elsig & Poplack (2006), en revanche seulement 4,5% du corpus de français québécois de Bigot (2008). La nature de ce dernier corpus, ← 161 | 162 → constitué d’entrevues journalistiques télévisées, rend sans doute compte de cette différence, dans la mesure où les interrogatives formées avec tu appartiennent au français québécois familier.

Les structures en tu/ti illustrent un cas où variation diatopique et variation diachronique sont liées. Leur évolution différenciée respectivement en français de France et en français du Québec serait notamment due à leur stigmatisation dans la première variété. Poplack (2009 : 133) rapporte à ce propos que la « langue idéale ne contiendrait pas la particule interrogative -ti/tu (c’est-tu vrai ?), parce que, tout au moins selon Damourette et Pichon, elle est ‘vulgaire’ ».

La diversité diatopique se manifeste également, de manière moins évidente, par une certaine répartition des autres structures interrogatives. Cependant, cet ordre de diversité ne saurait masquer les divergences quantitatives entre études.

Pour Blanche-Benveniste (1997 : 39), « l’interrogation par est-ce que est largement utilisée », les exemples qui suivent montrant que cette remarque s’applique tout autant aux interrogatives totales qu’aux interrogatives partielles, mais, pour Flament-Boistrancourt & Cornette (1999 : 121), « les études entreprises par les linguistes ont permis de dénoncer nombre d’idées reçues [dont] par exemple l’affirmation selon laquelle est-ce que serait une caractéristique générale de la langue parlée »6.

De fait, la plupart des études quantitatives sur le français de France s’accordent pour donner une place minoritaire à la structure interrogative totale introduite par est-ce que. Toutefois, la proportion varie de manière non négligeable d’un auteur à l’autre (par exemple 2% chez De Cat (2007 : 14) et 20% chez Coveney (2002 : 246)). En français du Québec, si la part des interrogatives totales de cette sorte est peu importante dans le corpus d’Elsig & Poplack (2006), où elle est de 6%, elle est prépondérante dans le corpus de Bigot (2008), où elle représente 78,5%. Cette énorme disparité ← 162 | 163 → peut, sans doute, encore être imputée à la nature formelle de ces dernières données, car les interrogatives totales introduites par est-ce que sont considérées comme relevant d’une langue soutenue en français québécois7.

Les interrogatives totales reposant sur la seule intonation sont extrêmement majoritaires en français de France, même si les pourcentages varient selon les études (80% pour Coveney (2002 : 108), 98% pour De Cat (2007 : 14)). En français québécois, où il peut être prêté à ces structures un certain caractère formel (toutefois moindre que pour celles en est-ce que), leurs proportions sont plus faibles tout en différant parfois sensiblement : 61% pour De Cat (2007 : 14), 35% pour Elsig & Poplack (2006) et 7% pour Bigot (2008 : 232), malgré ce que pouvait laisser attendre la nature du corpus.

Pour le français de France, Coveney (2002 : 246) note une complète absence d’interrogatives totales à inversion, de même que De Cat (2007 : 14), conformément à ce que remarque Flament-Boistrancourt (2001) : « Toutes les études sont unanimes à ce sujet : la structure à inversion est rare à l’oral ». La constatation est, bien sûr, à relativiser sur l’axe diatopique. Les interrogatives totales à inversion représentent 26% dans le corpus de français québécois d’Elsig & Poplack (2006), 21% dans celui de De Cat (2007 : 14) et 9,5% dans celui de Bigot (2008 : 232). Pour Elsig & Poplack (2006), l’inversion n’affecte que la deuxième personne alors que, pour De Cat (2007 : 13), elle concerne également la troisième personne.

Enfin, la « prédilection du francophone pour l’interrogation totale » (Flament-Boistrancourt 2001) est souvent soulignée, et ce de manière convergente, pour le français de France. Ainsi, Flament-Boistrancourt & Cornette (1999 : 137–139) notent 60,50% d’interrogatives totales contre 39,50% d’interrogatives partielles. Ils citent également le ratio de 69,09% de totales contre 30,90% de partielles pour Terry (1970 : 83) et de 66,92% de totales contre 24,61% de partielles pour Gadet (1989 : 143). Coveney (2002 : 118) observe de son côté une fois et demie plus d’interrogatives ← 163 | 164 → totales que d’interrogatives partielles. En revanche, cette tendance demande à être vérifiée pour le français québécois, du fait de résultats à première vue contradictoires : si Barbarie (1982), cité par Bigot (2008 : 229), relève, sur 776 structures interrogatives directes, 436 totales et 340 partielles et si Bigot (2008 : 230), sur 240 structures, dégage 130 totales et 110 partielles, Flament-Boistrancourt (2004) rapporte l’étude de Karcher (1999), qui montre une prépondérance des partielles (50% contre 40% de totales) dans son corpus de Montréal8.

Pour démêler ces divergences portant sur un phénomène autant culturel que linguistique, il est sans nul doute nécessaire de disposer de davantage de corpus, mieux échantillonnés, plus comparables, avec des situations diversifiées de manière plus systématique, qui donneraient les moyens d’une approche privilégiant, comme on l’a vu, le diaphasique.

Modes et temps : les cas du subjonctif, du « conditionnel périphrastique » et des auxiliaires avoir et être

Les études de la variation des modes et des temps verbaux, tout comme celles de la variation entre les auxiliaires avoir et être, sont classiques en syntaxe. La facilité de comparer chaque forme avec la variante standard, étant donné l’investissement normatif de la zone verbale, pourrait en être la raison, tout comme la possibilité de réduire la variation à un cadre binaire qui permet une quantification aisée. De fait, les temps verbaux et leurs environnements sont relativement faciles à « traquer » par les outils automatiques, bien que ceux-ci restent dépendants des concepteurs et, surtout, des transcripteurs ← 164 | 165 → des corpus, et que les études soient limitées (pour le subjonctif vs indicatif, par exemple) aux formes contrastées.

Une « tendance » à l’amenuisement du subjonctif est observée par de nombreux auteurs dans plusieurs variétés de français. L’alternance du subjonctif et de l’indicatif dans des subordonnées est en réalité une donnée du français attestée depuis le XVIe siècle, toujours accompagnée des injonctions normatives visant à stabiliser la distribution des usages (Fournier 1998 : 331–373). Le subjonctif en subordonnée exclut l’assertion du locuteur ; il focalise l’attention sur le procès exprimé sans qu’il soit tenu compte de sa réalité. La pertinence de cette valeur modale, cependant, ne va pas toujours de soi puisque le subjonctif en tant que forme marquée n’existe pas pour de nombreux verbes. Par ailleurs, dans les usages, des études ont montré (surtout pour le français acadien (Chauveau (1998), Neumann-Holzschuh (2004), parmi d’autres), selon les contextes, soit une fluctuation imprévisible entre subjonctif et indicatif (après falloir, vouloir, pour que, avant que …), soit une absence du subjonctif (après jusqu’à ce que, il arrive que …). Chauveau (1998) rapproche ces faits de la tendance identique attestée de longue date en Bretagne, tendance correspondant elle-même au fonctionnement du breton où l’indicatif présent et futur et le conditionnel (utilisé aussi pour les constructions hypothétiques) sont employés là où le français (standard) recourt au subjonctif. Neumann-Holzschuh (2004), dans son étude formelle et fonctionnelle du subjonctif en français acadien, et plus généralement en français d’Amérique du Nord, montre aussi un étiolement du subjonctif, et fait remonter le processus aux XVIe et XVIIe siècles, donc aux débuts du français sur le continent. Elle met en évidence une apparition concurrente des formes de l’indicatif présent, futur et imparfait, du conditionnel et du subjonctif présent, avec la perte de la valeur modale spécifique du subjonctif, surtout en Louisiane et à Terre-Neuve et, dans une moindre mesure, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Ecosse. En France, au Québec et en Afrique, les alternances du subjonctif et de l’indicatif et la diminution du subjonctif sont attestées aussi. Des données récentes de français parlé en entretiens et conversations comportent quelques absences de subjonctif après à moins que, falloir que, avoir peur que, jusqu’à ce que, malgré que …, mais ces faits restent marginaux :

← 165 | 166 →

(5)

À moins que … quelqu’un il … il me voyait là, but je pense pas (Peace-River, Walker 2010)

(6)

Faudra que tu te fais ton idée (Ville Platte, Lyche, Klingler & LaFleur 2010)

(7)

Il avait peur que j’aurais perdu connaissance (Ilet à Cordes, Bordal & Ledegen 2010)

(8)

Mais mi di : il faut que vous me dites (Ilet à Cordes, Bordal & Ledegen 2010)

(9)

Ainsi de suite jusqu’à ce qu’on va l’employer officiellement (Ouagadougou, Prignitz 2007)

(10)

Les étudiants malgré qu’ils ont des diplômes, mais ils ont des difficultés pour acquérir ces bourses (Dakar, Guèye 2008)

Une comparaison après falloir que dans trente-six points d’enquêtes PFC en Europe, Afrique et Canada9 montre seulement trois indicatifs, tous à Ilet à Cordes (Réunion), sur 230 occurrences. Les résultats de diverses études dépendent souvent des corpus (Gandon 1994, Boutin 2007).

Parallèlement à de telles « tendances » répandues dans toute la diatopie du français, des phénomènes concernant des zones géographiques plus ou moins étendues ont aussi été repérés. Ainsi, la spécialisation de l’auxiliaire aller à l’imparfait suivi du verbe à l’infinitif (qui est utilisé en construction libre dans tous les français) dans l’apodose d’une construction hypothétique fictionnelle semble spécifique à la Côte d’Ivoire, au Mali et au Burkina Faso (Boutin & Kouamé 2011, Skattum 2011) :

(11)

Si on avait pu déplacer tous les Gurunsi là, ça allait faire de la place (Ouagadougou, Prignitz 2007)

(12)

Si il était allé à l’école, il allait la lire lui-même (Bamako, Skattum 2011)

(13)

Bon, ils nous avaient dit au départ que, bon, si on avait la chance, que ils allaient nous garder (Abidjan, Boutin 2006)

Une comparaison à l’aide du logiciel TXM10 entre le conditionnel classique ou synthétique et ce conditionnel périphrastique montre une équivalence du nombre d’emplois dans les trois enquêtes : après les 17 protases en si ← 166 | 167 → suivies de l’imparfait, 8 apodoses avec un conditionnel classique apparaissent, pour 9 apodoses avec un conditionnel périphrastique.

Un autre niveau linguistique est étroitement uni à la syntaxe : le niveau phonique, dans lequel, par ailleurs, on trouve la plus grande amplitude de variation diatopique. Des faits d’ordre phonologique peuvent être responsables d’une extension de la variation, ou susceptibles de favoriser un changement morphosyntaxique. En Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, les auxiliaires ai, as, a, es, est, aie, aies, ait, et parfois êtes, avez, sont réalisés par les voyelles [ɛ/a], sans qu’une valeur phonétique précise soit combinée de façon stable à un même verbe. Le symbole Æ indique dans les exemples suivants des voyelles mi-ouvertes à ouvertes, proches de [ɛ/a], qui semblent s’opposer à la voyelle attendue :

(14)

Donc c’est par rapport à ça qu’on vous Æ on vous Æ vus dans les problèmes (Ouagadougou, Prignitz 2007)

(15)

On peut pas toujours rester toujours comme on le dit avec les colonisateurs c’est tel pays qui nous Æ colonisés il faut rester avec lui non (Abidjan, Boutin 2006)

(16)

Je l’Æ pas vu il Æ fui avec mon argent (Abidjan, Boutin 2011b)

Est-on en présence d’un changement grammatical en cours, un morphème Æ devenant simple marqueur de l’aspect accompli ? Ces faits sont-ils suffisants pour qu’on en induise qu’il y a changement dans le système ?

Pour ces diverses valeurs phonétiques proches de [ɛ/a], on peut émettre l’hypothèse d’une forme syncrétique au niveau phonologique, mais on ne peut supposer pour autant qu’il s’agisse d’un changement morphosyntaxique. Cette forme syncrétique est le résultat d’une perte d’opposition phonologique [a~ɛ] pour certains morphèmes (ai, a, as, es, est …) et d’une érosion consonantique pour d’autres (êtes, avez). Néanmoins, pour que l’on puisse poser l’existence d’un seul morphème [a/ɛ] ou de plusieurs (plutôt [a] et plutôt [ɛ]), une grande régularité doit être observée. Or, ce phénomène est très variable ; la fréquence de Æ diffère selon les situations de parole, estimée à moins de dix fois en cinq heures de parole dans les entretiens de PFC (0,002% des occurrences d’être et avoir au présent) et vingt-cinq fois en dix minutes d’enregistrement écologique dans une gare routière d’Abidjan (23% des occurrences d’être et avoir au présent) (Boutin 2011b). Il semble que cette imbrication de faits ← 167 | 168 → d’ordres phonique et syntaxique soit elle-même dépendante d’autres facteurs (acquisition, situation de communication, vitesse de débit).

Le cas de que

Le cas de que permet d’aborder d’autres conditions d’existence de la diversité syntaxique, notamment la dispersion concomitante d’emplois plus ou moins grammaticalisés d’une même forme, autrement dit l’interdépendance entre la syntaxe et le discours. Le cas de que permet aussi de (re)poser de manière particulièrement aiguë le problème de l’identification et de la délimitation de formes porteuses de constructions concurrentes (est-ce à dire : de variantes ?). La diversité des emplois de que en français est en effet telle qu’elle va des subordonnées où que est subordonnant et première marque d’une réelle dépendance syntaxique, aux énoncés paratactiques où que a un rôle de particule énonciative, en passant par que subordonnant universel ou lien discursif vague :

(17)

on avait juste eu l’électricité que moi j’avais 16 ans (Louisiane, Boutin & Gadet 2012)

Le sous-corpus PFC-Afrique de l’Ouest (Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali et Burkina Faso) présente cent trente relatives en que, dont trois avec un que pouvant encore être considéré relatif, mais un relatif non marqué en fonction, éventuellement suivi d’un pronom résomptif. Ces exemples, que l’on fait respectivement relever desdites relatives défectives et desdites relatives décumulées, sont semblables à ce que l’on rencontre dans tous les espaces francophones :

(18)

Ensemble, nous devons lutter aussi contre plein de choses. Il y a plein de choses que nous devons lutter, la corruption, euh (Abidjan, Boutin 2006)

(19)

Les vrais, les vrais mots que on a besoin, ils disent pas ça en bambara (Bamako, Skattum 2008)

(20)

Vraiment, il y avait des choses que on se plaint pas s /-s /-sur ça (Bamako, Skattum 2008)

← 168 | 169 → Ces deux sortes de relatives sont stigmatisées comme « populaires ». En très petit nombre dans le corpus PFC-Afrique de l’Ouest, elles sont pourtant fréquemment mises en évidence dans la plupart des études sur le français en Afrique, ce qui manifeste une intrication de facteurs diastratiques et diatopiques, non seulement au niveau des phénomènes observés, mais aussi au niveau de la démarche des chercheurs. S’il existe une préférence, dans les études sur le français en Afrique, pour les « français populaires » ou les formes dites « populaires », il se peut que les méthodes soient encore tributaires de l’idéologie du standard corrélé à une position sociale haute.

Par ailleurs, que est absent dans ce qui est traditionnellement analysé comme des complétives :

(21)

Et, quand je lui ai expliqué c’est le lavement, elle croit pas (Abidjan, Boutin 2007)

(22)

Je savais, quand elle sévissait, c’était vraiment qu’elle avait ses raisons (Meurthe-et-Moselle, Pagliano & Le Gac 2010)

(23)

Parce que je trouve où il y a des fermes il n’y a pas autant de changement de personnes (Ontario, Poiré 2010)

Autour de cette présence vs absence de que, quelles formes comparer et constituer en paradigme(s) ? Et qu’est-ce qui alterne ? Est-ce des énoncés, des structures, des éléments, tel ce que présent ou absent ? Selon Gadet (1997 : 11–12), « on peut rapprocher relatives et détachements, car en français ordinaire que est souvent supprimé, même ailleurs qu’en relative […]. […] une relative à laquelle on retire que est un détachement, et un détachement auquel on ajoute que donne une relative. Les locuteurs sont donc familiers de l’interchangeabilité entre structures avec et sans que ». En ce qui concerne les apparentes complétives, l’absence de que est à relier au fait que expliquer, savoir et trouver (21 à 23) appartiennent aux introducteurs de discours rapporté (voir par exemple Rosier 2008 : 56–57). En particulier, un verbe tel que trouver, très fréquemment attesté, à l’oral, à la première personne (comme l’illustre l’exemple (23)), a majoritairement un emploi dit de « rection faible, à valeur épistémique » (Blanche-Benveniste & Willems 2007 : 217). Pour les verbes de cette sorte, Blanche-Benveniste & Willems (2007 : 226) notent « en France […] un affaiblissement du que, qui tendrait à s’agglutiner au verbe faible, je crois-que, je pense-que », tout en ← 169 | 170 → précisant que « l’absence du que est signalée en français québécois (Sankoff 1974) et parfois en français parisien (Andersen 1997) ».

En relation à l’absence de que, l’exemple (17) on avait juste eu l’électricité que moi j’avais 16 ans peut être mis en correspondance avec un cas (patent) de parataxe, on avait juste eu l’électricité, moi j’avais 16 ans, décrit par Choi-Jonin & Delais-Roussarie (2006) comme une « association de propositions sans marque segmentale ». Une telle suite se paraphraserait en écrit standard à l’aide d’une subordonnée, notamment introduite par quand. Choi-Jonin & Delais-Roussarie (2006 : 94) notent cependant, pour ladite association de propositions sans marque segmentale, des contraintes syntactico-sémantiques11 « qui ne s’observent pas dans les propositions reliées par [un] subordonnant » (voir aussi Blanche-Benveniste et al. 1990 : 139–140). Autrement dit, les différentes formes, avec que, sans que, avec un subordonnant tel que quand, ne sont pas strictement équivalentes sur un plan syntaxique et sur un plan sémantique. En outre, que, « marque polyvalente de subordination » (Gadet 1989 : 163), est notamment doté d’un plus grand potentiel syntaxique et sémantique (qui se manifeste par exemple dans le fait que certaines relatives décumulées peuvent également être interprétées comme des circonstancielles, ou encore dans le fait que les paraphrases peuvent s’appuyer sur plusieurs subordonnants : on avait juste eu l’électricité alors que moi j’avais 16 ans).

A la faveur de l’exemple on avait juste eu l’électricité que moi j’avais 16 ans, nous souhaiterions également évoquer l’apport possible des cadres théoriques de micro et macrosyntaxe dans le domaine de la diversité syntaxique. La macrosyntaxe, définie au début des années quatre-vingt-dix, d’une part à Aix par Blanche-Benveniste et al. (1990), d’autre part à Fribourg par Berrendonner (1990), comme une description de l’au-delà de la rection, par opposition à la (micro)syntaxe, syntaxe de rection, prend en effet tout particulièrement en compte des faits de parataxe. Nous nous cantonnerons ← 170 | 171 → ici à une brève discussion de cet exemple au sein du cadre fribourgeois. Rappelons que ce cadre théorique est doté d’unités maximales de microsyntaxe d’une seule sorte, les clauses, décrites comme des « îlots de connexité rectionnelle », où « chaque élément (morphème, syntagme) […] est en relation de dépendance ou d’interdépendance avec au moins un autre élément, si bien que ‘le tout se tient’ » (Berrendonner 2004). Ce cadre possède également des unités maximales de macrosyntaxe, les périodes, que l’on définira d’une manière simplifiée comme des suites de clauses (mais qui consistent parfois en une seule clause) évoquant un programme pragmatique ou praxéologique complet et se terminant par une prosodie conclusive. Ainsi, pour Béguelin (2000), si l’exemple on avait juste eu l’électricité que moi j’avais 16 ans est certainement constitué d’une clause coextensive avec une période, son correspondant sans que, on avait juste eu l’électricité, moi j’avais 16 ans, comporte deux clauses appartenant à une même période. Toutefois, par la suite, Berrendonner (2004) affiche une position différente : notant que, dans le dernier cas, les deux segments ne sont pas « ‘juxtaposés’ n’importe comment, mais liés par des marques prosodiques spécifiques (pas de pause entre eux + intonation dominante sur le second + pause après) », il pose alors un subordonnant « de nature prosodique », qu’il assimile à un subordonnant « segmental ». Les deux segments sont ramenés à une seule clause, « dont la connexité rectionnelle est […] signalée par un marqueur de subordination de nature prosodique ». Selon Berrendonner (2004), ce qui oppose l’exemple supra et son correspondant sans que, ce n’est plus le nombre de clauses (respectivement une vs deux), mais la différence de nature du subordonnant (respectivement segmentale vs prosodique). Quoi qu’il en soit, et au-delà de ses évolutions internes, la macrosyntaxe, à côté par exemple de la grammaire générative, fournit des bases intéressantes sur lesquelles opposer des formes porteuses de constructions concurrentes.

D’autres débats proches impliquant que, autour du discours rapporté, mêlent aussi des questions de syntaxe et des questions de discours, et concernent également tout l’empan des espaces francophones.

Le discours rapporté permet particulièrement de montrer l’imbrication entre la syntaxe et le discours lors d’une pratique sociale (recourir au déjà dit) partagée par toutes les cultures. Boutin (2011a) montre, sur le sous-corpus PFC-Afrique de l’Ouest, un large éventail de constructions qu’on ne peut ← 171 | 172 → ramener aux catégories de discours rapportés directs et indirects. Hormis les cas (majoritaires) où que introduit un discours rapporté indirect prototypique comme une première marque de dépendance syntaxique12, que peut être très loin du verbe dans un discours direct ou indirect, ou, comme on l’a remarqué supra (21), omis pour un discours rapporté indirect. On peut noter, pour les verba dicendi (du type dire, répondre, etc. (Rosier 2008 : 56)), ce qui peut être analysé comme un affaiblissement du rôle syntaxique de que au profit d’un rôle discursif. Que a alors un rôle d’organisation du discours, proche de celui de particules énonciatives telles que non, bon, ben, comme on le voit dans les énoncés suivants (24 à 29). Le balisage assuré par non, ben, etc. (« ligateurs énonciatifs » (Morel & Danon-Boileau 1998)) semble également pris en charge par que, puisque les débuts de paroles rapportées sont marqués par une ou deux particules énonciatives, ou par que éventuellement précédé ou suivi d’une particule énonciative (24 et 25). Des phénomènes de ce type laissent penser que la contiguïté de ces éléments lors du discours pourrait être une motivation à la réanalyse de que comme balise introductrice et décrocheur énonciatif (Rosier 2008).

(24)

vers la fin il me dit que non mon papier il n’a pas pu prendre que c’est trop compliqué que lui il pensait que c’était un autre travail et moi je lui ai d- donné un travail que son ami ne peut pas faire que c’est trop pour son ami. (Abidjan, Boutin 2011a)

(25)

le gars il dit non que non que le que l’onc- que Monsieur euh Kaboré qu’il est sorti. (Ouagadougou, Prignitz 2007)

(26)

je demandais souvent aux enfants si c’était bon c’est quelle école qui était habillée comme ça. (Ouagadougou, Prignitz 2007)

(27)

il dit bon euh, l’embellie est finie pour le moment. (Liège, Hambye & Simon 2006)

(28)

il me dit qu’est-ce qui se passe je dis non je viens de la Justice ils m’ont donné un délai qui ne m’arrange pas tout ça (Abidjan, Boutin 2011a)

(29)

Fabienne me dit ben euh, c’est bien la preuve de, de (Liège, Hambye & Simon 2006)

← 172 | 173 → Si que garde son rôle syntaxique de subordonnant dans la majorité des cas, il assume aussi, tout comme les particules énonciatives, un rôle discursif de balise de début de discours, qu’il s’agisse de la voix du locuteur ou de la voix rapportée. Ont de fait été mentionnés, en français du Cameroun, des énoncés introduits par que, et ce en l’absence de tout verbe rapportant (Boutin 2011a ; voir aussi Queffelec 2006) :

(30)

Que je n’ai rien à faire avec l’argent pour acheter ça ?

(31)

Que quand le kilométrage dépassait comme ça, vous-même vous n’aviez pas peur de couler votre moteur ? (Onguene Essono, Boutin 2011a)

L’entrée de que dans l’inventaire des balises introductrices de discours n’a pas fait l’objet d’études hors de l’Afrique. Des divergences d’intérêts et de méthodes pourraient expliquer cette disparité, alors que le phénomène ne se limite probablement pas à ce continent.

Conclusion

Après avoir attiré l’attention sur l’insuffisance des notions de variables et de variantes comme outils de travail sur la diversité des formes et la multiplicité des façons de dire dans une langue, nous avons revisité quelques phénomènes de prédilection dans le domaine de la variation, en les observant sur l’ensemble des espaces de la francophonie.

Le traitement des diversités syntaxiques se heurte à une double intrication : celle de la syntaxe avec les autres niveaux linguistiques (phonique, prosodique, sémantique, pragmatique, discursif) et celle des facteurs extralinguistiques entre eux, notamment diatopiques et diaphasiques. A cela s’ajoute une interdépendance d’ordre méthodologique et/ou culturel entre les faits recueillis et les démarches des chercheurs.

Jusqu’à présent, les études variationnistes se sont focalisées sur les facteurs diaphasiques sans en avoir toujours réellement les moyens en termes de ressources et d’outils d’analyse, et celles qui ont appréhendé la diversité diatopique, plus clairement segmentée, se sont difficilement libérées des ← 173 | 174 → attributions diastratiques qui accompagnent cette dernière de façon tenace (Gadet 2007). Néanmoins, les français « non hexagonaux » produisent un effet de loupe sur des phénomènes généraux, alors que, longtemps, ils n’ont été examinés que d’un point de vue didactique, par rapport au français standard.

Enfin, il est également intéressant, pour cerner les diversités en syntaxe, de faire appel à d’autres cadres que la grammaire générative, qui a prévalu dans les approches de la variation. Ainsi, les cadres de micro et macrosyntaxe fournissent un éclairage complémentaire sur les formes porteuses de constructions concurrentes.

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__________

1 Nous remercions Marie-Hélène Côté pour ses remarques après une communication sur le même thème aux Journées PFC de décembre 2013, Regards croisés sur les corpus oraux – session syntaxe.

2 Corpus PFC, « Phonologie du français contemporain : usages, variétés et structure », <http://www.projet-pfc.net>.

3 L’article d’Elsig & Poplack (2006) préfigure l’ouvrage d’Elsig (2009) : Elsig, Martin, Grammatical Variation Across Space and Time : The French Interrogative System, Amsterdam/Philadelphia : John Benjamins.

4 Néanmoins, notons, sans pouvoir insister davantage, que d’autres possibilités existent, comme le rappelle Gadet (1989 : 137) : Est-ce Pierre qui vient ? ; Est-ce que c’est Pierre qui vient ? ; C’est Pierre qui vient ?.

5 Elsig & Poplack (2006) : « Variability in question formation is a well-documented feature of French syntax ».

6 Affirmation probablement favorisée par les préconisations des grammaires, telles que celle de Radouant (1922 : 232–33), cité par Poplack (2009 : 133) : « De plus en plus fréquemment, dans la langue parlée, quand la question porte sur le verbe et surtout s’il est à la 1ère personne du singulier, on emploie la formule invariable est-ce que ».

7 Elsig & Poplack (2006) expliquent ce trait diaphasique par la rareté de la structure en est-ce que dans le français de France du XVIIe siècle, dont le système interrogatif du français québécois paraît directement provenir. Il semblerait en effet, selon Rouquier (2002), que est-ce que ne soit apparu que tardivement, au XVIe siècle, dans les interrogatives totales.

8 Cette étude examinait la formulation des demandes d’information à la banque de prêt d’une bibliothèque universitaire parisienne et d’une bibliothèque universitaire de Montréal. La proportion d’interrogatives totales (70% contre 20% de partielles) restait plus élevée pour le français de France.

9 En l’état actuel de la base PFC (<http://www.projet-pfc.net/carte-interactive.html>), ces données quantifiées ne comprennent pas la Louisiane ni les Antilles, mais seulement l’Alberta (Peace River) et Québec-ville pour l’Amérique.

10 La plateforme TXM est développée par l’ENS de Lyon (<http://textometrie.ens-lyon.fr/spip.php?article96>).

11 La première proposition « ne peut pas être négative ». Du point de vue des temps verbaux, « seuls les ordres accompli-inaccompli et inaccompli-inaccompli sont acceptés ». Si la deuxième proposition « n’exprime pas une indication temporelle, la première doit comporter un prédicat du type ponctuel ». (Choi-Jonin & Delais-Roussarie 2006 : 94)

12 Les autres marques de dépendance sont les suivantes : la phrase qui suit perd son autonomie énonciative, les temps et modes verbaux sont modifiés, les personnes des pronoms et les flexions verbales subissent un transfert, les repérages spatiaux et temporels sont ceux de la narration.