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Morales et politiques postmodernes

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Edited By Malgorzata Kowalska

Les auteurs contribuant à ce recueil ont été invités à réfléchir sur notre condition postmoderne, non pas tant sur les sens différents qu’a pris le terme du postmoderne que sur l’heure qu’il est. La réflexion se déroule dans l’horizon de la pensée des classiques du postmodernisme, Jean-François Lyotard en tête, et dans l’horizon des questions qui y sont, explicitement ou implicitement, posées : Qu’en est-il de la possibilité même de l’action politique et du jugement moral dans un monde qui apparaît, à la fois, sans alternative et déboussolé ? Qu’en est-il désormais du sujet de l’action et du jugement ? Ou, plus simplement mais plus pathétiquement aussi, qu’en est-il de l’humain ? Qu’est-ce qu’il devient ou est déjà devenu et comment peut-on encore le penser ?
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Répondre de la violence (éléments pour une éthi-cosmo-politique)

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Marc Crépon

1.

Il y a dans l’histoire de la philosophie du dernier siècle, marquée par le traumatisme des deux guerres mondiales, avec leur cortège de souffrances, de destructions et d’actes de cruauté imprescriptibles, une phrase, la première d’un livre auquel rien de ces traumatismes ne fut étranger, qui résonne comme une quasi-injonction. Il s’agit des premiers mots du grand livre d’Emmanuel Levinas, paru en 1960 : Totalité et infini « On conviendra aisément, écrit Levinas, qu’il importe au plus haut point de savoir si l’on n’est pas le dupe de la morale ». « Le dupe de la morale » : quand, comment, à quelles occasions, dans quelles circonstances, est-on un tel « dupe » ? Il existe, à n’en pas douter, de multiples façons de se tromper soi-même ou de tromper les autres, au nom de la morale — c’est-à-dire en invoquant, en professant ou en imposant des préceptes moraux aux uns et aux autres. Mais jamais cette tromperie n’est aussi forte que lorsque cette invocation, cette profession ou cette imposition deviennent une source inextinguible de violence et de cruauté. Jamais on est autant « le dupe de la morale » que lorsque le plaisir pris à se réclamer de ces préceptes ou de ces règles s’accompagne d’une jouissance à torturer les corps et les esprits. Est un dupe alors celui qui fait mine de l’ignorer, quiconque, en d’autres termes, ne voit rien et ne sait rien ou préfère ne rien voir...

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