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Tweets from the Campaign Trail

Researching Candidates’ Use of Twitter During the European Parliamentary Elections

Series:

Edited By Alex Frame, Arnaud Mercier, Gilles Brachotte and Caja Thimm

Hailed by many as a game-changer in political communication, Twitter has made its way into election campaigns all around the world. The European Parliamentary elections, taking place simultaneously in 28 countries, give us a unique comparative vision of the way the tool is used by candidates in different national contexts. This volume is the fruit of a research project bringing together scholars from 6 countries, specialised in communication science, media studies, linguistics and computer science. It seeks to characterise the way Twitter was used during the 2014 European election campaign, providing insights into communication styles and strategies observed in different languages and outlining methodological solutions for collecting and analysing political tweets in an electoral context.

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6. Les discours sur l’Europe dans la tweet-campagne en Italie (Villa, Marina)

Marina Villa, UniCatt (Milan)

6. Les discours sur l’Europe

dans la tweet-campagne en Italie

Abstract

The chapter studies the polemic discourses in the tweet-campaign for the European elections 2014: the arguments pro and against EU, the negative images of Europe, the common “enemies”. The analysis of 70.549 tweets posted by candidates in 7 lists is quantitative (content) and qualitative (rhetorical strategies, argumentation, polemic issues).

6.1 Introduction

Twitter est un instrument important dans la communication politique en Italie. Plusieurs membres du Gouvernement et de lopposition lutilisent régulièrement (le Premier Ministre Matteo Renzi en particulier); en outre, les partis contestataires et antisystème, comme le Mouvement de Beppe Grillo et la Ligue du Nord, sont de plus en plus actifs sur Twitter.

Le tweet permet aux hommes politiques de communiquer avec les citoyens dune façon simple, brève et rapide, mais surtout moins formelle, avec un effet dintimité et de proximité ; une communication directe qui ne passe plus par les journalistes et les partis, dans une logique de désintermédiation (Boccia Artieri 2013). Twitter est aussi une occasion de se rendre visible pour les médias et de communiquer en leur direction (le tweet remplace le communiqué de presse). Pour les journalistes, qui sont très actifs sur Twitter et suivent constamment les leaders, cette plateforme est une source et un lieu déchange avec la politique (Mancini et Mazzoni 2014).

Pendant les campagnes électorales, Twitter est un outil efficace en raison de ses spécificités : la versatilité ; lhybridation des langages ; le potentiel de la plateforme pour le storytelling, linteraction discursive de plusieurs acteurs qui crée une narration collective ; laccessibilité totale à cette narration, la visibilité ample (Bentivegna 2015).

Twitter est donc un bon observatoire pour les discours de campagne, car la brièveté du texte est une contrainte mais aussi une opportunité pour être plus créatif et incisif (Bichard & Parmelee 2012) : le tweet favorise la diffusion de slogans et de petites phrases, mais aussi la focalisation sur les points essentiels du programme, la recherche de largument efficace et la répétition de mots-clés ;←121 | 122→ et devient un support important pour la communication polémique contre les adversaires (cf. chapitre 5 dans ce volume).

Cette contribution se propose danalyser la tweet-campagne pour les élections européennes de tous les candidats italiens présents dans les listes qui ont obtenu plus que 3 % des voix, cest-à-dire 7 listes : Partito Democratico (PD) avec 40,81 % des voix; Movimento 5 Stelle – Beppe Grillo (M5S) : 21,16 % ; Forza Italia (FI) : 16,82 % ; Lega Nord-Basta Euro (LN) : 6,16 % ; Nuovo Centro Destra (NCD) : 4,38 %; Laltra Europa con Tsipras (LT) : 4,03 % ; Fratelli dItalia-Alleanza nazionale (FDI) : 3,66 %.

Lanalyse de notre corpus – 70.549 tweets – est quantitative et qualitative (portant sur les stratégies rhétoriques, largumentation, les propos polémiques) et se pose trois questions : quels sont les contenus de la tweet-campagne? Quels sont les arguments pro- et anti- Europe? Y-a-t-il des sujets polémiques et des « ennemis » communs à sept partis si différents?

Sur le fond, on cherchera aussi didentifier des stratégies de communication spécifiques des partis et des candidats en campagne.

6.2 Les tweets des candidats

Notre corpus contient 315 comptes, pour 309 candidats (il y a des candidats avec plus quun compte).

Tableau 6–1: Nombre des tweets et des retweets des candidats dans les 7 listes

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La production des candidats nest pas homogène, car en quatre semaines certains candidats tweetent plus que 2000 fois et dautres nont que 2 ou 3 tweets79.←122 | 123→

En considérant les 6 premiers candidats par nombre de tweets dans les cinq listes qui ont plus de tweets, on voit quil y a des différences dans la distribution des tweets : le PD a seulement une candidate avec plus que 1000 tweets, tandis que pour FI il y en a 6.

Tableau 6–2: Les candidats qui tweetent le plus (dans les 5 listes qui ont plus de tweets)

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Parmi les leaders des trois partis dits « protestataires », qui utilisent fréquemment les médias socionumériques, le plus productif est Beppe Grillo (M5S), avec 2097 tweets, qui sont pour la plupart des retweets de ce que disent les citoyens ou les médias (1996 retweets). Il écrit seulement 101 tweets lui-même et il est peu retweeté par les candidats du M5S : 25 fois au total. Matteo Salvini (LN), au contraire, produit 456 tweets dont seulement 4 sont des retweets : il obtient 249 retweets des candidats de la LN. Giorgia Meloni, leader de FDI, produit 388 tweets (dont 103 retweet) et obtient 667 retweets, donc cest la plus retweetée parmi ces trois leaders.

Les tweets des candidats aux européennes en Italie sont plus nombreux que dans les autres pays étudiés dans le corpus de la recherche TEE2014 (Compagno 2015). Nous cherchons alors dindiquer les raisons dune production de tweet si importante.

Pour les élections européennes, beaucoup de candidats ont un compte Twitter. Plusieurs dentre eux ont ouvert leur compte juste au début de la campagne ou même quand elle était déjà en cours, et utilisent ce compte seulement pour retweeter leur parti : cela donne au candidat de la visibilité et lui permet de←123 | 124→ se doter dun outil « nouveau », même sil reste peu suivi80. Dautres candidats qui se servent depuis longtemps de leur compte intensifient lactivité pendant la campagne. Certains leaders et têtes de liste ont plusieurs comptes (le compte officiel plus des comptes de campagne) et donc amplifient leurs messages : on dénombrait 3 comptes pendant la campagne, par exemple, pour la seule candidate de FI, Licia Ronzulli. Enfin, certains candidats sont assistés par une équipe de campagne qui tweete régulièrement à partir de leur compte pour rendre visibles leurs commentaires sur lactualité et le récit de leur campagne81.

Twitter est utilisé pour retweeter, en amplifiant le message, les tweets dautres figures politiques (du parti ou de la tête de liste, par exemple). Cette activité est rendue plus facile grâce à des applications pour le téléphone qui permettent de retweeter automatiquement les tweets du parti ou du leader : Matteo Salvini (LN) en promouvait une dentre elles. Le corpus comprend de nombreux retweets et certains comptes de candidats nincluent que des retweets.

On a observé aussi des usages assez particuliers, moins conventionnels, de Twitter comme outil de diffusion de matériel « en série ». Par exemple, le même message tweeté plusieurs fois avec un @ différent (donc un message répété adressé à des personnes différentes) : à titre dexemple, Camilla Sebezzi de LT tweete 50 fois le même message avec le lien à son interview dans un quotidien. De la même manière, Ilenia Citino (FI) produit 143 tweets pour annoncer lévénement de clôture de sa campagne électorale. Un autre usage particulier du tweet est la reproduction des matériaux électoraux : plusieurs tweets sont envoyés à des comptes différents avec la même image de propagande et le même slogan. Ainsi, Lara Comi de FI produit 47 tweets avec son affiche et son slogan. On voit donc lusage dun outil nouveau avec des logiques de diffusion typiques des vieux médias : dans le premier cas le tweet est diffusé à plusieurs destinataires, à limage dun communiqué de presse ou dun e-mail, dans le deuxième cas, on parlera dune utilisation en tant que « tweet-tract ».←124 | 125→

Les médias utilisent fréquemment Twitter comme source de déclarations politiques et comme outil pour relancer des informations politiques qui sont déjà en circulation dans lespace public. Donc pendant la campagne ils citent encore plus souvent les hommes politiques et les leaders dopinion : et le candidat, avec une sorte deffet miroir, cite les tweets des médias qui le citent82. De plus, comme on le verra plus loin, en Italie la télévision est un sujet important dans les tweets en campagne électorale, ce qui sexplique par la quantité et la popularité des talk shows politiques qui invitent les candidats : cela augmente la production de tweets, surtout quand il y a des leaders dans lémission.

6.3 Les contenus de la tweet-campagne

Lanalyse des tweets montre quil y a des contenus de campagne électorale communs, même sil reste des spécificités remarquables dans la propagande de 7 partis si différents (infra). En particulier, nous nous focalisons sur quatre sujets traités par tous les partis.

6.3.1 Le récit de la campagne sur le terrain et sur les plateaux télévisés

Presque tous les candidats de notre corpus, même ceux qui tweetent rarement, parlent de leur campagne électorale et proposent des annonces, des images et des comptes rendus dévénements : un« récit » de lactivité de campagne comme occasion de rencontre avec les citoyens et de présence sur le terrain. Le résultat est une sorte de journal de bord, où chaque meeting et chaque rencontre (même la plus petite et familiale) est une étape dans un voyage réel et symbolique vers les électeurs de la circonscription : on donne le rendez-vous, on crée lattente, on relate en direct – si possible avec des images – on commente après la fin (souvent avec des retweets des participants), on remercie pour la participation, on met des liens vers les articles sur la campagne. Et ainsi on donne même à ceux qui nont pas pu participer les informations sur lévénement. Twitter est linstrument idéal pour suivre ce genre dactivité de campagne sur le terrain, car il permet des mises à jour continues et une description « live », une communication immédiate et←125 | 126→ personnalisée, un lien aux documents (articles, photos) qui expliquent le sens de lévénement et en amplifient les effets.

Cette attention sur les événements de campagne dans les tweets semble avoir quatre buts.

a) Avant tout, pour certains candidats cest une simple publicité pour se rendre visibles et accessibles aux sympathisants (« venez à lapéritif électoral», « à 20h suivez-moi en live streaming ») et pour souligner lélan vers lobjectif final, les élections : « Bonjour à tous, le count down continue, -12…et je continue mon voyage #versEU2014 en direction Brindisi » (NCD). b) Dans certains cas, le récit de la campagne a aussi la fonction de témoigner du succès des événements, la popularité du parti, et de faire une « contre-information » : le M5S publie les photos des foules qui écoutent Beppe Grillo pour contraster les informations relayées par les médias, qui seraient peu objectifs en parlant du mouvement. c) Pour dautres candidats, les tweets suivent les étapes dune véritable tournée électorale organisée pour visiter la circonscription et arriver dans des lieux symboliques (« la tournée des entreprises », « la tournée de la dégradation urbaine» ou simplement « la tournée du candidat en caravane » dans son territoire). d) Enfin, lévénement de campagne peut être loccasion de faire participer les followers à la vie du candidat et écrire quelque chose de personnel.

Pour quatre listes, ces contenus quon pourrait appeler « campaign issues » (événements de campagne, activité sur le terrain, lien aux articles qui parlent de la campagne du candidat, écrits du candidat sur la campagne) représentent plus que 22 % du total des tweets83.

En parallèle, il y a le récit de la campagne sur les plateaux télévisés : dans un pays où les rapports entre télévision et politique sont étroits, et les talk-shows politiques ont une bonne audience, les candidats parlent souvent de télévision. Et les interventions télévisées des leaders sont un sujet important dans les tweets. Le récit de la campagne des 7 listes étudiées senrichit ainsi de 5884 tweets consacrés à la télévision : annonces de la présence télévisée des candidats et des leaders, commentaires en direct sur les émissions politiques, liens aux vidéos des interventions. En particulier, les interviews de Berlusconi (qui avait des restrictions dans la communication électorale sur le terrain) et de Grillo (qui dhabitude évite les plateaux télévisés) ont créé un flux de communication important (cf. chapitre 10 dans ce volume).←126 | 127→

Tableau 6–3: Nombre des tweets sur les événements et le récit de la campagne (campagne sur le terrain et à la TV)

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6.3.2 L’émergence du thème de l’immigration

Suite aux débarquements continus sur les côtes italiennes et à labsence dune réponse jugée adéquate de la part des institutions européennes dans ce domaine (nonobstant la requête daide provenant de lItalie), la question de limmigration est sensible pour lopinion publique italienne et tous les candidats en parlent. Cest ce sujet qui provoque les propos les plus conflictuels dans les tweets.

Tableau 6–4: Nombre des tweets sur l’immigration

Liste

tweets sur l’immigration

% sur total de tweets

FI

274

1,40

PD

146

1,03

M5S

19

0,22

FDI

556

5,60

LN

448

5,67

NCD

118

2,17

Tsipras

58

1,24

Total

1619

←127 | 128→

Pour les partis dopposition et eurocritiques, le sujet « immigration, débarquements, clandestins » est crucial, car il permet : dagiter le phantasme dune invasion des migrants; de critiquer le gouvernement pour son (in)action; et daccuser lEurope de désintérêt et dincapacité.

Pour LN, FDI et FI, le ton et les arguments sont semblables, quand ils attaquent lEurope et dramatisent (même si FI na pas les déclinaisons xénophobes des deux autres) :

« Désastreuse absence UE, l’Italie abandonnée et trahie » (FDI);

«Immigration, l’Italie élève la voix mais l’Europe fait semblant de ne pas entendre» (LN) ;

« #immigration : nous n’en pouvons plus ! L’#Europe DOIT aider l’#Italie » (FI)

« On ne peut pas accepter une Europe qui tourne la tête de l’autre côté tandis que les bateaux coulent » (LN) ;

« L’UE myope nous fait subir le problème des migrants sans se préoccuper des politiques d’accueil » (FDI) ;

« #Berlusconi : Bruxelles est rapide quand elle doit imposer des contraintes et est lente quand elle doit nous aider à résoudre le problème de l’immigration » (FI).

La critique est adressée à laction même du gouvernement, et spécifiquement du Ministre de lIntérieur Alfano : « Encore 1.600 CLANDESTINS arrivent en Sicile. Bastaaaaa! Renzi et Alfano, vous êtes COMPLICES! » (LN) ; « @angealfa84 en évidente difficulté sur l’immigration, il a fait le taxi de clandestins avec Mare Nostrum au service du PD » (FI) ; « #Immigration : #Alfano élève la voix mais c’est lui qui a signé les mises à jour des Accords de Dublin » (FDI).

Un des arguments les plus fréquents dénonce les hauts coûts de laccueil des migrants et insiste sur la priorité donnée aux Italiens dans la distribution des ressources.

« Un autre échec d’#Alfano, l’opération #Mare Nostrum a attiré 30.000 immigrés et coûte 9,3 millions par mois » (LN) ; « Aux clandestins 40 euros par jour, aux handicapés même pas 10. Etat raciste » (FDI)

« #Salvini : personnes âgées sous-alimentées, 4Mde chômeurs (1 sur 3 parmi les jeunes) : IL N’Y A PAS TOUT POUR TOUS, les ITALIENS premiers» (LN) ; « L’Italie et les Italiens viennent en premier, l’Europe et les immigrés après » (FI).« Immigrés? Que la solidarité s’exerce auprès des Italiens en premier. Qu’est-ce qu’on dira à nos chômeurs qui n’ont aucun droit alors que les clandestins oui ? » (FDI).

Les tweets les plus alarmistes inspirés par limmigration tournent autour des concepts dinvasion et de clandestinité :←128 | 129→

« 400 #clandestins arrivent à Catane, 800 à Trapani : c’est #INVASION! » (LN), « DEBARQUEMENTS augmentés de 800 % par rapport à l’année dernière. C’est l’#INVASION programmée! » (LN), « Il faut arrêter ces débarquements. On est désormais la poubelle d’Europe » (LN). « L’#Italie est envahie par les #immigrés, l’Europe nous laisse seuls.» (FI).

« Il y a 4 millions d’italiens qui crèvent la faim et nous dépensons 10 millions d’euros pour nous faire auto-envahir. Basta ! » (FDI) ; « Toute cette fausse bonté et ce style bon garçon pour les clandestins qui débarquent sur nos côtes me font vomir. Prenez-les chez vous » (LN)

Parmi les eurosceptiques, le M5S se différencie, car il attaque souvent laction du gouvernement, mais jamais sur le sujet de l « immigration » : il fait peu dinterventions sur les migrants, surtout concernant le désintérêt de lEurope et la « solitude italienne en face de lUE ». Le M5S préfère suggérer des actions concrètes, ou même répondre aux proclamations de la Ligue (« @matteosalvinimi les immigrés ne veulent pas l’Italie, nous sommes seulement la frontière la plus proche #europe » – M5S).

Enfin, les partis de gauche ou au gouvernement parlent moins des débarquements et de limmigration, mais partagent avec les partis de lopposition la préoccupation pour la distance de lEurope sur ce problème (avec des accents plus modérés) : « L’Europe ne peut pas sauver les États, les banques et puis laisser mourir les mères avec les infants » (PD).

Quand les arguments sont si controversés, les hashtags sont importants.

Le NDC, parti du ministre Alfano, fait un discours modéré, de soutien au gouvernement et lance « #NousNeLaissonsMourirLesPersonnesDansLaMer”

La Ligue, qui a profité de lémergence débarquements pour renforcer sa campagne contre laccueil des migrants « économiques » et pour la réintroduction du délit dimmigration clandestine (en appelant les italiens à signer pour un référendum sur ce sujet), utilise souvent #clandestinoèreato (clandestin est délit).

6.3.3 L’ennemi allemand

Une thématique distinctive de la campagne italienne est la polémique contre lAllemagne, et en particulier contre Mme Merkel. Cest un conflit personnalisé et dramatisé, qui montre un ressentiment anti-allemand et risque parfois de déraper vers de discutables attaques personnelles.

Largument le plus fréquent accuse lAllemagne dimposer sa volonté en Europe au détriment des intérêts des autres pays, de vouloir gouverner et soumettre ses concurrents, en profitant de la faiblesse des pays en crise.

« Le 25 mai pourrait être la dernière fois que nous votons en tant qu’État national. Ils veulent nous réduire à une colonie allemande » ;

« Nous risquons de devenir un protectorat allemand » (FDI).←129 | 130→

« Nous ne voulons pas être les majordomes de Mme Merkel. En avant il y a les intérêts de chez nous. » (FDI)

« Sortons de l’Europe, l’Italie est une madrague et l’Allemagne est le pêcheur » (LN)

« Arrêtez de faire révérences à l’Allemagne ! »

« Suivre les ordres de l’#Allemagne c’est suivre les ordres de notre concurrent principal » (FDI).

Un autre argument attaque soit leuro soit lAllemagne, car cest à celle-ci que la monnaie unique profiterait. « #euro n’aide aucun pays, excepté l’Allemagne »« En Europe seul l’Allemagne croit »(FDI);« GiorgiaMeloni : L’Euro est un marc allemand qui renforce l’Allemagne » (FDI); « #Salvini : l’Euro est une monnaie étrangère, allemande, mauvaise » (LN); « Il y a 15 ans, sans euro, nous n’étions pas un paillasson soumis à Berlin comme aujourd’hui #Salvini » (LN).

« RT @GiorgiaMeloni : ‘#Euro monnaie faite pour renforcer quelqu’un et affaiblir autres, nous tirons le chariot pour les Allemands » (FDI)

« L’Allemagne nous a harcelés. C’est autoritaire, d’utiliser l’euro pour croitre au détriment de tous les autres pays, comme la #Grèce ».

Pour les partis dopposition italiens le contraste est très personnalisé, parce que la critique de lAllemagne sert pour se différencier des adversaires internes : Mme Merkel devient une menace, lépouvantail, et on argumente que voter pour les partis qui ne sopposent pas au pouvoir allemand, cest comme voter pour Mme Merkel. « Celui qui vote PD vote Berlin » ; « Quand les Italiens votent Renzi, Berlusconi, Alfano font les intérêts de l’Allemagne » (FDI).

« Si tu votes pour eux [FI, NCD, PD], tu votes pour Merkel » (LN) ; « #ForzaItalia est un vote utile à #Merkel. #FDI le seul #voteutile à l’Italie » (FDI).85

Les partis qui parlent le plus de lAllemagne sont les deux qui sopposent fortement à leuro : FDI (221 tweets pour les candidats de la liste) et LN (138 tweets).

6.3.4 Les ennemis internes

La campagne électorale européenne est souvent loccasion de se mesurer aux autres partis italiens sur des sujets nationaux. Les candidats semblent avoir identifié des adversaires internes, qui sont les cibles dune communication polémique : des adversaires politiques directs en tant que candidats dans la circonscription ; les adversaires de toujours, comme le maire de Rome, Marino, pour FDI ; des←130 | 131→ adversaires qui représentent une bataille du parti (par exemple lancienne ministre Fornero contre laquelle la LN a fait une campagne à cause dune reforme sur les retraites controversée) ; et enfin des adversaires occasionnels, qui deviennent des ennemis dans le déroulement de la campagne. Lexemple de ces derniers est Alessandra Moretti, qui a accusé le M5S dun manque de transparence dans la gestion de largent et pour cela devient la cible de 215 tweets des candidats M5S, avec de dures attaques personnelles et parfois sexistes (on lappelle poule, soubrette, parasite) et des hashtags comme #Morettimenteuse, #morettioùestlargent : « RT @MSimone93JSC : Moretti représente totalement le flétrissement et la fausseté de cette classe dirigeante. #MorettiMenteuse ». Les attaques ad hominem et sexistes ne sont pas rares : on pourrait aussi citer Cécile Kyenge, candidate congolaise du PD, comparée à un singe (comme la ministre guyannaise Christiane Taubira en France) par son adversaire de la LN Borghezio et objet de 52 tweets de la liste LN.

Les partis protestataires sont les plus polémiques vis-à-vis de leurs adversaires : des candidats de la LN émettent 341 tweets contre des adversaires ; le M5S en émet 934.

Dans le cas des adversaires internes, les stratégies de construction de lennemi se basent souvent sur lironie et la dérision : Alfano devient « Alfango » (Al-bue) pour FI et « Alfanano » (Alfanain) pour le M5S. Un faux compte M5S contre Pina Picierno était @pin-up icierno. Le M5S en particulier, utilise les noms tournés en jeux de mot et les surnoms offensifs : Renzi est nommé par le mouvement depuis longtemps Renzie, ou même « ebetino » (petit idiot). Pendant la campagne il est appelé aussi Renziegnoccofritto (Renziegnocchifrits), qui devient un hashtag assez cité (94 fois dans nos tweets). En étant des concurrents directs, Renzi et les membres du PD (appelés les « pidiots » ou « les PD moins L ») sont une des cibles préférées des candidats M5S : le seul Renzi est cité 303 fois dans des hashtags dérisoires (comme par exemple #renziement, #renziezérolois, #renzipagliaccio, #renzi raconte mensonges, #renziemangebananes…).

Pour tous les partis les hashtags servent pour fixer et répéter le jeu de mot contre les adversaires, avec inventivité. La dérision sexerce aussi sur les slogans des adversaires : par exemple le slogan du PD « lasvoltabuona » (le virage bon) devient «lastoltabuona » (limbécile bonne).

Il sagit de « jeux de mots dont la force comique ou caustique semble devoir se suffire à elle-même et semble pouvoir remplacer un argumentaire élaboré. Le discours protestataire repose en effet souvent sur ce type deffet rhétorique, où la pirouette lexicale, le mot qui frappe, la formule choc font office darguments » (Mercier, 2015, infra).←131 | 132→

6.4 Les tweets sur l’Europe : un discours conflictuel

Les tweets des candidats sur LEurope reflètent le débat critique sur laction de lUE et sur la monnaie unique, très animé en Italie. La propagande sur Twitter est influencée, en particulier, par une campagne dopinion menée par des mouvements « NOeuro » et par les partis LN et FDI, qui dans leurs listes ont présenté des candidats connus pour leurs positions anti-monnaie unique (des économistes, par exemple).

6.4.1 Contre l’euro

Les sept partis ont des positions très différentes sur lEurope et en particulier sur la monnaie unique : LN et FDI proposent de sortir de leurozone (« no euro » ou « basta euro » sont leurs slogans de campagne et leurs hashtags préférés); ils contrastent aussi les politiques daustérité et l(in)action des institutions européennes. Par rapport à ces partis le PD, le centre-droite NCD et la liste de gauche Tsipras sont plutôt « optimistes », bien que conscients des limites de leuro : ils se définissent« réalistes », « euro-impatients », « euro pro-positifs ». FI a une position pas si claire et parfois très critique sur les politiques européennes et leuro. Plusieurs anciens députés européens de FI tiennent un discours modéré sur lEurope, mais quand les nouveaux candidats et le leader de Fi parlent de leuro, ils semblent utiliser les mêmes expressions des contestataires : « #Berlusconi : basta avec l’euro monnaie étrangère » (la même phrase tweetée par Salvini) « Basta avec #Europe marâtre » [mot utilisé aussi par FDI, comme on verra].

Les partis qui sexpriment officiellement contre leuro se définissent « Noeuro » ou « euro-critiques »86 et pendant la campagne organisent plusieurs événements anti-euro pour obtenir lattention des électeurs : le « Bastaeuro tour » (LN), qui a touché toute lItalie avec Matteo Salvini sur une caravane; la collecte de signatures pour demander un référendum sur leuro (LN); le tour des marchés pour parler des prix augmentés avec leuro et les avantages du retour à la monnaie nationale (FDI) ; la diffusion dun livret contre leuro (LN).←132 | 133→

Le M5S a une attitude particulière : le mouvement était parfois critique sur lUnion Européenne et leuro, mais jamais contre explicitement. Cest au moment de la campagne que leuroscepticisme du M5S se montre, avec des déclarations clairement anti-euro de certains candidats et avec la proposition dun referendum sur la monnaie unique87.

Les tons des tweets contre leuro sont très forts : « L’euro est la continuation du nazisme avec d’autres méthodes » (LN) « À #Bolzano. L’euro n’est pas une monnaie, c’est un système de contrôle des peuples auquel nous devons nous soustraire #électionseuropéennes »

La LN produit 584 tweets (7,4 % du total) sur ce sujet et utilise beaucoup dhashtags polémiques contre leuro (#basteuro, #noeuro, #euroexit, etc. : 413 occurrences).

6.4.2 Contre l’Europe

Les arguments contre lEurope sont multiples.

Beaucoup des candidats de tous les partis (pas seulement NOeuro) critiquent l’Europe des banques et de la finance, qu’ils opposent à l’Europe des peuples :

« Nous voulons l’Europe des peuples, pas celle des banques et de la rigueur! » (FDI)

« #jevoteTsipras parce que je veux une Europe des personnes en non des banques » (LT)

« Renversons l’#Europe des banques, construisons l’Europe des droits » (M5S)

« Je veux une Europe où la finance est au service de la production et de la société et pas vice-versa…. » (FI)

« Après sauve-banques, l’UE doit devenir sauve-familles et sauve-entreprises #europechangedirection » (PD)

« LE SME ET L’EURO c’est un système POUR GARANTIR AUX MULTINATIONALES ET BANQUIERS une LIBERTE’ ABSOLUE, su la PEAU DES CITOYENS #M5S »

En particulier, les « bureaucrates »sont une cible constante, un ennemi commun à tous les partis :

« Basta de subir les choix de banquiers et bureaucrates, il est temps que les citoyens DECIDENT! #Salvini » (LN)

« #Outre l’Europe de banquiers et bureaucrates @forza_italia l’unique alternative » (FI)

« Nous ne voulons plus être gouvernés par banquiers et bureaucrates de l’UE qui utilisent les premiers ministres comme laquais et serviteurs. #vinciamonoi #M5S »

« Contre l’Europe des bureaucrates vote NCD »←133 | 134→

Les institutions européennes elles-mêmes sont critiquées, parce quelles apparaissent distantes et elles ne soccuperaient pas des problèmes des États membres : lEurope est vue comme « aveugle »/ « sourde », « pas intéressée », traîtresse, surtout sur le problème de limmigration :

« En Italie- et pas seulement ici – cette Europe semble lointaine et marâtre » #FdiAn (FDI)

« @Corriere, #DellaLoggia : la surdité de l’Europe sur les immigrés trahit l’absence d’un espace politique commun des Pays UE. Intéressant #eurosalini » (NCD)

« L’indifférence européenne sur le sujet immigration à Lampedusa doit finir » (NCD)

Une déclinaison de cet argument est lopposition entre États du Nord (avantagés) et du Sud de lEurope (exploités, ignorés et laissés seuls face au problème de limmigration)

« UE égoïste, ce n’est pas une union mais un supermarché où les Pays du Nord prennent ce qui leur convient et se déchargent des problèmes » (FDI)

@OlivieroAlotto a @confcommerciomi : européistes convaincus, nous ne voulons pas l’austérité. Le Sud de l’Europe est en souffrance, non à l’UE à deux vitesses » (PD)

« EU plus méditerranéenne et moins nordique! » (FI)

LEurope est accusée de nêtre pas démocratique (et on arrive à la comparer aux pires régimes, notamment au fascisme) :

« L’Union Européenne a un déficit de démocratie, parce qu’elle n’est pas née d’en bas » (PD)

« @robfratt @Ingestibile79 @ladyonorato l’euro est l’instrument de la BCE pour gouverner hors de la démocratie au profit des capitaux ». (LN)

« RT @matteosalvinimi : #Lega ne propose pas son candidat à la présidence de la Commission Européenne, car c’est un organisme antidémocratique » (LN)

« La Ligue avec Salvini tente de conquérir Rome contre “l’Union soviétique européenne” » (LN)

« L’eurozone est un régime fasciste » (LN), une« dictature relativiste et financière » (FDI).

@Crisi_Finanza @ladyonorato Et encore avec la dictature du spread? Est-ce que vous comprenez, chers fascistes, que nous voulons décider sans la matraque? (LN)

LEurope est perçue comme un organisme qui enlève (vole) la souveraineté aux États membres :

« BASTA DES SERVITEURS A L’EUROPARLEMENT. Cette fois qui seulement peut nous redonner la Souveraineté volée » (LN)

« Maria Cristina Saija, Allons en Europe pour reprendre nos souverainetés » (M5S)

« L’Italie doit cesser d’être un pays à souveraineté limitée. @FidanzaCarlo #agorarai » (FDI)

A propos de lactivité du Parlement, on laccuse de ne pas soccuper des problèmes réels et des personnes, mais des petites questions et des lois absurdes, surtout en matière dalimentation :←134 | 135→

« Hier on a vu comment l’Europe aborde l’important problème des…. Légumes », « La Troika veut même expliquer aux Grecs comment produire le yaourt » (FDI).

De la même façon, on reproche à lEurope de ne pas défendre les produits nationaux :

« RT @MarcoScurria : Pour la pêche, l’agriculture et pour le #madeinitaly la situation est tragique, à cause de la concurrence déloyale #Rainews24 » (FDI) ; « #Salvini : oranges de Sicile, notre lait, sont aussi bons, l’Italie ne défend plus sa production, et on donne des mld à la Turquie! #portaaporta » (LN)

Certains traités européens sont critiqués parce quils ne protègent pas les intérêts des citoyens, donc on demande leur abolition ; Le TTIP (TAFTA), en particulier, est la cible principale :

« Fiscal Compact, Mes, ERF, TTIP sont des armes de destruction de souveraineté » (M5S)

« La EU-Goebbels production présente : ‘le merveilleux TTIP’! » (LN).

« TTIP, ERF, Fiscal compact…ils jouent avec les mots, mais ils sont tous des cordes au cou des citoyens, des entreprises…. »

« dans le silence le plus absolu et avec la complicité de Renzi, l’Europe lance le ‘monstre’ L’EUROPEAN REDEMPTION FUND » (FDI)

« Nous devons renégocier certaines règles que l’Europe nous a imposées, par exemple modifiant le Fiscal Compact et le Pacte de Stabilité » (FI).

Enfin, la conséquence de leuro et de la (mauvaise) action de lUE est la pauvreté des Européens :

« # FdIAn @GiorgiaMeloni : «C’est un fait : cette Europe affame les peuples pour favoriser les #pouvoirsforts » (FDI)

« RT @MarcoScurria : Nous demandons des règles égales pour tous en Europe, nous ne pouvons pas continuer à nous appauvrir à cause des autres #FdiAn »

« #Salvini : l’Euro est la monnaie de la FAIM et du CHOMAGE » (LN)

6.4.3 Contre les europtimistes et les “terroristes pro-euro”

Les partis « eurosceptiques » critiquent et considèrent comme des ennemis ceux qui soutiennent le projet européen et leuro, et ils se moquent deux. Il sagit de trois genres dennemis : la première cible sont les défenseurs de leuro en général, méprisés avec les termes « euristes » « euro-menteurs », «euro-crétins » (« Les euro-menteurs ne savent plus quoi dire pour défendre une monnaie morte. Basta Euro : reprenons notre futur »– LN). Le deuxième ennemi regroupe ceux qui craignent une sortie de leurozone, en montrent les conséquences négatives et diffusent lalarme, et pour cela sont accusés de « terrorisme » : « DEMENTIR publiquement l’Euroterrorisme. Il y a l’embarras du choix »; « Le terrorisme pro-euro se propage » (LN). Enfin, très critiqués sont les médias, qui selon les eurocritiques lancent des messages pro-euro :←135 | 136→ « Contre la guerre terroriste médiatique aux # européennes vote @FratellidItaIia ». « @RaiTv @SkyNews @Agenzia_Ansa lancent une guerre médiatique contre ceux qui veulent sortir de l’#euro et sont contre la #troika » ; « la désinformation bolchevique sur l’euro est commencée #stravinciamonoi ». « #euroexit #noeuro avec @magdicristiano contre une TV d’Etat à côté de la dictature financière de l’UE »

6.4.4 Pour l’Europe

Dans notre corpus, on trouve néanmoins différents arguments favorables à lEurope, même si ceux-ci nont pas la force et la virulence des arguments « contre ». Les tweets pro-Europe des candidats ont des objectifs différents :

a) répondre aux polémiques des partis protestataires contre lEurope et ses institutions, mais surtout contrer la campagne intensive contre leuro ; b) faire des propositions pour changer lEurope et résoudre ses problèmes, en particulier pour améliorer son rapport avec les citoyens ; c) mettre en évidence les aspects positifs (et la nécessité) de notre appartenance à la communauté européenne ; d) informer sur lactivité (et lefficacité) du Parlement et des institutions européennes ; e) enfin, plus rarement, la dérision et la polémique sur les « eurosceptiques ».

Trois partis en particulier, NCD, PD et Tsipras, tweetent avec des tons positifs sur lEurope.

Plusieurs candidats du PD diffusent les matériaux de la campagne nationale européiste du PD, dans lesquels le parti a voulu répondre aux objections des « eurosceptiques » avec des contre-arguments. Sur la monnaie unique, par exemple, la campagne « Toute la vérité sur leuro » est une sorte de fact-checking : les affiches mettaient en avant une phrase, barrée, des anti-euro (« Sans l€ les prix ne seraient pas doublés ») et une réponse avec des explications. Les jeunes démocrates à Bruxelles, de plus, ont préparé un « argumentaire » avec toutes les critiques fréquentes sur lEurope et les réponses possibles. Certains candidats du PD ont repris ces arguments dans leurs tweets88 : « Italie, sortir de l’euro ? Seulement ceux←136 | 137→ qui ont de l’argent à l’étranger en gagneront, ici on perdrait la valeur des salaires #l’EuropeSociale » (PD)

Le même discours est fait avec les hashtags : ‘#Europachenondicono (“lEurope quils ne disent pas”, utilisé par Elly Schlein) et les slogans de la campagne nationale #celochieditu (“cest toi qui le demande”) ou #Europacambiaverso (“lEurope change de direction”).

Forza Italia insiste sur les opportunités dun changement en Europe et critique les positions anti-européistes (surtout de Grillo, son ennemi numéro un), en faisant des efforts pour expliquer les avantages de lappartenance à la UE.

Mais quand les candidats parlent de leuro les messages ne sont pas univoques, comme on la déjà écrit.

« L’altra Europa con Tsipras » utilise une stratégie qui correspond aux cas b) et c), et souligne la nécessité d’un changement, d’une Europe « autre » (reprenant le nom du mouvement). Ses candidats se proposent comme une alternative au PD et au M5S : « politique par le bas pour changer l’Europe #sansdemanderpermission », « #EU2014 derby italien entre la rage #grillo et l’espoir #Renzi. @altraeuropa est l’alternative pour un vrai changement ».

Plusieurs arguments visent à montrer les aspects positifs de l’appartenance à l’UE : le PD propose d’imaginer ce que serait l’Italie sans l’Europe : #senzaeuropa89 ; PD et Tsipras soulignent des sentiments positifs liés aux élections et à l’Europe, en particulier l’espoir et l’attente d’un changement comme promesse pour l’avenir.

« RT @GBugaro : Nous sommes eurodéçus mais pas eurorepentis! Nous travaillons pour une #Europe meilleure et plus forte! @NCD_tweet @PPE_IT @angealfa »

6.5 Quelques représentations négatives et positives de l’Europe

Dans les tweets des candidats, lEurope et leuro sont associés à beaucoup dimages négatives, avec des métaphores efficaces. On peut reconnaitre, en particulier, des mots et des champs sémantiques assez singuliers.

Les premiers termes et images associés à lEurope décrivent une situation de privation de liberté et dasservissement. LEurope est présentée comme une prison, une cage, et cest un risque desclavage pour les citoyens :

« L’euro crée une cage de règles qui empêche à notre économie de croître » (FDI)←137 | 138→

« Se libérer de la cage Euro et arrêter l’invasion clandestine. A Rome une salle pleine de gens » (LN)

« #FdIAn pour dire basta à la cage de l’euro qui étrangle notre économie. Jamais plus esclaves de Bruxelles »! (FDI)

« #25mai choisissons d’être libre et souverains ou esclaves de #Merkel. Nous avons choisi le premier chemin! » (FDI)

« Bientôt à San Bonifacio : Sauvons les Italiens de l’esclavage de l’euro ! »

Un deuxième champ sémantique important, le plus significatif à notre avis, est celui de la mort. La LN est le parti qui utilise le plus dimages de ce genre. Leuro, en particulier, est représenté comme une force mortifère, comme une arme fatale ou un vrai suicide. Et Mme Merkel, encore, est associée à ces images de mort.

« on a une monnaie qui nous assassine ».

« #Salvini : Je ne veux pas mourir d’euro » (LN).

« RT @TW_laPadania : L’Euro est mort et il risque de tuer l’Europe aussi #Salvini #Lega » (LN)

« Euroexit n’est pas sans douleur mais – douloureux que ce suicide » (LN)

« Mieux les risques de #euroexit qu’une mort CERTAINE! »

« L’€ est le poison, l’éliminer désarme ceux qui l’utilisent pour empoisonner. Les coupables de son introduction en répondront »

« RT @doranapolitano : @LanciniOscar euro et Allemagne sont en train de nous tuer. bastaaa!!! »

« On ne peut pas mourir de suicide assisté (par Merkel) »

« Nos gouverneurs on fait les intérêts de merkel. Europe médecin qui nous a donné du poison au lieux d’un médicament »

« Mais pourquoi continuons-nous à rester en Europe avec nos bourreaux du ppe? @forza_italia @gasparripdl @Storace @msgelmini… » (FI)

« @Ale_Mussolini_ @forza_italia le problème est que le gouvernement veut réanimer les immigrés et ne s’aperçoit pas que son peuple est en train de mourir » (FI).

« Les contraintes budgétaires européennes tuent la démocratie et dévastent l’état social » #elezionieuropee #tsipras #altraeuropa #notriv » (LT)

Les images positives de lEurope sont moins présentes, mais constantes dans les discours des europtimistes.

Lassociation qui prévaut est celle avec lespoir : on peut encore espérer et se battre pour une Europe différente. « Pour une nouvelle #Europe qui donne espoir aux peoples#EP2014 @altraeuropa » (LT);

« nous misons sur l’espoir, contre le populisme anti-européiste. #celochieditu #europachecambia » (PD) ;

« Alfano : ‘Nous sommes l’espoir contre la rage’ » (NCD).

« Nous avons espoir. Nous changeons l’Europe. @matteorenzi @simonabonafe » (PD)

« RT @claudiamdd : Dimanche 25 mai allez voter, n’ayez pas peur, choisissez l’espoir »←138 | 139→

On arrive même à parler de renaissance. « #enplace avec les #idées non pas avec les #insultes, nous sommes pour une #renaissanceeuropéenne» (PD). « RT @ragnofelice : #vinciamonoi, nous traversons la nouvelle renaissance italienne et l’Europe nous suivra » (M5S).

En parallèle avec lespoir, il y a le futur.

« RT @cescverducci : #enplace @pdnetwork ensemble nous changeons l’Europe, du coté de ceux qui réclament futur. #no à ceux qui profitent du désespoir» (PD) ;

« Spoleto @altraeuropa Il n’y a pas de futur hors de l’Europe » (LT)

« #salvini : l’Etat et Bruxelles nous ont volé le futur, avec ces enfants, mères et pères nous le reprenons ! ».

Un champ sémantique efficace (et attendu) est celui de la construction/destruction. On pourrait dire que cest le vrai enjeu, même dans le discours :

« RT @riccardogarella : @alessiamosca «Le vote aux Européennes sera historique : Destruction contre Construction. Nous voulons construire!» » (PD)

« Le choix est entre destruction ou réponses données avec responsabilité, courage et pragmatisme #européennes2014 (NCD)

RT @VivecaAnna : @LiciaRonzulli @forza_italia L’œuvre de Grillo est détruire, mais au contraire il faut reconstruire. (FI)

« RT @intelligonews : @Fabio_Armeni : “Nous sommes l’unique alternative aux euro-démolisseurs de Grillo ” » (FI)

Enfin, il y a beaucoup de métaphores associées au changement : à la fois rassurant, à la fois bouleversant. Une image intéressante est celle du vent, que certains partis utilisent pour représenter la force du changement (« Ne confondons pas le vent du changement avec le vent de lanti-européisme» – PD) , mais que le M5S associe au tornade qui éliminera les vieux bureaucrates et politiques : « Beppe Grillo à Pavie : nous ne sommes pas un souffle de vent… nous serons la tornade qui les anéantit ! », « Le vents se lève et il deviendra un ouragan, Merkel se tient fort #Schulzsoyezserein » (cest la réponse à Martin Schultz, qui avait qualifié le M5S de « vent sans substance »).

Pour conclure ce paragraphe sur la représentation positive et négative de lEurope il faut rappeler quune des stratégies les plus utilisées est lopposition, le conflit entre visions alternatives, pour invoquer le choix décisif.

Le conflit, avant tout, est un derby :

« Européennes seront un derby entre banques et travail, entre technocraties et peuples #rachèteItalie » (FDI)

« Ces européennes 2014 sont un derby entre #rage et espoir. Il y a qui hurle et hait et il y a qui dialogue et construit le futur » (PD)←139 | 140→

C’est aussi un choix contre la proteste et la rage :

« Nous sommes le futur, eux ils sont la rage #europequichange » (PD)

« L’alternative est claire : faire vaincre la protestation et l’extrémisme ou récompenser la responsabilité et le changement» (NCD)

Parfois le choix est sur les idées, les idéaux. Et tout cas, cest toujours un choix décisif.

« L’’Europe de Machiavel ou celle de l’Illuminisme et de Gramsci »

« L’Europe des différences ou celle des inégalité »

« Le futur ou les ruines »

« Nous travaillons pour la gauche ou pour l’austérité »

6.6 Discours polémiques et traces d’un débat sur l’Europe

En conclusion, rappelons que les propositions pro et anti Europe dans notre corpus ont représenté une sorte déchange/débat conflictuel via Twitter, qui reprend, et peut être amplifie, le débat sur ce sujet présent en Italie. Et les tweets ont été un instrument immédiat (et parfois créatif) pour proposer un discours polémique contre les adversaires sur des sujets européens. Cette persistance des positions dialectiques et limportance du sujet « Europe » dans notre corpus sont une donnée importante.

Plusieurs chercheurs ont souligné quen Italie les élections européennes sont assez souvent une occasion pour discuter des enjeux nationaux, pour mesurer le rapport de force entre les partis. Les sujets européens sont peu traités, soit par les partis soit par les médias. Et, comme partout en Europe, pour ces élections les partis investissent moins dargent, moins dénergies organisationnelles et peu de ressources en termes de personnalisation (Negrine 2006). On a donc parlé délection « de second ordre » (Reif et Schmitt 1980), même si plusieurs chercheurs italiens ont remis en cause ce paradigme en cherchant de sortir de la dichotomie premier/second ordre et de trouver des nouvelles donnes (Marletti et Mouchon 2005, Bobba 2010, Roncarolo 2010). En particulier, ils ont observé que dans les campagnes électorales récentes lEurope est redevenue un sujet de la propagande, surtout au niveau local, grâce à lactivité des candidats, tandis que les partis restent dans une logique de « nationalisation » des enjeux. Dans les élections de 2009, les candidats (qui demandent un vote de préférence et sadressent aux électeurs sur le terrain) parlent de lEurope comme opportunité, des bénéfices obtenus grâce à lUE, de leur engagement passé et futur pour représenter le territoire en Europe : il y a des « policies communities faites par des incumbents qui – au-delà des appartenances partisanes, et parfois en opposition à celles-ci – revendiquent les mérites dune action menée dans le domaine communautaire et ancrent leur candidature aux résultats visibles de l‘intégration←140 | 141→ positive largement fondée sur les incitations au développement des zones les plus désavantagées (Scharpf, 1999) » (Roncarolo 2010 : 11).

De plus, lanalyse du contenu de lactualité sur les élections européennes a montré que « la presse et les contenus réunis sur le net créent un espace déchange dinformations sur lEurope qui pourrait impliquer des audiences plus larges » (Belluati et Bobba 2010).

Notre analyse des tweets des candidats confirme cette tendance : les candidats tweetent souvent sur lEurope, soit du point de vue des actions positives, des policies et de lintégration, soit du point de vue des critiques et des problèmes. Et cela dans un moment où les partis fatiguent à se concentrer sur les sujets transnationaux : lanalyse de la campagne sur Twitter faite par lObservatoire de la communication politique de Turin montre que les comptes des partis italiens en 2014 « ont présenté seulement dune façon marginale lEurope comme cadre de sens en campagne électorale, en attribuant peu d’importance et pertinence aux hashtags dénotatifs dévénements, sujets et acteurs avec valence continentale » (Cepernich 2015).

Donc cest dans les comptes Twitter des candidats (plus que dans ceux des partis et des médias) que les sujets européens sont parfois traités. Et cest dans ces mêmes comptes quune sorte de débat sur lEurope et leuro émerge, bien que dune façon critique et conflictuelle, parfois avec un langage virulent. On a vu le développement dune dialectique entre des visions différentes de lEurope, où il y a des prises de positions très fortes contre les concrétisations actuelles du projet européen, mais où rarement il y a une négation des principes de lEurope ou une requête den sortir (la sortie quon propose est plutôt dun des dispositifs supranationaux : la zone Euro, Schengen, les traités internationaux…). Et on a vu que, nonobstant les différences entre les partis italiens regardant lEurope, on peut retrouver parfois des ennemis communs, des cibles récurrents.

La comparaison avec les données de lanalyse de la tweet-campagne française suggère que certains enjeux et même certains ennemis sont communs entre les deux pays : au-delà des frontières nationales, des spécificités de parti et de système politique, « on commence à posséder en commun des arguments de refus, qui structurent donc un espace public partagé à léchelle européenne » (Mercier, 2015, infra).

Références bibliographiques

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79 Par exemple, Elisa Montemagni (LN) et Stefano Cobello (PD) avec 2 tweets chacun dans les 4 semaines.

80 Dans FDI, trois candidats produisent des tweets identiques – même texte et heure de production – pendant toute la campagne, donc écrits par la même personne ou avec le même outil de reproduction (ils sont les trois qui ont plus de tweets dans FDI).

81 La preuve que les candidats considèrent Twitter comme instrument stratégique et un signe de popularité est le nombre de citations des outils pour mesurer lactivité des candidats sur les réseaux sociaux (la « top dix » des candidats, les plus tweetés ou les plus « sociaux »). Les candidats de FI, par exemple, citent ces données 96 fois.

82 Par exemple le tweet de A. Cecchi Paone qui retweete lémission « Agora » qui cite son intervention : « RT @agorarai : "Pourquoi ceux qui contestent l’Europe veulent aller en Europe?" @ACP_CecchiPaone #agorarai ».

83 Les tweets sur les campaign issues sont 27.74 % sur le total de tweets pour PD, 27.72 % pour NCD, 22.90 % pour M5S, 22.74 % pour Tsipras.

84 Compte de Alfano.

85 Le tweets contre lAllemagne proposent souvent des images et des articles polémiques ou dérisoires envers les autres partis et leaders italiens. Par exemple, Forza Italia tweete des photomontages avec le corps de Angela Merkel et le visage à la fois de Renzi, de Alfano, de Verdini (FI)… et le slogan  : “Se voti loro, voti lei” (si tu votes pour eux tu votes pour elle).

86 Parfois ils se définissent aussi « populistes », en donnant à ce terme le sens de « proche du peuple » et « antisystème », pour contraster les critiques de populisme quon leur fait et pour se distinguer des autres partis  : « Je suis un populiste de fer contre les euro-bureaucrates » (M. Borghezio, LN), « Je préfère être populiste quesclave  [de lEurope] » (G. Meloni, FDI)

87 Selon quelques chercheurs (Franzosi, Marone, Salvati 2015) leuroscepticisme que le M5S a montré en campagne électorale semble plus stratégique quidéologique, car il ne correspond pas souvent à un comportement de vote anti-EU dans le parlement européen.

88 Par exemple, Andrea Cozzolino  :

« Ce que @beppe_grillo et @matteosalvinimi ne disent pas : On peut sortir de l’l’Euro dans un week-end. FAUX! »

« Ce que @beppe_grillo et @matteosalvinimi ne disent pas : L’euro est un projet économique failli. FAUX! »

« Ce que @beppe_grillo et @matteosalvinimi ne disent pas : La sortie de l’Euro favorise la production et l’occupation parce que la compétitivité augmente. FAUX! »

« Ce que @beppe_grillo et @matteosalvinimi ne disent pas : La conversion des bons publics dans la nouvelle lira allège la dette publique. FAUX! »

« Ce que @beppe_grillo et @matteosalvinimi ne disent pas : Politique monétaire à la Banque d’Italie pour monétiser la dette publique. VRAI, MAIS… »

89 #sansEurope la nourriture que tu donne à tes enfant serait un risque et sans contrôle.

#sansEurope aucune certitude de paix dans un continent qui pour des siècles était marqué par les guerres.