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De la genèse de la langue à Internet

Variations dans les formes, les modalités et les langues en contact

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Edited By Michael Abecassis and Gudrun Ledegen

Ce recueil d’articles regroupe une sélection des communications présentées au colloque international et pluridisciplinaire tenu à Oxford en janvier 2013, que complètent quelques contributions d’éminents chercheurs sur l’évolution du français, depuis ses origines jusqu’à ses développements liés à l’influence d’Internet. Les auteurs de ce volume s’intéressent à la langue française sous toutes ses formes et dans toutes ses représentations, dans le cinéma ou dans la littérature, et l’abordent aussi bien à travers sa syntaxe, son lexique, sa phonologie, que dans ses modalités orales ou écrites. De la rencontre de ces différents éclairages émerge un portrait de la langue française du XXIe siècle, telle qu’elle est étudiée actuellement, dans les recherches, dans ses modes d’écriture contemporains, sur les terrains plurilingues de différentes villes.
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Le français dans le plurilinguisme urbain algérien : les jeunes en parlent (Souheila Hedid)

← 180 | 181 → SOUHEILA HEDID

Le français dans le plurilinguisme urbain algérien : les jeunes en parlent

Un des mérites et certainement pas le seul de l’école de Chicago, est d’avoir considéré la ville comme « un laboratoire social » (Coulon 1992) qui met en relief la covariance entre langue et société. Grâce à cette conception, la ville a permis à plusieurs chercheurs d’étudier ses multiples transformations (Bulot 1999, 2004, 2009, Calvet 1994) et d’approcher certaines catégories sociales qui y vivent tels les délinquants, les immigrants … (Labov 1978, Githinji 2013, Ledegen 2007, Billiez & Trimaille 2007, Bertucci 2003, 2010). Cependant, l’apport de cette école est incontestablement perceptible en méthodologie d’enquête (Mucchielli. 2009). En effet, après les années 40, les chercheurs associés à cette école ont consacré de grands volumes de leurs études aux techniques d’investigation en ville (Grafmeyer 1978, Grafmeyer & Joseph 1990). Entre les études qualitatives et les études quantitatives, les chercheurs se sont fortement inspirés des méthodes ethnologiques et ont défini des techniques d’enquête parfaitement efficaces quant à l’analyse profonde des pratiques langagières telle l’observation participante (Blanchet 2000, Laburthe-Tolra 1996). Suite à ces renouvellements, les nombreux travaux consacrés à la méthodologie de recherche en sociolinguistique mettent l’accent sur les procédés et les protocoles d’enquêtes, et sur les différents outils d’investigation susceptibles de rendre la collecte des données, dans le milieu urbain, plus sûre et plus fiable.

En Algérie, la ville a toujours été un corpus patent. En anthropologie (Hannerz 1980) et en sociolinguistique urbaine (Morsly 1996, Taleb Ibrahimi 2002, 1996), les chercheurs tentent d’accéder à cet espace dans le but de comprendre les multiples covariances entre individu, langue et territoire. Les problématiques les plus évoquées sont celles qui se rapportent à l’appropriation de l’espace par les locuteurs (Bulot 2009, Billiez 2013), et les différents discours épilinguistiques que ces derniers tiennent sur les lieux qu’ils occupent (Hedid 2013). L’épanouissement de ces travaux atteste de la richesse des approches épistémologiques et des démarches méthodologiques.

← 181 | 182 → Le plurilinguisme urbain tel qu’il est perçu et vécu par les chercheurs se pose comme une question cruciale, souvent porteuse de débats, voire de conflits. La cohabitation de plusieurs langues dans la ville algérienne rend le contexte urbain local plurilingue et difficile à étudier. L’arabe, le français et les autres codes en présence ne bénéficient pas des mêmes positions et, pour appréhender cette question, les scientifiques tentent d’adapter leurs méthodes et d’approcher ces interrogations sous plusieurs angles. Dans le présent travail, nous essayons de faire le point sur cette question, en mettant l’accent sur les méthodologies d’enquête utilisées pour cerner la place du français dans le plurilinguisme urbain algérien (Hannerz 1983). L’idée est d’actualiser les schémas descriptifs et méthodologiques déjà établis (Morsly 1996, Taleb Ibrahimi 1996, 2002, 2004) concernant la situation sociolinguistique du pays, et de voir la gestion que font les jeunes urbains d’aujourd’hui du potentiel linguistique qu’ils possèdent. La recherche repose sur une enquête de terrain dans la ville de Constantine et sur un corpus hétérogène. Notre étude tâchera de répondre aux questions suivantes : Quelle est la place qu’occupe le français dans le plurilinguisme urbain algérien ? Quelle méthodologie adopter pour aborder la question auprès des jeunes Algériens d’aujourd’hui ? Les travaux effectués dans ce sens se basent généralement sur des enquêtes de terrains où l’enquêteur observe ou enquête auprès d’un ou de plusieurs groupes dans un contexte bien déterminé. Nous essayons dans la présente recherche d’enquêter auprès du même groupe dans plusieurs contextes socio-discursifs pour mieux observer les changements linguistiques chez des informateurs (Lamarre 2009). Nous espérons, en fait, que cette filature ethnographique (Coulon 2009) portera des résultats plus précis sur l’état du plurilinguisme que connaît la ville algérienne aujourd’hui.

Le français, les jeunes et la question sociolinguistique en Algérie

La situation sociolinguistique de l’Algérie est caractérisée par une complexité apparente. Les chercheurs (Morsly 1987, 1993, 2011, Taleb Ibrahimi 1997, Grandguillaume 1997, 2003) évoquent un plurilinguisme assez particulier, ← 182 | 183 → où sont présents plusieurs codes linguistiques, notamment l’arabe (avec plusieurs variantes), le tamazight (avec plusieurs variétés) et le français. D’autres langues sont aussi attestées dans certains secteurs tels l’enseignement, la recherche, la santé. Dans les pratiques langagières, les sociolinguistes relèvent un épanouissement remarquable (Cherrad 2004, Hedid 2011), les langues se mélangent (Caubet 2002), s’entrecroisent, et parfois l’une s’efface en cédant la place à un sociolecte nouveau. Le mécanisme est assez fréquent dans les contextes urbains. L’émergence de nouveaux parlers (Thiam 1991, Manessy 1991) est le résultat de l’urbanisation accélérée que connaissent les villes aujourd’hui et le plurilinguisme frappant que les locuteurs tentent d’assimiler. Les jeunes constituent une des catégories sociales les plus sensibles, et les plus vulnérables à tout changement sociolinguistique. En Algérie, leur parler est conçu essentiellement pour représenter leur univers, leur identité et la perception qu’ils ont de leur société (Morsly 1996, Taleb Ibrahimi 1996, Hedid 2011, 2013). L’étude de ce parler montre qu’il est composé de plusieurs langues, mais le français intégré est une des composantes de base (Morsly 1996, Hedid 2011). Nous essayons, dans la présente étude, d’adopter une autre approche et une posture différente de celles des autres recherches, dans le but de voir la place que le français tient dans le plurilinguisme urbain dans lequel vivent les jeunes Algériens.

Le français dans le plurilinguisme urbain : méthodologie d’une enquête en mouvement

Le « Tracking », comme l’appelle D.H. Zimmermann, est une méthode d’enquête qui s’inscrit amplement dans une perspective ethnographique. C’est en fait une étude micro-sociolinguistique qui se base avant tout sur une observation minutieuse des terrains d’enquête et des pratiques des groupes de locuteurs qui se définissent dans une certaine homogénéité. Évoquant cette démarche, A. Coulon explique qu’ : « il s’agit de montrer, à des niveaux d’analyse variés, comment une structure se construit, par exemple comment en se fondant sur l’analyse des interactions concrètement échangées par les participants de l’activité scolaire, ‘les activités ← 183 | 184 → structurantes de la classe assemblent les structures sociales de l’éducation’ » (Coulon 2009 : 82). Sur le plan conceptuel et théorique, les chercheurs expliquent que l’activité humaine tourne autour de quelques marqueurs sociaux dont l’identification permet l’organisation de la vie sociale (Durkheim 1894). Ces marqueurs ne sont identifiables que dans le circuit des interactions (Vion 1992, Kerbrat Orecchioni 1990). Le passage par l’étude des interactions constitue dès lors un point important dans la compréhension de la présente problématique (Cavalli, Duchêne, Moore, Gajo, Marquilló Larruy, Matthey, Py, Serra 2009, Hedid 2013). Le protocole d’enquête se définit comme une enquête en mouvement (Lamarre 2009). Le principe de base de cette technique d’investigation : « consiste à observer le plus grand nombre de situations possibles au cours de la recherche sur le terrain » (Coulon 2009 : 98). C’est une des méthodes d’enquête les plus fiables quant à la mise en relief des pratiques langagières et des changements linguistiques des locuteurs en synchronie. Les espaces socio-discursifs qui défilent offrent au chercheur la possibilité de suivre ses informateurs et de prendre des clichés sur toutes les situations d’interaction à laquelle ils adhèrent.

Ainsi le cadre épistémologique adopté ici se base sur une étude des pratiques communicatives d’un groupe de jeunes constantinois uni, homogène de plusieurs points de vue : l’âge, leurs pratiques quotidiennes (sport), les études, les lieux fréquentés …

Pour la sélection de ces informateurs, et prenant en considération le fait que notre démarche touche à la vie personnelle des informateurs, nous nous référons à une méthodologie labovienne : « qui fait appel au réseau personnel local de chaque enquêteur » (Durand, Lyche & Laks 2005 : 208), c’est dire, comme l’explique P. Bourdieu qu’: « on a ainsi pris le parti de laisser aux enquêteurs la liberté de choisir les enquêtés parmi les gens de connaissance ou des gens auprès de qui ils pouvaient être introduits par des gens de connaissance. La proximité sociale et la familiarité assurent en effet deux des conditions principales d’une communication ‘non violente’ » (Bourdieu et al. 1993 : 1395). Cette façon de procéder nous permet d’enquêter auprès des informateurs de notre entourage et de réduire toute contrainte relative au respect de la vie privée. Ainsi, les données analysées dans cette étude résultent d’une enquête menée auprès de deux de nos ← 184 | 185 → étudiants1. Les deux sont constantinois âgés entre 19 et 22 ans. Une fille et un garçon. Ces jeunes sont étudiants à l’université Constantine 1 et musiciens au conservatoire de la ville. En plus de ces points de ressemblances, les deux sont sportifs mais pratiquent des activités sportives différentes. La sélection de ces derniers était une étape très difficile. Nous avons sélectionné un grand nombre d’étudiants issus du département de français où nous sommes enseignante. Après l’explication du protocole d’enquête, beaucoup se sont désistés, expliquant qu’ils refusent d’être tout le temps contrôlés par l’enquêtrice. Les deux qui sont restés, ont montré un grand intérêt pour l’enquête et ont accepté de répondre à nos questionnaires et d’être suivis dans plusieurs lieux qu’ils fréquentent (sauf chez eux). Ces jeunes sont inscrits en première année licence de français. Hiba pratique la gymnastique dans une salle de sport en ville. Mohamed pratique le tennis dans un autre club, en ville, non loin de l’université.

Après avoir obtenu leur consentement, nous avons commencé à sélectionner les espaces propices à l’observation de leurs pratiques langagières. Nous avons été confrontée tout d’abord au refus des responsables du Conservatoire de nous laisser accéder à leur établissement afin de réaliser notre enquête, nous nous somme dirigée vers l’université, et grâce au fait que nous sommes enseignante, nous avons pu mener notre enquête avec les jeunes sélectionnés. Nous avons fait passer notre questionnaire, et nous avons confié notre magnétophone aux informateurs pour enregistrer, à tour de rôle, leurs rencontres avec leurs amis et leurs interactions en dehors des cours. Mais l’enquête dans les rues de la ville et dans les commerces était des plus difficiles : le bruit, la difficulté de suivre ces jeunes dans des quartiers commerçants surpeuplés à tout moment de la journée, ont rendu une grande partie de nos enregistrements inaudibles. Néanmoins, grâce à la prise de notes et à l’observation minutieuse de leurs échanges nous avons pu avoir un corpus intéressant.

Au total, nous avons sélectionné, en plus de l’université, les espaces suivants : la salle de sport de Hiba, et le stade où Mohamed joue au tennis, la rue, et quelques commerces que les jeunes fréquentent habituellement. ← 185 | 186 → La récolte des données était parfois pénible mais leur lecture est des plus intéressantes.

Le français en ville algérienne, entre pratiques et représentations : les pratiques déclarées

Le dépouillement et la lecture du premier corpus nous permet de dire que les jeunes enquêtés sont plurilingues. Effectivement, nous relevons pour la première question, une réponse commune, mettant l’arabe algérien comme la seule langue maternelle. Les deux jeunes ajoutent que leurs parents sont bilingues parlant deux langues : l’arabe et le français. À la troisième question qui concerne les langues étrangères pratiquées, les informateurs citent l’anglais et l’allemand. Quant au français, il semble complètement absent. Cette réponse, inattendue2, nous pousse à interroger les jeunes, qui nous disent alors que le français : « n’est pas une langue étrangère », Mohamed nous explique que : « le français est partout, moi je le parle toujours, il n’est pas comme l’anglais ». Quant à Hiba, elle semble étonnée qu’une enseignante de français à l’université lui pose une question pareille ; elle nous explique sur un ton ludique que le français n’est pas une langue mais : « un morceau de notre dialecte », et qu’en tant qu’enseignante algérienne je suis censée le savoir. Si le répertoire verbal semble plus ou moins homogène, les pratiques langagières telles qu’elles sont décrites dans les questionnaires laissent apparaître une certaine hétérogénéité.

Lorsqu’il s’agit de parler de ses pratiques langagières, Mohamed tient à expliquer que l’utilisation de telle ou telle variété est fonction de plusieurs paramètres. Trois codes sont cités par le jeune : l’arabe dialectal, le français et l’anglais. Il attribue au premier le statut de la langue « normale », dont la présence n’a pas à être expliquée, car elle est « la langue de tous les Algériens ». Le français tient une grande place dans les pratiques langagières ← 186 | 187 → des Algériens, selon Mohamed, donc sa présence est légitime et justifiable par le fait que « nous, les Algériens, même les plus arabophones, on ne peut pas parler sans prononcer ne serait-ce qu’un seul mot en français ». Avec ses frères et ses sœurs, il emploie ces deux codes, car ils sont, tout d’abord partagés, mieux encore, ils sont compris de tous. Avec les enseignants, la même alternance est relevée : Mohamed explique sa réponse par le fait que le français est la langue de ses études, il doit parler en cette langue avec ses enseignants mais il ajoute que l’arabe dialectal est aussi présent, employé aussi bien par les étudiants que par tous les enseignants sans exception.

Dans les autres cas, l’alternance des trois codes marque toutes les situations proposées. L’anglais tient ici une place très importante. Son usage semble être approuvé par le jeune, et sa présence véhicule des représentations perceptiblement positives. Mohamed nous explique que l’anglais, « bien qu’il était ignoré des Algériens, il devient aujourd’hui une langue pour la nouvelle génération ». Le jeune informateur tient à expliquer que la variété employée ici n’est pas celle de l’école ou des dictionnaires, mais celle de la télévision : « celle que les Américains parlent dans leur quotidien, comme je le vois sur MTV ». Pour illustrer, il nous cite les exemples suivants : « pour saluer on ne dit pas ‘good morning’, on dit ‘hye’, pour dire que je vais bien, je ne dis pas ‘good’, je dis ‘meet’, c’est plus jeune, c’est vraiment branché ». De même, la présence de cette langue n’obéit pas toujours aux mêmes conditions : à la maison, c’est surtout avec les parents que le jeune parle en anglais, non pas pour communiquer, mais pour formuler des messages codifiés que ces derniers ne comprennent pas, un usage à des fins parfaitement ludiques : « Lorsque je parle en anglais avec ma mère elle ne comprend rien et ça me fait rire ». Dans les situations plus formelles, comme l’université, la présence de l’anglais s’explique par le fait qu’il est une option dans le cursus universitaire de la licence de français. Mohamed nous dit qu’il l’étudie et qu’il s’intéresse au module, donc avec son enseignante et avec ses camarades cette langue constitue une langue de communication.

Hiba, la jeune fille, semble bien attachée à l’arabe dialectal et au français. L’alternance des deux marque toutes ses réponses, sauf à l’université et avec les enseignants où elle recourt à d’autres alternances. Lorsque nous lui posons la question pour comprendre son attachement à l’arabe dialectal et au français, elle nous explique que ce sont en fait : « les deux codes les plus ← 187 | 188 → maîtrisés par mon entourage. ». Elle ajoute que l’emploi d’un code ignoré des autres est un manque de respect envers eux. Ce qui est ici en question, concerne l’usage de l’anglais, Hiba affirme que cette langue marque surtout les situations de communication formelles : « je dois parler en anglais avec mon enseignante d’anglais et avec mes collègues, pour mieux m’entraîner ». L’informatrice explique par ailleurs : « J’essaye toujours d’employer un anglais très correct pour que je puisse m’entretenir avec les autres et qu’ils puissent me comprendre ». Le souci de parler correctement l’anglais est très apparent dans ses témoignages.

Les pratiques réelles

Dans chaque cas, nous sélectionnons deux espaces. La répartition faite dans notre corpus est due à deux facteurs :

1.L’activité sociale telle qu’elle s’organise dans ces différents espaces est différente, les participants à l’enquête modifient leurs comportements sociaux en fonction de ces configurations sociales.

2.Le changement de tout comportement entraîne une adaptation du langage et des pratiques langagières.

Nous présentons dans ce qui suit, l’analyse des corpus oraux enregistrés dans les différents espaces sélectionnés : l’université (les cours, les couloirs, cafétérias, …), le stade de la ville (pendant les entraînements, vestiaires), la ville (la rue, les commerces).

Mohamed semble bien fidèle à ces trois langues. Les interactions enregistrées mettent en évidence son plurilinguisme. La lecture du tableau nous permet de relever les constatations suivantes :

1.Mohamed est plurilingue

2.Les deux variétés : français et arabe dialectal constituent une base solide de ce plurilinguisme,

← 188 | 189 → 3.Le français et l’arabe dialectal sont sollicités dans les situations d’interaction formelles. Dans les séances de cours à l’université, Mohamed emploie l’arabe dans ses réponses aux questions :

ENSEIGNANTE : quelle est la différence entre un rapport et un compte-rendu ?

MOHAMED : kima ngoulou le rapport est plus personnel, je peux mettre mes impres-sions (Trad. c’est comme on dit)

Avec son entraîneur, le jeune fait la même chose, quoique dans cette situation, nous remarquons que l’entraîneur lui-même recourt à l’arabe dialectal et les jeunes le suivent :

L’ENTRAÎNEUR : vous faites attention la prochaine fois, manhabech tmaskhir, ce n’est pas comme la plongée, vous n’êtes pas à Skikda (Trad. je n’aime pas le manque de sérieux)

MOHAMED : la dernière fois, les autres darouha masra oualou (Trad. Les autres l’ont fait, et il ne s’est rien passé)

Dans les autres situations, plus informelles, Mohamed emploie quatre variétés. Les interactions enregistrées montrent que l’usage de l’anglais et de l’arabe standard relève d’un emploi ludique, et s’intensifie une fois que le jeune est en face d’une personne de son âge :

Extrait n° 1 : Interaction dans les couloirs, pendant que les étudiants attendent l’enseignante

MOHCENE : salam (Trad. la paix)

MOHAMED : sahit, how are you men (Trad. salut)

MOHCENE : nes tgoul alikoum salam (Trad. les gens répondent : que la paix soit sur vous)

MOHAMED : sur vous le peace (Trad. sur vous la paix)

Extrait n° 2 : Interaction entre Mohamed et un groupe de filles

MOHAMED : ana rajl, mech kima ntouma, ana mina noukhba (Trad. je suis un homme, je fais partie de l’élite)

ESMA : alors là, aleh, ala fhamtek (Trad. alors là, pourquoi, pour ton intelligence ?)

NOUSSA : ghir skout, hata rabi meysmach (Trad. tais-toi, pour que dieu ne t’entende pas)

MOHAMED : tarfou elrijel kaouamoun ala nisa (Trad. vous savez que les hommes sont supérieurs aux femmes)

FILLE2 : kamelha, oula tehfed ghir li yrongik (Trad. termine le verset, ou tu n’apprends que ce qui t’arrange)

← 189 | 190 → Dans les deux extraits le jeune mixe harmonieusement plusieurs codes : le français, l’anglais, l’arabe dialectal, standard et classique. Dans ce cas, le jeune s’entretient avec deux de ses camarades. L’interaction se déroule sur un ton ludique, l’emploi de l’arabe standard et de l’arabe classique revêt une conception plus distinguée : en effet, Mohamed les met sous forme de citation. En ville, aussi bien dans les rues que dans les commerces, Mohamed recourt à l’alternance arabe / français. L’anglais, l’arabe standard et l’arabe classique, par contre, sont complètement absents. Cet usage confère aux deux codes le statut de langues « passe partout », un usage simple et rentable qui rend efficace toute communication interpersonnelle urbaine.

Chez Hiba, les enregistrements sur les bandes sonores nous confirment son attachement à l’arabe dialectal et au français. Ces interactions reflètent ses réponses sur le questionnaire. Avec les enseignants pendant les séances des cours, la jeune fille n’utilise que le français.

HIBA : dans plusieurs situations, le dossier professionnel diffère selon les entreprises et les offres d’emploi.

L’ENSEIGNANTE : en Algérie ? pourquoi tu dis ça ? en Algérie ? pourquoi tu dis ça ?

HIBA : la dernière fois, on a demandé à mon frère de présenter le relevé des notes de toutes les années d’études à la fac, il était choqué !

L’ENSEIGNANTE : c’est généralement des entreprises privées

En classe les interventions de Hiba se multiplient dans les travaux dirigés (TD), où il s’agit de passer à la pratique et à la rédaction. La jeune informatrice monopolise la parole, elle s’impose de façon très claire. Les interactions de Hiba en classe (qui ont été effectuée de façon très discrète, les jeunes ne savaient pas que les cours étaient enregistrés) répondent parfaitement à celles de son enseignante. Le français domine les échanges, il est la langue enseignée et celle de la transmission des savoirs.

Sur le campus de l’université et dans les vestiaires de la salle de sport, Hiba mixe français, arabe dialectal et anglais.

← 190 | 191 → Extrait d’une interaction dans les vestiaires

HIBA : salut Maram, wach raki, ça va labes (Trad. salut Maram, comment vas-tu ? ça va ? bien ?)

MARAM : ça va, et toi ?

HIBA : rana ! avec le mauvais temps, on ne va pas en finir apparemment rayhin nweliou zey l’Angleterre, ychoufou chams une fois par an (Trad. on est avec le mauvais temps, on ne va pas en finir apparemment, on va devenir comme l’Angleterre, ils ne voient le soleil qu’une fois par an)

MARAM : nchaleh j’adore le froid et la pluie (Trad. j’espère, j’adore le froid et la pluie)

HIBA : oh my god, i hate it

MARAM : walah, une parfaite Africaine (Trad. mon Dieu, une parfaite africaine)

Extrait d’une interaction dans la cafétéria du campus

HIBA : kima lkadafi kima les présidents kamel (Trad. comme le Kadfi, comme tous les présidents)

MERIEM : how? (Trad. Comment ?)

HIBA : dangerous, kima lmafia taa talyen (Trad. dangeureux, comme la mafia italienne)

MERIEM : il ne faut pas exagérer

HIBA : je n’exagère pas, it’s our reality my love (Trad. je n’exagère pas, c’est notre réalité ma chère)

Hiba recourt à l’anglais pour répondre à son amie. Cette dernière semble vouloir déclencher à chaque fois des échanges en cette langue. Hiba la suit en employant des alternances avec l’arabe et le français. Toutes les langues mixées gardent dans ce cas leur structure, aucun code n’est encastré dans l’autre. Hiba continue, même dans ses interactions les plus informelles, à respecter la norme et à ne pas s’écarter de l’usage correct de l’anglais.

Contrairement à Mohamed, dans les rues de la ville, nous ne relevons qu’une interaction, celle de Hiba et une de ses voisines qu’elle aperçoit dans la foule des passagers. Ses rencontres sont souvent à la fac ou dans la salle de sport. Néanmoins, dans les commerces nous enregistrons quelques transactions avec les commerçants. Dans ces situations discursives urbaines les deux langues utilisées par l’informatrice sont le français et l’arabe dialectal, un choix qui confirme aussi bien l’attachement de Hiba à ces deux codes que leur domination dans l’espace urbain constantinois.

← 191 | 192 → La gestion du plurilinguisme chez les jeunes : la place du français

La présente enquête confirme ce que la sociolinguistique variationniste a déjà mis en relief, à savoir l’influence qu’exerce l’âge sur les pratiques langagières. Les deux jeunes exposent, en effet, des comportements linguistiques différents de ceux des adultes : une appropriation des langues étrangères qui se manifeste de façon ludique dans leurs interactions à travers l’adoption de registres informels. Un plurilinguisme intégrant des codes linguistiques différents : l’arabe avec plusieurs variétés, le français, l’anglais. Cependant, ce qui semble important à noter dans nos corpus c’est la particularité du contexte sociolinguistique de la ville algérienne, et la gestion que font les jeunes du plurilinguisme urbain. Le français constitue une composante de base de ce plurilinguisme, il occupe une place importante et ce sur plusieurs plans. Nous essayons de définir dans ce qui suit quelques points de repères qui permettent de mieux saisir cette question :

1. La maîtrise du français est un garant pour la réussite socioprofessionnelle

Malgré une politique d’arabisation fortement soutenue par l’État, en Algérie, le secteur de l’emploi fonctionne encore (et ce dans plusieurs domaines) en français. Dans les entretiens d’embauche, dans les concours d’accès aux postes de travail, le français est considéré comme un critère de sélection. Les examens de français sont soumis à une évaluation rigoureuse, avec des coefficients assez élevés par rapport aux autres matières de spécialité.

La maîtrise de cette langue est très importante pour la réussite professionnelle ; les jeunes ne sont pas insensibles à cette réalité. Dans leurs discours (sur leur répertoire verbal et sur les pratiques langagières), ils expriment clairement la nécessité de parler le français, en évoquant son importance pour trouver un emploi.

← 192 | 193 → 2. Le français n’est pas une langue mais un « dialecte »

Un des arguments les plus employés par les jeunes pour expliquer la présence du français dans leur parler consiste à le considérer comme un dialecte. Ces informateurs nous expliquent le degré d’intimité qu’ils entretiennent avec cette langue et le fait qu’elle a intégré leur dialecte dans ses structures les plus profondes. Ces données poussent les jeunes à considérer le français comme faisant partie de leur dialecte. Ainsi, ils expliquent que certains vocables n’existant pas en arabe algérien, ne peuvent être désignés qu’en français.

3. Le français n’est pas une langue étrangère

Ce que les jeunes qualifient de langues étrangères sont les codes qu’ils apprennent à l’école, ceux qu’ils n’emploient pas souvent dans leurs interactions, et ceux qu’ils n’utilisent que dans certains espaces socio-discursifs (les entretiens d’embauches, les administrations,..). Le français semble dépasser ces frontières, il a intégré non seulement le quotidien de ces jeunes mais également leur imaginaire linguistique (Hedid 2014). Utilisé souvent en mélange avec l’arabe dialectal, il devient complètement algérianisé (Caubet 2009) et ce dans plusieurs séquences. C’est justement ce contact permanent avec les codes vernaculaires qui rend le français plus proche des jeunes et lui attribue en même temps le statut de langue locale « pas étrangère ».

4. Le français est un « we code »

Entre les jeunes, le français est utilisé comme un we code (Gumperz 1982) susceptible de garantir la solidarité de leurs groupes. Les différentes créations relevées et les déstructurations syntaxiques, grammaticales et morphosyntaxiques qu’ils font subir à cette langue sont en réalité des maillons de leurs réseaux qui garantissent une communication discrète. Le français devient dès lors un code à fonction cryptique (Bertucci 2003) qui permet ← 193 | 194 → aux jeunes de créer un espace d’interaction réservé à leurs pairs, aux jeunes de leur génération. En effet, le partage de certains vocables et l’usage de plusieurs expressions permettent à ces locuteurs de créer un espace communicatif clos, porteur de leur identité jeune et caractérisé par une solidarité très forte. Le français qui a marqué notamment les parents et l’ancienne génération, se voit aujourd’hui objet à de multiples transformations et plus encore, il devient un objet médiatique capable de véhiculer la pensée de ces jeunes.

5. Le français a une place légitime, il peut pénétrer tous les espaces formels et informels

Si certains codes ont leurs lieux d’apparition, s’ils sont réservés à certains espaces, le français semble extrêmement fluide et pénètre tous les espaces. Dans les contextes formels (l’université par exemple) ou informels (les stades, les commerces, …) cette langue est présente. Son intégration dans les deux espaces n’est pas identique. Si dans les milieux formels, la présence du français est régie par des contraintes institutionnelles, dans les milieux informels elle est renvoyée aux compétences des locuteurs, des thèmes abordés,… Dans les espaces visités, dans les interactions enregistrées, le français s’impose parfois comme une langue support, dont la présence rend plus facile la compréhension et la fluidité des interactions verbales. Les multiples alternances que nous avons relevées lors de nos balades urbaines le montrent clairement. Cette langue est utilisée dans de nombreuses connexions avec les autres langues (l’anglais et l’arabe dialectal notamment), et semble posséder à chaque fois un rôle particulier et une fonction différente (il s’agit pour les jeunes de renforcer leurs dires ou de les traduire dans un français qui leur semble proche de leur réalité). Les fonctions ludique et cryptique permettent aux jeunes d’être plus proches, de renforcer leurs réseaux, de consolider l’apport sémantique de leurs échanges, dans tous les espaces discursifs qu’ils fréquentent.

← 194 | 195 → 6. Le français est un code qui permet l’appropriation des territoires urbains, au même titre que l’arabe dialectal

L’appropriation des territoires est habituellement faite par le biais des codes vernaculaires et locaux (ou à une de leurs variantes) que les locuteurs emploient dans leurs interactions quotidiennes. Grâce à nos balades urbaines, nous remarquons que les jeunes utilisent notamment le français comme code d’appropriation des espaces occupés (Hedid 2014a). Ce mode d’appropriation bien qu’il soit différent (car mobilisant une langue étrangère) permet à ces locuteurs d’imposer leur autorité et de prendre possession des différents territoires. Cette appropriation s’effectue par l’adaptation du français à l’espace visité, de le rendre plus fidèle au contexte sociolinguistique et culturel du site, et par la modification de certaines toponymies que les jeunes remplacent par des noms (souvent ludiques) et des créations telles que : « poubelle ville » à la place de « nouvelle ville » (pour évoquer hétéroclite de la Nouvelle ville de Constantine peu désirable pour les habitants de la ville), ou encore « Ali Congelé » à la place de « Ali Mendjli » pour évoquer le climat très froid de la région lors de la période hivernale. Dans la salle de sport ou dans les commerces, les échanges sont caractérisés par une accentuation de l’alternance des langues et par les créations lexicales, ces éléments se réduisent nettement lorsque les jeunes se trouvent dans d’autres sites tels que les couloirs de l’université ou les cafétérias du campus. Il devient plus facile de remarquer que dans chaque territoire, les jeunes tentent d’adapter leurs pratiques langagières pour les rendre plus caractéristiques des lieux qu’ils fréquentent.

7. Même si les jeunes modifient leurs comportements langagiers, le français est toujours présent

Le français est facilement maniable dans l’espace urbain. Lorsque les jeunes tentent d’adapter leur parler en fonction des contextes socio-discursifs, il reçoit les modifications nécessaires pour résister à ce changement, mais, il reste une composante principale dans leur plurilinguisme. Les modifications ← 195 | 196 → de leurs comportements langagiers, bien qu’elles visent la déstructuration de leurs habitudes linguistiques, ne marginalisent pas le français. Cette langue persiste et garde sa place, il semble évident qu’elle est une composante de base dans le répertoire verbal des jeunes, et dans le plurilinguisme urbain algérien.

8. Le français assemble les idées

Lorsque l’arabe n’est pas en mesure d’exprimer une pensée, le français intervient pour le faire. Dans plusieurs séquences, le français compense le manque, et permet aux locuteurs de communiquer sans que le manque de bagage linguistique (lexical) ne les interrompe.

Que conclure ?

Il est clair qu’une enquête sociolinguistique en milieu urbain ne peut être que pluri-méthodologique. Un seul outil d’enquête ne peut mettre en évidence la complexité linguistique de la ville. Le recours à plusieurs techniques d’enquête (observation, enregistrement, questionnaire) a permis un meilleur cadrage des pratiques langagières des informateurs. De plus, l’adoption d’une filature ethnographique, et le suivi des jeunes dans leurs trajectoires quotidiennes dans plusieurs espaces en ville a donné des résultats intéressants. C’est, en fait, un renouvellement méthodologique que nous pensons utile pour appréhender la ville algérienne. Les jeunes urbains, dynamiques et actifs, sont souvent en déplacement, l’espace urbain leur offre la possibilité d’explorer des territoires différents. Donc pour aborder leurs pratiques langagières il faut adopter une méthode d’enquête qui s’adapte à leurs activités sociales. La technique, bien qu’elle ait rencontré plusieurs contraintes, a pu mettre à jour la complexité de la situation sociolinguistique de Constantine et la place qu’occupe chaque langue dans le plurilinguisme de ses jeunes locuteurs.

← 196 | 197 → Le travail sur la place qu’occupe une langue dans la mouvance du plurilinguisme urbain doit obéir à une méthodologie bien particulière. Si les locuteurs visés par notre étude se définissent par leur dynamisme, l’enquête doit suivre le même protocole. Elle doit capter les pratiques langagières et les représentations sociolinguistiques dans plusieurs sites qu’ils visitent.

Un des éléments sur lesquels les jeunes insistent est que le français ne peut être une langue étrangère, il a intégré leur parler et est devenu ainsi une partie de leur répertoire verbal. La place que cette langue occupe dans le plurilinguisme urbain algérien se définit avant tout par rapport à la place des autres langues dans le même circuit.

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1 Pour préserver l’anonymat de nos jeunes informateurs nous leur attribuons des pseudonymes (Hiba, Mohamed).

2 Car on s’attendait à avoir comme première langue étrangère la langue française.